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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide.

Chronique du 3 au 8 août

« Je n’aime pas les piscines, je préfère la mer ». C’est par ces hautes et profondes paroles que notre Grand Communicateur reprit langue avec ses sujets. Cela faisait quatre jours qu’il attendait ce moment unique qui lui permettrait de remonter spectaculairement dans les carottages d’opinion . Rien n’avait été laissé au hasard. Les Services de son Ivresse des Altitudes étaient allés comme à l’accoutumée chercher des figurants – que l’on rémunèrerait en croquettes bien entendu – pour créer une ambiance de foule en liesse devant la Résidence d’Eté de notre Poudré Freluquet. Parmi ces gens, ramassés sur les plages, il s’était trouvé une petite famille dotée d’un insupportable bambin de six ans, lequel menait ses dépassés parents par le bout du nez. Il s’était pris – le cher ange ! – d’une passion pour la Reine d’Angleterre et pour notre Fascinant Pantin. Il rêvait de rencontrer sa Divine Hauteur dont il avait suivi – à cinq ans ! le prodigieux chérubin ! – toute la campagne d’accession au Trône. Visiter le Château figurait dans ses ambitions. On avait fait jouer aux figurants la comédie de la foule en liesse plusieurs jours d’affilée, afin que la température montât, et des gazetiers – nourris-aux-croquettes eux aussi – posèrent des questions oiseuses et sottes à ces vrais-faux Riens et Riennes. Le prodigieux bambin figura naturellement parmi les images choisies pour assurer la propagande dans les Lucarnes Magiques. Notre Fieffé Manipulateur comprit tout de suite tout l’intérêt qu’il pourrait retirer d’une rencontre avec ce Minou Drouet de la politique. Un gazetier fut spécialement dépêché pour retrouver sur les plages ce doux Zéphyr, afin qu’il fût bien présent avec ses dépassés géniteurs lorsque sa Sérénissime Turpitude ferait sa première sortie. Tout se passa à merveille ! Notre Grand Guérisseur des Ecrouelles apparut au grand portail de sa Résidence d’Eté, la barbe naissante, le hâle savamment entretenu et mis en valeur par un blanc pourpoint orné d’un petit crocodile, les lèvres figées sur un sourire carnassier et les yeux abyssalement vides. Sa Fantastique Sainteté se fit happer selon une chorégraphie bien huilée par ces quelques faux badauds, habilement entassés pour créer un effet de foule. Notre Machiavelique Monarc avisa le divin bambin et lui parla en ces termes : « Ça va jeune homme ? Tu vas bien ? Tu veux venir voir l’Élysée ? On va arranger ça ». Les Conseillers se mirent aussitôt à consulter compulsivement les carottages d’opinion pour vérifier si la courbe de la popularité de leur Révéré Maitre avait frémi ou grimpé en flèche. Un Anglais osa – l’imprudent – déplorer de ne pouvoir visiter la Résidence. Sa Très Offensée Grandeur lui répliqua vertement qu’il lui eût fallu venir en villégiature au mois de juillet. Que ce brave Nothing n’eût qu’une modeste semaine de congés payés dans l’année, de plus fixée arbitrairement au mois d’août, n’effleura pas la Pensée Complexe de notre Trépidant Nabab. A une vraie-fausse Rienne qui lui parlait baignade, sa Barboteuse Petitesse eut donc ces mots qui passeraient sans nul doute à la postérité : « je n’aime pas les piscines, je préfère la mer ». Les véritables Riens et Riennes, qui – de plus en plus nombreux tant les calamités économiques s’abattaient sur eux – ne pouvaient partir en congés au bord de la mer, et en étaient réduits à s’entasser dans des villes surchauffées par la canicule, sans suffisamment de piscines collectives où se rafraichir car certaines étaient fermées faute d’avoir été entretenues car il n’y avait plus d’argent magique que pour les Très-Riches– goutèrent comme il se doit la fraiche et pétillante saillie de notre Suffisant Jupitou.

Ce petit bain de foule était le bienvenu pour sa Pétocharde Petitesse. La veille, un terrible attentat avait été déjoué dans la Résidence d’Eté. On avait frôlé la tragédie. Un engin volant téléguidé à distance était venu survoler la piscine pendant que notre Barboteux Banquier y trempait son Auguste postérieur. Sa Médisante Altesse avait aussitôt pensé à ce qui venait d’arriver au Commodore Alcazar, un dirigeant d’une de ces lointaines républiques d’Amérique latine, dirigeant qu’il abhorrait et dont il ne se privait pas de dire le plus grand mal. Le Commodore avait en effet échappé à une tentative d’assassinat, lequel avait été perpétré par un engin comme celui qui survolait les jardins de la Résidence, rempli jusqu’à la gueule de poudre noire explosive. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes, en rendant compte de cette détonante affaire, avaient, comme à l’accoutumée lorsqu’il s’agissait de décrier tout ce qui constituait l’héritage du prédécesseur du Commodore, le grand général Chavez, employé le conditionnel. Au fort de Brégançon, ce fut la panique générale. On fit donner le canon et l’engin s’abima dans la mer. On n’eût à déplorer que la perte de quelques assiettes, qu’un laquais portait à travers les jardins, pour le goûter de notre Caleçonné Monarc. La Reine-Qu-on-sort annonça qu’il faudrait à nouveau changer entièrement le service d’assiettes, car elle avait en profonde aversion tout ce qui était dépareillé. Le laquais – le malheureux- fut sévèrement tancé. C’est alors que sa Jupitérienne Hauteur s’avisa que cet engin volant ressemblait en tout points à celui qu’il avait offert en présent de Noêl à son bien-aimé Nervi le Sieur de GrosBras. Serait-ce possible, se murmura notre Barbouzeux Souverain, que mon cher GrosBras pensât encore à moi ?

Pour l’heure, il se disait que ce personnage décidément bien sulfureux mais ô combien indispensable à sa Paranoiaque Majesté avait trouvé à s’employer comme garde du corps auprès d’une comédienne du Théâtre de la Téléréalité.

L’été suivait son cours dans la StartupNation et c’était un été caniculaire, annonciateur de catastrophes climatiques à venir. Les hôpitaux croulaient sous le nombre de patients et le manque criant de médecins et d’infirmières. Mais la marquise de Buse, Grande Chambellane à la Santé, affirma d’un ton péremptoire : « je pense que la société commence à s’adapter ». Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Le Prince de la Britannique Nation s’en était venu sur le sol de la vieille République française pour honorer la mémoire de tous les Riens et les Nothings tombés lors de la mémorable bataille d’Amiens, au début du précédent siècle, lors de la Grande Guerre. Mais il se trouva bien seul. Ce genre d’hommage n’intéressait point notre Turpide Startupeur qui continua à barboter dans sa piscine. Quant à au Grand Premier Chambellan, il était allé se mettre au vert on ne sait où. Son Oublieuse Petitesse estimait qu’elle en avait assez fait avec les Anglais. Le vendredi précédent, notre Touristique Guide avait fait les honneurs de la Résidence d’Eté à la Prime Minister, lady May, accompagnée de son fort bien élevé époux. Un Conseiller – à moins que ce ne fût l’indispensable Marquise de Diaille, la grande prêtresse de la communication – avait enregistré la visite sur son smartruc et diffusé le tout sur les Réseaux Sociaux. Les Riens et les Riennes avaient donc pu bénéficier de ladite visite, sous la houlette de sa Diserte Altesse, en bras de chemise, suivi de la Reine-Qu-on-sort qui trottinait derrière, perchée comme à l’accoutumée sur des talons qui lui donnaient une démarche quelque peu vacillante. A l’opposé de la Reine Bernadette, épouse du Roi Chirac, laquelle ne se séparait jamais de son sac à main, la Reine-Qu-on-sort parut fort embarrassée avec le sien. Du Roi Chirac, il en fut d’ailleurs question lorsque notre Mesquin Potineur raconta à Lady May comment ce bon roi – si sympathique à bon nombre de ses sujets-citoyens – était apparu nu comme un ver, à une des fenêtres de la Résidence, alors qu’au delà des murailles, les paparazzi se battaient pour obtenir un cliché. Sa Médisante Petitesse éprouvait une vraie joie à narrer cette futile anecdote. Lady May prouva encore une fois la très grande présence d’esprit, rompue à toutes les situations, des natifs de la Grande Bretagne. Elle émit un son bref, qui tenait tout autant de la désapprobation que de la surprise. Décidément, ce petit frenchy banquier n’était pas sortable.

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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide

Chronique de la semaine du 28 juillet au 3 août.

Patatras…C’était le bruit que fit sa Trébuchante Petitesse en dégringolant de son piédestal. Dans toutes les enquêtes menées auprès des Riens et des Riennes, lesquelles enquêtes étaient pourtant tripatouillées à loisir par les faiseurs d’opinion, notre Déchu Zéphyr apparaissait au plus bas de sa popularité. D’aucuns se risquèrent même à le juger malhonnête. Il faut dire que l’affaire dite du Sieur de GrosBras était loin de s’éteindre. Ce n’était plus un verre d’eau, mais une bassine d’eau croupie. Chaque jour apportait un rebondissement supplémentaire. A quelques jours de la grande migration vers les plages – pour celles et ceux qui pouvaient encore s’offrir ce luxe arraché de haute lutte lors du bel été 1936- les Riens et les Riennes apprenaient pêle-mêle par les gazettes, qui continuaient d’enquêter, comment notre Machievalique Monarc s’était, ni plus ni moins, constitué une milice prétorienne dont le chef incontesté était le sieur de GrosBras, milice destinée à protéger sa Très-Précieuse Hauteur et à effectuer de troubles et douteuses missions, comment ce nervi s’était joué de la Maréchaussée en faisant disparaître un coffre au contenu mystérieux, comment il n’avait en rien été sanctionné après sa brutale équipée du 1er mai – il avait été vu molester violemment plusieurs Riens et Riennes protestant ce jour-là contre la politique de notre Grand Ruissellement, comment il disposait d’un laisser-passer diplomatique, alors même que l’Officier des Gens d’Armes qui, selon les vieilles lois de la République agonisante, était en charge de la protection du Très-Grand-Résident, n’en bénéficiait point… Des Riens et des Riennes qui s’y entendaient un peu en la chose politique trouvaient cette dernière révélation des plus étranges. Dans quels desseins notre Turpide Souverain avait-il œuvré pour faire obtenir à son nervi ce laisser-passer ?

Les officiers de la Maréchaussée, qui avaient remis au Sieur de GrosBras les images animées des Lucarnes de Surveillance de cette fatidique journée du 1er mai, étaient entendus par la Justice. Leurs aveux contredisaient en tout points les propos tenus par le Grand Secrétaire de sa Tyrannique Arrogance, le baron de Khôl-Air, lequel avait affirmé sans sourciller devant la Commission d’enquête de la Chambre Haute, que le Château « n’employait pas de vigiles privés pour assurer la sécurité du Chef de L’État » et que le Sieur de GrosBras « n’avait aucune responsabilité dans la sécurité » de notre Divin Imperator. Pour un supposé laquais préposé aux bagages, ce personnage était armé jusqu’aux dents. Les Officiers de la Maréchaussée affirmèrent que, lors des déplacements de notre Petit Manipulateur, c’était le Sieur de GrosBras qui communiquait « les souhaits et les volontés » de sa Capricieuse Petitesse, de même qu’il était au quotidien le récipiendaire de « télégrammes et de notes confidentielles » émanant de notre Grand Précieux.

Interrogé par une gazetière, le Grand Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, ne souvenait plus du tout où il avait ouï dire que le sieur de GrosBras n’était qu’un simple commis aux bagages, ni comment les partisans de sa faction avaient des images animées – qui n’auraient jamais du quitter les locaux de la Maréchaussée- censées dédouaner ce décidemment bien étrange nervi…

Enterrer cette trop encombrante affaire, la noyer sous un flot de billevesées, la faire oublier en allumant des contre-feux, telle était la mission que les bouillants barons et autres trépidantes marquises de la faction de notre Grand Potentat s’étaient vus confier par Madame de Diaille, la très précieuse Conseillère de son Ivresse des Altitudes, une femme toute dévouée à l’édification du divin destin de notre Glorieux Tyran. La plus ardente dans cet exercice fut bien entendu la marquise de Chiapa, qui, lorsqu’elle ne se prenait pas pour madame de Sévigné – avec las le talent en moins ! – en faisant assurer aux frais de son ministère la renommée d’un fort plat et très ennuyeux recueil de lettres à sa progéniture, s’en allait courant toutes les gazettes parlées pour exprimer la très-haute-pensée de sa Poudreuse Majesté, criant à l’instrumentalisation par l’opposition de cette broutille malencontreuse avec le sieur de GrosBras, lequel, somme toute, n’avait fait que son devoir de vigile de la StartupNation en molestant ici et là quelques fâcheux, qui ne comprenaient, les bougres, que la manière forte.

Oublier l’affaire GrosBras, tel était le but affiché du somptueux diner auquel notre Grand Amphytrion et la Reine-Qu-on-sort convièrent les Chambellans, les sous-chambellans et leurs épouses, bref toute la Cour, le soir du premier jour du mois d’août. Ce fut une magnfique occasion de dépenser de l’argent magique et de sortir les belles assiettes. La veille, on avait pu voir le Grand Chambellan et le Grand Caniche de sa Majesté, qui glousser comme un escholier, qui tapoter frénétiquement sur une petite tablette ou sur un smartruc, pendant que l’Opposition déposait deux motions de censure à la Chambre Basse. Le tribun Gracchus Mélenchon tonna « Nous n’avons pas fini de détrôner les monarques » . Les députés de la faction de notre Suzerain Tyran se comportèrent comme à l’accoutumée en véritables automates, applaudissant mécaniquement à la moindre intervention de leur camp. La marquise de Pivert, fort décriée par toute l’Opposition, décréta qu’il n’y aurait aucun rapport écrit à la suite des auditions de la commission d’enquête. Il n’y avait plus rien à voir. Passez muscade, sussurait la dame. Mais on apprit à ce moment qu’un « déplacement de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête » selon les dires d’un courtisan dont c’était le tour de participer au Concours des Euphémismes – en bon français cette opération s’appelait une perquisition – permit de découvrir des mousquetons et des arquebuses au siège du Parti de notre Trépidant Impérator. Les pompiers allaient devoir redoubler d’efforts pour inventer de nouvelles fadaises. Le navire prenait l’eau de tous côtés. Mais sa Tripatouilleuse Majesté n’en avait cure. Il faisait préparer par ses gens ses malles et celles – fort volumineuses – de la Reine-Qu-on-sort. La Cour allait se déplacer au Fort de Brégançon. Notre Grand Turpide comptait bien sur l’été pour que les Riens et les Riennes oubliassent ces bêtises. Ce qui était bien plus ennuyeux, c’est qu’il n’avait plus de GrosBras pour veiller sur lui.

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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide.

Chronique du 27 juillet.

« Une tempête dans un verre d’eau ». Notre Fieffé Manipulateur avait suivi mot pour mot les conseils des ses Conseillers, ces gens payés fort cher qui avaient oeuvré pendant des jours au Château pour échaffauder la riposte à ce qui prenait les proportions d’une affaire d’Etat. Sa Pétocharde Petitesse avait fait annuler sa Sainte apparition sur le Tour de France prévue pour le mercredi. Le mardi, la Commission des Lois – qui faisait donc office de Commision d’Enquête sur ce qui désormais occupait bien des discussions des Riens et des Riennes- entendit le Préfet de la Maréchaussée, lequel parla des relations qu’entretenaient le Sieur de GrosBras et quelques officiers de ses services en ces termes : « copinage malsain ». Tout était dit.

Le tribun Gracchus Mélenchon demanda que son Impériale Altesse fût entendue par ladite Commission, car tout ce qui se révélait de cette stupéfiante affaire, et en premier lieu les mensonges, les omissions, les énormités entendues ici et là, nous amenaient à notre Mouillé Souverain.

Les troupes de la Faction de sa Turpide Hauteur commencèrent les manœuvres l’après-midi même de ce mardi 27 juillet, lors de la séance des questions au gouvernement. Ils multiplièrent les interventions les plus surréalistes sur des questions qui, même si elles avaient un fondement, apparaissaient à des milliers de lieues de la situation. Le Grand Premier Chambellan mentit droit-dans-ses-bottes à plusieurs reprises sur les soi-disant sanctions que le Château disait avoir pris à l’encontre du Sieur de GrosBras. Un Grand Officier de la Maréchaussée, qui avait affirmé la veille devant la Commission que le nervi de sa Très-Protégée-Petitesse avait été vu à ses côtés pendant la période où il aurait du être mis aux fers et au cachot, effectua une délicate manœuvre de repli en déclarant piteusement que la veille, il avait « mal compris la question ». La Marquise de Montretout, qui avait été à l’origine de ladite question, s’était pourtant exprimée à haute et forte voix comme à son accoutumée. Les commentateurs hésitèrent donc entre sénilité précoce – à l’instar de ce qui arrivait au Grand Chambellan duc de Colon- et surdité fulgurante. C’était une véritable épidémie…

On apprit l’après-midi même par les représentants de la Corporation de la Maréchaussée que le Sieur de GrosBras était fort enclin à insulter les sous-officiers et les officiers qui formaient la garde habituelle des monarques républicains. Ils usèrent du vocable de « cador » pour le dénommer, employèrent les quaficatifs « exécrable » et « indigne » pour parler de son comportement. La conclusion était sans appel : le Sieur de GrosBras « faisait régner la terreur » en pratiquant « une intimidation constante et récurrente ». Il se disait que le Grand Nervi avait un secret dessein : transformer le fort de Brégançon et sa piscine en bois précieux en place fortifiée avec douves, pont-levis, cachots et oubliettes pour notre Petit Duce.

Son Infinie Ivresse des Altitudes prit enfin la parole. Ce fut le soir même de ce faste jour, à la Maison de l’Amérique latine, où la Faction de notre Arrogant Prince organisait un raout pour fêter la fin de la session parlementaire. Devant un parterre de courtisans et de courtisanes tout acquis à sa cause, sa Persifleuse Sérénité attaqua la presse « qui ne cherchait plus la vérité », il joua de l’anaphore – un procédé breveté par le roi Françoué – pour expliquer tout ce que le sieur de GrosBras n’était pas ou ne possédait pas. Tout ceci était bien entendu à entendre au cinquante deuxième degré, et toute la cour de se gausser lorsque notre Ardent Fornicateur nia que le Sieur de GrosBras fût son « amant » . Puis notre Vibrionnant Tartarin assuma : « c’est MOI le responsable, martela-t-il devant des bouches béates d’admiration et des langues pendantes jusqu’au sol, qu’ILS viennent me chercher, je réponds devant le peuple français ». Lequel peuple découvrit, ulcéré, dans les Lucarnes Magiques, sa Puérile Rotomontade se livrer à cet exercice fort vain en vérité. Dans la Cinquième République telle que l’avait fomentée Mon-Général bien des années plus tôt, le Roi-Président était au dessus de tout, il n’avait aucun compte à rendre – ou presque, ce qu’expliquaient patiemment le tribun Gracchus Mélenchon et d’autres quand ils disaient que la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale pouvait tout à fait entendre le Monarc – et les Riens et les Riennes se demandèrent qui donc était ce ILS dont sa Nargueuse Suffisance parlait en faisant des moulinets de bras et des ronds de jambe. Notre Racailleux Tartarin ne craignait rien en provoquant ainsi ses adversaires, protégé comme il l’était, par la Constitution qu’il voulait rendre encore plus favorable à sa Royale Personne, et par ses courtisans et courtisanes qui n’en pouvaient plus de flagornerie et de sottise. Pour clore cette glorieuse séance, son Impériale Suffisance fit applaudir par ce parterre bavant et baveux le sieur de GrosBras.

Gracchus Mélenchon eut ces mots : « ce président se comporte en chef de clan . Cette affaire est une blessure à la Répulique ».Cette façon de traiter l’opposition était, selon lui, celle d’une dictature. Il en appelait au principe de Vertu qui ne pouvait, dans une démocratie, être séparé de celui du Droit. On comprenait à travers les propos de notre Poudré Conducator que l’opposition devenait un ennemi de l’Etat et de la République.

Le lendemain, notre Tapageuse Hauteur s’en fut du côté de Bagnères de Bigorre, dans le Pays Basque . On l’entendit persifler à des gazetiers sur la canicule qui devait affecter la capacité d’entendement des Riens et des Riennes. Cette affaire n’en était pas une, personne du reste n’en parlait ! Quelques béats, qu’on était allé chercher pour l’occasion et qu’on avait rémunérés en croquettes, approuvèrent, aussi béatement que les Courtisans l’avaient fait la veille, le Divin Verbe. Sa Morgueuse Suffisance parla du Sieur de GrosBras comme d’un « collaborateur exceptionnel ».

Dans les jours qui clôturèrent cette semaine, la faction de notre Jupitou Aux-Petits-Bras entrava de telle façon les travaux de la Commission d’enquête qu’un député de l’opposition, le Duc de l’Arrivée qui en était, avec la très obéissante et très zélée marquise de Pivert, le co-rapporteur, claqua rageusement la porte, suivi des tribuns Insoumis. Il restait fort heureusement la Commission de la Chambre Haute pour continuer à lever le voile sur les turpitudes de notre Machiavélique Souverain.

Le Sieur de GrosBras n’était pas du tout un homme isolé et lâché par son Suzerain. Dûment encadré par une Grande Amie de la Reine-Qu-on-sort, une femme fort habile en la science de la communication, et par un autre homme de l’ombre, au trouble passé, et donc proche du Jupitérien Trône, il accorda une longue entrevue à la gazette qui avait levé le lièvre la semaine précédente, laquelle gazette avait pourtant oeuvré avec grand zèle à la victoire de notre Turpide Souverain au tournoi de la Résidence Royale. Il résulta de cette entrevue un amas de fadaises : les entrées à l’Assemblée Nationale pour y faire de la culture physique -alors que la salle dévolue à cette hygiène était une des plus lugubres qui soient aux dires de ceux qui la pratiquaient et qui n’y avaient jamais croisé le Merveilleux Collaborateur de sa Précieuse Eminence, le sentiment d’avoir fait « une grosse bêtise » – alors qu’il n’encourait pas moins de cinq chefs d’accusation pour ses agissements lors de cette décidément bien curieuse journée du 1er mai, de provocations – pour le Sieur de Grobras « les syndicats de police [ne disaient] que des conneries », et une grande vérité : « tout à l’Elysée est basé sur ce que l’on peut vous prêter en terme de proximité avec le Chef de l’Etat. Est-ce qu’il vous a fait un sourire, appelé par votre prénom .. C’est un phénomène de cour. Le Grand Nervi, qui n’avait qu’un seul but avoué dans la vie, « que le président soit bien » réitéra ses confidences à La Première Lucarne Magique. Ses propos, filmés et enregistrés à l’avance – de peur qu’il ne se mette à vouloir se déguiser en journaliste ou en procureur, calibrés au demi-pouce près, sans aucun doute relus par sa Sourcilleuse Altesse, furent diffusés à une heure de grande écoute, pour la plus grande stupéfaction des Riens et des Riennes. Il y apparut ripoliné de frais, rasé, poudré, pomponné, habillé par le meilleur tailleur de la capitale. La confession de ce Dévoué Serviteur – qui disait n’avoir agi qu’en vertu d’un article de loi qui autorisait quiconque à se substituer aux forces de la Maréchaussée dès lors que celles-ci étaient absentes, oubliant au passage que tout ceci s’était effectué au milieu d’un escadron de la Compagnie de Sécurité – s’acheva sur ces fortes paroles : « ce n’est pas une affaire d’Etat, mais une affaire d’été ». La Marquise de Chiapa elle-même, qui était passée maitresse en l’art de tronquer les propos des gazetiers, et qui s’était autoproclamée cheffe d’escadron des Pompiers, fut verte de jalousie de n’avoir point trouvé cette saillie.

Cette même semaine, quelques partisans de sa Cynique Suffisance votèrent la loi dite de l’Asile et de l’Immigration, laquelle permettait désormais d’enfermer trois longs mois des enfants qui n’avaient commis que le seul crime d’être étrangers et d’avoir échappé à moult horreurs avant de poser le pied dans notre beau pays.

 

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Chroniques du règne de Manu 1er Le Turpide

Chronique du 23 juillet.

Le Tout-Paris attendait impatiemment l’audition devant la Commission des Lois du Grand Chambellan, le duc de Colon. Pour ronger leur frein, les gazetiers, que l’on trouva soudain bien réveillés et moins enclins à engloutir les croquettes avec lesquelles le Château les nourrissait d’ordinaire, réexaminèrent la barbouzeuze affaire sous toutes les coutures et il apparut à beaucoup de Riens et de Riennes que ceux qui jusque là en avaient répondu avaient fabriqué là un tissu de menteries.

Menterie quand par la voix du Petit-Médor-la-voix-de-son-Maitre, on avait appris que le Sieur de GrosBras- tel était le nom du nervi au service de notre Grand Disparu – avait soi-disant été rétrogradé après avoir été filmé en train de battre comme plâtre un manifestant, et mis dans un placard-oubliette. Il n’en était rien, car ce personnage avait été vu partout où l’on avait vu notre Mensongeux Souverain depuis la dite affaire. Lorsque la dépouille de la Baronne de Veille – qui avait œuvré pour la cause des Riennes, trop souvent oubliées dans l’Histoire de la République – avait été convoyée au Panthéon, grand Tombeau des Gloires du Pays, le Sieur de GrosBras était en première ligne pour accompagner notre Historic Monarc. On le vit aussi aux premières loges dans le char qui ramenait les Glorieux Balleurs au Pied se faire cajoler et papouiller au Château par sa Bisouilleuse Petitesse.

De rétrogradation, il n’en avait point été question, et il semblait tout au contraire que le nervi avait gagné en considération auprès de son Généreux Maitre et que ce dernier ne pouvait se passer de lui.

Menterie quand il fut révélé que le décidément très incontournable Sieur de GrosBras bénéficiait de privilèges inouïs, alors même qu’il n’était point cheminot ! Jugez plutôt : un luxueux logis, qui lui avait été attribué juste après avoir été sanctionné d’une mise à pied, et dont les fenêtres donnaient sur le très prisé Quai Branly, un carrosse avec laquais – lequel carrosse ressemblant point pour point à un carrosse de la Maréchaussée- pour le conduire là où bon lui semblait… On lui avait également octroyé le permis de porter une arquebuse dernier modèle, et il était fortement question, avant que n’éclatât cette malencontreuse révélation, qu’il devinsse le Commandant en Chef de la Nouvelle Garde Prétorienne de son Immense Altitude. Notre Glorieux Menteur avait auparavant pensé à lui pour la Sous-Préfecture, mais c’eût été l’éloigner de Lui…

Menterie toujours quand il apparut que notre Tripatouilleux Monarc – en voyage aux Antipodes lors de funeste 1er mai – avait immédiatement été mis au courant des agissements coupables aux yeux de la vieille loi républicaine – loi qu’il conviendrait évidemment d’abroger pour rendre possible et même obligatoire de battre les mécontents jusqu’à ce que mort s’ensuive- de son Très-Proche-Garde-du-Corps. Notre Oublieuse Altesse n’ordonna nullement que ce manquement soit signalé à la Justice mais bien au contraire, demanda qu’on fît semblant de tancer le nervi et qu’on le récompensât en lui donnant un luxueux logis. D’aucuns se demandèrent pourquoi le Sieur de GrosBras, que l’on voyait sans cesse auprès de Sa Suspicieuse Grandeur, n’était pas du voyage au Pays des Kangourous. Lui avait-on, dans le secret d’un Cabinet Secret, confié une mission secrète de police secrète, alors que le Pays, comme le dirait plus tard le Duc de Colon, entrait dans une dangereuse et insoumise ébullition lors de ce début de mois de mai ? Ce Duc de Colon lui-même omettait de dire – alors qu’il avait été prévenu par ses zélés serviteurs du rôle joué par le Sieur de GrosBras – qu’il n’avait nullement prévenu la Justice des agissements de factieux du nervi de Sa Comploteuse Petitesse.

Menterie enfin – at last but not least- quand il apparut qu’il ne s’agissait point du seul sieur de GrosBras, lequel avait également bénéficié d’une promotion fulgurante dans la carrière d’Officier de la Réserve depuis qu’il oeuvrait pour notre Barbouzeux Souverain, mais bien d’un complet équipage de Spadassins qui avait été à la tâche en ce bien tumultueux 1er mai. Hormis le susnommé, on y trouvait un ancien Homme d’Armes, employé par la Faction de sa Trouble Perfidie, et un véritable Maréchal de Police en fin de carrière et plus très vaillant, que les Tribuns Insoumis reconnurent pour être celui qui les avait fort mal traités – au lieu de les protéger- lors d’un cortège funéraire d’une victime de la sombre bassesse humaine. Les fonctions dévolues par la Maréchaussée à ce vieux briscard étaient de chaperonner le bouillant Nervi. Quels étaient donc les noirs desseins dont étaient chargés ces Spadassins, outre la protection de notre décidément Très-Turpide Monarc, protection ordinairement dévolue sous les anciens rois républicains à la Maréchaussée et aux Gens d’armes ?

Pour quelles impériales mais néanmoins troubles raisons ce Méfiant Prince se créait-il une Police Secrète ?

On ne savait toujours pas où se trouvait sa Trouillarde Petitesse. Se terrait-il dans son Château pour ourdir avec ses Conseillers un complot pour faire oublier cette ténébreuse affaire – méthode préconisée par feu le Baron Passe-Quoi, qui s’était en son temps illustré dans d’autres histoires de barbouzeries.

Un boulanger prétendit l’avoir vu du côté de Varennes.

Le Duc de Colon se préparait à se faire questionner-mais-pas-trop, les factieux du parti de sa Fuyante Majesté étaient bien décidés à entraver l’enquête de l’Opposition ulcérée, toutes tendances confondues.

On délégua au Chambellan à l’Agriculture le soin de communiquer sur cette affaire qui sentait fort les oignons roussis ou les carottes cuites.

Le député de Basse-Bretagne, un certain Baron du Fût, révéla durant ces longues heures d’attente que le Sieur de GrosBras avait un laisser-passer pour entrer à l’Assemblée Nationale comme bon lui semblait. Qu’allait-il donc y faire ? Quels noirs desseins avait-il eu mission de tramer dans les antichambres ?

Une violente algarade éclata dans les couloirs de l’Assemblée Nationale entre le Grand Caniche de son Amoindrie Immensité , le Sieur Casse-Ta-Mère et la baronne de Montretout, qui se paya le luxe – cette Haineuse qui vomissait la République- de donner une leçon en la matière à ce haut dignitaire de la Startup Nation.

Le lundi matin, ce même Sieur Casse-Ta-Mère annonça dans une Gazette Parlée qu’il avait ouï dire que le Sieur de GrosBras n’avait été qu’un simple bagagiste au service des Balleurs au Pied, commis à s’occuper des valises fleurant bon l’embrocation et le jus de chaussettes sales.

Une Gazetière chef du service politique d’une des ces gazettes Brosse-A-Reluire des Très-Très-Riches anticipa la communication du Duc de Colon et chargea dans cette affaire – qu’elle qualifiait aimablement de « débordements » du seul sieur de GrosBras – les Tribuns Insoumis, accusés par la dame de vouloir nuire à notre Grand Réactionnaire. Pour un autre des ces gazetiers-nourris-aux-croquettes, un certain Couturier, c’était là une « peccadille » alors qu’il fallait se souvenir que notre Jupiter Sauveur nous avait évité la guerre civile, rien de moins !

Notre Divin Souverain communiqua enfin ! Il voulait que les coupables fussent châtiés « il ne doit y avoir aucune impunité pour qui que ce soit »  et il nomma pour enquêter au Château un certain baron de Khôl-Air, son Grand Secrétaire, lequel était cependant par ailleurs sous le coup d’une enquête pour tripatouillages en tous genres qui lui permettaient de favoriser commercialement des siens cousins armateurs.

Le Duc de Colon fut questionné. Il ne se souvenait plus être Chambellan. Il ne savait point que le « beau jeune homme » selon ses dires était le Vacillant Souverain de notre Pays. En un mot comme en cent, il ne savait rien. Hormis que les Insoumis fomentaient la Révolution et que les Terroristes rôdaient dans le Bocage nantais où se trouvait caché selon ses dires un arsenal de guerre.

Un Haut Dignitaire de la Maréchaussée fut également entendu par les Députés. A l’inverse du Duc de Colon, il ne cacha rien de ce qu’il savait. Pendant ce temps, les révélations sur le sieur de GrosBras continuaient dans les gazettes hier toutes dévouées à l’édification de la gloire de notre Grand Menteur. On apprit ainsi qu’il faisait partie du cercle le plus intime de sa Gigantesque Dégringolade, qu’il avait été à ce titre admis à connaître des secrets concernant notre Armée, qu’il avait les clés de la résidence d’été de la Reine Qu-on-Sort, que notre Dispendieux Prince avait demandé qu’on rénovât à grands coups d’argent magique le déjà fort somptueux appartement qu’il avait octroyé à son Omnipotent Garde-du-Corps, qu’il avait menacé un gazetier – qui voulait rendre compte des vacances d’hiver de sa Neigeuse Petitesse et de la Reine-Qu-on-sort-  en ces termes fort éloquents « Je sais où vous habitez à Paris et avec qui, je vais vous suivre maintenant ». A Marseille, où notre Bronzé Turpide avait passé quelques jours l’été qui avait suivi son avènement, il aurait menacé de mettre aux fers un peintre qui cherchait à immortaliser les royales vacances.

Le fin mot du jour fut attribué au petit duc de Grivot qui déclara fort pompeusement : «l’affaire du sieur Grosbras n’est pas une affaire d’Etat car une affaire d’Etat c’est quand il y a de l’opacité. »

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Turpide.

Chronique de la semaine du 16 au 21 juillet.

Cette semaine aurait du être l’acmé, le firmament, le zénith pour notre Glorieux Monarc…las, il n’en fut rien ! Ce fut tout au contraire le début d’un gigantesque patatras.

Tout avait si bien commencé, ou plutôt si bien fini ! Sa Sportive Grandeur avait fort astucieusement réussi à être omniprésent lors du tournoi mondial de la Balle au Pied. On avait vu notre Bouillant Supporter partout, et surtout sur la table de presse, debout, lancé dans une chorégraphie dont d’aucuns disaient qu’elle n’avait rien de spontané, qu’elle avait été répétée minutieusement, avec cette même minutie et cette même ardeur que sa Zélée Hauteur avait mis à prendre, une année auparavant, des cours pour ne point hurler lors de ses apparitions en public – on l’avait vu en effet s’époumoner tel un furieux lors des premiers raouts lors de la campagne du Tournoi de la Résidence Royale. Notre Immense Ambitieux ne laissait rien au hasard dans l’édification de sa Trajectoire Fabuleuse.

Les ennuis commencèrent le lendemain, jour où rentrait au bercail « sa » talentueuse et victorieuse équipe de balleurs au pied. Ce n’était plus l’équipe de France, mais bien celle toute acquise à son Altesse Impériale. Dès le matin, une foule de Riens et de Riennes, que ce jeu de la Balle au Pied ravissait tant qu’ils en oubliaient leurs grandes misères et leurs petits soucis, s’était massée sur les Champs-Elysées pour fêter comme ils l’entendaient ceux qu’ils pensaient encore être les champions du pays, et donc un peu les leurs. Las ! Le char motorisé qui ramenait les héros du jour depuis leur aéroplane et qui devait les conduire au Château où notre Jupitout Ailé les attendait en trépignant, passa en trombe sur la royale avenue. Personne ne vit rien, tous brandirent leur petit « smartruc » pour immortaliser ceux qui leur passèrent sous le nez, et ils purent les apercevoir brièvement rivés à leurs propres « smartrucs » où ils avaient déjà engagé avec sa Capricieuse Petitesse une discussion exclusive. Les chargés de la communication du Château invoquèrent qui un retard de l’aéroplane, qui un fumeux contretemps, personne n’y comprit rien, hormis que notre Inaltérable Imperator les voulait pour lui et lui seul afin de parader et de se faire voir encore et encore dans le bulletin de propagande du Vingt Heures des Lucarnes Magiques. Avant le caprice de sa Mesquine Complexité, il avait été prévu que les glorieux buteurs allassent diner dans une des meilleures gargotes de la capitale, où on leur avait préparé un somptueux souper. Mais notre Mesquin Monarc pria ses hôtes de rester diner au Château. La Reine Qu-on-sort fut ravie de montrer à ces invités de marque ses belles assiettes. Son Divin Epoux quant à lui exultait de ne point avoir à partager ces magnifiques héros avec la vile populace, dont on avait empêché une partie, habitant dans les lointains faubourgs d’où était issu l’un de nos fantastiques balleurs au pied, de venir se répandre sur les Champs Elysées, lesquels avaient été bien mis à mal le soir de la victoire par une foule en délire, qui avait été jusqu’à saccager quelques échopppes.

Le jour suivant se passa sans encombre mais sans non plus l’embellie tant attendue dans les sondages. Ces gueux de Riens et de Riennes se montraient fort ingrats. C’était à en trépigner. Notre Frustré Suzerain allait se rattrapper en partant en voyage dans une lointaine province, sacrifier à ce que l’on appelait sous les anciens monarques ses prédecesseurs un « diner républicain ». On apprit aussi qu’un des barons du Royaume, le duc de Sol-Air, qui avait autrefois fait allégeance à la faction opposée à celle de sa Généreuse Altitude, et qui avait fort opportunément retourné sa jaquette de soie lors des dernières élections des représentants de la Startup Nation, était mis en examen par la Justice, cette grande injuste, pour fraude fiscale et favoritisme.

A l’Assemblée Nationale, on discutait d’une loi que notre Grand Législateur voulait à tout prix voir appliquer pour achever la mue de la vieille république en Royaume-StartUp-Nation. Les Insoumis faisaient de l’obstruction en faisant discuter des milliers d’amendements. La loi était d’ailleurs destinée à cela : museler pour de bon cette opposition braillarde et inutile.

Le mercredi, son Inoxydable Altesse partit dans la lointaine Dordogne. Le sélectionneur des joueurs de balle au pied, l’Honorable Des Champs, confirma dans une Lucarne Magique, que c’était bien notre Impérial Buteur qui avait exigé que les balleurs au pied restassent diner au Château, privant ainsi les Riens et les Riennes d’un petit moment de bonheur.

Le soir même, l’information était sur tous les Réseaux Sociaux : une gazette fort en vue, l’Univers, diffusait une petite scène enregistrée par un smartruc lors des manifestations du 1er mai. Ce petit film avait déjà été visionné par les Riens et les Riennes : on y voyait une scène devenue fort courante, des gens d’Armes, en particulier un, muni d’un énorme casque écussonné et d’un brassard « Police »,  violenter des manifestants. Le Reitre Noir frappait à plusieurs reprises un homme à terre et malmenait une femme en la tirant par les cheveux. On comprenait clairement que les autres policiers lui obéissaient au doigt et à l’oeil. Coup de théâtre : La Gazette annonçait qu’il ne s’agissait pas d’un véritable policier, mais que sous ce casque brutal se cachait en fait un Officier très-très-proche de notre Grand Timonier. Cet homme, celui que d’aucuns qualifièrent immédiatement de nervi, était l’homme chargé de la sécurité de sa Barbouzeuze Altesse. L’affaire commença de faire grand bruit.

Le lendemain, le Médor chargé de répercuter les propos de notre Turpide Souverain, fit une hallucinante allocution, dans laquelle il fit état de que le Château savait, de ce que notre Très-Transparent avait fait dès qu’il avait été mis au courant de ce qui ressemblait fort à une très grosse faute relevant de la Justice, à savoir mettre à pied pendant deux petites semaines celui qui avait eu ce comportement « inadapté » – alors même qu’il avait eu l’autorisation, sur un jour de congé ! de suivre les Policiers dans leur besogne de maintien de l’ordre, en ce jour où les rues de la capitale étaient le théâtre d’émeutes menées par ces fâcheux Insoumis …C’était là nous expliqua-t-il doctement la sanction « la plus lourde » jamais prise contre un collaborateur. Puis il laissa entendre que ce nervi n’était pas isolé, qu’ils étaient peut être deux ou trois, on ne savait trop….

La République n’était pas morte. Si elle vacillait sous les coups assénés depuis des mois par sa Grandeur Jupitérienne, elle n’en était pas encore à l’agonie et il lui restait quelques sursauts de lucidité.  Le tribun Gracchus Mélenchon délivra des interventions impeccables dans lesquelles il expliqua que le Grand Chambellan le duc de Colon, devait impérativement venir s’expliquer devant les élus de la Nation. Ce qu’on voyait apparaître au grand jour ressemblait ni plus ni moins à une police secrète, chargée des basses œuvres, tout au service de sa Grande Turpitude. Ces pratiques jetaient le discrédit sur la police de la République, et sur la République elle-même. On voyait clairement les manœuvres de Celui-qui-se-prenait-pour-Jupiter !

Pressé de s’expliquer sur le comportement pour le moins contraire à la loi de son très très proche, notre Sombre Suzerain eut ces énigmatiques paroles : « La République, elle, est inaltérable ». Mais, las, le grand cafouillage commençait !

A l’Assemblée Nationale, les élus du parti du Monarc-pris-la-main-dans-le-sac ressemblaient à des galériens, tant ils ramaient pour essayer de rétablir la situation en leur faveur. Las ! Ils n’étaient que quelques-uns et quelques-unes, les autres étaient occupés à se dorer le nombril sur une plage la plus lointaine possible. Les élus et les élues de l’opposition, emmenés par les Insoumis, refusèrent de continuer les travaux sur la Constitution tant que le Premier Chambellan ou à tout le moins le Grand Chambellan duc de Colon ne vinssent s’exprimer sur ce qui apparaissait comme une énorme affaire d’Etat. La Grande Chambellane de la Justice prit la parole. Elle ressemblait à une chouette effarouchée lorsqu’elle évoqua des gestes « absolument inadaptés » en parlant des pratiques pour le moins musclées observées sur le petit enregistrement visuel. Elle se croyait encore au concours des Euphémismes. Puis elle contredit les propos du Médor en expliquant qu’au grand jamais cet individu n’avait eu l’autorisation de suivre les manœuvres des policiers. La confusion continuait …

On apprit le lendemain que le Château lâchait le barbu barbouze, officiellement parce que ce dernier avait circonvenu de véritables policiers et gens d’armes pour obtenir les enregistrements des caméras de surveillance où on le voyait se livrer à ses coupables – mais autorisées au plus haut lieu- barbouzeries.

Tout ce petit monde se retrouva bientôt gardé à vue dans les locaux de la Maréchaussée.

Le Premier Grand Chambellan ne se déplaça pas à l’Assemblée Nationale. On le vit sur le Tour de France, cette épreuve sportive qui voyait s’affronter des sortes d’hommes-sandwiches sur des vélocipèdes carénés comme des fusées. Le Duc de Colon fut aperçu rôdant à la Chambre Haute, là où dormaient d’inoffensives vieilles bedaines qui, elles au moins, ne le sommaient de rien. Il annonça cependant sa venue à l’Assemblée Nationale pour le lundi suivant.

Les Insoumis avaient donc obtenu qu’une enquête parlementaire soit menée. La faction de notre Grand Turpide tremblait. La StartupNation vacillait sur ses fondements.

Notre Révéré Monarc avait quant à lui tout simplement disparu.

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique de la semaine du 7 au 15 juillet.

Notre Exultant Monarc exultait. Il exultait tant et plus qu’il en grimpa sur la table réservée aux gazetiers. L’équipe de la Startup Nation, son équipe, venait de remporter le Tournoi Mondial de la Balle au Pied ! Sa Majesté Déchainée en perdit tout sens de la mesure, sous les yeux narquois du Tsar Poutinus, et de la Reine Qu-on-sort, laquelle se cacha le visage lorsque notre Turbulent Galopin se mit à hurler et à agiter les bras en tout sens, tel un vulgaire fanatique, à l’image de ceux que l’on pouvait voir, dans les arènes dédiées à ce véritable culte, se lever en vociférant lorsque l’un des joueurs de leur équipe arrivait à loger la balle dans une sorte de cage, déjouant les jeux de jambes fort gracieux des joueurs adverses et narguant le gardien de ladite cage.

La pluie se mit ensuite à tomber et c’est sous des trombes d’eau – qui rappelaient fort celles qui avaient inauguré le règne du prédécesseur de notre Pénaltique Suzerain- que l’on vit sa Grimaçante Grandeur arborer un sourire halluciné, aux côtés des joueurs qu’il avait abondamment harengués, papouillés et palpés en tout sens comme il en avait coutume. Notre Bisouilleux Monarc ne s’était d’ailleurs pas arrêté aux joueurs. On avait pu le voir embrasser goulûment la reine du petit pays dont l’équipe de balleurs au pied avait affronté la nôtre, avant de se faire tirer par la main tel un petit enfant par cette dame fort sémillante. Cette souveraine passait pour fort modeste en comparaison de sa Dispendieuse Altesse. Elle avait, dit-on, emprunté un aéroplane réservé aux vulgaires pour se rendre chez le tsar Poutinus. Elle avait elle-même payé son billet. Ce train de vie tout frugal réjouissait certains Riens et Riennes de la Startup Nation, ulcérés par les folies ménagères de notre Turpide Potentat, mais ils en oublièrent que la dame venait d’honorer dans son pays la mémoire de séides Haineux, les Ustachis, qui s’étaient illustrés de bien méchante manière lors de la dernière guerre mondiale.

Sa Neigeuse Petitesse exultait donc. Cette victoire allait lui assurer une remontée fulgurante dans les sondages, ces enquêtes très orientées qu’il commandait à des institutions dont c’était devenu la spécialité d’interroger quelques Riens et Riennes triés sur le volet à propos de tout et de rien. Notre Grand Projet avait même fait nommer le fils aîné de la Reine Qu-on-sort à la tête de l’une de ces fabriques d’opinion. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ! La veille de cette date faste, sa Grandeur Etoilée avait commémoré comme il se doit la fête nationale de la vieille République. On y célébrait la prise d’une certaine Bastille, symbole de l’ancien pouvoir monarchique, que notre Vibrant Souverain avait en secret l’intention de faire reconstruire pour y mettre au cachot tous ces fâcheux d’Insoumis. Le Grand Chambellan et Duc de Colon, qui ressemblait chaque jour davantage à un personnage d’un des romans du grand Victor Hugo, le Bossu de Notre-Dame, bonté mise à part, y travaillait secrètement.

Sa Poudreuse Hauteur avait été installée sur un petit trône, en compagnie des autres dignitaires de la Startup Nation, dans une tribune, d’où elle avait pu voir les troupes défiler. Deux chevaliers pétaradant sur leur destrier motorisé s’emmêlèrent les bottes et les roues et échouèrent lamentablement au pied de notre Médusé Monarc, puis ce fut au tour d’un de ceux qui pilotaient les aéroplanes de la Patrouille de France de se tromper – volontairement ou non, les commentaires allèrent bon train là-dessus- sur la couleur des fumées larguées en l’air lors de périlleuses acrobaties. On put alors voir dans le ciel se dessiner un inattendu drapeau rouge-bleu-blanc-rouge, ce qui fit dire à d’aucuns que c’était encore un coup de Gracchus Mélenchon et qu’on pouvait y lire un hommage à la section révolutionnaire de la Patrouille de la République.

A l’issue de cette fort belle revue des troupes, on put voir notre Pénétré Suzerain se mettre la main sur le cœur, fermer les yeux et bredouiller vaguement les paroles de l’hymne national, revisité par Berlioz et entonné magistralement par les Chorales des Armées. A la suite de quoi, sa Martiale Suffisance se leva et alla saluer le Général Chef d’Etat-Major, homme à la belle prestance sous le képi, la Reine Qu-on-sort à la rescousse, perchée sur de vertigineux stilettos à qui les pavés parisiens, bien mis à mal par les blindés et les chevaux, ne pardonnaient rien. La dame dut s’accrocher au bras de son Royal Epoux afin d’accompagner comme elle le put notre Minuscule Frimeur que l’on vit donc conversant aussi dignement qu’il le pouvait avec le beau Képi.

Auparavant, lors de cette magistrale semaine dédiée à l’édification de la Gloire de notre Grand Ruissellement, les grands Barons de la Pharmacie, chefs des officines où se concoctaient des onguents et des potions censés soigner les maladies des Riens et des Riennes, avaient été reçus en grande pompe au Château, afin de se faire cajoler encore et encore pour avoir aidé notre Petit Laborantin à parvenir à ses fins.  Cette visite clôturait ce qui avait inauguré la prodigieuse semaine : le Congrès réuni à Versailles ! Notre Edifié Souverain avait tout planifié. Versailles deviendrait sa résidence personnelle ! Versailles, Versailles, où son Ambitieuse Altesse s’était faite introniser au début de son règne, où il avait reçu le tsar Poutinus, ainsi que les grands Saigneurs de la Phynance. L’Elysée se révélait si petit pour qui voyait aussi loin que notre Immense Timonier !

Sa Grandiloquente Complexité allait délivrer un discours dont l’Histoire se souviendrait ! Les tribuns Insoumis et Insoumises annoncèrent – par la voix du tribun Gracchus Melenchon – à notre Vexé Monarc qu’ils et elles ne se rendraient point à ce raout bien trop monarchique à leur goût de plébéiens. Gracchus Mélenchon fit publiquement savoir par une très belle missive qu’on ne le « priait » point, mais qu’on « l’invitait », et qu’il avait autre chose à faire – en l’essence des activités hostiles à notre Tyrannique Jupiter – que de l’aller voir et l’écouter fouler au pied la République qu’il chérissait tant.

Pour ce grand raout royal, son Infinie Arrogance fit dépenser tant et plus, « un pognon de dingue » pour reprendre cette expression que nous devions à notre Prodigieux Calculateur. Mais las ! Hormis pour les gazetiers-nourris-aux-croquettes qui encensèrent comme de coutume sa Prolixe Noblesse, il n’y eut pas grand chose à retenir du très creux discours de Versailles. Lorsque Notre Grand Ventilateur affirma qu’il « n’aim[ait] ni les castes ni les rentes, ni les privilèges », les Riens et les Riennes comprirent alors pourquoi sa Cynique Turpitude s’était attaquée à la caste des cheminots, à la rente des salariés et aux privilèges des retraités. Lorsqu’il affirma que « la retraite n'[était] pas un droit pour lequel on a[vait] cotisé toute sa vie », ils se dirent amèrement qu’ils allaient devoir continuer à payer la gabelle, à manger des cailloux et mourir au travail quand ils auraient la chance d’en avoir un. Notre Brillat Savarin fila enfin la métaphore pâtissière en serinant que « si on v[oulait] partager le gâteau, la première condition [était] qu’il y [eût] un gâteau ». Les Riens et les Riennes avaient présent à l’esprit l’énorme galette dégoulinante de crème dont les Très-Riches-Amis de sa Généreuse Hauteur avaient bénéficié depuis l’arrivée de leur champion à la Résidence Royale, et ils en conclurent qu’ils devraient se contenter des miettes, si toutefois les autres voraces daignaient leur en laisser quelques-unes, échappées à leur gloutonnerie sans limites.

Ainsi en allait-il dans la Très Glorieuse Startup Nation. La marquise de Montretout faisait pleurer son monde en serinant dans toutes les gazettes – qui lui prêtaient toujours une si complaisante oreille, que sa faction, les Rass’istes, était sur le point de disparaître corps et biens, car ne voilà-t-il pas que la Justice, cette grande injuste, accusait notre bonne marquise et ses factieux d’avoir abusé des émoluments que le Parlement Européen versait aux députés de ce parti pour qu’ils embauchassent du menu personnel, afin de vaquer aux taches ordinairement dévolues par le mandat, et faire ainsi semblant de représenter les pauvres naïfs et les vrais imbéciles qui avaient eu la faiblesse d’écouter les propos venimeux et mensongers dont ces Haineux étaient si coutumiers.

La marquise La Buse fut verticalement tancée par notre Impitoyable Monarc pour avoir laissé passer un impair à propos du « plan pauvreté ». La pauvrette s’était laissé aller à avouer les noirs penchants de son Suzerain Maitre et d’annoncer qu’on attendrait « la fin du tournoi mondial » de la balle au pied pour dévoiler à quelle mauvaise sauce les Moins que Riens seraient désormais cuisinés. Le Baron De Chiotte réclama « une flotte militarisée » pour « empêcher les migrants de quitter l’Afrique ». Il s’en noyait toujours autant dans la mer Méditerranée mais notre Maitre Nageur n’en avait cure : il avait sa piscine au fort de Brégançon.

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Chronique du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux – 6 juillet

Chronique du 6 juillet.

Avant que d’aller tremper son Auguste Postérieur dans la piscine du fort de Brégançon – dont les travaux avançaient à grand pas, notre Maitre Nageur ayant finalement renoncé à la porcelaine de Sèvres pour un bois fort précieux dont l’aspect cependant vu de loin faisait fort quelconque- sa Trémoussante Majesté s’en était allée en Afrique tancer encore une fois ces sauvages qui ne savaient pas faire autre chose que de pondre des myriades de négrillons. Sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur, sa Grandeur Inspirée avait écrit – dans la langue du Donald Dingo Roi des Amériques- qu’il ne fallait pas craindre de ré-u-ssir – ce sésame – et pour preuve à l’appui d’en appeler aux mânes d’ un Très-Riche à qui notre Zélé Généalogiste attribua dans sa fougue un imaginaire père syrien et réfugié. A la décharge de notre Grand Manipulateur, il faut reconnaître qu’il n’était question dans les Lucarnes Magiques et dans certaines gazettes point assez aux ordres, que de ces Rien-moins-que-Riens qui avaient la sottise de s’embarquer sur des choses qu’on ne pouvait appeler « bateaux ». Quelques jours auparavant une des embarcations avait encore fait naufrage, trois bébés s’étaient noyés ainsi qu’une centaine d’autres de ces pauvres gens dont son Altesse Courroucée n’en pouvait plus de supporter la moindre allusion. Notre Petit Monarc avait eu à subir l’ire du Condiottere Salvini lors du dernier Conseil Européen, lequel avait annoncé haut et fort avant que les discussions ne commençassent que si l’on voulait que l’Italie se prononçât sur certains sujets, il fallait d’abord accepter ses demandes concernant ces gueux de migrants. Point de ces gens sur le sol de la glorieuse patrie du Duce, foi de Haineux !

Ces petites broutilles avec le Condottiere n’avaient point empêché notre Brillant Conducator et la Reine Qu-on-Sort de recevoir cet hôte de marque au Château, afin qu’il dînât dans la somptueuse nouvelle vaisselle, dont il se disait qu’ en réalité elle était quelque peu superflue, tant les précédentes Reines avaient eu à cœur avec leurs époux de garnir les placards du Palais de milliers d’assiettes de toutes sortes. Ces polémiques agaçaient fort notre Grand Vaisselier qui avait dénoncé devant des gazetiers tout acquis à sa cause et passés maîtres dans l’art de lui cirer les richelieux, une volonté de lui nuire personnellement. Il était le Roi et voilà tout, les Riens et les Riennes et ces maudits Insoumis n’étaient que des jaloux aigris qui n’avaient point ré-u-ssi.

Pour se distraire de toutes ces contrariétés, lors de son voyage dans le royaume du Niger, notre Pétulant Jupiter était allé se trémousser dans un lieu dédié à la musique et à la transe et il avait exigé que les images où on le voyait se déhancher de façon fort élégante soient soigneusement rendues publiques. Il fallait que les Riens et les Riennes, sur qui pesaient très fort toutes les réformes entreprises par notre Bouillant Banquier, continuassent de penser qu’ils avaient là un Monarc jeune et beau, beau et jeune, jeune et beau….et si moderne ! Lors de la fête de la Musique, le Château avait, dans ce même esprit, été ouvert et quelques Riens et Riennes soigneusement triés sur le volet avaient pu admirer leurs Immenses Altesses converser joyeusement dans les jardins pendant que des bateleurs et des jongleurs se contorsionnaient sur une étrange musique, le tout dans une débauche de lumières qui vous vrillaient le cerveau et l’entendement.

Rendons grâce à Dieu ! Dans les derniers jours du mois de juin, au début de la deuxième année de son Règne, Notre Très Pieux eut l’immense satisfaction d’être reçu à Rome, au Palais du Vatican, chez le Souverain Pontife, afin qu’il se fasse introniser Chanoine des Latrines, obéissant là à une très vieille tradition, à laquelle les autres monarques républicains avaient également sacrifié, liant ainsi leurs Destins à ceux des Anciens Monarques de droit divin. La République n’avait pas grand chose à voir dans cette histoire, elle mourait à petit feu, humiliée, foulée aux pieds, mise au rebut. Notre Odorant Chanoine avait bien dans ses Projeeeeeets d’en finir avec certaine loi qui avait dramatiquement éloigné la France de sa position de Fille Ainée de l’Eglise. Tout à sa mission de Restauration, sa Facétieuse Petitesse s’autorisa une aimable plaisanterie auprès du Saint Pontife en lui présentant le baron Le Dri-Ant : « c’est un Breton, c’est la mafia française, il y a en a partout ! » susurra-t-il dans l’oreille du Pape François. Il ajouta même « c’est une mafia qui fait du bien ! » L’Ensoutané en fut tout interloqué. Ce petit Français était d’une outrecuidance et d’une sottise rares….

Il se disait qu’avec cette saillie qui assimilait les braves et honnêtes Bretons aux Sicaires Transalpins notre Bien-Détesté Monarc se vengeait là du crime de lèse-majesté perpétré par quelques Riens gaziers et électriciens qui avaient osé coupé le courant et le gaz lors de sa dernière visite dans la péninsule armoricaine. D’autres assuraient que c’était une manière taquine de cajoler les petits vieux, notre Aimable Gérontophile s’y entendait fort bien. Le Grand Ensoutané offrit à notre Vibrionnant Zébulon une statue de Saint-Martin, ce légionnaire romain dont la légende voulait qu’il eût donné la moitié seulement de son manteau à un Moins-que-Rien qui mourait de froid. La moitié seulement disaient les mauvaises langues, mais cela était mieux que le mépris affiché généralement par son Egoïste Suffisance devant les Riens qui n’avaient selon lui pas suffisamment travaillé pour pouvoir se payer un costume. Les Bretons réclamèrent des excuses. Puis ils oublièrent….

Pendant ce temps, les baronnes et les barons de la Startup Nation disputaient le Tournoi des Euphémismes. Entre la marquise de l’Oiseau qui s’en allait pépiant au sujet des camps dans lesquels notre Impitoyable Timonier et son cher ami le Condottiere Salvini voulaient enfermer les pauvres hères fuyant la guerre et la misère, nourrissons y compris, qu’il ne s’agirait pas « de centres fermés mais de centres d’où les migrants ne pourraient pas sortir », le duc du Maire à qui une gazetière fort courageuse osa demander s’il mettait en place un nouvel impôt et qui répondit ceci « non, ce n’est pas un impôt, mais un prélèvement », la marquise La Buse, grande Chambellane de la Santé , qui affirmait sentencieusement que « les gens ne devaient aller aux urgences que pour les vraies urgences », le mathématicien et néanmoins duc de Ville-A-Ny, lequel avait entrepris de parcourir son fief sac au dos et gros brodequins ferrés, son éternelle lavallière remplacée par un foulard de scout, parcourant courageusement quarante longs kilomètres en quatre jours, qui répondait à une autre téméraire gazetière que non, le « plan pauvreté » n’était « pas  décalé, mais remis à plus tard », le jury ne sut les départager et déclara toutes et tous grands vainqueurs. Le petit duc de Grivot participait quant à lui au Tournoi des Oxymores. En déclarant que le titre de « Chanoine des Latrines » était « un titre parfaitement laïc » , il gagna haut la main.

Sitôt revenu du Continent Noir, Notre Grand Pourfendeur ordonna qu’on lui commandât un nouvel Aéroplane. Peu importe la dépense, on trouvait toujours de l’Argent Magique pour satisfaire les désirs de sa Capricieuse Altesse. A Versailles, où son Immense Splendeur allait bientôt réunir le Gotha des Élus pour continuer l’édification de son Absolue Royauté, les préparatifs allaient bon train. Les Tribuns Insoumis firent savoir qu’il était hors de question pour elles et eux d’aller faire des courbettes à notre Jupiter Ailé. Dans la bonne ville de Marseille qui l’avait porté en tête au premier tour du Tournoi de la Résidence Royale, Gracchus Mélenchon vint fêter sa première année de Tribun avec les Riens et les Riennes qui lui avaient confié le soin de les représenter afin de faire advenir la République Sociale. Il leur livra un vibrant discours, les exhortant à rester debout, et à se préparer à livrer de nouvelles batailles.

Le tournoi de la Balle au Pied battait son plein. On apprit que l’équipe de France s’était qualifiée pour les demi-finales de ce tournoi fort prisé qui mettait bon nombre de cervelles en hibernation, bien que ce fût un début d’été bien torride. Notre Sportif Monarc trépigna de ce que son nouvel Aéroplane ne fût encore prêt pour qu’il puisse à la vitesse du vent rejoindre la lointaine Russie où il avait décidé d’aller supporter l’équipe des Balleurs au Pied. Sa Calculatrice Éminence pariait fort sur une victoire de ces Très-Riches-Sportifs pour continuer d’endormir les Riens et les Riennes et leur faire ainsi passer quelques saignantes réformes dont il avait le secret.

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique du 10 juin

Le temps ne s’améliorait toujours pas, et il semblait à certains Riens et Riennes que le prédécesseur de notre Grand Ruissellement, le roi Françoué, dont l’inauguration du règne avait commencé sous une pluie battante, était encore en fonction. Ce roi déchu, qui n’avait pas osé se représenter au Tournoi de la Résidence Royale, et qui avait servi de marche-pieds à notre Petit Monarc, qu’il avait tout d’abord installé comme porte-parole du Château, puis ensuite comme Chambellan des Finances au palais de Bercy, où notre Cireux Banquier avait commencé à démarcher ses Très-Riches-Amis dans le but de devenir le prochain Roi, s’en allait courant le pays de supermarchés en supermarchés, pour dédicacer un livre que d’aucuns, fort mal appointés, avaient écrit pour lui, et où il disait tout le mal qu’il pensait de ce félon petit banquier sorti comme lui de la Haute-Ecole-de-L’Administration- et à qui il n’avait su rien refuser. Il se disait que notre Grande Hauteur se gaussait fort de savoir à quoi ce pauvre ex-roi se croyait réduit. Des conseillers fort bien avisés avaient recommandé à sa Poudreuse Suffisance de lire plutôt un brûlot écrit par un Rien, un certain Louis – un de ces gueux qui avait réussi on ne savait trop comment à suivre les cours de la prestigieuse école des Normes Supérieures, alors qu’il était né dans un affreux faubourg d’une ville dans ce qui s’appelait maintenant les Hauts-de-France – qui cherchait à régler des comptes à propos de la mort de son père, un Rien-moins-que-Rien. On avait susurré à sa Grande Complexité qu’il fallait à tout prix montrer au pays qu’en réalité ce Rien, qui ne l’était plus puisqu’il avait fait de hautes études dans une École où sa Grandeur Amoindrie avait piteusement échoué à entrer, était du même côté que notre Vibrionnant Timonier. Un des courtisans les mieux en vue au Château, le jeune Duc de Griveau – Notre Petit Calculateur aimait beaucoup à s’entourer de pétulants et fougueux jeunes gens – n’avait-il pas brillamment énoncé, dans une tribune de l’une des Gazettes qui avait permis la victoire de notre Grand Projecteur, qu’ils se battaient « pour l’homme pauvre », et d’ « assumer la fin de l’aumône républicaine d’un Etat-Providence ». Il fallait vite faire entendre raison à cet Edouard Louis. Las ! Ce dernier répliqua que son livre, dont le titre « Qui a tué mon père » faisait un peu désordre dans la StartUp Nation, était à charge contre le système qui broyait les Riennes et les Riens depuis une trentaine d’années, et qu’il écrivait « pour faire honte » à sa Grandeur Vexée et ses Très-Riches-Amis.

Décidément ces Riens étaient d’un ennui ! Trois d’entre eux, des cheminots, ces cochers des locomotives, s’étaient mis en tête – rien que cela! – de vouloir que notre Dispendieuse Élévation – qui venait, sur la suggestion de la Reine Qu-on-Sort, de dépenser cinquante mille euros pour renouveler quelques assiettes du service d’apparat du Palais, afin de mieux recevoir Ceux-qui-ont-réussi – les reçût ! Quelle outrecuidance ! Notre Bien-Détesté-Monarc préféra ouvrir les portes de son Château au Grand Vizir de l’Israel, un homme brutal et sanguinaire, que des Riens activistes n’hésitaient pas à qualifier de criminel de guerre, tant la répression qu’il exerçait envers un peuple voisin du sien était sans pitié. Et l’on put voir notre Cynique Banquier faire des papouilles à ce soudard et lui réserver le meilleur accueil.

Sa Réactionnaire Altitude reçut aussi dans ces mêmes jours un élu de la Nation que la Justice avait condamné – il avait été pris la main dans le sac à faire des entourloupes- et des associations qui luttaient fort contre le droit à l’avortement – conquis de haute lutte par les Riennes bien des années plutôt mais que d’aucuns, nostalgiques de l’époque des aiguilles à tricoter et des bébés abandonnés sur les marches des églises leur disputaient encore et toujours avec une méchante hargne – et contre le droit des couples de même sexe à désirer avoir des bambins à câliner et à faire sauter sur les genoux.

Un chanteur des rues, nommé Marc Ogeret – qui s’était illustré pendant sa longue carrière à chanter les misères et les luttes des Riens et des Riennes, s’en était allé voir si l’herbe était plus verte dans une autre vallée. Il demanda à être enterré avec un oeillet rouge, symbole de la Commune de Paris, que monsieur Thiers, un des lointains prédécesseurs du Grand Chambellan monsieur de Filippe, avait réprimé de si terrible façon. Notre Petit Timonier ne décréta cette fois aucun jour de deuil national, à l’inverse de ce qu’ il avait fait quelques mois plutôt quand un autre chanteur, pas des rues celui-là, puisqu’il ne fréquentait que la « jet-set », la société de l’argent-qui-coule-à-flot-et-des-paillettes, avait cassé sa pipe. La Marquise de Schiappa avait alors osé  un parallèle avec les funérailles du grand Hugo et sa Vinylique Altesse avait vu là une occasion de redorer son blason, qui avait eu, dès le début de son règne, une fâcheuse propension à se ternir et on l’avait vu, mine réjouie, se pavaner avec la Reine-Qu-on-Sort, aux côtés de la veuve du chanteur-idole-des-jeunes, qui jouait là un de ses grands rôles, dans une surenchère lacrymale du meilleur goût.

Les pauvres gens qui fuyaient la misère et les guerres continuaient de se noyer dans la Méditerranée, ou étaient retrouvés morts de froid sur ce triste côté des Alpes –dont son jumeau, le versant italien, n’allait pas tarder à devenir tout aussi triste, puisqu’était arrivé chez nos voisins un gouvernement de Haineux, dont l’un d’eux n’hésitait pas à dire qu’il suivrait, en matière de répression des exilés qui cherchaient un peu de bonheur dans leur océan de malheurs, le même chemin que notre Froid Gouvernail et son Impitoyable Grand Sinistre, le duc De Colon. Lequel duc s’acharnait contre ces pauvres Riens-moins-que-Rien. Non content de les voir crever comme des bêtes, le Grand Sinistre se haussait du col et employait pour plaire à son Maitre un des anglicismes dont ce dernier était si friand, et dont il convenait d’user et d’abuser si l’on voulait rester dans les bonnes grâces de notre Bouillant Manager. Le Duc de Colon utilisait la terrible expression « benchmarking » pour parler de ces pauvres hères qui ne savaient plus à quelle porte frapper pour espérer échapper à la mort et à la misère.

Dans le merveilleux Royaume-StartUp-Nation, les Haineux, qui avaient désormais à voir avec la conduite du pays voisin, s’étaient fait ripoliner de frais en se dotant d’un nouveau nom. La ChatelHaine de Montretout, leur cheffe, avait annoncé ce non-évènement en grande pompe et les Gazetiers stipendiés par la Phynance avaient abondamment relayé : sa Faction s’appelait désormais le Rassemblement National, ce qui avait donné l’occasion à de facétieux et néanmoins Insoumis de jouer sur les mots et d’instaurer ce nouveau qualificatif pour parler des Haineux : les Rass’istes. Une manière bien élégante pour pointer à la fois leur haine des étrangers et leur bêtise rance.

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Chroniques du règne d’Emmanuel Ier dit le Morveux

Chronique du 27 mai

Cet affreux mois de mai n’en finirait donc jamais ! Sa Cireuse Majesté n’avait jamais tant voyagé sur le globe que lors de ces jours où ces maudits tribuns de la France Insoumise appelaient les Riens et les Riennes, ces fainéants jaloux, à battre le pavé. Tout cela sentait bien trop le désordre, la chienlit comme l’un des célèbres prédécesseurs de notre Jupitérien Monarc, le baron De Gaulle, un vieux soldat blanchi sous le harnois, quoiqu’il ait été bien chauve et qui avait été le premier roi républicain, l’avait tonné en contemplant amèrement les étudiants d’un autre mois de mai, cinquante années plus tôt, dresser des barricades dans les rues de la capitale. Ce De Gaulle avait manqué de fermeté. Notre Poudreux Souverain ne s’en laisserait point compter de la sorte. Et de tancer ses Sujets, qui considéraient l’argent public comme de la morphine. Laquelle morphine n’avait jamais été tant généreusement distribuée aux Très Riches Amis qui avaient permis à notre Divin Banquier de conquérir le trône de la République agonisante, qu’il s’employait depuis avec ardeur à transformer en StartUp Nation.

Dans sa besogne à éradiquer toute révolte, Sa Romanesque Grandeur était fort bien secondée par le Grand Chambellan, le Sinistre Duc de Collomb, qu’il avait nommé à ce poste connaissant ses noirs penchants pour la répression. Il se disait aussi que notre Souverain Tant Détesté aimait à s’entourer de petits vieux, qui mettaient en lumière sa magnifique jeunesse. Le Duc de Collomb, doncques, avait dépêché depuis quatre longues semaines ses Reitres Noirs dans un bocage sacré, voué à la Sainte Mère du dieu des catholiques, lesquels catholiques retrouvaient des couleurs depuis que sa Pieuse Altesse leur laissait entendre qu’un rapprochement entre la nouvelle StartUp Nation et leur religion naguère fleuron du Royaume allait voir le jour, pour y éradiquer les gueux et les va-nu-pieds qui avaient élu domicile en ces lieux où aurait du voir le jour un magnifique Ayraultport, du nom de l’ancien Premier Chambellan du roi Françoué, dit le Scooter ou le Pédalo. Dans la semaine qui venait de s’écouler, un des ces gueux avait eu la main fauchée par une grenade lancée par les Reitres Noirs, qui confondaient allègrement le défensif avec l’offensif, obéissant en cela aux ordres du Grand Chambellan.

Ce duc de Collomb ne manquait jamais une occasion de laisser à voir ses penchants que d’aucuns qualifiaient de fascistes. Non content de faire passer l’amputé de la main pour un dangereux activiste, le Sinistre des Basses Œuvres avait également exigé que l’on gardât à vue une centaine d’escholiers, tout dépités de n’avoir point été retenus par le Grand Ordonnateur Parcours Sup pour poursuivre leurs études dans les Écoles supérieures et les Facultés de la nouvelle Nation, qui étaient désormais vouées à ne plus accueillir que des fils et des filles des Amis de sa Cultivée Petitesse. Pour finir cette folle semaine, le Duc s’était répandu sur les ondes radiophoniques, lesquelles avaient été répercutées sur la Grande Toile, qu’il envisageait sérieusement de remettre en question le vieux droit républicain de manifester, au motif que les Riens et les Riennes qui battaient le pavé étaient selon lui complices de ceux qui lançaient ces mêmes pavés dans les échoppes et aimaient à s’affronter aux Gens d’armes et autres chargés de faire respecter l’ordre républicain monarchique.

Les raisons des ces coups de menton et de ces semonces étaient à chercher du côté de la France Insoumise. Son Absolue Suffisance avait beau durcir le ton, et fustiger ces fauteurs de trouble, celles et ceux qui refusaient le Nouvel Ordre ne faiblissaient pas, même s’il avait exigé de tous ses échotiers-très-bien-nourris-aux-croquettes qu’ils et elles minimisassent l’ampleur de ce que ces Riens avaient osé appelé « marée populaire », et qui s’était déroulée dans toutes les villes du pays. Le Duc du Havre, Monsieur De Philippe, Premier Grand Chambellan de son Himalayenne Arrogance avait donné le ton en susurrant « qu’il s’agissait là d’un petit coefficient de marée ». La Marquise de Saint-Cric, une de ces gazetières fort en vue déjà du temps du roi Françoué, parce qu’elle avait rayé de ses dents fort pointues tous les parquets du palais de Solférino, s’acharna sur la Deuxième Lucarne Magique à déverser son fiel sur le tribun Mélenchon, à l’encontre de qui elle nourrissait une haine féroce.

Cette chronique du jour ne serait point complète si son auteure ne faisait point allusion à la déconvenue que le Sieur Borloo eut à essuyer, lorsqu’il se mit en tête de présenter à sa Grandeur Inspirée un « plan » pour améliorer – vœu pieu – les conditions de vie des pauvres gens parqués dans les faubourgs érigés de tours et d’immeubles où régnaient en maîtres les trafics en tout genre. Notre Bien Haï Suzerain, avec sa fougue et sa morgue coutumières, foula au pied ce modeste travail dont il affubla les auteurs de l’appellation « deux mâles blancs dans un bureau » . Il en profita pour promouvoir sa vision des choses : les faubourgs, ces banlieues lieux de toutes les turpitudes, étaient peuplées d’indigènes. On allait donc rétablir l’indigénat, et voilà tout. Pour ce faire, Notre Immense Ruissellement en appela aussi dans un de ces messages abscons dont il avait le secret, reflet de sa Complexe Pensée, aux mères, aux « mamans », puisque nous en arrivions au jour où il convenait, depuis le Maréchal Pétain – un autre dont il conviendrait que notre Brillant Souverain rétablisse très vite la mémoire fort injustement salie par ces maudits Résistants- de les fêter en leur offrant un de ces objets fabriqués à vil prix par des enfants esclavagisés par les bons soins de Ceux-qui-ont -réussi, ces financiers tant cajolés par notre Vibrionnant Monarc.

Il se disait aussi fort méchamment que sa Petitesse, en parlant de « maman », rendait en fait hommage à la Reine Qu-on-sort, laquelle était fastement entretenue par l’Argent Public, ce même argent public dont notre Révéré Roitelet entendait sevrer ses drogués de sujets.