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Chroniques du règne de Manu l’Infaillible

Brève du septième jour du mois d’avril en l’an de disgrâce 21

Pendant que l’on conjecturait dans les salons pour savoir qui de madame la marquise de la Courge, du petit duc de l’Attelle ou du duc du Chat-Rançon disait faux – monsieur de l’Attelle ne venait-il point de contredire sa commère la marquise en affirmant qu’il n’avait jamais reçu le moindre carton d’invitation pour se rendre à l’hôtel de Vivienne, ni nulle part ailleurs du reste ? – un de ces maudits Tribuns Insoumis, monsieur Prudomus, avant que de se rendre à la Chambre Basse où il était attendu, s’alla tout tranquillement à la rencontre de quelques jeunes Riens et Riennes qui entendaient faire entendre leurs inquiétudes sur la fièvre dont était atteinte notre mère la Terre. Las ! Alors qu’il s’apprêtait à entrer à la Chambre Basse, il fut arrêté manu-militari par une troupe d’argousins aussi féroces qu’ignares, et qui entendaient tout uniment lui interdire l’entrée dans les lieux. C’était là chose inouïe que la loi ne pouvait permettre en aucune façon. Les tribuns du peuple ne pouvaient se voir empêcher de se déplacer et d’aller où bon leur semblait pour peu qu’ils eussent sur eux leur laisser-passer, ce qui était le cas de monsieur Prudomus. Mais ces argousins bas du front et du calot n’y entendaient goutte. La loi c’était eux. Eussent-ils pu rosser – comme d’autres de leurs comparses en avaient déjà usé lors de la Grande Gileterie – le tribun qu’ils se fussent exécutés avec zèle. Ne pouvant se laisser aller à cette pratique car ils étaient observés, l’un d’eux, un blanc-bec à bésicles, voulut se saisir de la personne de monsieur Prudomus. Un autre, qui ne portait point l’uniforme, et dont la muselière lui tombait singulièrement sous le nez – ce qui n’était point réglementaire – s’adressa au tribun comme si ce dernier était un bambin encore dans les langes, privé de l’entendement. Il voulut même se saisir du laisser-passer. La scène fut portraiturée et envoyée dans tout le pays où elle fit jaser. Monsieur Prudomus eût-il été un Dévôt partisan de la Faction de la Marche que ces pandores mal embouchés se fussent prosternés ventre à terre. On attendait que le duc d’Anfer, qui présidait aux destinées de la Chambre Basse, envoyât une missive au Sieur Teutonic, dont le zèle à pourfendre les Insoumis – et tous ceux et celles qui n’étaient point dans son camp – s’était étendu à ses hommes de main telle une lèpre.

Les gazetiers de la Sixième Lucarne Magique par qui le scandale des gargotes clandestines avait été révélé n’entendaient point se voir traités d’affabulateurs ni réduits au silence. Ils persistèrent et signèrent. D’aucuns crurent voir là une vengeance, leur petite Lucarne étant promise à être avalée par la Première Lucarne Magique, toute dévouée à Notre Prince des Suées et à sa future victoire au prochain Tournoi. D’autres langues se délièrent alors. Il se murmurait que pour peu que le gargotier fût du dernier bien avec un Chambellan, nul risque que les argousins vinssent mettre leur vilain nez et faire pleuvoir des prunes. Un nom fut cité, que la Gazette de l’Armorique qui avait reçu ces confidences sous l’assiette d’un Rien habitué de ces guinguettes, tut pour son plus grand bien. La prudence était mère de la sûreté.

Monseigneur de la Blanche Équerre fut la risée du pays. Le tsar Vladimir et l’ambassade de l’Empire du Ciel nièrent toute intervention belliqueuse dans le « ciel » des escholes. Ces accusations étaient pour le moins grotesques. A la cour, on le moqua d’importance. Monseigneur eût été bien avisé de faire son mea culpa avant que d’aller inventer cette abracadabrantesque attaque de l’étranger. Mais il n’entrait point dans le caractère de ce serviteur inflexible de concevoir qu’il se pût tromper en quelque manière. Le duc resta donc droit dans ses chausses et le « ciel » fut encore bien encombré. C’était là toute l’impéritie des gens de sa maison.

Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul par dessus Tête. Une fâcheuse traînée d’huile commençait à se faire voir qu’il fallait éponger sur le champ.

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