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Chroniques du temps de la grippe pangoline

Chronique du vingt neuvième jour du mois d’avril en l’an de disgrâce 21

Où il est question de long-feu, d’allumettes et d’une bien lâche trahison de la parole donnée.

Madame de la Pâlie, la Chambellane Des-Armées, croyant tirer à vue sur madame de Montretout et les vieux bellicistes, avait fait long-feu. La ChatelHaine pavoisait haut. Elle se vit invitée dans les salons de la Gazette Rance Infaux. Piquée au vif d’avoir été traitée de «molle » par le duc du Dard-Malin, la cheffe des Haineux jouait à merveille la partition de la surenchère. Elle se payait le luxe, ayant foulé aux pieds dans sa missive les principes de la vieille République, de s’en réclamer et de briguer le Trône. La Gazette Tares Avariées n’en était point à sa première tentative de pronunciamento. On pouvait régulièrement y lire les propos factieux du vicomte du Joli de la Vileté, lequel avait eu un temps son couvert au Château avant que d’indisposer Notre Ombrageux Bibelot. Le vieux général de la Malepiquouze, l’un des instigateurs de ce qui était pour certains une rouspétance de charentaises, y tenait aussi tribune.

Le Roy était disait-on d’humeur fort noire. Des gazetiers racontèrent l’avoir entendu déverser sa bile sur la ChatelHaine de Montretout, laquelle fut comparée à son père, le vieux vicomte de Nacun-Oeil, qu’on surnommait aussi le Borgne. « Des années d’effort pour faire accroire que la fille ne tenait point du père, et en quelques heures, son visage réapparait : celui des séditieux et des factieux ! » se lamentait amèrement Notre Traitreux Incendiaire. Nul n’osa répondre à Son Inconséquente Légèreté qu’il était toujours très dangereux de jouer avec des brandons en se croyant assez fort pour éteindre l’incendie qui ne manquait point de s’ensuivre. Certains des Dévôts étaient cependant fort satisfaits, tel le baron de la Pâtée-Pourchat, chef de la Faction de la Marche à la Chambre Haute, qui voyait dans tous ces bruits de bottes et de charentaises une aubaine pour le Roy, lequel finirait bien par apparaître telle l’imprenable Muraille de Chine contre les hordes de Haineux, qu’il convenait tout de même de point trop fustiger. Tout était affaire de dosage.

Le bon baron du Cachesex n’en fut pas de reste. Il fit mine de découvrir le fond de commerce de la ChatelHaine et de ses gens. Madame de Montretout, d’adversaire toute désignée pour le second tour de piste du Tournoi, redevenait tout de bon infréquentable comme l’avait été son père. Voilà qu’on la férocisait à nouveau après l’avoir tant amabilisée. Ce fut le moment que choisit la nièce de Madame de Montretout, Madame de Maraie-Challe-Nouvoilat pour se faire entendre. Tout, absolument tout, était de la faute de cet infâme tribun des Insoumis, Gracchus Melenchonus. Cette Haineuse, qui avait pourtant prétendu ne plus s’occuper que de la coûteuse eschole qu’elle avait ouverte dans la bonne ville de Lyon, laissa à entendre que le pays était en proie à un mal causé non seulement par les Mahométans, mais surtout par celles et ceux qui les défendaient, ces « mahométano-léninistes » qu’il fallait éradiquer. Madame de Maraie-Challe-Nouvoilat, dans sa grande sagacité, ne pipa mot d’une infâme agression dont venait d’être victime un pauvre homme, sous les yeux de ses enfants, au simple motif de sa religion supposée, perpétrée par un quidam qu’on n’avait point mis en geôle, afin de le laisser libre de recommencer ses méfaits  sur d’autres. Pas plus qu’elle ne fit mention de ce qui s’était passé dans la bonne ville de Massalia, où un notable bien en vue avait lancé – sans que cela n’émût en rien l’assemblée où il s’exprimait- qu’il se sentait prêt à se lancer dans une « ratonnade » ces expéditions de fort triste mémoire qui avaient entaché des décennies auparavant les rives du Lacydon. L’affaire ayant été révélée par une gazette, la consternation et la colère furent grandes.

Ce fut le moment choisi par le chef d’état-major des Armées, le général du Contre-Peser pour affirmer que les séditieux seraient sévèrement punis à hauteur de leur faute. C’était là en substance ce qu’avait demandé Gracchus Melenchonus au nom des principes de la vieille République. Le Roy n’avait quant à lui, toujours point pipé mot de tout cela. Notre Petit Morticole avait d’autres occupations : organiser lui-même le énième Grand Déconfinement, ce qui pouvait se résumer à cette maxime « les perspectives de la mise en place éventuelle d’une sortie progressive du confinement sont en place ». Le calendrier des réjouissances serait dévoilé en primeur aux gazettes provinciales par Sa Minutieuse Suffisance en personne.

Cependant Notre Machiavélique Bibelot s’avisa qu’il lui fallait donner quelques coups de menton, pour ne point en être de reste face à Madame de Montretout. L’occasion lui en fut fournie. Le Royaume de l’Italie venait en effet de quémander une fois encore l’extradition d’anciens des « Brigate Rosse » qui avaient depuis fort longtemps trouvé refuge dans notre pays, sous le règne du vieux roy Françoué 1er. Son Implacable Malveillance livra doncques bien volontiers au Condotierre de la Drague ces faquins, au mépris de la parole donnée. Gracchus Melenchonus déplora fort ce qu’il appela une trahison. Ces boutefeux eussent-ils été des nostalgiques du Duce, et par conséquent des amis de nos Haineux, que le Roy, pour rester dans la surenchère avec la ChatelHaine de Montretout, les eût décorés et faits grands dignitaires de la Startupenéchionne. N’était-on point au Royaume du Grand Cul par dessus Tête ?

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