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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 31 octobre

Sa Glorieuse Turpidité pouvait certes se féliciter d’avoir fait trébucher Gracchus Melenchonus – bien que ce dernier se fût immédiatement remis en selle et venait de faire salle comble dans la bonne ville de Lille, où il était venu remonter le moral des Insoumis et des Insoumises – elle n’en continuait pas moins de dégringoler inexorablement dans les profondeurs insondables de la détestation. Cela lui minait le moral.

On approchait de la Toussaint et de la Fête des Trépassés. Notre Cadavéreux Monarc n’avait pas eu à se grimer en mort-vivant, car voilà qu’ il en avait naturellement tout l’aspect. Dans son entourage, on ne cachait plus l’inquiétude que suscitait l’état de santé de sa Vacillante Complexion, à moins que ce ne fût là encore une ruse de ses Conseillers pour tenter une remontée de popularité dans les carottages d’opinion. De perfides gazetiers faisaient remarquer que notre Phénix Anémié maigrissait à vue d’œil, pire, qu’il perdait ses cheveux… On avait déjà mis quelques perruquiers à l’œuvre, afin qu’ils parassent à l’horrible éventualité que sa Grandeur Amoindrie se retrouvât bientôt aussi chauve que le vieux duc de Colon ou que le duc de Bordeaux, ou encore que cet ancien roi, que la Vieille République entretenait toujours, le vieux duc de Chamaillières, Monsieur d’Esse-Teint. A ces fielleuses remarques, les Conseillers avaient réponse : « Il se tue à la tâche » susurrait-on, « Ils gèrent la StartupNation à deux, avec Monsieur de Khol-Air. » ajoutait-on d’un air entendu. Il se disait que Notre Ubiquiste Despote ne dormait que trois heures par nuit, et qu’il harcelait ses collaborateurs jusqu’à potron-minet, en leur envoyant des missives sur leurs smartrucs, lesquels ne pouvaient jamais être éteints.

Chose inouïe, la date du Conseil des Chambellans fut avancée d’un jour. Sa Chochoteuse Petitesse ne se refusait rien. On communiqua abondamment sur ce fait. Jamais, même du temps des vieux rois à l’agonie que furent le roi Georges et le roi François, cela ne s’était produit. « Cela doit lui permettre de souffler, de gérer l’effort » jacassa le petit duc de Grivot, qui était passé maitre en la matière de dire tout et n’importe quoi à propos de notre Souffreteux Suzerain. Une gazetière, qui s’était fait spécialité de commenter les moindres pets des rois républicains qui s’étaient succédé au Château depuis Mon-Général, madame de Nez, énonça fort doctement que sa Pâlichonne Divinité montrait ainsi « qu’il n’était pas surhumain ». Les Riens et les Riennes furent ravis d’apprendre cette information essentielle. Ils apprirent aussi par la même occasion que notre Incommodé Roitelet devait entreprendre – après ce repos fort mérité- un long périple dans les terres du Nord et de l’Est, une « itinérance mémorielle » ainsi que le nommait en toute simplicité le Château. Il s’agissait en réalité d’une tournée, celle d’un histrion déchu, à la recherche d’un regain de popularité. On approchait du centenaire de l’armistice qui avait mis fin à la Grande Guerre, celle qui avait ravagé les rangs des Riens et qui avaient laissé tant de Riennes épuisées de larmes, des deux côtés du Rhin. Il fallait profiter de l’occasion. Peu importait le contexte. Son Impérieuse Omnipotence avait d’ailleurs décidé de supprimer le traditionnel défilé militaire du 11 Novembre, au motif officiel que «la plupart des combattants étaient des civils qu’on avait armés ». Monsieur de la Palisse n’aurait pas mieux dit. Emporté par son zèle absolutiste – à moins que ce ne fût à cause du chiffre constamment à la baisse de bonnes opinions concernant sa personne – , et non content d’avancer d’un jour la cérémonie, notre Poudreux Pétochard exigea que pour la première fois depuis 1920, les Riens et les Riennes n’eussent pas accès à la Forêt de Compiègne, lieu où chaque année on commémorait la fin de la Grande Boucherie. Ce fait du Prince consterna bon nombre de celles et ceux qui faisaient chaque année le voyage. Cela leur gâchait « la fête ». Il y avait là confiscation du Souvenir…

Le Château ne communiqua pas le lieu secret où Leurs Pipoleuses Altesses avaient prévu de se reposer, mais l’information fuita tout de même. Les Riens et les Riennes – qui s’apprêtaient à subir une nouvelle augmentation de la gabelle – apprirent ainsi que notre Dispendieux Jupitou et la Reine-Qu-on-sort séjourneraient dans une luxueuse hostellerie, non loin de Honfleur. Une nuit dans une suite coûtait plus cher qu’un salaire mensuel minimum d’un Rien ou d’une Rienne. Les Conseillers affirmèrent que sa Très-Honnête-Probité paierait sur ses propres deniers. Ce qu’ils omirent de préciser, c’est que notre Ruineux Freluquet ne se déplaçait jamais sans son abondante suite de valets, et de courtisans, et que c’étaient bien les Riens et les Riennes qui supporteraient en réalité les coûteuses vacances de sa Capricieuse Petitesse. A ces frais mirifiques, il fallait rajouter ceux afférant à l’organisation d’un « bain de foule », petite cerise sur la pièce montée de la comédie de la popularité . On trouva encore quelques vieux partisans de la Faction de sa Hâve Majesté bien disposés moyennant rétribution – on leur avait promis un « selfie » avec notre Jeune Jouvenceau- à venir jouer « la foule ». Les gazetiers furent naturellement conviés. L’on vit ainsi sa Sautillante Faiblesse serrer mécaniquement les vieilles mains tendues – non moins mécaniquement, arborer un sourire des plus naturels, et répéter en boucle qu’il venait à Honfleur en famille « tous les Premier de l’An ». Quelques Riens et Riennes plus attentifs que la moyenne n’en crurent pas leurs oreilles. Voilà que notre Trébuchant Monarc se mettait à confondre les saisons….On conjectura sur la qualité des potions que l’on avait administré à son Égrotante Défaillance.

Pendant ce temps, la vie continuait dans la StartupNation. Certains, à l’instar de l’ancien roi Françoué dit le Scoutère, ou de son ancienne concubine, la duchesse du Poitou, n’en finissaient pas de faire des come-back des plus laborieux, profitant de la faiblesse de notre Défaillante Mauviette. La duchesse avait commis un ouvrage de plume, dans lequel elle égratignait toute la noblesse politique en général, et le roi Françoué en particulier. Elle y révélait quelques secrets d’alcôve qui achevèrent de la décrédibiliser, mais elle n’en avait cure et pensait toujours se présenter en recours pour le camp du Progrès, lequel camp ne lui demandait rien. Un autre ancien du parti à la Rose, monsieur de Ammon, tentait lui aussi sa chance. On l’appelait « monsieur Six Pour Cent », c’était son résultat au Tournoi de la Résidence Royale. Il ne savait parler que pour ne rien dire, ou presque. Il était connu dans son ancienne faction pour son habileté à planter des couteaux dans le dos de ses adversaires, en prenant ensuite un air dégagé et faussement sympathique.

Afin de construire sa renommée, le tout frais Chambellan aux Affaires Intérieures avait décidé de s’attaquer aux actes délictueux commis par quelques escholiers facétieux qui s’amusaient – en dignes émules du sieur de GrosBras- à braquer des pistolets factices sur la tempe de leurs professeurs, lesquels manquaient cruellement d’humour et avaient lancé sur les réseaux sociaux une campagne de protestation. Las, Rintintin-Chien-Policier se fit voler la vedette par le Grand Chambellan aux Ecoles, monsieur de Blanc-Querre, lequel s’était fait une spécialité depuis sa nomination d’enfoncer toutes les portes ouvertes. Ce n’était plus un homme, mais un véritable bélier qui brassait autant d’air que les moulins du sieur don Quichotte. Il fut décidé en grande pompe d’autoriser la présence de gens d’armes dans les écoles. On manquait de professeurs ? Qu’ à cela ne tienne, on allait les remplacer par quelques argousins qui remettraient les escholiers facétieux à leur place. Monsieur de Blanc-Querre suggéra aussi aux maitres empêchés de faire leur métier par ces quelques trublions de leur « donner des lignes ». Ce genre de punition n’avait plus cours dans la vieille République depuis des temps très anciens. L’expression de « marche arrière » n’avait jamais aussi bien convenu à la politique mise en œuvre par notre Cireux Tyranneau et ses zélés Zélotes.

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 20 octobre.

Le mardi 16 octobre de l’an II du règne de sa Jupitérienne Petitesse resterait dans les annales des Grandes Turpitudes. Ce fut le jour où notre Odieux Potentat choisit de lâcher ses reitres noirs sur ces tribuns séditieux qu’étaient les Insoumis. Sa Hauteur Piquée n’ en pouvait plus de les voir gagner des points dans les carottages d’opinion, pendant qu’Elle descendait inexorablement dans les profondeurs des enfers. Il fallait y mettre un terme, et vite. Les Riens et les Riennes oublieraient ainsi la pénible affaire du sieur de GrosBras – lequel venait de faire quelques perfides confidences à une gazette, confidences dans lesquelles cet important se permettait de comparer notre Pelucheux Roitelet à un « lapereau de six semaines » et « en même temps »  de laisser sous-entendre qu’il n’attendait qu’un signe de sa Grandeur Himalayenne pour venir lui offrir à nouveau ses services. Les Riens et les Riennes oublieraient les prix des denrées qui s’envolaient, le gaz pour se chauffer qui deviendrait bientôt aussi cher que les assiettes de la Reine-Qu-on-sort. Ils oublieraient que les pensions des vieillards se réduisaient comme peau de chagrin, que les hôpitaux fermaient, en un mot que vivre était devenu un luxe qui leur était refusé.

A la toute fin de l’été, Sa Comploteuse Hautesse avait fait recruter sur entretien d’embauche – ce fut le Premier Grand Chambellan qui se chargea de cette besogne- le nouveau Procureur de la place de Paris. On récusa les candidats proposés par les magistrats du Siège. « Le parquet à la française se doit d’être rattaché à la garde des Sceaux » énonça notre Petit Tyranneau, tout en affirmant que la Justice resterait indépendante. Comme à son habitude, sa Machiavelique Frivolité disait tout et son contraire. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes avaient depuis belle lurette oublié ce qu’était le sens critique. Cette matière n’était tout simplement plus enseignée dans leurs écoles. On ne leur dispensait plus que la meilleure manière de cirer les richelieux et lécher les chausses, le seul savoir dont ils auraient à faire preuve dans leur profession.

Le matin même où la tant attendue fumée blanche annonçant le non moins attendu habemus ministrum, Gracchus Melenchonus fut ainsi réveillé dès potron-minet par huit gens d’armes, qu’on avait pris soin de bien exciter avant de les lâcher dans les appartements de cet Insoumis, cet ennemi que notre Insinuant Foutriquet voulait écrabouiller définitivement. Ces argousins retournèrent méthodiquement jusqu’aux chaussettes du tribun, raflant tout ce qui leur tombait sous la main. Ils agissaient là sur ordre du Parquet, lequel, en toute dépendance de la Chancellerie des Balances, avait trouvé un juge du Siège pour ordonner que l’on passât outre à l’assentiment de cet opposant pour fouiller son domicile. On enquêtait officiellement sur une abracadabrantesque dénonciation faite par une Haineuse, proche de la marquise de Montretout, et sur les comptes de campagne du tribun, lesquels avaient pourtant été validés par l’autorité désignée pour la chose. Il n’y avait rien dans ces fables – lesquelles ne faisaient pour l’heure l’objet d’aucune instruction par un magistrat – qui méritât le très dispendieux et spectaculaire dispositif que le Procureur-aux-ordres fit déployer. Cette disproportion entre les faits, sur lesquels il s’avérait que la Justice n’avait même pas matière à enquêter, et le déploiement de forces, digne d’une arrestation de grande envergure contre des bandes organisées de malfaisants, dépassait l’entendement. Ce qui était le plus extraordinaire, c’est qu’elle se faisait uniquement contre l’Insoumis et les siens. D’autres étaient aussi visés par les dénonciations fantaisistes de la Haineuse, d’autres avaient vu leurs comptes de campagne signalés, mais aucun, aucune ne fut l’objet de ce traitement de faveur.

Ce ne fut en effet pas moins d’une centaine de pandores qui furent ainsi attelés à la tâche de rafler les caleçons, les bouts de chandelles, les images relevant de la vie privée et tout ce qu’ils purent trouver, non seulement chez le tribun des Insoumis, mais également chez celles et ceux qui avaient à un moment œuvré avec lui pour fomenter une révolution citoyenne. Car enfin, c’était bien cela qui leur était reproché ! C’était là crime odieux contre la StartupNation. Et ce fut bien entendu pour contrer cet impensable dessein, pour réduire cette sédition en miettes, qu’on avait ordoné que fut fouillé l’immeuble où ces factieux complotaient. Les argousins emportèrent tous les fichiers, les notes de travail, jusqu’au moindre bout de papier. Les tribuns, sous la houlette de Gracchus Mélenchonus, s’insurgèrent contre ce qui était manifestement un coup de force. L’un des leurs fut violemment molesté par un argousin enragé qui l’aurait étranglé si le bouillant Alexus Corbius ne s’était interposé.

Vu de l’étranger, ce qui se passa ce jour-là se comprit de façon limpide : c’était tout bonnement la captation, par le Prince au Pouvoir, de tous les documents secrets de la principale faction d’opposition. Cela n’arrivait bel et bien qu’en tyrannie. Les documents pris, sans qu’aucun procès-verbal ne fût signé, se trouvaient on ne sait où, aux mains d’on ne sait qui. Être partisan du Parti des Insoumis était en passe de devenir un délit de haute trahison. Notre Détesté Suprême allait avoir accès à tous les noms de celles et ceux qui complotaient odieusement contre l’État, donc contre sa Glorieuse Personne – à moins que ce ne fût l’inverse- ainsi qu’à tous les documents secrets de ses opposants. Si pareille affaire était survenue dans la lointaine Russie du Tsar Poutinus, ou dans le terrible et sanguinaire Vénézuelaaaaaaaaaa, comment notre Turpide Régentin aurait-il réagi ? Sans nul doute aurait-il décidé d’envahir séance tenante le pays en question afin de rétablir la Démocratie…

Mais cette offensive n’en resta pas à son premier acte. On enclencha ensuite l’acte deux. Il suffisait d’actionner le dispositif de mise en marche des chiens de garde, lesquels en bons automates savants se mirent à commenter ad nauseam le moindre mot prononcé par le tribun lors de cette noire journée et celles qui suivirent, tout ceci afin de jeter le doute sur son honneur d’honnête d’homme et ses capacités à gouverner, ainsi que sur ses proches. Les gazettes à la manœuvre appartenaient toutes aux huit Grands Saigneurs de la Phynance, autrement dit la ligue des Très-Riches-Amis qui avait porté notre Cynique Marmouset sur le trône. Mais le Service Public des Lucarnes et Boites Magiques n’en fut pas de reste. Il rivalisa dans la haine et les dénonciations calomnieuses avec les machines à décérébrer de nos Oligarques. Il faut rappeler que la Grande Gouverneure du Service Public de l’Information n’était autre qu’une bonne amie de notre Sardonique Satrape. L’entre-soi n’avait jamais fonctionné aussi magnifiquement que depuis l’avènement de sa Freluquette Majesté.

Le plus acharné à cette sordide besogne fut cependant un certain Tullius Mustachus appelé aussi Tullius Plenus, un gazetier qui se piquait d’avoir été en son temps un révolutionnaire. De cette antique période de sa jeunesse, il n’avait gardé que le goût du complot, et une haine inextinguible contre Gracchus Melenchonus. Ce triste personnage se vautra dans la fange du caniveau en donnant en pâture à ses lecteurs la vie privée de son ennemi, à coup de sous-entendus des plus détestables. Il ne prouvait rien, il accusait. De nombreux et nombreuses Insoumis et Insoumises qui soutenaient la Gazette de ce perfide, gazette qu’il avait créée plusieurs années auparavant, du temps de l’accession au trône du roi Nico dit le Nabot, firent connaître leur grande désapprobation. Ils firent savoir sur les Réseaux sociaux qu’ils ne paieraient plus le moindre centime pour soutenir cette entreprise qui se confondait avec la fabrique de fange.

Ce fut donc la curée, et l’écoeurement. Grachus Melenchonus et les siens se défendirent avec panache, employant les mots qu’ils maniaient si bien. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes n’en continuèrent pas moins leur entreprise de destruction. Delendus est Melenchonus. C’était la seule ligne de conduite. Il ne se trouva étrangement dans cette caste de laquais et de cireurs de chausses qu’un certain monsieur de Jisse-Berge, pour ne point aboyer avec la meute. Les chiens de garde n’avaient plus de mémoire. Ils avaient commodément oublié – mais sans doute était-il plus juste de dire, qu’en bons incultes qu’ils étaient, ils ne l’avaient jamais su – qu’en son temps, durant l’année enchantée où les Riens et les Riennes conquirent les congés payés, l’honneur d’un tribun du peuple fut ainsi mis en pâture par la faction très active des Haineux. Cet homme se défendit avec panache et courage, mais la meute vociférante en fit tant et plus qu’il s’épuisa et finit par se brûler la cervelle. On le pleura. A la Libération, on nomma force rues et places de son nom. Il s’appelait Roger Salengro. Gracchus Mélenchonus avait certes le cuir épais, forgé à tous les combats qui avaient émaillé sa vie. Les Insoumises et Insoumis de la vieille République firent corps autour de lui. Les Riens et des Riennes furent abasourdis devant le déferlement de la haine gazetière. Notre Turpide Potentat ne les imaginait, du haut de son Olympe Ménagère, qu’en alcooliques pour les uns et illettrées pour les autres. Ils et elles n’ accordèrent pourtant pas un point de plus au crédit en berne de son Ivresse des Profondeurs. Seul le Premier Grand Chambellan tira son épingle du jeu. On se demandait bien pourquoi, car dans le bras de fer qui l’opposait à notre Cynique Monarc, il avait perdu la partie : le grand Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, s’était métamorphosé en Rintintin-Chien-Policier.

Car c’était là l’autre événement de ce 16 octobre. La montagne avait accouché d’une souris. La moitié du fondement du Premier Grand Chambellan avait enfin été remplacée par le servile postérieur du sieur Casse-Ta-Mère, lequel au passage aurait bien aimé être anobli, et devenir Grand Chambellan, tout comme son prédécesseur, le vieux duc de Colon. Las, notre Rintintin-Chien-Policier n’était que onzième dans l’ordre protocolaire du nouveau gouvernement. Il commença par aller parader à la Chambre Haute, où il énerva tant et plus les Vieilles Bedaines par sa désinvolture, que celles-ci se levèrent et quittèrent l’hémicycle en signe de protestation. Le grand secrétaire des aisances de notre tout émoustillé Rintintin-Chien-Policier n’était autre qu’un grand laquais condamné plusieurs fois par la Justice, et qui avait déjà occupé ces fonctions auprès du sieur de Gai-Hant, un ancien Chambellan aux Affaires Intérieures du roi Nico-dit-le-Nabot. Ce monsieur Gai-Hant était lui-même sous le coup d’une instruction judiciaire. Ce n’était pas le seul ancien affidé du roi Nico à revenir en grâce : c’était aussi le cas de monsieur de Rit-Ester, fraichement nommé Chambellan à la Culture, en remplacement de madame de Nicène, qu’on avait prié de s’en retourner rénover ses immeubles. Monsieur de Rit-Ester n’était autre que l’ancien laquais chargé de porter la parole du Roi Nico quand celui-ci s’était représenté au Tournoi de la Résidence Royale, tournoi où il avait chu au deuxième tour devant le duc de Corrèze, qui allait ainsi devenir le roi Françoué-dit-le-Pédalo ou encore le Scoutère.

Le lendemain de cette offensive pour terrasser son pire ennemi, son Arrogante Petitesse s’adressa à ses sujets dans une des Lucarnes Magiques du Service de la Propagande. Les Très-Hauts-Conseillers de notre Petit Plongeur Lui avaient conseillé d’y paraître le plus modeste possible. Le résultat fut au delà de toutes les espérances : sa Lugubre Malveillance s’exprima durant dix longues minutes, énonçant platitude sur platitude, phrase creuse sur phrase creuse, empilant les euphémismes si chers à ses fidèles, le tout dans une ambiance sépulcrale. Des Insoumis étaient passés par là et avaient volé tous les candélabres.

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du dimanche 14 octobre.

Son Impuissance Horlogère était de retour de la lointaine Erevan, où elle s’en était allée glorifier la langue française et oublier tous les petits tracas qui lui pourrissaient sérieusement son règne. Les gazetiers se momifiaient littéralement d’attendre le Grand Remaniement. Ils scrutaient nerveusement les cheminées du Château, mais en vain. Agacé, notre Petit Maitre revendiqua, depuis l’Arménie, de vouloir « prendre son temps ». « J’essaye de faire les choses en professionnel » énonça sa Splendide Hauteur. Nous n’avions plus un monarque, mais un petit chef du personnel …

Il faut dire que les choses s’étaient singulièrement compliquées depuis que le vieux duc de Colon avait, contre toute attente, pris la poudre d’escampette, et ceci en dépit de la volonté de notre Minuscule Timonier. Sa Vacillante Flétrissure avait voulu exiger du Premier Grand Chambellan – qui risquait, le pauvre, de finir coupé en deux, à force de se scinder le fondement – qu’il démissionnât, afin de le renommer illico et de prouver au monde entier qu’il tenait encore les rênes du carrosse….Las ! Le duc du Havre refusa. Il ne voulait point être obligé de repasser devant la Chambre Basse, pour obtenir la confiance des Godillots. Il l’obtiendrait, certes, mais de façon moins éclatante que la première fois, et cela, le Premier Grand Chambellan ne pouvait l’envisager. Là-dessus, voilà que le Grand Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère menaça de démissionner de ses fonctions – on ne savait plus vraiment lesquelles tant il brassait du vent – s’il n’obtenait pas la Chancellerie des Affaires Intérieures. Un remplaçant pour le vieux duc avait été approché – il avait été grand scribe au Château du temps du roi Nico dit le Nabot – et était disposé à accepter, mais il fallut tout arrêter. Monsieur du Havre continua ses périlleuses acrobaties. On le vit dormir à l’Assemblée pour y reposer son fondement bien mis à mal. Beaucoup firent fielleusement savoir que le Château les avait sollicités, mais que non, merci, non vraiment, ils se voyaient contraints de refuser. En bons hypocrites qu’ils étaient, ils souhaitaient tous beaucoup de bonheur au futur gouvernement de notre Contrarié Bambin. Il se trouvait heureusement quelques affidés du Parti à la Rose, qui n’avaient point encore trahi et qui attendaient leur heure, patiemment, ainsi que des proches du duc de Béarn – lequel avait été un très éphémère Grand Chambellan aux Balances, dans les premières heures de l’avènement de son Ivresse des Profondeurs, et réaffirmait à qui voulait l’entendre son indéfectible attachement à la précieuse personne de notre Orgueilleux Roitelet. Que ne ferait-on pour des couverts en argent à la table royale, même à bord d’un vaisseau qui commençait à tanguer sérieusement ?

Pendant ce temps, la StartupNation continuait de récompenser les fidèles, sa Grandeur Chiffonnée y veillait personnellement. On vit ainsi le marquis de la Buze – dont l’épouse était Chambellane de la Santé – devenir Haut-Conseiller-Extraordinaire en droit, lui qui n’avait jamais pratiqué cette noble matière. Il avait été carabin, puis avait pantouflé ici et là. Il avait tout à voir avec les médecins du grand Molière. C’était un important qui voulait se caser. On le casa donc. Notre Népotique Freluquet casa aussi une des ses chères amies, qu’il fit nommer Grande Maitresse d’Académie. Il fallut, pour la faire accéder à cette charge, modifier quelque peu les règles. Qu’à cela ne tienne, on modifia. La marquise de Chiapa, qu’on n’avait point entendue pendant longtemps, accompagna sa Divine Pensée en Arménie. Elle avait en vue une autre Chancellerie. Elle flagorna donc tous azimuts. Elle trouvait à notre Immense Phénix « un côté christique ». Elle clama à qui voulait l’entendre que les petites gens aimaient le toucher. Depuis les folies de Saint-Martin, on savait que Notre-Seigneur aimait laisser venir à lui les aigrefins et les malandrins quand ils se doublaient de beaux et sombres éphèbes. Voilà maintenant qu’on appelait les scrofuleux et les paralytiques…Les appétits de pouvoir n’avaient aucune limite dans la StartupNation.

Les folies de Saint-Martin avaient néanmoins eu des conséquences. Elles avaient considérablement refroidi la belle amitié qui liait sa Neigeuse Honorabilité et le duc de Ville-Iller, ce sourcilleux chouan. Le duc disait conserver à notre Minuscule Turpide toute son affection, mais il le tança d’importance dans la Gazette du Perruquier. « J’ai compris qu’il n’avait pas compris ». Monsieur de Ville-Iller n’avait point trouvé de son goût les trémoussantes gesticulations lors de la Fête de la Musique, et encore moins l’escapade dans la cabane, sur l’ile de Saint-Martin. Le duc voyait dans sa Mirifique Petitesse comme un jumeau hybride du roi Nico dit le Nabot, lequel s’était brûlé les ailes à vouloir se montrer partout et à parader tel un petit phénix. Un philosophe de renom, qui se faisait de plus en plus rare, mais dont la parole se recherchait, accorda une longue entrevue à une gazette. Il fit plus qu’étriller notre Minuscule Jupi, il l’éparpilla, il l’atomisa, il le ridiculisa. Sa Complexe Grandeur fut qualifiée de « puceau de la pensée », « élu dans un moment d’hallucination collective ». Les Riens et les Riennes continuaient leur dur labeur quand ils et elles en avaient encore un, et se faisaient faucher par des carrosses lancés à toute allure quand ils cherchaient à traverser la chaussée pour trouver un autre travail, moins bien rémunéré, mais il fallait vivre et tout coûtait. Gracchus Mélenchon fut questionné par des gazetiers légèrement moins méprisants que d’ordinaire et il put ainsi expliquer aux Riens et aux Riennes qui l’écoutèrent ce qui se tramait en haut lieux : les querelles intestines dans les couloirs du Château, le bras de fer engagé entre notre Poudreux Myrmidon et monsieur du Havre, lequel apparaissait de plus en plus pour les Factieux de la Droite comme un véritable chef, en un mot comme en cent comment sa Grandeur Étriquée – tout avait commencé avec l’affaire du Sieur de GrosBras- se trouvait réduite à ne plus pouvoir compter que sur la bande de fidèles irréductibles, laquelle brillait par son absence totale de scrupules et d’intelligence.

C’est cette bêtise en bande organisée qu’un autre tribun des Insoumis, Gracchus Rufinus, dénonça haut et fort à la Chambre Basse. Dans sa rouge colère, il compara les Godillots de la Faction de notre Egocrate Versaillais à de petits pantins, ne sachant que voter en cadence pour rejeter tout projet qui ne venait pas de leurs rangs, fût-il de nature – ou parce que précisément à cause de cela- à arranger quelque peu la vie de Riennes qui faisaient la difficile profession – mal rétribuée et très méprisée- d’accompagner des bambins infirmes à l’école et de les aider à devenir des escholiers comme les autres.

De l’autre côté des Alpes, la peste brune progressait inexorablement. Les Haineux au pouvoir se déchainaient contre les étrangers. L’infâme Condotiere Salvini – le grand ami de sa Turpide Majesté – avait fait arrêter un bourgmestre du sud de la Botte qui avait osé accueillir dans son village quasi-vide de pauvres gens, qui avaient retrouvé là le goût de vivre, après l’épouvantable traversée de la Méditerranée sur leurs pauvres coques de noix, et qui ne demandaient rien d’autre qu’une toute petite place dans ce monde. C’en était trop pour les Haineux. Le bourgmestre fut arrêté et les pauvres hères raflés. Le Condotiere ne voulait pas s’arrêter en si bon chemin. Il proposa aussi que fussent soumis au couvre-feu toutes les petites échoppes « ethniques », repère selon lui et ses sbires de gens qui ne pensaient qu’à semer le trouble.

L’heure était bien noire sur l’Europe. Mais aucune fumée blanche ne montait toujours des cheminées du Château. La vieille République continuait pourtant à fonctionner. A quoi donc servait le Chambellan des Affaires Intérieures ?

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 7 octobre

On était dimanche, et aucune fumée blanche n’avait flotté au dessus du Château. Le fauteuil de Grand Chambellan aux Affaires Intérieures était toujours occupé d’une fesse par le Premier Grand Chambellan, monsieur du Havre, pendant que l’autre moitié de son auguste postérieur occupait le fauteuil qui lui avait été dévolu voilà dix-huit mois. Le duc avait alors affirmé avec force que son gouvernement était « fait pour durer ». Or c’étaient déjà sept ministres qui s’en étaient allés, qui pour tripatouillages – c’était le cas du duc de Béarn et deux duchesses – qui pour mettre de la distance avec notre Grand Potentat comme tout récemment le duc de Colon, qui encore, comme le Grand Jardinier monsieur de Hue-L’Eau, par écœurement consécutif à une indigestion de boas.

La StartupNation tanguait tel un navire balloté dans la tourmente. Mais notre Splendide Capitaine affirmait à qui voulait l’entendre que tout allait pour le mieux. Sa Sémillante Grâce décida d’aller visiter le Salon du Carrosse. Il fallut tenir les Riens et les Riennes à bonne distance. On les enferma derrière des cordons et l’on fit déployer la maréchaussée. Notre Petit Pilote privatisa ainsi la moitié de l’espace à son seul profit. Seul un petite troupe de gazetiers-nourris-aux-croquettes, dont la fidélité et la servilité étaient à toute épreuve, fut autorisée à suivre notre Pétulant Torpédo dans ses déambulations. Sa Dérisoire Arrogance indiqua aux pisse-copies que, dans le cercle qui l’entourait désormais, il y avait là « un cap, des institutions, un gouvernement au travail, au service du pays et du peuple ». « Le reste n’est que péripéties. Moi, je continue à conduire, » conclut magistralement notre Bouillant Cocher. Les gazetiers savourèrent la métaphore. De leur côté, les Riens et les Riennes, marchands de carrosses de leur état, et qui étaient venus des lointaines provinces dans la capitale pour visiter ce Salon dans le but de passer des commandes pour leurs clients, en furent pour leurs frais. Ils durent patienter de longues heures que sa Grandeur Chiffonnée daignât finir sa philosophique déambulation. Ils en étaient fort marris et conçurent pour notre Prétentieux Freluquet une colère des plus tenaces. C’était là chose inouïe qu’un roi républicain professe un tel mépris…

Son Extase des Altitudes avait décidé, pour l’anniversaire de la vieille République, de s’en aller se recueillir sur la tombe de Mon-Général, le premier roi républicain. Il avait prié ses Conseillers-nourris-aux-croquettes de lui concocter un de ces « bains de foule » au milieu de manants triés sur le volet. Notre Croquignolet Suzerain y apparaissait toujours tellement à son avantage ! Mais il n’était point question de réitérer les folies de Saint-Martin. On n’avait qu’à prendre des vieillards, le plus décatis possible. Et des femmes seulement, elles tombaient plus facilement sous le charme de notre Danseur de Tango. Bien qu’elles aient été dûment chapitrées à l’avance, certaines de ces mémés osèrent évoquer leurs difficultés grandissantes. La politique de sa Généreuse Redistribution avait consisté à prendre dans la poche des plus démunis pour gaver ses Très-Riches-Amis envers lesquels il était si redevable. Les maigres pensions de ces pauvres vieilles Riennes allaient en s’amenuisant. Qu’à cela ne tienne ! Notre Petit Copiste, tout inspiré qu’il était d’avoir arpenté la sainte demeure de feu Mon-Général, en compagnie de l’un de ses descendants, exhiba une parole du vieux briscard, totalement sortie du contexte dans laquelle elle fut naguère prononcée : « on n’a pas le droit de se plaindre ». Il énonça donc sur un ton fort docte, devant son parterre de vieilles fleurs désolées et un peu en colère, que « le pays se tiendrait autrement si on ne se plaignait pas. » Son auditoire protesta mollement, sa Mesquine Seigneurie leur ferma définitivement le caquet sur ces mots : « Je ne promets jamais, Moi, je fais. »

Le lendemain, notre Étrillant Tranche-Montagne tança sévèrement les Insoumis qui réclamaient une Vie République : c’était là des gens qui n’aimaient point l’État que sa Grandeur Inspirée incarnait si bien. Puis notre Infatigable Marcheur se rendit dare-dare prononcer – contre la volonté de la famille- un vibrant hommage à un chanteur qui venait – encore un, c’était une telle aubaine pour sa Cynique Infatuation – de rendre l’âme. Les Riens et les Riennes étaient partagés sur le défunt : il avait enchanté leur jeunesse de ses belles mélodies, mais il avait aussi beaucoup caché au Trésor ses écus, écus qu’il avait fait transiter vers d’hélvétiques coffres-forts. C’était à tout le moins un bel exemple pour notre Petit Banquier.

Sa Neigeuse Probité fit tous ces va-et-vient sans personne à ses côtés. La Reine-Qu-on-Sort avait disparu. Certains esprits facétieux suggérèrent sur les Réseaux Sociaux qu’elle s’en était allée vivre une idylle avec le vieux duc de Colon. Mais d’ indiscrets Officiers chargés de veiller sur le bien-être de nos Très-Dispendieuses-Altesses mangèrent le morceau : il y avait eu cassage d’assiettes au Château ! Ces braves racontèrent que « ça gueulait si fort  derrière la porte  qu’on a tout entendu». Ils portèrent à la connaissance de gazetiers curieux le message parvenu malgré eux à leurs oreilles : « il faut arrêter les conneries maintenant ». La Reine-Qu-on-sort avait parlé. Serait-elle entendue ?

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 3 octobre

« Laissez-venir à moi les aigrefins, les gredins, les bandits de grand chemin, les coquins, les trousse-jarret, les canailles, les gibiers de potence,, les fripouilles, les brabançons, car ils sont tous enfants de la StartupNation ! ». Notre Alleluiesque Suzerain ne s’était pas contenté de tancer les chômeurs, il avait surtout décidé de se faire aimer à nouveau de ses sujets, fussent-ils les plus mauvais d’entre eux. Le voilà donc qui, sur l’ile de Saint-Martin, ravagée une année auparavant par un cyclone, s’en était allé, faussant compagnie aux gens d’arme chargés d’assurer sa protection, pour faire irruption dans une modeste cabane, son blanc pourpoint trempé par l’averse tropicale, ses escarpins charles-dix crottés de boue. Il avait aperçu dans la pénombre de cette demeure de splendides éphèbes. Il ne résista pas à la gourmandise. Et la scène fut immortalisée par les milliers de preneurs de clichés, qui suivaient notre Christique Monarc partout où il déposait son pied délicatement chaussé. Le monde entier, à commencer par les Riens et les Riennes qui s’escrimaient en ce début d’automne à traverser les rues au mépris du danger, pour tenter de trouver sur le trottoir d’en-face de quoi nourrir leur marmaille et améliorer les mauvais jours de leurs vieux parents, condamnés à finir en légumes au rebut pour satisfaire les appétits toujours grandissant des Phynanciers, le monde entier donc, vit sa Blanche Candeur sourire béatement à l’objectif, entouré de très près par les deux éphèbes. Le regard de notre Friand Freluquet indiquait qu’il était aux anges. Quant à l’attitude des deux quidams qui l’entouraient, elle prêtait quelque peu aux commérages : l’un faisait un geste fort explicite à la caméra, enjoignant celles et ceux qui contemplaient ce cliché d’aller se faire trousser par derrière, l’autre se contentait de montrer son pouce, son index et son petit doigt, gestuelle fort connue dans les quartiers populeux, où grouillaient les classes dangereuses. C’était donc là les gens sur qui notre Petit Frère des Pauvres avait jeté son dévolu pour faire s’envoler sa popularité. Il s’avéra que le jeune éphèbe qui se trouvait à la droite de sa Grande Béatitude sortait tout juste des geôles de la République. « Qu’est-ce que tu as fait comme bêtise ? ». C’est en ces mots fort brutaux que notre Miraculeux Éducateur s’adressa à ce personnage. Et de le gourmander dans les mêmes termes choisis afin de l’enjoindre à ne plus recommencer ses « bêtises » car sa « mère méritait mieux que cela ». On écrasa une larme. Sa Haute Rédemption allait guérir les fripouilles et les écrouelles. Une ère nouvelle s’annonçait ! D’ailleurs, le cliché fut abondamment commenté dans les foyers des Riens et des Riennes. Le parti des Haineux, en la personne de la marquise de Montretout et de ses sbires, se déchaina sur les réseaux sociaux. La dite marquise n’avait plus grand chose à se mettre sous la dent, tout empêtrée qu’elle était dans de sombres affaires financières qui menaçaient rien de moins que de faire disparaître sa faction nouvellement renommée. Les commentaires fielleux fusèrent aussi du côté d’une certaine marquise de Maure-Anneau, laquelle avait été fort en vue du temps du roi Nico dit le Nabot. Cette madame de Maure-Anneau n’avait rien à envier à madame de Montretout pour ce qui est de la haine envers tout ce qui était un tant soit peu coloré. Les conseillers de notre Petit Emoustillé se frottèrent les mains. On allait faire apparaître sa Grande Philanthropie comme le seul rempart contre les Haineux.

Mais le cliché irrita aussi beaucoup et pour d’autres raisons du côté de chez les Riens et les Riennes dont les modestes métiers étaient d’éduquer au savoir-vivre les sauvageons que la vieille Républiqie leur avait confiés. Chose encore plus grave pour notre Petit Turpide, il se disait que ce jeune éphèbe était fort proche d’un grand bandit, lequel se trouvait être à la tête d’une bande organisée qui vendait des poudres méphitiques et illicites dans les Iles.

Était-ce cela, ce cliché où notre Poudreux Paltoquet laissait libre cours à ses folies, ou était-ce le fait d’avoir été écarté depuis l’été à cause de ses navrantes répliques sur l’affaire du sieur de GrosBras, Monsieur de Colon, le Grand Chambellan aux Affaires Intérieures, décida de tirer sa révérence plus tôt qu’annoncé, pour s’en aller dare-dare rejoindre sa bonne ville de Lugdunum, où le bourgmestre déjà en place avait été prié de débarrasser fissa le fauteuil, afin que notre cacochyme futur ex-Chambellan pût y poser son postérieur. On assista alors à une nouvelle folie émanant du Château. Son Ivresse des Profondeurs commença par refuser la démission de son plus vieux grognard. Il l’invita à diner, le cajola. Notre Grand Gérontophile savait s’y prendre. Mais le vieux duc se trouva pris au piège. La Reine-Qu-on-sort le tança perfidement. Elle le rendait responsable de tout le pataquès autour de la déplorable affaire du sieur de GrosBras. Le Grand Flandrin et Premier Chambellan ainsi que le baron de Kohl-Air pensaient la même chose. Ce vieillard n’avait point su tenir ses troupes. Il s’en était trouvé beaucoup trop, parmi les hommes de la Maréchaussée, pour aller se répandre en commérages baveux dans les gazettes. Ce gâteux de duc était fautif de ce que sa Précieuse Complexité se fût trouvée exposée dans cette lamentable histoire. Le duc rentra à son hôtel particulier l’esprit tout chamboulé. Ce fut la duchesse son épouse qui lui remit la tête à l’endroit. Il fallait partir, et vite. On connut tous les détails de cette rebondissante démission par monsieur d’Apa-Tit, ce gazetier qui se trouvait fort proche de nos pipolesques Altesses. La vision du vieux duc, obligé de patienter de longues minutes sur le perron de la Chancellerie, que le Premier Chambellan daignât venir procéder à la passation de pouvoir, puis celle de leur glaciale poignée de mains, fit s’agiter en tout sens les réseaux sociaux. On pianota, on cuicuita, on cancana. C’était la nouvelle pièce « Vengeances et Fractures » qui se jouait là.

Il n’était plus que la petite duchesse de Berre-Geai pour continuer de pérorer que tout allait pour le mieux dans la merveilleuse StartupNation. « C’est les meilleurs qui partent en premier, cuicuita-t-elle, je ne suis pas pressée de partir » .

Le duc d’Evry, Manu-La-Terreur vint pour la première fois de son mandat de député à la Chambre basse pour en prendre congé. Les députés de la faction de notre Délicieux Tyranneau lui réservèrent une « standing ovation ». Dans cette débauche d’hypocrisie, il ne se trouva que les tribuns des Insoumis et des Insoumises pour brandir des placards fort explicites afin de souhaiter un bon voyage à celui qui venait de s’acoquiner dans la bonne ville catalane avec un sulfureux personnage, un Haineux rompu à à toutes les manœuvres. Les masques étaient tombés depuis bien longtemps.

Le nouveau Grand Jardinier autorisa les chasses de toutes sortes de volatiles, et prolongea leur durée. Que ce fût jusque là des espèces protégées ne pesa pas bien lourd.

L’Aquarius attendait son pavillon pour pouvoir repartir sauver des braves.

Le suspens pour savoir qui serait le nouveau Grand Chambellan aux Affaires de l’Intérieur était insoutenable. Notre Machiavélique Suzerain avait décidé d’aller vite. Il fallait absolument rester le Maitre des Horloges, même si elles avaient une fâcheuse tendance à se détraquer.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 30 septembre.

Notre Grand Divin ne décolérait pas. A chaque fois que les astres lui étaient favorables pour enfin obtenir cette reconnaissance planétaire à laquelle il était prédestiné, eu égard à ses immenses atouts, son autorité naturelle, sa brillante prestance, son charme irrésistible, son auguste magnétisme, un événement contraire venait tout gâcher. Sa Multilatérale Petitesse devait être sacrée « champion of the Earth », rien de moins ! Et ce aux Amériques, chez son grand ami Donald le Dingo. Il devait à cette occasion prononcer un discours dont l’Histoire se souviendrait. On l’y prépara. On lui écrivit ces fortes paroles qui devaient à jamais marquer la Terre de leur profonde empreinte. Notre Poudreux Freluquet se passa en boucle les images animées où l’on voyait le bouillant duc de Vile-Pain, un des anciens grands Chambellans du bon roi Jacquot, s’exprimer devant l’Assemblée des Nations, là-même où sa Glorieuse Hauteur allait faire son entrée dans l’Histoire. On oublierait le duc, on ne parlerait plus que de Lui. Les Riens et les Riennes qui s’intéressaient encore un peu à notre Champion des Profondeurs – pour s’en gausser – purent ainsi le voir taper sur son pupitre, s’énerver, faire des trémolos d’une voix qui rappela furieusement celle de ses débuts lors du Tournoi de la Résidence Royale. « Je viens d’un pays qui a fait de mauvaises choses » hurla sa Trémoussante Apocatastase, fidèle à sa manie d’éreinter ses bons à Riens de sujets dès qu’il se trouvait à l’étranger. Notre Mirifique Aquilon s’en prit aussi aux « inégalités sociales », pour les pourfendre vigoureusement, oubliant dans son délire qu’avec l’aide de sa bande, il les organisait méthodiquement depuis dix-huit longs mois dans la Startupnation. Sa Schizophrénique Grandeur se plaça ensuite dans une fausse opposition à son cher Donald. Notre Fanfaron Nabot voulait faire le malin. Il ne réussit qu’à mettre la diplomatie de son Royaume en mauvaise posture. En un mot comme en cent, aux Amériques, son Inconséquente Altesse gesticula.

Pendant ce temps, dans un grand patatras qui décidemment n’en finissait pas, le sieur de GrosBras, le cher garde-du-corps-secrétaire-bagagiste de notre Petit Jupitou, faisait encore parler de lui. Il apparaissait qu’il avait menti sous serment. Une gazette d’opposition révéla un cliché pris pendant la campagne préparatoire au Tournoi de la Résidence Royale. On y voyait monsieur de GrosBras, alors chef de la sécurité de la faction de notre Futur Champion, braquant sa pétoire sur la tempe d’une accorte serveuse, laquelle, tout occupée à tendre à bout de bras son smartruc pour faire un « selfie », ne s’apercevait de rien et faisait un large sourire à l’objectif. Le barbouzeux armé n’était point seul autour de la soubrette, les mines patibulaires d’autres nervis entouraient le frais minois. Or, monsieur de GrosBras n’avait point obtenu de permission pour se balader avec sa pétoire. Il argua pour sa défense que ce cliché était un faux grossier. Un examen approfondi révéla que non. Circonstance aggravante, il se disait que sa Turpide Petitesse avait assité à cette scène. Il savait donc que son barbouzeux préféré enfreignait la loi. On se souvint alors d’un autre cliché, illustrant un article d’une gazette fort en vue, sur la profession de garde du corps. Le bagagiste y posait, arme au poing. Une sénatrice de la commission d’Enquête, qui avait la semaine précédente, mis le sieur de GrosBras sur le gril, avait eu vent de ce cliché, et avait interrogé le trouble nervi. Avait-il le droit de porter un arme ? « Absolument, lui fut-il répondu, pour ce cliché, j’étais à l’étranger où la loi est plus souple sur ces choses-là. ». Après vérification, il s’avéra que le cliché avait été pris dans notre bon pays, dans notre chère capitale. Monsieur de GrosBras avait donc menti. Son avocat jeta l’éponge. Qu’à cela ne tienne. On lui en trouva deux autres, qu’on connaissait pour avoir défendu de grands bandits ainsi que l’ancien roi Nicolas 1er, dit le Nabot.

Cette calamiteuse affaire poursuivait notre Génie des Profondeurs. On le disait de plus en plus isolé . Il n’écoutait plus qu’une poignée de fidèles. Les autres annoncèrent leur départ à venir. C’était là chose inouïe. Ainsi Monsieur de Colon, le Grand Chambellan aux affaires de l’Intérieur, vieillard quasiment cacochyme, fit savoir qu’il rejoindrait sa bonne ville de Lugdunum, sitôt les prochaines élections passées. Il voulait à nouveau briguer le fauteuil de Grand Bourgmestre, d’où il pourrait se mettre à l’abri quand la tourmente viendrait. Car elle viendrait… Ce duc, que l’on avait mis à l’écart à la suite de ses grotesques déclarations sur l’affaire du sieur de GrosBras, se permit même d’égratigner sa Nébuleuse Sublimité. Il prononça cette phrase sibylline : « La malédiction, c’est l’hubris ». Comprenait qui voulait. En attendant son départ, la Chancellerie des affaires de l’Intérieur était placée dans une sorte d’intérim. La maréchaussée s’en inquiétait. Le petit duc de Grive-Eau fit connaître quant à lui son intention de ravir le fauteuil de la duchesse de Paris. On parlait fort du sieur Casse-Ta-Mère pour occuper celui du vieux baron de Marseille, monsieur de Gau-D’Ain. Le Grand Caniche de sa Majesté avait encore du jouer les pompiers à propos de la calamiteuse affaire du sieur de GrosBras. Interrogé sur une gazette parlée sur le cliché où l’on voyait le trouble nervi braquer son pistolet sur la tempe d’une serveuse, Monsieur Casse-Ta-Mère, qui était en la matière un fin connaisseur, parla de « bêtise ». « Tout cela est proche de la bêtise » asséna-t-il. On n’aurait su mieux les mots adéquats. Il remporta le concours des Euphémismes de la semaine.

On apprit aussi dans le même temps que l’encore duc d’Evry, dit Manu-La-Terreur, avait décidé de démissionner de sa charge de député de la Startupnation, pour s’en aller briguer le fauteuil de premier magistrat de la bonne ville de Barcelone. Les Catalans et les Catalanes lui concoctaient une surprise de leur cru.

Et voilà qu’on parlait encore de l’Aquarius ! Cela n’en finirait donc jamais ! Non content de lui avoir gâché ses vacances, voilà que ces gueux d’Africains repêchés par ces fâcheux marins de l’Aquarius venaient à nouveau d’obliger notre Cynique Timonier à dévoiler sa noirceur d’âme. Le bateau faisait encore des ronds dans la Méditerranée, demandant à pouvoir débarquer celles et ceux qui avaient été sauvés de la noyade. Cinquante-huit pauvres hères allaient menacer la sécurité de la Startupnation ! C’était une horde qu’il fallait débouter . Sus à l’ennemi ! Son Intrépide Mesquinerie refusa dans un premier temps, puis accorda à dix-huit de ces malheureux le droit de venir chez nous. L’honneur était sauf. La glorieuse Startupnation pouvait dormir tranquille.

Au Château aussi, on allait enfin pouvoir dormir à nouveau. Le nom du successeur du sieur de GrosBras était connu. Sa Méfiante Altesse avait choisi comme nouveau bagagiste-secrétaire-garde-du-corps-homme-de-mains-et-plus-si-affinités un jeune loup de vingt-cinq printemps, un Vendéen. Cela ne pouvait que faire plaisir au grand ami de notre Vil Paltoquet, le duc de Ville-Iller.

Ainsi en allait-il dans la vieille République, qui ne se décidait pas à mourir tout à fait. Les Insoumis et les Insoumises tempêtaient toujours par la bouche des leurs, dont le bouillant tribun Gracchus Mélenchon, et le jeune Adrien-Le-Rouge, un petit nouveau, député du  Nord, qui avait la langue bien pendue. On apprit que la Faction à la Rose, qui avait donné au pays deux rois, tout deux prénommés François, se cherchait toujours un chef pour mener le tournoi à venir. Le vieux roi François n’était plus de ce monde depuis de longues années, et l’eût-il encore été, qu’il aurait sans nul doute été fort sévère avec ce qui restait de sa faction. L’autre François, dit Françoué-le-Pédalo, refusa tout net. Il préférait courir les foires pour faire la réclame de son ouvrage où il comptait par le menu les petites anecdotes insignifiantes de son règne.

Notre Petit Maitre termina sa glorieuse semaine par les Iles ultramarines. Sa Sévère Suffisance y tança ces bons à Riens de chômeurs. Il était bien connu qu’il n’y avait qu’à traverser la rue pour trouver du travail !

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 19 septembre

Le Sieur de Grosbras, dont on avait si abondamment parlé pendant l’été, et que les partisans de la Faction de sa Nébuleuse Hauteur auraient aimé savoir au fin fond de la Patagonie, le sieur de GrosBras, ce nervi bien-aimé de notre Barbouzeux Suzerain, était de retour. Et quel retour ! La Chambre Haute, là où dormaient les vénérables bedaines de la vieille République, voulait l’entendre, ainsi que ses comparses, sur la folle journée du 1er Mai, au cours de laquelle ces inquiétants sicaires s’étaient livrés aux basses besognes de la Maréchaussée. Monsieur de GrosBras commença par refuser tout net de se rendre à la convocation qui lui avait été notifiée . Comment osait-on le prier de s’expliquer, alors même que la Justice, cette grande juste, l’avait absout ? La Grande Chambellane aux Balances, Madame de Belle-Ou-Bey, lui donna raison. A la Chambre Haute, on commença de trouver le potage fort mauvais. Cette Madame de Belle-Ou-Bey était décidément bien oublieuse des lois et des règles. On se souvenait que, dans sa déclaration de patrimoine, elle avait omis plusieurs centaines de milliers d’écus sonnants et trébuchants. Les Vénérables Bedaines, par la voix de celui qui présidait la Commission des Lois, tancèrent le prétentieux sicaire. La réplique ne se fit point attendre. Monsieur de GrosBras – Notre Poudreux Tyranneau songeait à le faire Grand Connétable de la StartupNation- eut les honneurs d’une gazette parlée. Il fit savoir fort pompeusement qu’il se rendrait « contraint » à cette odieuse convocation à s’expliquer. On l’avait menacé, d’une manière directe. Le prétentieux sicaire fustigea les vénérables sénateurs : il n’avait aucun respect pour ces « petits marquis » . Le Sieur Casse-Ta-Mère, le Grand Caniche de sa Trébuchante Petitesse, vola au secours du trouble nervi. Il accusa tout bonnement les vieilles bedaines d’être une menace pour la StartupNation, et de vouloir rien de moins que la destitution de notre bien-adoré Suzerain. Ce fut jusqu’à notre Grand Suprême qui protesta Lui-Même auprès du président de la Chambre Haute pour dénoncer « un déséquilibre institutionnel ». De mémoir de vieux républicain, on n’avait jamais vu cela … Le petit duc de Grivot, qui se trouvait toujours à portée d’un seau, ou d’une bouche d’eau, pérora qu’il eût fallu qu’ « un député de la faction de la StartupNation présidât la commission des lois du Sénat ». On avait oublié d’expliquer à ce jeune et vibrant pompier la différence entre les deux Chambres. Qu’importait ! La fougue de ce jeune duc, son indécrottable assurance en toutes occasions, son indéfectible amour pour sa Vibrante Ivresse des Profondeurs, le poussait toujours plus haut dans son zèle à défendre son Très-Cher Souverain. Sur une gazette parlée, il claironna ces fortes paroles : « partout à travers le pays, nos concitoyens constatent et plébiscitent nos actions. Les sujets de la Startup Nation ont à nouveau confiance en l’avenir, il s’est installé une espèce de relation passionnelle entre son Immense Altitude et ses sujets ».

On ne savait d’où le petit duc de Grivot sortait cette vision idyllique, mais elle correspondait fort peu à la réalité. On en eut un aperçu lors des traditionnelles Journées du Patrimoine, journées pendant lesquelles les Riens et les Riennes étaient conviés à venir admirer les ors de la vieille République, en passe d’être ripolinés aux couleurs de notre Grand Startupeur. C’est ainsi que quelques-uns et quelques-unes des sujets de sa Cireuse Majesté se mirent en tête d’aller arpenter les jardins du Château. Quelle aubaine pour notre Pipolesque Maitre qui allait ainsi pouvoir s’offrir un des ces bains de foule, cousus pour lui sur mesure par ses conseillers, ceci afin de faire voir au monde entier la jeunesse sautillante et le sourire ultrabritesque de sa Tourbillonnante Splendeur. Un Rien osa interpeller notre Divin Monarc : il était horticulteur et il ne trouvait point à s’employer. La réponse fut cinglante. Notre Grand-Conseiller-en-Chef fit comprendre à l’impudent qu’il n’était qu’un fainéant de plus, et qu’il suffisait de « traverser la rue » pour trouver à s’employer dans un café, une hostellerie ou que sais-je encore…Peu importait que le brave Rien eût fait auparavant des études pour être jardinier. Sa Méprisante Bassesse, au lieu de proposer à ce jeune homme de venir s’occuper des pelouses du Château, le renvoya sans autre forme de procès à sa triste condition de tâcheron. Tout était si simple dans l’esprit de notre Efficace DRH. La gazette la plus en vue dans le cirage-des-chausses de sa Petite Hauteur retrouva le jeune jardinier. Celui-ci expliqua sagement qu’il s’était senti fort méprisé et maltraité par notre Brutal Potentat, que des petits boulots et des tâches ingrates, il n’avait fait que cela. Il avait à peine vingt-cinq ans. Il voulait juste vivre dignement.

Est-ce tous ces Riens et ces Riennes qui se précipitèrent dans la toute nouvelle échoppe qui venait d’ouvrir au Château, échoppe où l’on proposait, à des prix édifiants, des objets à la gloire de notre Mirifique Freluquet ? Le sieur de GrosBras, de retour dans l’arène des gazettes, confia que c’était lui qui devait superviser cette activité marchande, destinée, selon le discours officiel, à amasser des écus sonnants pour rénover le Château. Lequel Château était la propriété de la vieille République à qui en incombait donc l’entretien, via les taxes et les impôts que l’on soutirait sans coup férir aux Riens et aux Riennes, en oubliant généreusement les importants qui savaient comment y échapper. On allait donc faire payer deux fois l’entretien de la Royale Demeure à ces imbéciles…

A la Chambre Basse, on avait un nouveau président : le duc de Ferre-An, lequel était pourtant empêtré dans de troubles magouilles financières qui avaient contribué à enrichir considérablement son épouse. On avait tenté d’enterrer cette vilaine affaire, on y était presque parvenu, mais voilà que des fâcheux chasseurs de corruption avaient porté plainte à leur tour. Monsieur de Ferre-An pouvait cependant dormir tranquille : avant que l’affaire ne fût à nouveau jugée, il s’écoulerait du temps. La Justice, cette grande injuste, avait ses lenteurs. Et le prétentieux duc put ainsi claironner que, s’il avérait qu’il fût mis en examen, il ne démissionnerait pas ! Ce fut avec la même fatuité qu’il affirma ne point être « le chouchou » de notre Petit Parrain, puis au sortir de sa victorieuse élection, alors que les gazetiers faisaient justement remarquer que cette charge, fort en vue, n’avait encore jamais été occupée par une femme, qu’il s’excusa « de n’être point être une dame ». Madame de La Pompe, une ancienne proche de l’ancien Grand Jardinier, en conçut un grand dépit. Elle se serait bien vue sur le Perchoir de la Chambre Haute. Quant à la marquise de Pivert, elle avait été sèchement remerciée pour son grand zèle à clore les travaux de la Commission des Lois qui avait tenté de lever le voile sur la trouble affaire du sieur de GrosBras.

La Reine-Qu-on-sort avait ses occupations. Elle ne jouait point à la bergère, mais s’en était allée minauder dans une lucarne magique, pour jouer son propre rôle, dans un feuilleton de propagande. Il s’agissait de mettre en scène d’une façon qui se voulait drôle et légère des personnes souffrant de handicaps et de claironner tout ce que le gouvernement du Divin Epoux de la Reine-Qu-on-sort avait mis en œuvre pour ces pauvres gens. Le résultat fut grotesque et humiliant, pour ces derniers, mais aussi – et c’était là chose fort peu grave en comparaison – pour la Reine-Qu-on-sort. On la vit arriver, juchée sur ses hauts talons, dans un tailleur bleu ciel – celui-là même qu’elle portait le jour de l’intronisation de notre Glorieux Suzerain – puis déposer nonchalamment son réticule dans les bras du valet de pied. Le reste fut du même acabit. C’en était navrant.

La Grande Chambellane à la Santé, la marquise de la Buse, avait dans ses prérogatives la mission d’assurer la promotion du Plan Pauvreté que sa Grande Générosité avait enfin dévoilé. Il s’agissait selon cette fidèle d’entre les fidèles de « redonner de l’espoir ». Quand on examinait ces mesures annoncées dans une surenchère de bonnes intentions – les gazetiers s’étaient fort complaisamment prêtés au jeu en louant la nouveauté renversante de ce plan – on s’apercevait qu’il allait rendre encore plus pauvres celles et ceux qui n’avaient déjà pas grand chose, et qu’il serait financé en prenant dans la poche des autres à qui il restait à peine plus. Les importants, ceux que notre Impitoyable Pourfendeur aimait à choyer, continueraient de se remplir les poches avec de l’argent magique. Lors d’une séance de questions à la Chambre Basse, la Chambellane fut interpellée par un tribun des Insoumis. Cet impertinent osa dénoncer l’injustice de ces nouvelles mesures qui selon lui n’étaient pas prêtes de faire disparaître la pauvreté. Madame de la Buse, du haut de sa morgue, l’accusa en ces termes : « Effectivement, vous n’avez aucun intérêt à ce que nous arrivions à résorber la pauvreté dans ce pays, car vous en vivez, vous vous en nourrissez ». Ces propos étaient pour le moins insultants pour le tribun, qui, avant d’avoir été élu député, vivait chichement d’une petite allocation qui l’avait empêché de sombrer dans la pauvreté la plus totale, à l’instar de millions d’autres Riens et Riennes qui n’avaient plus que ce moyen, non pour vivre, mais pour survivre. L’Insoumis dénonça le mépris de cette riche marquise. Il réclama des excuses. Il les obtint.

Le sieur de GrosBras fut entendu par les Vénérables Bedaines. Il n’avait jamais été garde du corps de notre Pétochard Roitelet. Au Château, on ne lui avait attribué que des taches administratives. Il n’était donc qu’un simple secrétaire. Certes, il était armé, mais c’était pour sa sécurité personnelle. Certes, il avait ses entrées à la Chambre Basse, mais c’était là simple caprice de sa part pour aller lire quelques ouvrages à la bibliothèque, ou faire quelques moulinets dans la salle de gymnastique. Personne ne lui posa de questions sur le mystérieux coffre-fort, sur lequel la Justice avait renoncé à en savoir davantage. Le mystère restait entier. Un commissaire de la Haute Maréchaussée avait pourtant affirmé lors d’une audition que ce que voulait le sieur de GrosBras valait demande de sa Royale Altesse. « Il peut aller où il veut. Sur un service d’ordre, c’est lui que notre Grand Monarc appelle, et non les officiers de son service de protection ». Dans la StartupNation, les fonctions de secrétaire étaient des plus variées.

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Chroniques du règne de Manu 1er Le Turpide.

Chronique du 2 au 9 septembre

Habemus Horticolam ….Ce fut finalement au présidenticule de l’Assemblée Nationale, le petit marquis De Rue-Git, qu’ échurent les râteaux et les binettes. Ce petit personnage était, aux dires de chacun et chacune qui l’avaient cotôyé, un grand ambitieux. Il se disait aussi qu’il avait le gosier bien assez large pour avaler force couleuvres et même des boas constrictors. On ne sut pour quelle raison monsieur de Conbandit refusa ce poste. Sans doute la réputation sulfureuse de ce joueur de flûtiau avait-elle quelque peu urtiqué les épidermes fort sensibles des nouveaux amis de sa Très Haute Piété, et parmi ceux-ci le Duc de Vendée, le sieur De Ville-Iller, gardien de la morale catholique, qui disait une chose mais laissait faisait tout le contraire dans le silence étouffé de sa famille. Sans doute aussi notre Croquignolet Comploteur pensait-il à monsieur de Conbandit pour mener bataille sous ses couleurs pour le prochain Tournoi qui aurait lieu au printemps de l’année suivante. On commençait en effet à se mettre en ordre de bataille et à fourbir les équipements. A Marseille, les Insoumis et les Insoumises avaient été mis en selle par le discours de Gracchus Melenchon qui avait appelé les Riens et les Riennes, croulant sous la gabelle et les taxes diverses qui ne cessaient de grimper tandis que les salaires stagnaient quand ils ne diminuaient pas, à « mettre la raclée » à sa Détresse des Profondeurs, lequel ne sortait pas grandi de son fol été, bien que les carottages d’opinion le donnassent invariablement à la même hauteur, malgré les baisses enregistrées. Notre Pourfendeur des Minima Sociaux sonna aussitôt le rappel de ses troupes afin qu’elles courussent sus à l’ennemi ! Monsieur de Ferre-And, un des ces mafieux bretons dont aimait à s’entourer sa Perfide Petitesse, tonna qu’il faudrait choisir entre l’Europe de notre Monarc, et celle du Condotierre Salviani. C’était oublier fort commodément que ce dernier avait pris comme modèle la politique de notre Grand Premier en matière de non-accueil des gueux et gueuses qui polluaient la Méditerranée – ce qui n’avait point empêché notre Trépidant Sportif d’aller y faire du jet-ski, qui plus est dans une zone interdite . Le Grand-Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, accusa Gracchus Mélenchon d’être un fieffé nationaliste. C’était oublier fort commodément – monsieur Casse-Ta-Mère avait pourtant appartenu à la même faction que celle de monsieur Melenchonus, laquelle faction n’était rien de moins que l’héritière de l’Internationale Ouvrière – l’existence du préfixe « inter ». Les réunions des Insoumises et des Insoumis se terminaient invariablement sur le chant de la République, la Marseillaise, et sur l’Internationale, ce vigoureux appel à renverser les tyrans et à abattre les frontières. C’était oublier surtout l’éclairant message que notre Poudreux Tyranneau venait de cuicuiter pour marquer son retour de vacances. «L’identité profonde des peuples est revenue, et c’est au fond une bonne chose », avait martelé sa Suffisante Hauteur – lui à qui ce mot de « peuple » donnait une furieuse envie de se laver les mains -, manière de faire un délicat appel du pied aux partisans de la marquise de Montretout, laquelle se débattait toujours dans des ennuis financiers. Chez ceux qui trouvaient la marquise trop tiède, on buvait aussi du petit lait.

La marquise de l’Oiseau, la Chambellane aux Affaires européennes, celle qui avait eu ces mots « shopping de l’asile » à propos des pauvres hères qui se noyaient dans la Méditerranée, accusa aussi le parti des Insoumis d’être un parti nationaliste. Dans la faction de notre Facétieux Freluquet, quand on tenait un os, on le rongeait jusqu’à la moelle. On abusait jusqu’à l’absurde des « éléments de langage » qui avaient été dispensés par les grands communicants du service de la Propagande.

Du côté des Gazetiers-nourris-aux-croquettes, on se remettait aussi en ordre de marche. Il ne fallait pas mordre la main de qui vous accordait des grâces. Tel ce monsieur d’Happe-A-Tit, que l’on entendait pérorer aux heures de grande écoute sur une Gazette Parlée. Il vouait une haine féroce à Gracchus Melenchon et ne perdait pas une occasion de déverser cette haine. La nomination de monsieur de Baisson, l’hagiographe de notre Saint Suzerain, comme consul de la StartupNation aux Amériques, dans le pays de Donald Dingo, laquelle nomination faisait tousser dans les milieux diplomatiques, fournit à ce zélé courtisan une occasion de cirer les chausses et les bas de soie de sa Grandiose Immensité : oui, c’était certes là une récompense, reconnut ce lécheur patenté, mais qu’il était beau de reconnaitre que notre Grand Innovateur avait innové et qu’il avait bien fait… Cependant, un autre de ces gazetiers qui faisaient la pluie et le beau temps, qui tricotaient et détricotaient l’opinion, trouva pour sa part opportun de tonner …contre notre Intouchable Phénix. C’était monsieur de Bourde-Ain. Il s’agissait de l’affaire de la succession du petit marquis de Ruge-Git au perchoir de l’Assemblée Nationale. La présidente de la Commission des Lois, la marquise de Pivert, qui avait su être la zélée fossoyeuse de l’affaire du sieur de GrosBras – lequel avait sombré dans l’oubli, ou presque- se porta candidate. Elle était femme, et il était temps qu’une femme occupât ce poste fort envié. Las ! Quelques heures après cette courageuse offensive, la marquise battit en piteuse retraite. Elle expliqua bravement, que non, non et non, elle n’avait subi aucune pression. Qu’allait-t-on imaginer là ? Elle avait compris – la pauvrette – que monsieur de Ferre-An, ce baron mafieux, du cercle des intimes de sa Grande Noirceur, présentait le même programme qu’elle, et qu’elle ne voyait pas la pertinence dans ce cas de maintenir sa candidature … On lui promit un hochet de consolation : elle remplacerait le baron de Ferre-An comme présidente de la troupe des automates-députés et députées de la faction de notre Généreux Pharaon. Monsieur de Bourde-Ain mit en pièces la marquise avant de s’en prendre à sa Phallocratique Altesse : « c’est une honte pour le Monarc de la Startupnation » éructa-t-il.

La semaine s’acheva pour notre Grand Voyageur par une visite dans la bonne ville de Massalia. Il allait y rencontrer la Chancelière de nos voisins les Germains, Frau Angela. L’arrivée de sa Trépidante Modicité, d’abord en aéroplane à quelques lieues de Massalia, puis en carrosse lancé à toute allure sur l’autoroute fermée pour cette princière virée, occasionna moult embouteillages et crises de nerfs dans cette ville déjà bien engorgée. Gracchus Melenchon – qui était le député des quartiers du centre de la ville – réunit ses troupes devant la Méditerranée, afin de souhaiter la bienvenue à notre Bien-Détesté Monarc. Les gazetiers lui posèrent bien entendu une myriade de questions sur sa présence. Monsieur Melenchonus rappela combien sa Soi-Disant Hauteur n’était en fait que le petit Copiste de Frau Angela et de la toute-puissante Commission Européenne. A ce prince qui osait le traiter de « xénophobe », le tribun rappela que c’était lui et son préposé aux basses œuvres, le Grand Chambellan monsieur de Colon, qui avaient innové en Europe avec une loi scélérate, laquelle condamnait encore plus de ces malheureux, obligés de fuir des pays en guerre ou réduits à la misère par des politiques injustes, à se noyer dans ce cimetière qu’était devenue la belle Méditerranée, mère des peuples qui la bordaient. Que si xénophobie il y avait, elle était à chercher de ce côté-là, du côté de ce pouvoir qui avait inspiré le Condotierre Salviani, le chef des Haineux au pouvoir chez nos voisins transalpins. Gracchus Melenchon accusa notre Oublieux Roitelet et Frau Angela d’être des « contre-humanistes ». La guerre était déclarée. Sa Factieuse Sublimité ordonna sur le champ à ses communicants d’organiser la réplique. On allait voir ce qu’on allait voir. Notre Tartarin des Sondages, après avoir rencontré le bouillant tribun, assura aux gazetiers que ce monsieur Melenchon  ne lui faisait « pas peur » et que ce n’était pas son « ennemi ». Il fallait réduire et ridiculiser ce tribun du peuple, lequel s’était prêté au jeu de la courtoisie républicaine, cette politesse dont il était si féru, et dont on l’accusait si fréquemment de manquer. Sa Conspiratrice Petitesse tenait sa vengeance. Le soir même, vers les minuit, on repéra où dinait cet Insoumis, avec ses troupes. On fit semblant de se trouver là par hasard. On le piégea, puis on fit tourner la scène en boucle sur les Réseaux Sociaux. La machine était rodée. Certains naïfs s’y laissèrent prendre.

Le lendemain, à Massalia et à Paris, les Riens et les Riennes sortirent dans la rue pour rappeler à notre Inconscient Souverain que le thermomètre de la planète montait dangereusement, et qu’ils et elles n’étaient pas dupes de la poudre aux yeux lancée encore une fois à l’occasion de la nomination du nouveau Grand Jardinier. Monsieur de Hue-l’Eau, en tirant sa révérence, s’il avait « en même temps » rappelé son amour pour sa Grandeur Amoindrie, avait aussi levé le voile sur l’impuissance organisée par le système capitaliste pour lutter contre le réchauffement du climat, dont les conséquences seraient d’abord catastrophiques pour les plus pauvres, puis pour tout le monde. Mais les puissants de la planète étaient singulièrement sourds, tout occupés à amasser leurs immenses fortunes.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 1er septembre

Depuis le Royaume de Danemark où il s’en était allé faire des mondanités, avec de véritables altesses couronnées et blasonnées et recevoir tous les honneurs dus à son orgueil, son Ivresse des Altitudes communiqua sur la démission de son Grand Jardinier. Précédemment, les services du Château, sous la houlette de la très active Madame de Diaille, avaient envoyé quelques salves. « Notre bilan finira par lui faire regretter sa décision » avait-on fielleusement cuicuité. Notre Contrarié Freluquet choisit pour sa part de cajoler encore quelque peu ce grand ingrat de monsieur de Hue-L’Eau : « c’est un homme libre, il aidera de l’extérieur » avant de tancer vertement « c’est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain, il faut s’affronter au réel ». C’était là grande habileté de la part de sa Machiavélique Petitesse de faire oublier que c’était bien le réel, en la personne du glaçant Sieur de La Coste et de ses troubles agissements, qui avait rattrapé le Grand Jardinier.

Puis ce fut au tour de la Brigade des Sapeurs Courtisans de se répandre sur toutes les Gazettes et les fils de l’Oiseau Cuicuiteur pour éteindre l’incendie. On parla du « burn-out » du Grand Jardinier, on insista à l’extrême et jusqu’à l’absurde sur les états d’âme pour faire oublier les raisons politiques qui avaient conduit cet ingrat, cet inconscient, à la démission. Car enfin, il n’était point difficile de servir notre Grand Startupeur et celui-ci savait se montrer fort généreux avec celles et ceux qui lui léchaient consciencieusement les bas de soie. Tel ce monsieur de Baisson, un écrivaillon qui avait commis un hagiographique récit de la vie romanesque de nos Pipolesques Altesses – il était un proche de la Reine-Qu-on-sort et avait suivi de l’intérieur la campagne du Tournoi de la Résidence Royale- et que sa Reconnaissante Ardeur venait de nommer Consul de France aux Amériques, dans la bonne ville des Anges, sur la côte Pacifique. Ce poste était fort convoité, et jusque là réservé aux Grands Diplomates, dûment formés et habilités. Notre Turpide Souverain n’avait eu qu’à changer les règles de nomination pour cette charge. Nous étions bien dans le plus ancien des mondes, celui des courtisans partisans que sa Pétocharde Médiocrité utilisait comme de vulgaires bottes de paille pour lui construire un rempart contre la colère montante des Riens et des Riennes.

Notre Médisant Monarc, dès qu’il se trouvait à l’étranger, ne perdait pas une occasion de persifler sur ce peuple ingrat et rétif. Tour à tour traités de fainéants, d’illettrées, d’alcooliques, de cyniques, de mafieux, de fouteurs de bordel, de sans-chemises, voilà que les Riens et les Riennes de la vieille République – qui tardait tant à devenir la Glorieuse StartupNation – devenaient par le verbe complexe de sa Méprisante Hauteur des « Gaulois réfractaires au changement ». C’est devant un parterre de Danois – ce « peuple luthérien ouvert aux transformations » – que notre Grand Pourfendeur sonna la charge. Son Auguste Suffisance ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les vieux Riens et les vieilles Riennes ne crevaient pas comme de pauvres bêtes dans des mouroirs, où du personnel harassé peinait à les soigner. Chez les Luthériens, on cajolait les anciens et les anciennes qui vivaient leurs derniers vieux jours dans de jolies maisons claires et ensoleillées. Notre Fieffé Manipulateur ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les Chambellans et autres Importants ne s’accrochaient pas à leurs charges comme des berniques avariées à leurs rochers, quand leurs turpitudes étaient découvertes. Chez les Luthériens, on était d’une probité sans pareille.

Dans la StartupNation, on n’aimait pas les vieux et les vieilles. La petite duchesse de Berre-Geai pérora sur une Gazette pour assurer qu ‘on « pouvait demander un effort générationnel aux retraités ». Ils n’avaient qu’à acheter moins de sucreries à leurs petits-enfants ! Un autre des ces Courtisans-Nourris-aux-Croquettes, qui se paraît du titre ronflant d’éditorialiste – ce qui sonnait fort mieux que celui de gazetier – monsieur de Barre-Bier, que l’on voyait partout, le cou toujours ceint d’une écharpe rouge, son visage long et triste n’en paraissant que plus blafard, la lippe méprisante, et qui comptait parmi les Grands Thuriféraires du régime, prédit doctement que « la plupart des retraités mécontents seraient morts en 2022 », date à laquelle notre Immense Prince se représenterait devant ses sujets pour se faire à nouveau adouber, à moins qu’il ne décidât d’ici là de supprimer purement et simplement toutes les élections et de faire embastiller tous ces maudits et maudites Insoumis, option qui avait la faveur de Monsieur de Barre-Bier.

Dans la StartupNation, on récompensait toutes les turpitudes. Une certaine madame de Salle, qui avait été patronne de l’Institut de l’Image, et avait fait payer par cet Institut – par l’Etat, donc – tous ses frais de carrosse puis avait été condamnée par la Justice pour détournement de fonds publics , fut nommée Haut Fonctionnaire à l’Egalité, dans la Chancellerie de Madame de Nicène, à la Culture et aux Vestiges. Le petit monsieur de Berne, un histrion très cabotin, que l’on avait longtemps entendu sur les ondes des gazettes parlées, où il s’était fait connaître pour la vénération qu’il vouait aux Têtes Couronnées, et que notre Cireux Souverain avait nommé « Monsieur Patrimoine », commença à avoir des démangeaisons. Était-ce le mauvais exemple du Grand Jardinier qui le minait ? Ou celui fort excellent de monsieur de Baisson qui venait d’être élevé au rang de Consul ? Cet ambitieux, qui n’avait pas eu un mot pour déplorer la destruction de vestiges grecs dans la bonne ville de Massalia, alors même que sa charge eût du le conduire à aller s’enchainer aux dits vestiges pour qu’ils ne fussent point recouverts de béton, menaça de démissionner s’il s’avérait qu’il n’était « qu’un pantin ou un cache-misère ». Madame de Nicène s’empressa de le rassurer. On allait lui trouver une charge très en vue et mirifiquement rétribuée. Pour celle de Grand Jardinier, on se bousculait au portillon : la duchesse du Poitou, madame de Royale, était revenue des Pôles où elle avait été expédiée à la fin du règne du roi Françoué-dit-le-Pédalo. Elle connaissait sur le bout de la binette et du râteau cette charge, elle qui avait été la Grande Jardinière du roi, et sa Concubine avant qu’il ne fût appelé par le peuple floué à cette noble fonction. Elle se répandit sur les gazettes pour dire tout le bien qu’elle pensait des lobbies, qui défendaient les intérêts particuliers, desquels on tirait selon la duchesse l’intérêt général. C’était là un terrible contre-sens. On savait depuis Jean-Jacques Rousseau et son incontournable Contrat Social que l’intérêt général ne saurait en rien être la somme des intérêts particuliers. Las ! Notre Duchesse avait les dents qui rayaient le parquet. Elle voulait retrouver ses binettes et ses râteaux. Mais celui qui avait les faveurs de notre Minuscule Suzerain, c’était monsieur LeRouge, de son véritable patronyme monsieur de Conbandit, un autre histrion proclamé, qui s’était fait une réputation lors de la révolution de Mai 68, dans la dernière moitié de l’autre siècle. Il avait été présenté à tort comme un révolutionnaire, alors qu’il n’était qu’un joueur de pipeau tout entièrement acquis à l’ordre établi et aux valeurs de l’ordolibéralisme, si cher à la Grande Chancellière de nos voisins Teutons chez qui ce courtisan avait longtemps vécu. Depuis l’accession au trône de notre Grand Effracteur, il était partout où se montrait sa Morgueuse Suffisance. Il attendait son heure.

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Chronique du 28 août

La nouvelle fit l’effet d’une bombe: voilà qu’après avoir perdu son bras gauche armé, être en passe de perdre son bras droit, sa Très-Haute-Suffisance venait de perdre son Grand Jardinier, le sieur de Hue-L’Eau, qui, las d’avaler couleuvres sur couleuvres, décidait de jeter l’éponge. Invité par une gazette parlée très en vue pour gloser encore et encore sur la verdâtre politique de notre Poudreux Freluquet, voilà que le Grand Jardinier annonçait en direct, devant les yeux et les oreilles médusées des Grands Gazetiers-nourris-aux-croquettes, dont la marquise de Sala-Mets, qu’il avait décidé de rendre son tablier. Avec des trémolos dans la voix, Monsieur de Hue-L’Eau expliqua les raisons qui l’avaient poussé à prendre « l’une des décisions les plus difficiles de sa vie » : ce gouvernement était « dévoré par les lobbies », entendez par là les missi dominici envoyés par les Grands Saigneurs de la Phynance, les grands patrons des Laboratoires de Pharmacie, et d’autres importants, en un mot tous ceux qui avaient permis l’avènement du règne de sa Généreuse Reconnaissance et qui faisaient pression pour obtenir la satisfaction de leurs intérêts personnels. Parmi ces « lobbies » se trouvait aussi celui des Chasseurs. Notre Fine Gâchette avait compté sur ces gens pour se faire élire. Ils représentaient pas moins d’un million de voix. Ce n’était pas négligeable. Durant la campagne précédant le Tournoi, sa Nostalgique Altesse avait dit tout le bien qu’elle pensait des Chasses Royales, qui dataient de l’Ancien Régime, et qu’elle avait l’intention de réhabiliter. Notre Cynique Tireur fut conseillé en cela par le Sieur de La Coste, un petit baron qui possédait des terres et qui représentait tous les détenteurs – et fabricants – d’armes à feu du pays, lesquels entendaient bien s’en servir comme bon leur semblait sans qu’on vînt leur chercher maille à partir. Ce sulfureux personnage, qui ne se cachait pas d’être un homme d’influence, rompu à toutes les sombres manœuvres pour qui voulait bien l’employer – il avait œuvré pour quelques tyrans et en tirait de la gloire, usant de la manipulation et de l’espionnage comme d’autres pérorent à longueur de temps sur les ondes – eut immédiatement l’oreille de sa Calculatrice Eminence. Ils furent instantanément à tu et à toi, s’échangeant moult messages via leurs smartrucs – notre Cyber Monarc en possédait dix en permanence à portée de main – et le sieur de La Coste put commencer sa sinistre besogne.

La veille du jour funeste où le Grand Jardinier – de qui on attendait qu’il prît garde aux petits oiseaux, interdisît l’usage de poisons, lesquels raccourcissaient singulièrement la vie des paysans obligés par les lobbies aux ordres de ceux qui les fabriquaient, d’en user et d’en abuser – tira sa révérence, le sieur de La Coste obtint sans mener bataille que le coût du permis de chasser fut réduit de moitié. En cette période de serrage de ceinture pour les maigres pensions des retraités, les pauvres revenus de remplacement des chômeurs et des chômeuses qui « coûtaient un pognon de dingue » , cela faisait vilain. Cette folle mansuétude se décida lors d’une réunion à laquelle il ne devait point être prévu que le Sieur de La Coste y pût assister, il n’avait en effet aucune légitimité à être là. Ce fut là la couleuvre de trop pour le Grand Jardinier. Sur les réseaux sociaux, on glosa beaucoup. On commenta ses propos : «  je ne veux plus me mentir » suivi de ce qui sonnait comme une étrange contradiction « j’ai une immense amitié pour ce gouvernement ».

Il n’y avait donc plus de Grand Jardinier dans la Startupnation. Y en avait-il d’ailleurs besoin ? Notre Barboteux Monarc apparaissait toujours davantage comme un homme soumis à de bien inquiétantes influences et il se disait qu’il serait plus simple de supprimer cette charge et de la remplacer par celle de Grand Chasseur . Le Sieur de La Coste était tout désigné pour occuper ce poste. Il avait déjà une proie de choix épinglée à son tableau de chasse.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 19 au 26 août

Les vacances des escholiers et de leurs fainéants professeurs s’amenuisaient. Celles de notre Divin Maitre étaient officiellement terminées. On avait fait préparer les malles, les assiettes avaient été soigneusement emballées et la Cour avait repris le chemin de la capitale. Sa Grandeur Chiffonée était d’une humeur maussade. Les nouveaux carottages de l’opinion que ses bien-détestés sujets avaient de lui et de ses actes n’étaient point bons. Notre Dépité Monarc avait encore perdu des points. Les préposés à ces savantes manipulations avaient beau tripatouiller les chiffres, il fallait se rendre à l’évidence,  un an et quelques semaines après le début de son règne, les sujets de sa Généreuse Petitesse se montraient bien ingrats. Ils n’étaient qu’une poignée à penser que les réalisations à venir du Grand Manager de la StartupNation leur seraient bénéfiques. Cette poignée d’heureux béats était constituée en son cœur des Très-Riches-Amis qui avaient manoeuvré pour que notre Divin Banquier accédât au trône, lesquels amis s’étaient vus et continuaient de se voir mirifiquement remerciés par sa Grande Largesse.

Les affaires continuaient de cerner notre Impassible Tartarin, qui sitôt de retour dans la capitale, fit force moulinets des bras pour affirmer aux gazetiers que « le rythme des réformes ne faiblirait pas ». Le bras gauche de son Eminence Amputée n’avait point reparu. La justice avait renoncé à toutes poursuites pour la disparition du mystérieux coffre, au motif que le sieur de GrosBras avait fort diligemment fourni des explications. Cette grande mansuétude faisait rêver tous les aigrefins et autres tire-laines du pays qui se seraient trouvés bien aise de se tirer à si bon compte de leurs larcins et autres malfaisances. Quant au bras droit de notre Sublime Manchot, le très précieux baron de Khol-Air, il continuait de se murmurer qu’il avait bien trempé dans de louches et familiaux tripatouillages. Une autre des courtisanes attitrées de la StartupNation avait elle aussi défié la loi. C’était la Chambellane en charge de la Culture et des Vestiges, la baronne de Nicène. Avant de prendre ces très hautes et très distinguées fonctions, la baronne avait été éditrice de brochures et autres fascicules. Elle possédait à la Capitale un fort bel endroit qu’elle désirait agrandir, mais il fallait pour ce faire solliciter de très ennuyeuses et surtout coûteuses autorisations dont notre baronne se passait fort bien. Las, l’affaire fut révélée mais elle n’émut point cette audacieuse qui confia à des gazettes qu’elle n’avait pas songer à démissionner. Elle reçut le soutien de la plus acharnée des partisanes de sa Sublime Complexité, la petite duchesse de Berre-Geai, laquelle se répandit partout pour exprimer tout sa confiance à la baronne de Nicène, dont elle ne doutait pas de la probité. Cette affaire était encore selon elle « une volonté d’entraver l’action du gouvernement ». Ce qu’on reprochait à la baronne n’était que vétille, et du reste, la maison d’éditions de Mme de Nicène allait s’empresser de se mettre en règle. Qu’on regardât donc ailleurs, plaida notre duchesse.
Cette madame de Berre-Geai était la risée des réseaux. Elle passait pour être tout en même temps girouette et fort sotte. Elle avait tout au long de sa jeune carrière de courtisane changé plusieurs fois de camp, et soutenu tour à tour le fort sourcilleux et broussailleux Duc de Sablé, puis le roi Nicolas 1er dit le Petit. Après que ce dernier eut achevé son règne, on trouva la duchesse du côté de chez le Duc de Bordeaux, lequel ne parvint pas, malgré les prodigieux conseils de madame de Berre-Geai, à se faire élire champion de la Faction de la Droite pour le Tournoi de la Résidence Royale. Notre duchesse trouva enfin, dans la Faction de celui qui allait devenir notre Grand Turpide, le lieu idéal où faire admirer les grandes qualités qu’elle portait en sautoir : la bêtise, la suffisance et la vanité la désignèrent aux yeux de sa Future Altesse comme une précieuse et incontournable courtisane, pour former sa garde rapprochée d’inconditionnels admirateurs, toujours prêts à le servir en tous points.

La duchesse de Berre-Geai confiait avoir une inspiratrice : la terrible Maggie, The Iron Lady, appelée aussi Tina, la fossoyeuse de la classe ouvrière britannique et des nationalistes irlandais. Nous étions prévenus.

Pendant que la Chambellane à la Santé et à la lutte contre la Pauvreté, la marquise de la Buse, affirmait sans sourciller que le gouvernement de notre Sulfureux Banquier avait « envie de lutter contre les inégalités du destin », que « les prestations monétaires réparent mais ne permettent pas aux gens de s’inscrire dans un projet de vie », pour conclure sur cette phrase si parfaite de suffisance et qui suintait tant la vérité : « nous avons réduit le taux de pauvreté en France », la compagnie des Aéroplanes, qui appartenait autrefois à la République, se voyait dotée d’un nouveau président, lequel exigea – avant même de prendre ses fonctions et de commencer la vilaine besogne pour laquelle il avait été recruté- que ses émoluments augmentassent fort généreusement et qu’il fût mirifiquement logé. Il obtint tout ce qu’il voulait. Les Riens et les Riennes apprirent dans le même temps, par la bouche du Grand Chambellan, le duc du Havre, que ces fameuses « prestations monétaires », qui étaient si utiles à celles et ceux pour qui la fin du mois commençait le 5 du dit mois, et tenaient lieu, n’en déplaise à madame de Buse, de « projet de vie », allaient être gelées. Les prix pourraient augmenter, le chômage aussi, mais pas ces prestations qui « coûtaient un pognon de dingue », pour reprendre la brillante formule de notre Révéré Tyran. Il fallait montrer, avait doctement expliqué le duc du Havre, que « le travail paye ». C’était là une bien étrange formule quand on songeait que les seuls émoluments à grossir étaient ceux des Actionnaires.

Les Insoumises et les Insoumis s’étaient réunis à Marseille pour se remplir la cervelle d’arguments et fourbir leurs armes : les mots qui allaient leur servir lors du prochain Tournoi pour élire les Représentants au Parlement de l’Europe. La bataille pour faire advenir une nouvelle République allait entrer dans une phase d’importance. De son côté, Le Parti à la Rose, la faction qui avait fourni au pays deux rois, et qui naguère organisait à la Rochelle de très courues Universités estivales, en fut réduit en cette année de disette à ne se retrouver qu’entre barons et baronnes tenant encore quelques fiefs, les partisans et partisanes ayant soit déserté, soit transfugé à la faction de notre Jupitout Ailé, où l’ambiance n’était pas plus au beau fixe. La vie de la faction était au point mort. Il ne se passait plus rien. Du côté de la faction de la Droite, on se dispersa de nouveau en chapelles concurrentes. La marquise de Paiqueresse réunit gaillardement les siens à Brive pendant que le fougueux duc de la Loire, monsieur de Voquier, conviait ses partisans à se hisser avec lui au sommet d’une petite éminence, dans son fief. Cette guerre intestine entre la marquise qui entendait rester libre, et le duc dont les dents rayaient les parquets et qui pensait que la place des femmes en politique se trouvait du côté de la cuisine pour y faire des confitures, fâchait fort les partisans. Du côté du duc, on disait qu’il fallait mettre fin à tout cela, et que le temps était venu de « chasser en meute ». Notre Très-Haut n’avait plus qu’à compter ses abattis.

 

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide

Chronique du 9 au 19 août

Les divines vacances de sa Révérée Turpitude se déroulaient sans anicroche, dans la torpeur de l’été. Pour les Riens et les Riennes, il en allait tout autrement . Un pont s’était écroulé à Gênes, causant beaucoup de pertes en vies, mais cela n’affecta en rien le cynique aplomb de l’établissement en charge de l’entretien du dit pont, qui nia toute responsabilité, alors même qu’il était de notoriété publique que le pont menaçait depuis longtemps de s’écrouler et que l’argent destiné aux réparations avait été généreusement distribué à de Très-Riches-Actionnaires. Le Condotierre Salvini tempêta bien fort contre ces fâcheux mais on le vit faire la fête le soir même de la catastrophe. Chez nous, on s’empressa de faire vérifier les ouvrages d’art et l’on s’avisa dans le même temps que le gouvernement de notre Cynique Liquidateur avait choisi de vendre les Aéroports de la capitale à ce même établissement…

Aquarius, Aquarius …. Voilà que ce nom, dont la simple évocation donnait un prurit géant à son Insensible Hauteur, revenait dans l’actualité. Ce bateau avait encore sauvé de ces imprévoyants qui se jetaient à la mer pour tenter de gagner nos beaux rivages et demandait à accoster pour les y débarquer. Le bailli de la bonne ville de Sète, le Sieur Gai-Sceau, qui avait été en des temps plus anciens Chambellan aux Transports sous le règne du roi Chirac, se fit voir dans les Lucarnes Magiques pour affirmer qu’il était prêt à recevoir ce navire, à condition que notre Grand Timonier lui en donnât l’autorisation. Sa Mesquine Petitesse commença par refuser tout net, mais voyant que cela faisait vilain, il fit semblant de céder en acceptant qu’une partie seulement de ces indésirables qui lui polluaient la Méditerranée fussent reçus dans la Startup Nation. Parmi ces pauvres gens qui avaient erré des jours et des jours en mer se trouvaient une moitié de très jeunes garçons et un tiers de femmes. Notre Immoral Monarc en avait par-dessus la tête. Ces gueux lui gâchaient ses vacances. Il avait mieux à faire, comme par exemple recevoir le Grand-Duc du Luxembourg pour un diner entre voisins, et se voir reçu à son tour dans la résidence d’été de ce prince, à moins d’une demi-lieue du de là, où sa Rayonnante Mondanité se rendit accompagné de la Reine Qu-On-Sort, dans une petite charrette électrique, tout ceci dans un souci d’écologie – c’était là la seule concession que notre Trépidant Noceur accordait à son Vert Chambellan, le sieur de Hue-Leau-  alors même que le carrosse officiel – où la place du regretté sieur de GrosBras était toujours vacante- suivait derrière.

Les gazetiers avaient quelque peu jasé sur la Reine Qu-On-Sort qui avait été aperçue faisant du vélocipède – engin pour lequel elle nourrissait une véritable passion – ou s’adonnant à un sport beaucoup plus dangereux, qui consistait à se faire tirer par un bateau lancé à grande vitesse, auquel on s’attachait par une corde, juché sur une sorte de planche…tout ceci dans la mer, au large du Fort. A quoi donc servait la piscine ?

Notre Précieux Calculateur avait comploté avec ses Conseillers un nouveau bain de foule devant sa Résidence. Il avait fallu recruter de nouveaux figurants et on les avait trouvés dans une maison de retraite voisine, un lieu très sélect. Ce n’était pas ce genre d’établissement qui manquait à cet endroit du pays. Les pensionnaires, qui n’étaient nullement des Riens et des Riennes, mais d’anciens banquiers et hommes d’affaires, étaient tout acquis à la cause de sa Hauteur Enivrée.

La Startup Nation s’endormait dans la torpeur de l’été. La chère Marquise de Chiappa, qui avait utilisé les services de communication de son Ministère pour jouer la Sévigné, fut absoute de cette vénielle peccadille . Le Délégué à la Sécurité des routes et des chemins déclara fort doctement que lorsque ces derniers étaient en mauvais état, « les gens [roulaient] plus doucement ». Le Présidenticule de l’Assemblée Nationale, le petit marquis De Rue-Git était empêtré dans une histoire d’appareils à raclette qu’il avait fait acheter par les cuisines de son Palais pour on ne savait trop quel usage.

Une officine belge voulut démontrer que l’affaire du sieur de GrosBras avait été montée de toutes pièces par les services du Tsar Vladimir . Elle publia la liste de tous ceux et toutes celles qui s’étaient perchés sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur pour parler de cette affaire, en indiquant pour chacun et chacune leurs opinions politiques. Il apparut qu’il n’y avait aucune machinerie ni automate russe là-dessous et tout cela fit grand bruit. Notre Tyrannique Jupitou disposait là d’un document fort utile pour faire embastiller tous ses opposants, à commencer par le tribun Gracchus Mélenchon !

Sa Barbouzeuze Altesse était cependant en grand danger de se retrouver manchote …Privée de son bras gauche, le sieur de GrosBras, voilà qu’on jasait fort sur son bras droit, le baron de Khôl-Air, lequel était mouillé jusqu’au cou dans une comploteuse histoire de conflits d’intérêts familiaux…

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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide.

Chronique du 3 au 8 août

« Je n’aime pas les piscines, je préfère la mer ». C’est par ces hautes et profondes paroles que notre Grand Communicateur reprit langue avec ses sujets. Cela faisait quatre jours qu’il attendait ce moment unique qui lui permettrait de remonter spectaculairement dans les carottages d’opinion . Rien n’avait été laissé au hasard. Les Services de son Ivresse des Altitudes étaient allés comme à l’accoutumée chercher des figurants – que l’on rémunèrerait en croquettes bien entendu – pour créer une ambiance de foule en liesse devant la Résidence d’Eté de notre Poudré Freluquet. Parmi ces gens, ramassés sur les plages, il s’était trouvé une petite famille dotée d’un insupportable bambin de six ans, lequel menait ses dépassés parents par le bout du nez. Il s’était pris – le cher ange ! – d’une passion pour la Reine d’Angleterre et pour notre Fascinant Pantin. Il rêvait de rencontrer sa Divine Hauteur dont il avait suivi – à cinq ans ! le prodigieux chérubin ! – toute la campagne d’accession au Trône. Visiter le Château figurait dans ses ambitions. On avait fait jouer aux figurants la comédie de la foule en liesse plusieurs jours d’affilée, afin que la température montât, et des gazetiers – nourris-aux-croquettes eux aussi – posèrent des questions oiseuses et sottes à ces vrais-faux Riens et Riennes. Le prodigieux bambin figura naturellement parmi les images choisies pour assurer la propagande dans les Lucarnes Magiques. Notre Fieffé Manipulateur comprit tout de suite tout l’intérêt qu’il pourrait retirer d’une rencontre avec ce Minou Drouet de la politique. Un gazetier fut spécialement dépêché pour retrouver sur les plages ce doux Zéphyr, afin qu’il fût bien présent avec ses dépassés géniteurs lorsque sa Sérénissime Turpitude ferait sa première sortie. Tout se passa à merveille ! Notre Grand Guérisseur des Ecrouelles apparut au grand portail de sa Résidence d’Eté, la barbe naissante, le hâle savamment entretenu et mis en valeur par un blanc pourpoint orné d’un petit crocodile, les lèvres figées sur un sourire carnassier et les yeux abyssalement vides. Sa Fantastique Sainteté se fit happer selon une chorégraphie bien huilée par ces quelques faux badauds, habilement entassés pour créer un effet de foule. Notre Machiavelique Monarc avisa le divin bambin et lui parla en ces termes : « Ça va jeune homme ? Tu vas bien ? Tu veux venir voir l’Élysée ? On va arranger ça ». Les Conseillers se mirent aussitôt à consulter compulsivement les carottages d’opinion pour vérifier si la courbe de la popularité de leur Révéré Maitre avait frémi ou grimpé en flèche. Un Anglais osa – l’imprudent – déplorer de ne pouvoir visiter la Résidence. Sa Très Offensée Grandeur lui répliqua vertement qu’il lui eût fallu venir en villégiature au mois de juillet. Que ce brave Nothing n’eût qu’une modeste semaine de congés payés dans l’année, de plus fixée arbitrairement au mois d’août, n’effleura pas la Pensée Complexe de notre Trépidant Nabab. A une vraie-fausse Rienne qui lui parlait baignade, sa Barboteuse Petitesse eut donc ces mots qui passeraient sans nul doute à la postérité : « je n’aime pas les piscines, je préfère la mer ». Les véritables Riens et Riennes, qui – de plus en plus nombreux tant les calamités économiques s’abattaient sur eux – ne pouvaient partir en congés au bord de la mer, et en étaient réduits à s’entasser dans des villes surchauffées par la canicule, sans suffisamment de piscines collectives où se rafraichir car certaines étaient fermées faute d’avoir été entretenues car il n’y avait plus d’argent magique que pour les Très-Riches– goutèrent comme il se doit la fraiche et pétillante saillie de notre Suffisant Jupitou.

Ce petit bain de foule était le bienvenu pour sa Pétocharde Petitesse. La veille, un terrible attentat avait été déjoué dans la Résidence d’Eté. On avait frôlé la tragédie. Un engin volant téléguidé à distance était venu survoler la piscine pendant que notre Barboteux Banquier y trempait son Auguste postérieur. Sa Médisante Altesse avait aussitôt pensé à ce qui venait d’arriver au Commodore Alcazar, un dirigeant d’une de ces lointaines républiques d’Amérique latine, dirigeant qu’il abhorrait et dont il ne se privait pas de dire le plus grand mal. Le Commodore avait en effet échappé à une tentative d’assassinat, lequel avait été perpétré par un engin comme celui qui survolait les jardins de la Résidence, rempli jusqu’à la gueule de poudre noire explosive. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes, en rendant compte de cette détonante affaire, avaient, comme à l’accoutumée lorsqu’il s’agissait de décrier tout ce qui constituait l’héritage du prédécesseur du Commodore, le grand général Chavez, employé le conditionnel. Au fort de Brégançon, ce fut la panique générale. On fit donner le canon et l’engin s’abima dans la mer. On n’eût à déplorer que la perte de quelques assiettes, qu’un laquais portait à travers les jardins, pour le goûter de notre Caleçonné Monarc. La Reine-Qu-on-sort annonça qu’il faudrait à nouveau changer entièrement le service d’assiettes, car elle avait en profonde aversion tout ce qui était dépareillé. Le laquais – le malheureux- fut sévèrement tancé. C’est alors que sa Jupitérienne Hauteur s’avisa que cet engin volant ressemblait en tout points à celui qu’il avait offert en présent de Noêl à son bien-aimé Nervi le Sieur de GrosBras. Serait-ce possible, se murmura notre Barbouzeux Souverain, que mon cher GrosBras pensât encore à moi ?

Pour l’heure, il se disait que ce personnage décidément bien sulfureux mais ô combien indispensable à sa Paranoiaque Majesté avait trouvé à s’employer comme garde du corps auprès d’une comédienne du Théâtre de la Téléréalité.

L’été suivait son cours dans la StartupNation et c’était un été caniculaire, annonciateur de catastrophes climatiques à venir. Les hôpitaux croulaient sous le nombre de patients et le manque criant de médecins et d’infirmières. Mais la marquise de Buse, Grande Chambellane à la Santé, affirma d’un ton péremptoire : « je pense que la société commence à s’adapter ». Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Le Prince de la Britannique Nation s’en était venu sur le sol de la vieille République française pour honorer la mémoire de tous les Riens et les Nothings tombés lors de la mémorable bataille d’Amiens, au début du précédent siècle, lors de la Grande Guerre. Mais il se trouva bien seul. Ce genre d’hommage n’intéressait point notre Turpide Startupeur qui continua à barboter dans sa piscine. Quant à au Grand Premier Chambellan, il était allé se mettre au vert on ne sait où. Son Oublieuse Petitesse estimait qu’elle en avait assez fait avec les Anglais. Le vendredi précédent, notre Touristique Guide avait fait les honneurs de la Résidence d’Eté à la Prime Minister, lady May, accompagnée de son fort bien élevé époux. Un Conseiller – à moins que ce ne fût l’indispensable Marquise de Diaille, la grande prêtresse de la communication – avait enregistré la visite sur son smartruc et diffusé le tout sur les Réseaux Sociaux. Les Riens et les Riennes avaient donc pu bénéficier de ladite visite, sous la houlette de sa Diserte Altesse, en bras de chemise, suivi de la Reine-Qu-on-sort qui trottinait derrière, perchée comme à l’accoutumée sur des talons qui lui donnaient une démarche quelque peu vacillante. A l’opposé de la Reine Bernadette, épouse du Roi Chirac, laquelle ne se séparait jamais de son sac à main, la Reine-Qu-on-sort parut fort embarrassée avec le sien. Du Roi Chirac, il en fut d’ailleurs question lorsque notre Mesquin Potineur raconta à Lady May comment ce bon roi – si sympathique à bon nombre de ses sujets-citoyens – était apparu nu comme un ver, à une des fenêtres de la Résidence, alors qu’au delà des murailles, les paparazzi se battaient pour obtenir un cliché. Sa Médisante Petitesse éprouvait une vraie joie à narrer cette futile anecdote. Lady May prouva encore une fois la très grande présence d’esprit, rompue à toutes les situations, des natifs de la Grande Bretagne. Elle émit un son bref, qui tenait tout autant de la désapprobation que de la surprise. Décidément, ce petit frenchy banquier n’était pas sortable.

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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide

Chronique de la semaine du 28 juillet au 3 août.

Patatras…C’était le bruit que fit sa Trébuchante Petitesse en dégringolant de son piédestal. Dans toutes les enquêtes menées auprès des Riens et des Riennes, lesquelles enquêtes étaient pourtant tripatouillées à loisir par les faiseurs d’opinion, notre Déchu Zéphyr apparaissait au plus bas de sa popularité. D’aucuns se risquèrent même à le juger malhonnête. Il faut dire que l’affaire dite du Sieur de GrosBras était loin de s’éteindre. Ce n’était plus un verre d’eau, mais une bassine d’eau croupie. Chaque jour apportait un rebondissement supplémentaire. A quelques jours de la grande migration vers les plages – pour celles et ceux qui pouvaient encore s’offrir ce luxe arraché de haute lutte lors du bel été 1936- les Riens et les Riennes apprenaient pêle-mêle par les gazettes, qui continuaient d’enquêter, comment notre Machievalique Monarc s’était, ni plus ni moins, constitué une milice prétorienne dont le chef incontesté était le sieur de GrosBras, milice destinée à protéger sa Très-Précieuse Hauteur et à effectuer de troubles et douteuses missions, comment ce nervi s’était joué de la Maréchaussée en faisant disparaître un coffre au contenu mystérieux, comment il n’avait en rien été sanctionné après sa brutale équipée du 1er mai – il avait été vu molester violemment plusieurs Riens et Riennes protestant ce jour-là contre la politique de notre Grand Ruissellement, comment il disposait d’un laisser-passer diplomatique, alors même que l’Officier des Gens d’Armes qui, selon les vieilles lois de la République agonisante, était en charge de la protection du Très-Grand-Résident, n’en bénéficiait point… Des Riens et des Riennes qui s’y entendaient un peu en la chose politique trouvaient cette dernière révélation des plus étranges. Dans quels desseins notre Turpide Souverain avait-il œuvré pour faire obtenir à son nervi ce laisser-passer ?

Les officiers de la Maréchaussée, qui avaient remis au Sieur de GrosBras les images animées des Lucarnes de Surveillance de cette fatidique journée du 1er mai, étaient entendus par la Justice. Leurs aveux contredisaient en tout points les propos tenus par le Grand Secrétaire de sa Tyrannique Arrogance, le baron de Khôl-Air, lequel avait affirmé sans sourciller devant la Commission d’enquête de la Chambre Haute, que le Château « n’employait pas de vigiles privés pour assurer la sécurité du Chef de L’État » et que le Sieur de GrosBras « n’avait aucune responsabilité dans la sécurité » de notre Divin Imperator. Pour un supposé laquais préposé aux bagages, ce personnage était armé jusqu’aux dents. Les Officiers de la Maréchaussée affirmèrent que, lors des déplacements de notre Petit Manipulateur, c’était le Sieur de GrosBras qui communiquait « les souhaits et les volontés » de sa Capricieuse Petitesse, de même qu’il était au quotidien le récipiendaire de « télégrammes et de notes confidentielles » émanant de notre Grand Précieux.

Interrogé par une gazetière, le Grand Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, ne souvenait plus du tout où il avait ouï dire que le sieur de GrosBras n’était qu’un simple commis aux bagages, ni comment les partisans de sa faction avaient des images animées – qui n’auraient jamais du quitter les locaux de la Maréchaussée- censées dédouaner ce décidemment bien étrange nervi…

Enterrer cette trop encombrante affaire, la noyer sous un flot de billevesées, la faire oublier en allumant des contre-feux, telle était la mission que les bouillants barons et autres trépidantes marquises de la faction de notre Grand Potentat s’étaient vus confier par Madame de Diaille, la très précieuse Conseillère de son Ivresse des Altitudes, une femme toute dévouée à l’édification du divin destin de notre Glorieux Tyran. La plus ardente dans cet exercice fut bien entendu la marquise de Chiapa, qui, lorsqu’elle ne se prenait pas pour madame de Sévigné – avec las le talent en moins ! – en faisant assurer aux frais de son ministère la renommée d’un fort plat et très ennuyeux recueil de lettres à sa progéniture, s’en allait courant toutes les gazettes parlées pour exprimer la très-haute-pensée de sa Poudreuse Majesté, criant à l’instrumentalisation par l’opposition de cette broutille malencontreuse avec le sieur de GrosBras, lequel, somme toute, n’avait fait que son devoir de vigile de la StartupNation en molestant ici et là quelques fâcheux, qui ne comprenaient, les bougres, que la manière forte.

Oublier l’affaire GrosBras, tel était le but affiché du somptueux diner auquel notre Grand Amphytrion et la Reine-Qu-on-sort convièrent les Chambellans, les sous-chambellans et leurs épouses, bref toute la Cour, le soir du premier jour du mois d’août. Ce fut une magnfique occasion de dépenser de l’argent magique et de sortir les belles assiettes. La veille, on avait pu voir le Grand Chambellan et le Grand Caniche de sa Majesté, qui glousser comme un escholier, qui tapoter frénétiquement sur une petite tablette ou sur un smartruc, pendant que l’Opposition déposait deux motions de censure à la Chambre Basse. Le tribun Gracchus Mélenchon tonna « Nous n’avons pas fini de détrôner les monarques » . Les députés de la faction de notre Suzerain Tyran se comportèrent comme à l’accoutumée en véritables automates, applaudissant mécaniquement à la moindre intervention de leur camp. La marquise de Pivert, fort décriée par toute l’Opposition, décréta qu’il n’y aurait aucun rapport écrit à la suite des auditions de la commission d’enquête. Il n’y avait plus rien à voir. Passez muscade, sussurait la dame. Mais on apprit à ce moment qu’un « déplacement de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête » selon les dires d’un courtisan dont c’était le tour de participer au Concours des Euphémismes – en bon français cette opération s’appelait une perquisition – permit de découvrir des mousquetons et des arquebuses au siège du Parti de notre Trépidant Impérator. Les pompiers allaient devoir redoubler d’efforts pour inventer de nouvelles fadaises. Le navire prenait l’eau de tous côtés. Mais sa Tripatouilleuse Majesté n’en avait cure. Il faisait préparer par ses gens ses malles et celles – fort volumineuses – de la Reine-Qu-on-sort. La Cour allait se déplacer au Fort de Brégançon. Notre Grand Turpide comptait bien sur l’été pour que les Riens et les Riennes oubliassent ces bêtises. Ce qui était bien plus ennuyeux, c’est qu’il n’avait plus de GrosBras pour veiller sur lui.

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Chroniques du règne de Manu 1er le Turpide.

Chronique du 27 juillet.

« Une tempête dans un verre d’eau ». Notre Fieffé Manipulateur avait suivi mot pour mot les conseils des ses Conseillers, ces gens payés fort cher qui avaient oeuvré pendant des jours au Château pour échaffauder la riposte à ce qui prenait les proportions d’une affaire d’Etat. Sa Pétocharde Petitesse avait fait annuler sa Sainte apparition sur le Tour de France prévue pour le mercredi. Le mardi, la Commission des Lois – qui faisait donc office de Commision d’Enquête sur ce qui désormais occupait bien des discussions des Riens et des Riennes- entendit le Préfet de la Maréchaussée, lequel parla des relations qu’entretenaient le Sieur de GrosBras et quelques officiers de ses services en ces termes : « copinage malsain ». Tout était dit.

Le tribun Gracchus Mélenchon demanda que son Impériale Altesse fût entendue par ladite Commission, car tout ce qui se révélait de cette stupéfiante affaire, et en premier lieu les mensonges, les omissions, les énormités entendues ici et là, nous amenaient à notre Mouillé Souverain.

Les troupes de la Faction de sa Turpide Hauteur commencèrent les manœuvres l’après-midi même de ce mardi 27 juillet, lors de la séance des questions au gouvernement. Ils multiplièrent les interventions les plus surréalistes sur des questions qui, même si elles avaient un fondement, apparaissaient à des milliers de lieues de la situation. Le Grand Premier Chambellan mentit droit-dans-ses-bottes à plusieurs reprises sur les soi-disant sanctions que le Château disait avoir pris à l’encontre du Sieur de GrosBras. Un Grand Officier de la Maréchaussée, qui avait affirmé la veille devant la Commission que le nervi de sa Très-Protégée-Petitesse avait été vu à ses côtés pendant la période où il aurait du être mis aux fers et au cachot, effectua une délicate manœuvre de repli en déclarant piteusement que la veille, il avait « mal compris la question ». La Marquise de Montretout, qui avait été à l’origine de ladite question, s’était pourtant exprimée à haute et forte voix comme à son accoutumée. Les commentateurs hésitèrent donc entre sénilité précoce – à l’instar de ce qui arrivait au Grand Chambellan duc de Colon- et surdité fulgurante. C’était une véritable épidémie…

On apprit l’après-midi même par les représentants de la Corporation de la Maréchaussée que le Sieur de GrosBras était fort enclin à insulter les sous-officiers et les officiers qui formaient la garde habituelle des monarques républicains. Ils usèrent du vocable de « cador » pour le dénommer, employèrent les quaficatifs « exécrable » et « indigne » pour parler de son comportement. La conclusion était sans appel : le Sieur de GrosBras « faisait régner la terreur » en pratiquant « une intimidation constante et récurrente ». Il se disait que le Grand Nervi avait un secret dessein : transformer le fort de Brégançon et sa piscine en bois précieux en place fortifiée avec douves, pont-levis, cachots et oubliettes pour notre Petit Duce.

Son Infinie Ivresse des Altitudes prit enfin la parole. Ce fut le soir même de ce faste jour, à la Maison de l’Amérique latine, où la Faction de notre Arrogant Prince organisait un raout pour fêter la fin de la session parlementaire. Devant un parterre de courtisans et de courtisanes tout acquis à sa cause, sa Persifleuse Sérénité attaqua la presse « qui ne cherchait plus la vérité », il joua de l’anaphore – un procédé breveté par le roi Françoué – pour expliquer tout ce que le sieur de GrosBras n’était pas ou ne possédait pas. Tout ceci était bien entendu à entendre au cinquante deuxième degré, et toute la cour de se gausser lorsque notre Ardent Fornicateur nia que le Sieur de GrosBras fût son « amant » . Puis notre Vibrionnant Tartarin assuma : « c’est MOI le responsable, martela-t-il devant des bouches béates d’admiration et des langues pendantes jusqu’au sol, qu’ILS viennent me chercher, je réponds devant le peuple français ». Lequel peuple découvrit, ulcéré, dans les Lucarnes Magiques, sa Puérile Rotomontade se livrer à cet exercice fort vain en vérité. Dans la Cinquième République telle que l’avait fomentée Mon-Général bien des années plus tôt, le Roi-Président était au dessus de tout, il n’avait aucun compte à rendre – ou presque, ce qu’expliquaient patiemment le tribun Gracchus Mélenchon et d’autres quand ils disaient que la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale pouvait tout à fait entendre le Monarc – et les Riens et les Riennes se demandèrent qui donc était ce ILS dont sa Nargueuse Suffisance parlait en faisant des moulinets de bras et des ronds de jambe. Notre Racailleux Tartarin ne craignait rien en provoquant ainsi ses adversaires, protégé comme il l’était, par la Constitution qu’il voulait rendre encore plus favorable à sa Royale Personne, et par ses courtisans et courtisanes qui n’en pouvaient plus de flagornerie et de sottise. Pour clore cette glorieuse séance, son Impériale Suffisance fit applaudir par ce parterre bavant et baveux le sieur de GrosBras.

Gracchus Mélenchon eut ces mots : « ce président se comporte en chef de clan . Cette affaire est une blessure à la Répulique ».Cette façon de traiter l’opposition était, selon lui, celle d’une dictature. Il en appelait au principe de Vertu qui ne pouvait, dans une démocratie, être séparé de celui du Droit. On comprenait à travers les propos de notre Poudré Conducator que l’opposition devenait un ennemi de l’Etat et de la République.

Le lendemain, notre Tapageuse Hauteur s’en fut du côté de Bagnères de Bigorre, dans le Pays Basque . On l’entendit persifler à des gazetiers sur la canicule qui devait affecter la capacité d’entendement des Riens et des Riennes. Cette affaire n’en était pas une, personne du reste n’en parlait ! Quelques béats, qu’on était allé chercher pour l’occasion et qu’on avait rémunérés en croquettes, approuvèrent, aussi béatement que les Courtisans l’avaient fait la veille, le Divin Verbe. Sa Morgueuse Suffisance parla du Sieur de GrosBras comme d’un « collaborateur exceptionnel ».

Dans les jours qui clôturèrent cette semaine, la faction de notre Jupitou Aux-Petits-Bras entrava de telle façon les travaux de la Commission d’enquête qu’un député de l’opposition, le Duc de l’Arrivée qui en était, avec la très obéissante et très zélée marquise de Pivert, le co-rapporteur, claqua rageusement la porte, suivi des tribuns Insoumis. Il restait fort heureusement la Commission de la Chambre Haute pour continuer à lever le voile sur les turpitudes de notre Machiavélique Souverain.

Le Sieur de GrosBras n’était pas du tout un homme isolé et lâché par son Suzerain. Dûment encadré par une Grande Amie de la Reine-Qu-on-sort, une femme fort habile en la science de la communication, et par un autre homme de l’ombre, au trouble passé, et donc proche du Jupitérien Trône, il accorda une longue entrevue à la gazette qui avait levé le lièvre la semaine précédente, laquelle gazette avait pourtant oeuvré avec grand zèle à la victoire de notre Turpide Souverain au tournoi de la Résidence Royale. Il résulta de cette entrevue un amas de fadaises : les entrées à l’Assemblée Nationale pour y faire de la culture physique -alors que la salle dévolue à cette hygiène était une des plus lugubres qui soient aux dires de ceux qui la pratiquaient et qui n’y avaient jamais croisé le Merveilleux Collaborateur de sa Précieuse Eminence, le sentiment d’avoir fait « une grosse bêtise » – alors qu’il n’encourait pas moins de cinq chefs d’accusation pour ses agissements lors de cette décidément bien curieuse journée du 1er mai, de provocations – pour le Sieur de Grobras « les syndicats de police [ne disaient] que des conneries », et une grande vérité : « tout à l’Elysée est basé sur ce que l’on peut vous prêter en terme de proximité avec le Chef de l’Etat. Est-ce qu’il vous a fait un sourire, appelé par votre prénom .. C’est un phénomène de cour. Le Grand Nervi, qui n’avait qu’un seul but avoué dans la vie, « que le président soit bien » réitéra ses confidences à La Première Lucarne Magique. Ses propos, filmés et enregistrés à l’avance – de peur qu’il ne se mette à vouloir se déguiser en journaliste ou en procureur, calibrés au demi-pouce près, sans aucun doute relus par sa Sourcilleuse Altesse, furent diffusés à une heure de grande écoute, pour la plus grande stupéfaction des Riens et des Riennes. Il y apparut ripoliné de frais, rasé, poudré, pomponné, habillé par le meilleur tailleur de la capitale. La confession de ce Dévoué Serviteur – qui disait n’avoir agi qu’en vertu d’un article de loi qui autorisait quiconque à se substituer aux forces de la Maréchaussée dès lors que celles-ci étaient absentes, oubliant au passage que tout ceci s’était effectué au milieu d’un escadron de la Compagnie de Sécurité – s’acheva sur ces fortes paroles : « ce n’est pas une affaire d’Etat, mais une affaire d’été ». La Marquise de Chiapa elle-même, qui était passée maitresse en l’art de tronquer les propos des gazetiers, et qui s’était autoproclamée cheffe d’escadron des Pompiers, fut verte de jalousie de n’avoir point trouvé cette saillie.

Cette même semaine, quelques partisans de sa Cynique Suffisance votèrent la loi dite de l’Asile et de l’Immigration, laquelle permettait désormais d’enfermer trois longs mois des enfants qui n’avaient commis que le seul crime d’être étrangers et d’avoir échappé à moult horreurs avant de poser le pied dans notre beau pays.

 

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Chroniques du règne de Manu 1er Le Turpide

Chronique du 23 juillet.

Le Tout-Paris attendait impatiemment l’audition devant la Commission des Lois du Grand Chambellan, le duc de Colon. Pour ronger leur frein, les gazetiers, que l’on trouva soudain bien réveillés et moins enclins à engloutir les croquettes avec lesquelles le Château les nourrissait d’ordinaire, réexaminèrent la barbouzeuze affaire sous toutes les coutures et il apparut à beaucoup de Riens et de Riennes que ceux qui jusque là en avaient répondu avaient fabriqué là un tissu de menteries.

Menterie quand par la voix du Petit-Médor-la-voix-de-son-Maitre, on avait appris que le Sieur de GrosBras- tel était le nom du nervi au service de notre Grand Disparu – avait soi-disant été rétrogradé après avoir été filmé en train de battre comme plâtre un manifestant, et mis dans un placard-oubliette. Il n’en était rien, car ce personnage avait été vu partout où l’on avait vu notre Mensongeux Souverain depuis la dite affaire. Lorsque la dépouille de la Baronne de Veille – qui avait œuvré pour la cause des Riennes, trop souvent oubliées dans l’Histoire de la République – avait été convoyée au Panthéon, grand Tombeau des Gloires du Pays, le Sieur de GrosBras était en première ligne pour accompagner notre Historic Monarc. On le vit aussi aux premières loges dans le char qui ramenait les Glorieux Balleurs au Pied se faire cajoler et papouiller au Château par sa Bisouilleuse Petitesse.

De rétrogradation, il n’en avait point été question, et il semblait tout au contraire que le nervi avait gagné en considération auprès de son Généreux Maitre et que ce dernier ne pouvait se passer de lui.

Menterie quand il fut révélé que le décidément très incontournable Sieur de GrosBras bénéficiait de privilèges inouïs, alors même qu’il n’était point cheminot ! Jugez plutôt : un luxueux logis, qui lui avait été attribué juste après avoir été sanctionné d’une mise à pied, et dont les fenêtres donnaient sur le très prisé Quai Branly, un carrosse avec laquais – lequel carrosse ressemblant point pour point à un carrosse de la Maréchaussée- pour le conduire là où bon lui semblait… On lui avait également octroyé le permis de porter une arquebuse dernier modèle, et il était fortement question, avant que n’éclatât cette malencontreuse révélation, qu’il devinsse le Commandant en Chef de la Nouvelle Garde Prétorienne de son Immense Altitude. Notre Glorieux Menteur avait auparavant pensé à lui pour la Sous-Préfecture, mais c’eût été l’éloigner de Lui…

Menterie toujours quand il apparut que notre Tripatouilleux Monarc – en voyage aux Antipodes lors de funeste 1er mai – avait immédiatement été mis au courant des agissements coupables aux yeux de la vieille loi républicaine – loi qu’il conviendrait évidemment d’abroger pour rendre possible et même obligatoire de battre les mécontents jusqu’à ce que mort s’ensuive- de son Très-Proche-Garde-du-Corps. Notre Oublieuse Altesse n’ordonna nullement que ce manquement soit signalé à la Justice mais bien au contraire, demanda qu’on fît semblant de tancer le nervi et qu’on le récompensât en lui donnant un luxueux logis. D’aucuns se demandèrent pourquoi le Sieur de GrosBras, que l’on voyait sans cesse auprès de Sa Suspicieuse Grandeur, n’était pas du voyage au Pays des Kangourous. Lui avait-on, dans le secret d’un Cabinet Secret, confié une mission secrète de police secrète, alors que le Pays, comme le dirait plus tard le Duc de Colon, entrait dans une dangereuse et insoumise ébullition lors de ce début de mois de mai ? Ce Duc de Colon lui-même omettait de dire – alors qu’il avait été prévenu par ses zélés serviteurs du rôle joué par le Sieur de GrosBras – qu’il n’avait nullement prévenu la Justice des agissements de factieux du nervi de Sa Comploteuse Petitesse.

Menterie enfin – at last but not least- quand il apparut qu’il ne s’agissait point du seul sieur de GrosBras, lequel avait également bénéficié d’une promotion fulgurante dans la carrière d’Officier de la Réserve depuis qu’il oeuvrait pour notre Barbouzeux Souverain, mais bien d’un complet équipage de Spadassins qui avait été à la tâche en ce bien tumultueux 1er mai. Hormis le susnommé, on y trouvait un ancien Homme d’Armes, employé par la Faction de sa Trouble Perfidie, et un véritable Maréchal de Police en fin de carrière et plus très vaillant, que les Tribuns Insoumis reconnurent pour être celui qui les avait fort mal traités – au lieu de les protéger- lors d’un cortège funéraire d’une victime de la sombre bassesse humaine. Les fonctions dévolues par la Maréchaussée à ce vieux briscard étaient de chaperonner le bouillant Nervi. Quels étaient donc les noirs desseins dont étaient chargés ces Spadassins, outre la protection de notre décidément Très-Turpide Monarc, protection ordinairement dévolue sous les anciens rois républicains à la Maréchaussée et aux Gens d’armes ?

Pour quelles impériales mais néanmoins troubles raisons ce Méfiant Prince se créait-il une Police Secrète ?

On ne savait toujours pas où se trouvait sa Trouillarde Petitesse. Se terrait-il dans son Château pour ourdir avec ses Conseillers un complot pour faire oublier cette ténébreuse affaire – méthode préconisée par feu le Baron Passe-Quoi, qui s’était en son temps illustré dans d’autres histoires de barbouzeries.

Un boulanger prétendit l’avoir vu du côté de Varennes.

Le Duc de Colon se préparait à se faire questionner-mais-pas-trop, les factieux du parti de sa Fuyante Majesté étaient bien décidés à entraver l’enquête de l’Opposition ulcérée, toutes tendances confondues.

On délégua au Chambellan à l’Agriculture le soin de communiquer sur cette affaire qui sentait fort les oignons roussis ou les carottes cuites.

Le député de Basse-Bretagne, un certain Baron du Fût, révéla durant ces longues heures d’attente que le Sieur de GrosBras avait un laisser-passer pour entrer à l’Assemblée Nationale comme bon lui semblait. Qu’allait-il donc y faire ? Quels noirs desseins avait-il eu mission de tramer dans les antichambres ?

Une violente algarade éclata dans les couloirs de l’Assemblée Nationale entre le Grand Caniche de son Amoindrie Immensité , le Sieur Casse-Ta-Mère et la baronne de Montretout, qui se paya le luxe – cette Haineuse qui vomissait la République- de donner une leçon en la matière à ce haut dignitaire de la Startup Nation.

Le lundi matin, ce même Sieur Casse-Ta-Mère annonça dans une Gazette Parlée qu’il avait ouï dire que le Sieur de GrosBras n’avait été qu’un simple bagagiste au service des Balleurs au Pied, commis à s’occuper des valises fleurant bon l’embrocation et le jus de chaussettes sales.

Une Gazetière chef du service politique d’une des ces gazettes Brosse-A-Reluire des Très-Très-Riches anticipa la communication du Duc de Colon et chargea dans cette affaire – qu’elle qualifiait aimablement de « débordements » du seul sieur de GrosBras – les Tribuns Insoumis, accusés par la dame de vouloir nuire à notre Grand Réactionnaire. Pour un autre des ces gazetiers-nourris-aux-croquettes, un certain Couturier, c’était là une « peccadille » alors qu’il fallait se souvenir que notre Jupiter Sauveur nous avait évité la guerre civile, rien de moins !

Notre Divin Souverain communiqua enfin ! Il voulait que les coupables fussent châtiés « il ne doit y avoir aucune impunité pour qui que ce soit »  et il nomma pour enquêter au Château un certain baron de Khôl-Air, son Grand Secrétaire, lequel était cependant par ailleurs sous le coup d’une enquête pour tripatouillages en tous genres qui lui permettaient de favoriser commercialement des siens cousins armateurs.

Le Duc de Colon fut questionné. Il ne se souvenait plus être Chambellan. Il ne savait point que le « beau jeune homme » selon ses dires était le Vacillant Souverain de notre Pays. En un mot comme en cent, il ne savait rien. Hormis que les Insoumis fomentaient la Révolution et que les Terroristes rôdaient dans le Bocage nantais où se trouvait caché selon ses dires un arsenal de guerre.

Un Haut Dignitaire de la Maréchaussée fut également entendu par les Députés. A l’inverse du Duc de Colon, il ne cacha rien de ce qu’il savait. Pendant ce temps, les révélations sur le sieur de GrosBras continuaient dans les gazettes hier toutes dévouées à l’édification de la gloire de notre Grand Menteur. On apprit ainsi qu’il faisait partie du cercle le plus intime de sa Gigantesque Dégringolade, qu’il avait été à ce titre admis à connaître des secrets concernant notre Armée, qu’il avait les clés de la résidence d’été de la Reine Qu-on-Sort, que notre Dispendieux Prince avait demandé qu’on rénovât à grands coups d’argent magique le déjà fort somptueux appartement qu’il avait octroyé à son Omnipotent Garde-du-Corps, qu’il avait menacé un gazetier – qui voulait rendre compte des vacances d’hiver de sa Neigeuse Petitesse et de la Reine-Qu-on-sort-  en ces termes fort éloquents « Je sais où vous habitez à Paris et avec qui, je vais vous suivre maintenant ». A Marseille, où notre Bronzé Turpide avait passé quelques jours l’été qui avait suivi son avènement, il aurait menacé de mettre aux fers un peintre qui cherchait à immortaliser les royales vacances.

Le fin mot du jour fut attribué au petit duc de Grivot qui déclara fort pompeusement : «l’affaire du sieur Grosbras n’est pas une affaire d’Etat car une affaire d’Etat c’est quand il y a de l’opacité. »

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Turpide.

Chronique de la semaine du 16 au 21 juillet.

Cette semaine aurait du être l’acmé, le firmament, le zénith pour notre Glorieux Monarc…las, il n’en fut rien ! Ce fut tout au contraire le début d’un gigantesque patatras.

Tout avait si bien commencé, ou plutôt si bien fini ! Sa Sportive Grandeur avait fort astucieusement réussi à être omniprésent lors du tournoi mondial de la Balle au Pied. On avait vu notre Bouillant Supporter partout, et surtout sur la table de presse, debout, lancé dans une chorégraphie dont d’aucuns disaient qu’elle n’avait rien de spontané, qu’elle avait été répétée minutieusement, avec cette même minutie et cette même ardeur que sa Zélée Hauteur avait mis à prendre, une année auparavant, des cours pour ne point hurler lors de ses apparitions en public – on l’avait vu en effet s’époumoner tel un furieux lors des premiers raouts lors de la campagne du Tournoi de la Résidence Royale. Notre Immense Ambitieux ne laissait rien au hasard dans l’édification de sa Trajectoire Fabuleuse.

Les ennuis commencèrent le lendemain, jour où rentrait au bercail « sa » talentueuse et victorieuse équipe de balleurs au pied. Ce n’était plus l’équipe de France, mais bien celle toute acquise à son Altesse Impériale. Dès le matin, une foule de Riens et de Riennes, que ce jeu de la Balle au Pied ravissait tant qu’ils en oubliaient leurs grandes misères et leurs petits soucis, s’était massée sur les Champs-Elysées pour fêter comme ils l’entendaient ceux qu’ils pensaient encore être les champions du pays, et donc un peu les leurs. Las ! Le char motorisé qui ramenait les héros du jour depuis leur aéroplane et qui devait les conduire au Château où notre Jupitout Ailé les attendait en trépignant, passa en trombe sur la royale avenue. Personne ne vit rien, tous brandirent leur petit « smartruc » pour immortaliser ceux qui leur passèrent sous le nez, et ils purent les apercevoir brièvement rivés à leurs propres « smartrucs » où ils avaient déjà engagé avec sa Capricieuse Petitesse une discussion exclusive. Les chargés de la communication du Château invoquèrent qui un retard de l’aéroplane, qui un fumeux contretemps, personne n’y comprit rien, hormis que notre Inaltérable Imperator les voulait pour lui et lui seul afin de parader et de se faire voir encore et encore dans le bulletin de propagande du Vingt Heures des Lucarnes Magiques. Avant le caprice de sa Mesquine Complexité, il avait été prévu que les glorieux buteurs allassent diner dans une des meilleures gargotes de la capitale, où on leur avait préparé un somptueux souper. Mais notre Mesquin Monarc pria ses hôtes de rester diner au Château. La Reine Qu-on-sort fut ravie de montrer à ces invités de marque ses belles assiettes. Son Divin Epoux quant à lui exultait de ne point avoir à partager ces magnifiques héros avec la vile populace, dont on avait empêché une partie, habitant dans les lointains faubourgs d’où était issu l’un de nos fantastiques balleurs au pied, de venir se répandre sur les Champs Elysées, lesquels avaient été bien mis à mal le soir de la victoire par une foule en délire, qui avait été jusqu’à saccager quelques échopppes.

Le jour suivant se passa sans encombre mais sans non plus l’embellie tant attendue dans les sondages. Ces gueux de Riens et de Riennes se montraient fort ingrats. C’était à en trépigner. Notre Frustré Suzerain allait se rattrapper en partant en voyage dans une lointaine province, sacrifier à ce que l’on appelait sous les anciens monarques ses prédecesseurs un « diner républicain ». On apprit aussi qu’un des barons du Royaume, le duc de Sol-Air, qui avait autrefois fait allégeance à la faction opposée à celle de sa Généreuse Altitude, et qui avait fort opportunément retourné sa jaquette de soie lors des dernières élections des représentants de la Startup Nation, était mis en examen par la Justice, cette grande injuste, pour fraude fiscale et favoritisme.

A l’Assemblée Nationale, on discutait d’une loi que notre Grand Législateur voulait à tout prix voir appliquer pour achever la mue de la vieille république en Royaume-StartUp-Nation. Les Insoumis faisaient de l’obstruction en faisant discuter des milliers d’amendements. La loi était d’ailleurs destinée à cela : museler pour de bon cette opposition braillarde et inutile.

Le mercredi, son Inoxydable Altesse partit dans la lointaine Dordogne. Le sélectionneur des joueurs de balle au pied, l’Honorable Des Champs, confirma dans une Lucarne Magique, que c’était bien notre Impérial Buteur qui avait exigé que les balleurs au pied restassent diner au Château, privant ainsi les Riens et les Riennes d’un petit moment de bonheur.

Le soir même, l’information était sur tous les Réseaux Sociaux : une gazette fort en vue, l’Univers, diffusait une petite scène enregistrée par un smartruc lors des manifestations du 1er mai. Ce petit film avait déjà été visionné par les Riens et les Riennes : on y voyait une scène devenue fort courante, des gens d’Armes, en particulier un, muni d’un énorme casque écussonné et d’un brassard « Police »,  violenter des manifestants. Le Reitre Noir frappait à plusieurs reprises un homme à terre et malmenait une femme en la tirant par les cheveux. On comprenait clairement que les autres policiers lui obéissaient au doigt et à l’oeil. Coup de théâtre : La Gazette annonçait qu’il ne s’agissait pas d’un véritable policier, mais que sous ce casque brutal se cachait en fait un Officier très-très-proche de notre Grand Timonier. Cet homme, celui que d’aucuns qualifièrent immédiatement de nervi, était l’homme chargé de la sécurité de sa Barbouzeuze Altesse. L’affaire commença de faire grand bruit.

Le lendemain, le Médor chargé de répercuter les propos de notre Turpide Souverain, fit une hallucinante allocution, dans laquelle il fit état de que le Château savait, de ce que notre Très-Transparent avait fait dès qu’il avait été mis au courant de ce qui ressemblait fort à une très grosse faute relevant de la Justice, à savoir mettre à pied pendant deux petites semaines celui qui avait eu ce comportement « inadapté » – alors même qu’il avait eu l’autorisation, sur un jour de congé ! de suivre les Policiers dans leur besogne de maintien de l’ordre, en ce jour où les rues de la capitale étaient le théâtre d’émeutes menées par ces fâcheux Insoumis …C’était là nous expliqua-t-il doctement la sanction « la plus lourde » jamais prise contre un collaborateur. Puis il laissa entendre que ce nervi n’était pas isolé, qu’ils étaient peut être deux ou trois, on ne savait trop….

La République n’était pas morte. Si elle vacillait sous les coups assénés depuis des mois par sa Grandeur Jupitérienne, elle n’en était pas encore à l’agonie et il lui restait quelques sursauts de lucidité.  Le tribun Gracchus Mélenchon délivra des interventions impeccables dans lesquelles il expliqua que le Grand Chambellan le duc de Colon, devait impérativement venir s’expliquer devant les élus de la Nation. Ce qu’on voyait apparaître au grand jour ressemblait ni plus ni moins à une police secrète, chargée des basses œuvres, tout au service de sa Grande Turpitude. Ces pratiques jetaient le discrédit sur la police de la République, et sur la République elle-même. On voyait clairement les manœuvres de Celui-qui-se-prenait-pour-Jupiter !

Pressé de s’expliquer sur le comportement pour le moins contraire à la loi de son très très proche, notre Sombre Suzerain eut ces énigmatiques paroles : « La République, elle, est inaltérable ». Mais, las, le grand cafouillage commençait !

A l’Assemblée Nationale, les élus du parti du Monarc-pris-la-main-dans-le-sac ressemblaient à des galériens, tant ils ramaient pour essayer de rétablir la situation en leur faveur. Las ! Ils n’étaient que quelques-uns et quelques-unes, les autres étaient occupés à se dorer le nombril sur une plage la plus lointaine possible. Les élus et les élues de l’opposition, emmenés par les Insoumis, refusèrent de continuer les travaux sur la Constitution tant que le Premier Chambellan ou à tout le moins le Grand Chambellan duc de Colon ne vinssent s’exprimer sur ce qui apparaissait comme une énorme affaire d’Etat. La Grande Chambellane de la Justice prit la parole. Elle ressemblait à une chouette effarouchée lorsqu’elle évoqua des gestes « absolument inadaptés » en parlant des pratiques pour le moins musclées observées sur le petit enregistrement visuel. Elle se croyait encore au concours des Euphémismes. Puis elle contredit les propos du Médor en expliquant qu’au grand jamais cet individu n’avait eu l’autorisation de suivre les manœuvres des policiers. La confusion continuait …

On apprit le lendemain que le Château lâchait le barbu barbouze, officiellement parce que ce dernier avait circonvenu de véritables policiers et gens d’armes pour obtenir les enregistrements des caméras de surveillance où on le voyait se livrer à ses coupables – mais autorisées au plus haut lieu- barbouzeries.

Tout ce petit monde se retrouva bientôt gardé à vue dans les locaux de la Maréchaussée.

Le Premier Grand Chambellan ne se déplaça pas à l’Assemblée Nationale. On le vit sur le Tour de France, cette épreuve sportive qui voyait s’affronter des sortes d’hommes-sandwiches sur des vélocipèdes carénés comme des fusées. Le Duc de Colon fut aperçu rôdant à la Chambre Haute, là où dormaient d’inoffensives vieilles bedaines qui, elles au moins, ne le sommaient de rien. Il annonça cependant sa venue à l’Assemblée Nationale pour le lundi suivant.

Les Insoumis avaient donc obtenu qu’une enquête parlementaire soit menée. La faction de notre Grand Turpide tremblait. La StartupNation vacillait sur ses fondements.

Notre Révéré Monarc avait quant à lui tout simplement disparu.

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique de la semaine du 7 au 15 juillet.

Notre Exultant Monarc exultait. Il exultait tant et plus qu’il en grimpa sur la table réservée aux gazetiers. L’équipe de la Startup Nation, son équipe, venait de remporter le Tournoi Mondial de la Balle au Pied ! Sa Majesté Déchainée en perdit tout sens de la mesure, sous les yeux narquois du Tsar Poutinus, et de la Reine Qu-on-sort, laquelle se cacha le visage lorsque notre Turbulent Galopin se mit à hurler et à agiter les bras en tout sens, tel un vulgaire fanatique, à l’image de ceux que l’on pouvait voir, dans les arènes dédiées à ce véritable culte, se lever en vociférant lorsque l’un des joueurs de leur équipe arrivait à loger la balle dans une sorte de cage, déjouant les jeux de jambes fort gracieux des joueurs adverses et narguant le gardien de ladite cage.

La pluie se mit ensuite à tomber et c’est sous des trombes d’eau – qui rappelaient fort celles qui avaient inauguré le règne du prédécesseur de notre Pénaltique Suzerain- que l’on vit sa Grimaçante Grandeur arborer un sourire halluciné, aux côtés des joueurs qu’il avait abondamment harengués, papouillés et palpés en tout sens comme il en avait coutume. Notre Bisouilleux Monarc ne s’était d’ailleurs pas arrêté aux joueurs. On avait pu le voir embrasser goulûment la reine du petit pays dont l’équipe de balleurs au pied avait affronté la nôtre, avant de se faire tirer par la main tel un petit enfant par cette dame fort sémillante. Cette souveraine passait pour fort modeste en comparaison de sa Dispendieuse Altesse. Elle avait, dit-on, emprunté un aéroplane réservé aux vulgaires pour se rendre chez le tsar Poutinus. Elle avait elle-même payé son billet. Ce train de vie tout frugal réjouissait certains Riens et Riennes de la Startup Nation, ulcérés par les folies ménagères de notre Turpide Potentat, mais ils en oublièrent que la dame venait d’honorer dans son pays la mémoire de séides Haineux, les Ustachis, qui s’étaient illustrés de bien méchante manière lors de la dernière guerre mondiale.

Sa Neigeuse Petitesse exultait donc. Cette victoire allait lui assurer une remontée fulgurante dans les sondages, ces enquêtes très orientées qu’il commandait à des institutions dont c’était devenu la spécialité d’interroger quelques Riens et Riennes triés sur le volet à propos de tout et de rien. Notre Grand Projet avait même fait nommer le fils aîné de la Reine Qu-on-sort à la tête de l’une de ces fabriques d’opinion. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ! La veille de cette date faste, sa Grandeur Etoilée avait commémoré comme il se doit la fête nationale de la vieille République. On y célébrait la prise d’une certaine Bastille, symbole de l’ancien pouvoir monarchique, que notre Vibrant Souverain avait en secret l’intention de faire reconstruire pour y mettre au cachot tous ces fâcheux d’Insoumis. Le Grand Chambellan et Duc de Colon, qui ressemblait chaque jour davantage à un personnage d’un des romans du grand Victor Hugo, le Bossu de Notre-Dame, bonté mise à part, y travaillait secrètement.

Sa Poudreuse Hauteur avait été installée sur un petit trône, en compagnie des autres dignitaires de la Startup Nation, dans une tribune, d’où elle avait pu voir les troupes défiler. Deux chevaliers pétaradant sur leur destrier motorisé s’emmêlèrent les bottes et les roues et échouèrent lamentablement au pied de notre Médusé Monarc, puis ce fut au tour d’un de ceux qui pilotaient les aéroplanes de la Patrouille de France de se tromper – volontairement ou non, les commentaires allèrent bon train là-dessus- sur la couleur des fumées larguées en l’air lors de périlleuses acrobaties. On put alors voir dans le ciel se dessiner un inattendu drapeau rouge-bleu-blanc-rouge, ce qui fit dire à d’aucuns que c’était encore un coup de Gracchus Mélenchon et qu’on pouvait y lire un hommage à la section révolutionnaire de la Patrouille de la République.

A l’issue de cette fort belle revue des troupes, on put voir notre Pénétré Suzerain se mettre la main sur le cœur, fermer les yeux et bredouiller vaguement les paroles de l’hymne national, revisité par Berlioz et entonné magistralement par les Chorales des Armées. A la suite de quoi, sa Martiale Suffisance se leva et alla saluer le Général Chef d’Etat-Major, homme à la belle prestance sous le képi, la Reine Qu-on-sort à la rescousse, perchée sur de vertigineux stilettos à qui les pavés parisiens, bien mis à mal par les blindés et les chevaux, ne pardonnaient rien. La dame dut s’accrocher au bras de son Royal Epoux afin d’accompagner comme elle le put notre Minuscule Frimeur que l’on vit donc conversant aussi dignement qu’il le pouvait avec le beau Képi.

Auparavant, lors de cette magistrale semaine dédiée à l’édification de la Gloire de notre Grand Ruissellement, les grands Barons de la Pharmacie, chefs des officines où se concoctaient des onguents et des potions censés soigner les maladies des Riens et des Riennes, avaient été reçus en grande pompe au Château, afin de se faire cajoler encore et encore pour avoir aidé notre Petit Laborantin à parvenir à ses fins.  Cette visite clôturait ce qui avait inauguré la prodigieuse semaine : le Congrès réuni à Versailles ! Notre Edifié Souverain avait tout planifié. Versailles deviendrait sa résidence personnelle ! Versailles, Versailles, où son Ambitieuse Altesse s’était faite introniser au début de son règne, où il avait reçu le tsar Poutinus, ainsi que les grands Saigneurs de la Phynance. L’Elysée se révélait si petit pour qui voyait aussi loin que notre Immense Timonier !

Sa Grandiloquente Complexité allait délivrer un discours dont l’Histoire se souviendrait ! Les tribuns Insoumis et Insoumises annoncèrent – par la voix du tribun Gracchus Melenchon – à notre Vexé Monarc qu’ils et elles ne se rendraient point à ce raout bien trop monarchique à leur goût de plébéiens. Gracchus Mélenchon fit publiquement savoir par une très belle missive qu’on ne le « priait » point, mais qu’on « l’invitait », et qu’il avait autre chose à faire – en l’essence des activités hostiles à notre Tyrannique Jupiter – que de l’aller voir et l’écouter fouler au pied la République qu’il chérissait tant.

Pour ce grand raout royal, son Infinie Arrogance fit dépenser tant et plus, « un pognon de dingue » pour reprendre cette expression que nous devions à notre Prodigieux Calculateur. Mais las ! Hormis pour les gazetiers-nourris-aux-croquettes qui encensèrent comme de coutume sa Prolixe Noblesse, il n’y eut pas grand chose à retenir du très creux discours de Versailles. Lorsque Notre Grand Ventilateur affirma qu’il « n’aim[ait] ni les castes ni les rentes, ni les privilèges », les Riens et les Riennes comprirent alors pourquoi sa Cynique Turpitude s’était attaquée à la caste des cheminots, à la rente des salariés et aux privilèges des retraités. Lorsqu’il affirma que « la retraite n'[était] pas un droit pour lequel on a[vait] cotisé toute sa vie », ils se dirent amèrement qu’ils allaient devoir continuer à payer la gabelle, à manger des cailloux et mourir au travail quand ils auraient la chance d’en avoir un. Notre Brillat Savarin fila enfin la métaphore pâtissière en serinant que « si on v[oulait] partager le gâteau, la première condition [était] qu’il y [eût] un gâteau ». Les Riens et les Riennes avaient présent à l’esprit l’énorme galette dégoulinante de crème dont les Très-Riches-Amis de sa Généreuse Hauteur avaient bénéficié depuis l’arrivée de leur champion à la Résidence Royale, et ils en conclurent qu’ils devraient se contenter des miettes, si toutefois les autres voraces daignaient leur en laisser quelques-unes, échappées à leur gloutonnerie sans limites.

Ainsi en allait-il dans la Très Glorieuse Startup Nation. La marquise de Montretout faisait pleurer son monde en serinant dans toutes les gazettes – qui lui prêtaient toujours une si complaisante oreille, que sa faction, les Rass’istes, était sur le point de disparaître corps et biens, car ne voilà-t-il pas que la Justice, cette grande injuste, accusait notre bonne marquise et ses factieux d’avoir abusé des émoluments que le Parlement Européen versait aux députés de ce parti pour qu’ils embauchassent du menu personnel, afin de vaquer aux taches ordinairement dévolues par le mandat, et faire ainsi semblant de représenter les pauvres naïfs et les vrais imbéciles qui avaient eu la faiblesse d’écouter les propos venimeux et mensongers dont ces Haineux étaient si coutumiers.

La marquise La Buse fut verticalement tancée par notre Impitoyable Monarc pour avoir laissé passer un impair à propos du « plan pauvreté ». La pauvrette s’était laissé aller à avouer les noirs penchants de son Suzerain Maitre et d’annoncer qu’on attendrait « la fin du tournoi mondial » de la balle au pied pour dévoiler à quelle mauvaise sauce les Moins que Riens seraient désormais cuisinés. Le Baron De Chiotte réclama « une flotte militarisée » pour « empêcher les migrants de quitter l’Afrique ». Il s’en noyait toujours autant dans la mer Méditerranée mais notre Maitre Nageur n’en avait cure : il avait sa piscine au fort de Brégançon.

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Chronique du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux – 6 juillet

Chronique du 6 juillet.

Avant que d’aller tremper son Auguste Postérieur dans la piscine du fort de Brégançon – dont les travaux avançaient à grand pas, notre Maitre Nageur ayant finalement renoncé à la porcelaine de Sèvres pour un bois fort précieux dont l’aspect cependant vu de loin faisait fort quelconque- sa Trémoussante Majesté s’en était allée en Afrique tancer encore une fois ces sauvages qui ne savaient pas faire autre chose que de pondre des myriades de négrillons. Sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur, sa Grandeur Inspirée avait écrit – dans la langue du Donald Dingo Roi des Amériques- qu’il ne fallait pas craindre de ré-u-ssir – ce sésame – et pour preuve à l’appui d’en appeler aux mânes d’ un Très-Riche à qui notre Zélé Généalogiste attribua dans sa fougue un imaginaire père syrien et réfugié. A la décharge de notre Grand Manipulateur, il faut reconnaître qu’il n’était question dans les Lucarnes Magiques et dans certaines gazettes point assez aux ordres, que de ces Rien-moins-que-Riens qui avaient la sottise de s’embarquer sur des choses qu’on ne pouvait appeler « bateaux ». Quelques jours auparavant une des embarcations avait encore fait naufrage, trois bébés s’étaient noyés ainsi qu’une centaine d’autres de ces pauvres gens dont son Altesse Courroucée n’en pouvait plus de supporter la moindre allusion. Notre Petit Monarc avait eu à subir l’ire du Condiottere Salvini lors du dernier Conseil Européen, lequel avait annoncé haut et fort avant que les discussions ne commençassent que si l’on voulait que l’Italie se prononçât sur certains sujets, il fallait d’abord accepter ses demandes concernant ces gueux de migrants. Point de ces gens sur le sol de la glorieuse patrie du Duce, foi de Haineux !

Ces petites broutilles avec le Condottiere n’avaient point empêché notre Brillant Conducator et la Reine Qu-on-Sort de recevoir cet hôte de marque au Château, afin qu’il dînât dans la somptueuse nouvelle vaisselle, dont il se disait qu’ en réalité elle était quelque peu superflue, tant les précédentes Reines avaient eu à cœur avec leurs époux de garnir les placards du Palais de milliers d’assiettes de toutes sortes. Ces polémiques agaçaient fort notre Grand Vaisselier qui avait dénoncé devant des gazetiers tout acquis à sa cause et passés maîtres dans l’art de lui cirer les richelieux, une volonté de lui nuire personnellement. Il était le Roi et voilà tout, les Riens et les Riennes et ces maudits Insoumis n’étaient que des jaloux aigris qui n’avaient point ré-u-ssi.

Pour se distraire de toutes ces contrariétés, lors de son voyage dans le royaume du Niger, notre Pétulant Jupiter était allé se trémousser dans un lieu dédié à la musique et à la transe et il avait exigé que les images où on le voyait se déhancher de façon fort élégante soient soigneusement rendues publiques. Il fallait que les Riens et les Riennes, sur qui pesaient très fort toutes les réformes entreprises par notre Bouillant Banquier, continuassent de penser qu’ils avaient là un Monarc jeune et beau, beau et jeune, jeune et beau….et si moderne ! Lors de la fête de la Musique, le Château avait, dans ce même esprit, été ouvert et quelques Riens et Riennes soigneusement triés sur le volet avaient pu admirer leurs Immenses Altesses converser joyeusement dans les jardins pendant que des bateleurs et des jongleurs se contorsionnaient sur une étrange musique, le tout dans une débauche de lumières qui vous vrillaient le cerveau et l’entendement.

Rendons grâce à Dieu ! Dans les derniers jours du mois de juin, au début de la deuxième année de son Règne, Notre Très Pieux eut l’immense satisfaction d’être reçu à Rome, au Palais du Vatican, chez le Souverain Pontife, afin qu’il se fasse introniser Chanoine des Latrines, obéissant là à une très vieille tradition, à laquelle les autres monarques républicains avaient également sacrifié, liant ainsi leurs Destins à ceux des Anciens Monarques de droit divin. La République n’avait pas grand chose à voir dans cette histoire, elle mourait à petit feu, humiliée, foulée aux pieds, mise au rebut. Notre Odorant Chanoine avait bien dans ses Projeeeeeets d’en finir avec certaine loi qui avait dramatiquement éloigné la France de sa position de Fille Ainée de l’Eglise. Tout à sa mission de Restauration, sa Facétieuse Petitesse s’autorisa une aimable plaisanterie auprès du Saint Pontife en lui présentant le baron Le Dri-Ant : « c’est un Breton, c’est la mafia française, il y a en a partout ! » susurra-t-il dans l’oreille du Pape François. Il ajouta même « c’est une mafia qui fait du bien ! » L’Ensoutané en fut tout interloqué. Ce petit Français était d’une outrecuidance et d’une sottise rares….

Il se disait qu’avec cette saillie qui assimilait les braves et honnêtes Bretons aux Sicaires Transalpins notre Bien-Détesté Monarc se vengeait là du crime de lèse-majesté perpétré par quelques Riens gaziers et électriciens qui avaient osé coupé le courant et le gaz lors de sa dernière visite dans la péninsule armoricaine. D’autres assuraient que c’était une manière taquine de cajoler les petits vieux, notre Aimable Gérontophile s’y entendait fort bien. Le Grand Ensoutané offrit à notre Vibrionnant Zébulon une statue de Saint-Martin, ce légionnaire romain dont la légende voulait qu’il eût donné la moitié seulement de son manteau à un Moins-que-Rien qui mourait de froid. La moitié seulement disaient les mauvaises langues, mais cela était mieux que le mépris affiché généralement par son Egoïste Suffisance devant les Riens qui n’avaient selon lui pas suffisamment travaillé pour pouvoir se payer un costume. Les Bretons réclamèrent des excuses. Puis ils oublièrent….

Pendant ce temps, les baronnes et les barons de la Startup Nation disputaient le Tournoi des Euphémismes. Entre la marquise de l’Oiseau qui s’en allait pépiant au sujet des camps dans lesquels notre Impitoyable Timonier et son cher ami le Condottiere Salvini voulaient enfermer les pauvres hères fuyant la guerre et la misère, nourrissons y compris, qu’il ne s’agirait pas « de centres fermés mais de centres d’où les migrants ne pourraient pas sortir », le duc du Maire à qui une gazetière fort courageuse osa demander s’il mettait en place un nouvel impôt et qui répondit ceci « non, ce n’est pas un impôt, mais un prélèvement », la marquise La Buse, grande Chambellane de la Santé , qui affirmait sentencieusement que « les gens ne devaient aller aux urgences que pour les vraies urgences », le mathématicien et néanmoins duc de Ville-A-Ny, lequel avait entrepris de parcourir son fief sac au dos et gros brodequins ferrés, son éternelle lavallière remplacée par un foulard de scout, parcourant courageusement quarante longs kilomètres en quatre jours, qui répondait à une autre téméraire gazetière que non, le « plan pauvreté » n’était « pas  décalé, mais remis à plus tard », le jury ne sut les départager et déclara toutes et tous grands vainqueurs. Le petit duc de Grivot participait quant à lui au Tournoi des Oxymores. En déclarant que le titre de « Chanoine des Latrines » était « un titre parfaitement laïc » , il gagna haut la main.

Sitôt revenu du Continent Noir, Notre Grand Pourfendeur ordonna qu’on lui commandât un nouvel Aéroplane. Peu importe la dépense, on trouvait toujours de l’Argent Magique pour satisfaire les désirs de sa Capricieuse Altesse. A Versailles, où son Immense Splendeur allait bientôt réunir le Gotha des Élus pour continuer l’édification de son Absolue Royauté, les préparatifs allaient bon train. Les Tribuns Insoumis firent savoir qu’il était hors de question pour elles et eux d’aller faire des courbettes à notre Jupiter Ailé. Dans la bonne ville de Marseille qui l’avait porté en tête au premier tour du Tournoi de la Résidence Royale, Gracchus Mélenchon vint fêter sa première année de Tribun avec les Riens et les Riennes qui lui avaient confié le soin de les représenter afin de faire advenir la République Sociale. Il leur livra un vibrant discours, les exhortant à rester debout, et à se préparer à livrer de nouvelles batailles.

Le tournoi de la Balle au Pied battait son plein. On apprit que l’équipe de France s’était qualifiée pour les demi-finales de ce tournoi fort prisé qui mettait bon nombre de cervelles en hibernation, bien que ce fût un début d’été bien torride. Notre Sportif Monarc trépigna de ce que son nouvel Aéroplane ne fût encore prêt pour qu’il puisse à la vitesse du vent rejoindre la lointaine Russie où il avait décidé d’aller supporter l’équipe des Balleurs au Pied. Sa Calculatrice Éminence pariait fort sur une victoire de ces Très-Riches-Sportifs pour continuer d’endormir les Riens et les Riennes et leur faire ainsi passer quelques saignantes réformes dont il avait le secret.

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Chroniques du règne d’Emmanuel 1er dit le Morveux

Chronique du 10 juin

Le temps ne s’améliorait toujours pas, et il semblait à certains Riens et Riennes que le prédécesseur de notre Grand Ruissellement, le roi Françoué, dont l’inauguration du règne avait commencé sous une pluie battante, était encore en fonction. Ce roi déchu, qui n’avait pas osé se représenter au Tournoi de la Résidence Royale, et qui avait servi de marche-pieds à notre Petit Monarc, qu’il avait tout d’abord installé comme porte-parole du Château, puis ensuite comme Chambellan des Finances au palais de Bercy, où notre Cireux Banquier avait commencé à démarcher ses Très-Riches-Amis dans le but de devenir le prochain Roi, s’en allait courant le pays de supermarchés en supermarchés, pour dédicacer un livre que d’aucuns, fort mal appointés, avaient écrit pour lui, et où il disait tout le mal qu’il pensait de ce félon petit banquier sorti comme lui de la Haute-Ecole-de-L’Administration- et à qui il n’avait su rien refuser. Il se disait que notre Grande Hauteur se gaussait fort de savoir à quoi ce pauvre ex-roi se croyait réduit. Des conseillers fort bien avisés avaient recommandé à sa Poudreuse Suffisance de lire plutôt un brûlot écrit par un Rien, un certain Louis – un de ces gueux qui avait réussi on ne savait trop comment à suivre les cours de la prestigieuse école des Normes Supérieures, alors qu’il était né dans un affreux faubourg d’une ville dans ce qui s’appelait maintenant les Hauts-de-France – qui cherchait à régler des comptes à propos de la mort de son père, un Rien-moins-que-Rien. On avait susurré à sa Grande Complexité qu’il fallait à tout prix montrer au pays qu’en réalité ce Rien, qui ne l’était plus puisqu’il avait fait de hautes études dans une École où sa Grandeur Amoindrie avait piteusement échoué à entrer, était du même côté que notre Vibrionnant Timonier. Un des courtisans les mieux en vue au Château, le jeune Duc de Griveau – Notre Petit Calculateur aimait beaucoup à s’entourer de pétulants et fougueux jeunes gens – n’avait-il pas brillamment énoncé, dans une tribune de l’une des Gazettes qui avait permis la victoire de notre Grand Projecteur, qu’ils se battaient « pour l’homme pauvre », et d’ « assumer la fin de l’aumône républicaine d’un Etat-Providence ». Il fallait vite faire entendre raison à cet Edouard Louis. Las ! Ce dernier répliqua que son livre, dont le titre « Qui a tué mon père » faisait un peu désordre dans la StartUp Nation, était à charge contre le système qui broyait les Riennes et les Riens depuis une trentaine d’années, et qu’il écrivait « pour faire honte » à sa Grandeur Vexée et ses Très-Riches-Amis.

Décidément ces Riens étaient d’un ennui ! Trois d’entre eux, des cheminots, ces cochers des locomotives, s’étaient mis en tête – rien que cela! – de vouloir que notre Dispendieuse Élévation – qui venait, sur la suggestion de la Reine Qu-on-Sort, de dépenser cinquante mille euros pour renouveler quelques assiettes du service d’apparat du Palais, afin de mieux recevoir Ceux-qui-ont-réussi – les reçût ! Quelle outrecuidance ! Notre Bien-Détesté-Monarc préféra ouvrir les portes de son Château au Grand Vizir de l’Israel, un homme brutal et sanguinaire, que des Riens activistes n’hésitaient pas à qualifier de criminel de guerre, tant la répression qu’il exerçait envers un peuple voisin du sien était sans pitié. Et l’on put voir notre Cynique Banquier faire des papouilles à ce soudard et lui réserver le meilleur accueil.

Sa Réactionnaire Altitude reçut aussi dans ces mêmes jours un élu de la Nation que la Justice avait condamné – il avait été pris la main dans le sac à faire des entourloupes- et des associations qui luttaient fort contre le droit à l’avortement – conquis de haute lutte par les Riennes bien des années plutôt mais que d’aucuns, nostalgiques de l’époque des aiguilles à tricoter et des bébés abandonnés sur les marches des églises leur disputaient encore et toujours avec une méchante hargne – et contre le droit des couples de même sexe à désirer avoir des bambins à câliner et à faire sauter sur les genoux.

Un chanteur des rues, nommé Marc Ogeret – qui s’était illustré pendant sa longue carrière à chanter les misères et les luttes des Riens et des Riennes, s’en était allé voir si l’herbe était plus verte dans une autre vallée. Il demanda à être enterré avec un oeillet rouge, symbole de la Commune de Paris, que monsieur Thiers, un des lointains prédécesseurs du Grand Chambellan monsieur de Filippe, avait réprimé de si terrible façon. Notre Petit Timonier ne décréta cette fois aucun jour de deuil national, à l’inverse de ce qu’ il avait fait quelques mois plutôt quand un autre chanteur, pas des rues celui-là, puisqu’il ne fréquentait que la « jet-set », la société de l’argent-qui-coule-à-flot-et-des-paillettes, avait cassé sa pipe. La Marquise de Schiappa avait alors osé  un parallèle avec les funérailles du grand Hugo et sa Vinylique Altesse avait vu là une occasion de redorer son blason, qui avait eu, dès le début de son règne, une fâcheuse propension à se ternir et on l’avait vu, mine réjouie, se pavaner avec la Reine-Qu-on-Sort, aux côtés de la veuve du chanteur-idole-des-jeunes, qui jouait là un de ses grands rôles, dans une surenchère lacrymale du meilleur goût.

Les pauvres gens qui fuyaient la misère et les guerres continuaient de se noyer dans la Méditerranée, ou étaient retrouvés morts de froid sur ce triste côté des Alpes –dont son jumeau, le versant italien, n’allait pas tarder à devenir tout aussi triste, puisqu’était arrivé chez nos voisins un gouvernement de Haineux, dont l’un d’eux n’hésitait pas à dire qu’il suivrait, en matière de répression des exilés qui cherchaient un peu de bonheur dans leur océan de malheurs, le même chemin que notre Froid Gouvernail et son Impitoyable Grand Sinistre, le duc De Colon. Lequel duc s’acharnait contre ces pauvres Riens-moins-que-Rien. Non content de les voir crever comme des bêtes, le Grand Sinistre se haussait du col et employait pour plaire à son Maitre un des anglicismes dont ce dernier était si friand, et dont il convenait d’user et d’abuser si l’on voulait rester dans les bonnes grâces de notre Bouillant Manager. Le Duc de Colon utilisait la terrible expression « benchmarking » pour parler de ces pauvres hères qui ne savaient plus à quelle porte frapper pour espérer échapper à la mort et à la misère.

Dans le merveilleux Royaume-StartUp-Nation, les Haineux, qui avaient désormais à voir avec la conduite du pays voisin, s’étaient fait ripoliner de frais en se dotant d’un nouveau nom. La ChatelHaine de Montretout, leur cheffe, avait annoncé ce non-évènement en grande pompe et les Gazetiers stipendiés par la Phynance avaient abondamment relayé : sa Faction s’appelait désormais le Rassemblement National, ce qui avait donné l’occasion à de facétieux et néanmoins Insoumis de jouer sur les mots et d’instaurer ce nouveau qualificatif pour parler des Haineux : les Rass’istes. Une manière bien élégante pour pointer à la fois leur haine des étrangers et leur bêtise rance.

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Chroniques du règne d’Emmanuel Ier dit le Morveux

Chronique du 27 mai

Cet affreux mois de mai n’en finirait donc jamais ! Sa Cireuse Majesté n’avait jamais tant voyagé sur le globe que lors de ces jours où ces maudits tribuns de la France Insoumise appelaient les Riens et les Riennes, ces fainéants jaloux, à battre le pavé. Tout cela sentait bien trop le désordre, la chienlit comme l’un des célèbres prédécesseurs de notre Jupitérien Monarc, le baron De Gaulle, un vieux soldat blanchi sous le harnois, quoiqu’il ait été bien chauve et qui avait été le premier roi républicain, l’avait tonné en contemplant amèrement les étudiants d’un autre mois de mai, cinquante années plus tôt, dresser des barricades dans les rues de la capitale. Ce De Gaulle avait manqué de fermeté. Notre Poudreux Souverain ne s’en laisserait point compter de la sorte. Et de tancer ses Sujets, qui considéraient l’argent public comme de la morphine. Laquelle morphine n’avait jamais été tant généreusement distribuée aux Très Riches Amis qui avaient permis à notre Divin Banquier de conquérir le trône de la République agonisante, qu’il s’employait depuis avec ardeur à transformer en StartUp Nation.

Dans sa besogne à éradiquer toute révolte, Sa Romanesque Grandeur était fort bien secondée par le Grand Chambellan, le Sinistre Duc de Collomb, qu’il avait nommé à ce poste connaissant ses noirs penchants pour la répression. Il se disait aussi que notre Souverain Tant Détesté aimait à s’entourer de petits vieux, qui mettaient en lumière sa magnifique jeunesse. Le Duc de Collomb, doncques, avait dépêché depuis quatre longues semaines ses Reitres Noirs dans un bocage sacré, voué à la Sainte Mère du dieu des catholiques, lesquels catholiques retrouvaient des couleurs depuis que sa Pieuse Altesse leur laissait entendre qu’un rapprochement entre la nouvelle StartUp Nation et leur religion naguère fleuron du Royaume allait voir le jour, pour y éradiquer les gueux et les va-nu-pieds qui avaient élu domicile en ces lieux où aurait du voir le jour un magnifique Ayraultport, du nom de l’ancien Premier Chambellan du roi Françoué, dit le Scooter ou le Pédalo. Dans la semaine qui venait de s’écouler, un des ces gueux avait eu la main fauchée par une grenade lancée par les Reitres Noirs, qui confondaient allègrement le défensif avec l’offensif, obéissant en cela aux ordres du Grand Chambellan.

Ce duc de Collomb ne manquait jamais une occasion de laisser à voir ses penchants que d’aucuns qualifiaient de fascistes. Non content de faire passer l’amputé de la main pour un dangereux activiste, le Sinistre des Basses Œuvres avait également exigé que l’on gardât à vue une centaine d’escholiers, tout dépités de n’avoir point été retenus par le Grand Ordonnateur Parcours Sup pour poursuivre leurs études dans les Écoles supérieures et les Facultés de la nouvelle Nation, qui étaient désormais vouées à ne plus accueillir que des fils et des filles des Amis de sa Cultivée Petitesse. Pour finir cette folle semaine, le Duc s’était répandu sur les ondes radiophoniques, lesquelles avaient été répercutées sur la Grande Toile, qu’il envisageait sérieusement de remettre en question le vieux droit républicain de manifester, au motif que les Riens et les Riennes qui battaient le pavé étaient selon lui complices de ceux qui lançaient ces mêmes pavés dans les échoppes et aimaient à s’affronter aux Gens d’armes et autres chargés de faire respecter l’ordre républicain monarchique.

Les raisons des ces coups de menton et de ces semonces étaient à chercher du côté de la France Insoumise. Son Absolue Suffisance avait beau durcir le ton, et fustiger ces fauteurs de trouble, celles et ceux qui refusaient le Nouvel Ordre ne faiblissaient pas, même s’il avait exigé de tous ses échotiers-très-bien-nourris-aux-croquettes qu’ils et elles minimisassent l’ampleur de ce que ces Riens avaient osé appelé « marée populaire », et qui s’était déroulée dans toutes les villes du pays. Le Duc du Havre, Monsieur De Philippe, Premier Grand Chambellan de son Himalayenne Arrogance avait donné le ton en susurrant « qu’il s’agissait là d’un petit coefficient de marée ». La Marquise de Saint-Cric, une de ces gazetières fort en vue déjà du temps du roi Françoué, parce qu’elle avait rayé de ses dents fort pointues tous les parquets du palais de Solférino, s’acharna sur la Deuxième Lucarne Magique à déverser son fiel sur le tribun Mélenchon, à l’encontre de qui elle nourrissait une haine féroce.

Cette chronique du jour ne serait point complète si son auteure ne faisait point allusion à la déconvenue que le Sieur Borloo eut à essuyer, lorsqu’il se mit en tête de présenter à sa Grandeur Inspirée un « plan » pour améliorer – vœu pieu – les conditions de vie des pauvres gens parqués dans les faubourgs érigés de tours et d’immeubles où régnaient en maîtres les trafics en tout genre. Notre Bien Haï Suzerain, avec sa fougue et sa morgue coutumières, foula au pied ce modeste travail dont il affubla les auteurs de l’appellation « deux mâles blancs dans un bureau » . Il en profita pour promouvoir sa vision des choses : les faubourgs, ces banlieues lieux de toutes les turpitudes, étaient peuplées d’indigènes. On allait donc rétablir l’indigénat, et voilà tout. Pour ce faire, Notre Immense Ruissellement en appela aussi dans un de ces messages abscons dont il avait le secret, reflet de sa Complexe Pensée, aux mères, aux « mamans », puisque nous en arrivions au jour où il convenait, depuis le Maréchal Pétain – un autre dont il conviendrait que notre Brillant Souverain rétablisse très vite la mémoire fort injustement salie par ces maudits Résistants- de les fêter en leur offrant un de ces objets fabriqués à vil prix par des enfants esclavagisés par les bons soins de Ceux-qui-ont -réussi, ces financiers tant cajolés par notre Vibrionnant Monarc.

Il se disait aussi fort méchamment que sa Petitesse, en parlant de « maman », rendait en fait hommage à la Reine Qu-on-sort, laquelle était fastement entretenue par l’Argent Public, ce même argent public dont notre Révéré Roitelet entendait sevrer ses drogués de sujets.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 11 novembre.

On arrivait au terme de la glorieuse « itinérance mémorielle » entamée par notre Mirifique Excursionniste, laquelle avait été minutieusement préparée dans le dessein de restaurer sa popularité et d’asseoir sa renommée. Mais rien ne se passa comme prévu. Les chers Conseillers ignoraient ce qui se tramait au plus profond du pays, ou du moins ils ne le comprenaient pas. Quant à notre Cireux Monarc, il avait tant le goût de la mise en scène de lui-même, il était si imbu de sa propre sublimité, que ce qui se passa autour de Lui pendant cette folle semaine défia l’entendement. Des médecins de l’âme se penchèrent même sur son cas, qui pour l’encenser, qui pour recommander au contraire de lui passer séance tenante une camisole de force. Les Riens et les Riennes, quant à eux, ne semblaient plus avoir qu’une seule idée en tête : lui botter le train et l’envoyer en orbite autour de la Lune.

Tout avait pourtant si bien commencé ! Dans la Moselle, à Morhange, ville sinistrée par le chômage, Sa Martiale Petitesse visita un ancien champ de bataille, où il se fit expliquer par le menu ce qui s’y était passé, pour se laver ensuite de toute cette vieille boue au contact de frais escholiers qu’on avait dûment chapitrés afin qu’ils ne commettassent point le crime de lèse-majesté et qu’ils ne se laissassent aller à appeler familièrement notre Riant Déposeur-de-Gerbes. On avait bien entendu organisé un de ces « bains de foule » que son Eblouissante Sublimité affectionnait tant, en ayant eu le soin de soigneusement trier les Riens et les Riennes admis dans l’intimité de notre Modeste Suzerain. Las, il s’en trouva quand même qui osèrent récriminer et poser d’oiseuses questions à sa Hauteur Enneigée.

L’après-midi de ce même jour, en Lorraine, à Pont-A-Mousson, notre Sublime Orateur crut enfin avoir son heure de gloire. Deux immeubles d’habitation venaient de s’écrouler dans la bonne ville de son ami le vieux baron Gaud d’Ain, à Marseille, où sa Dispendieuse Solennité aimait tant à se reposer. Notre Cynique Tyranneau s’essaya à l’envolée lyrique si chère à Monsieur Malraux, et sa phrase « Marseille a souffert et souffre encore » résonna devant un parterre de barons et de ducs, qui burent les impériales paroles. Sa Cynique Bonnimenterie parla surtout de l’Europe, et vanta les mérites de ce qui pourtant était la cause de bien des malheurs des Riens et des Riennes.

A Verdun, le lendemain, on fit accélérer une cérémonie funéraire qui avait lieu dans l’église afin de libérer la place pour laisser passer le convoi impérial. Ce fut dans cette ville de Verdun, dont le nom résonnait lugubrement dans la mémoire de la vieille République – tant bon nombre de Riens y avaient laissé leur vie lors de la Grande Boucherie – que les choses commencèrent à se gâter pour notre Frétillant Roitelet. On avait beau avoir pris toutes les précautions pour organiser ces « bains de foule », on avait fait passer moult entretiens d’embauche aux Riens et aux Riennes qu’on faisait admettre au plus près de son Impériale Sainteté, voilà qu’il s’en trouvait de plus en plus pour s’éloigner des propos convenus qu’ils étaient censés prononcer face à notre Grand Communicant. Ce dernier se laissa alors à montrer sa profonde nature : il répondit avec morgue à ce pauvre Rien qui se plaignait de la baisse de sa pension. « Vous racontez des carabistouilles » lui rétorqua-t-il. A celui qui se plaignait de la hausse de la gabelle, il asséna « le carburant, ce n’est pas bibi ». La scène se répéta. « L’itinérance mémorielle » se transformait en chemin de croix, mais notre Christique Régulus semblait y voir là un signe. Il persista donc. A Charleville-Mézières, le ton monta d’un cran : « Vous êtes un escroc » lui lança-t-on. « Vous ne ferez pas cinq ans dans vot’mandat », «On crève la faim ! « Comment se fait-il qu’il y ait des travailleurs pauvres ? «  . A ces quolibets, son Impassible Hauteur répondait invariablement par un sourire peint et cette petite phrase « Bonjour Madame, vous allez bien ? ». Une gazetière bien en vue, madame de Frais-Sauze, compara l’itinérance de notre Capricieux Monarc à celles des anciens rois, « quand le royaume n’étaient pas encore consolidé et qu’ils faisaient beaucoup de déambulation ». Monsieur de Puge-A-Da, un autre des ces gazetiers-nourris-aux-croquettes, s’ébaubit que sa Grandeur Itinérante pût passer « six jours et six nuits loin de l’Elysée ».

Ce ne furent cependant point les récriminations des Riens et des Riennes qui firent trébucher notre Impérial Suzerain, mais un personnage dont il lui tenait à cœur de réhabiliter la mémoire, laquelle était pourtant irrémédiablement entachée d’indignité. L’Histoire avait en effet mis ce très navrant personnage dans ses poubelles, mais cela n’était pas pour arrêter sa Très-Grande-Ignominie. Il était prévu, au terme de cette inoubliable « itinérance mémorielle » que notre Vil Timonier rendît hommage aux huit maréchaux vainqueurs de la Grande Guerre. En l’occurrence, ceux-là étaient surtout redevables d’avoir envoyé à la mort plus de la moitié d’une classe d’âge, sans compter tous les autres. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels » avait écrit au lendemain de cette grande boucherie monsieur Anatole France . Mais dans la StartupNation, sous le règne de notre Nouveau Maréchal-Nous-Voilà, il n’était plus question de rendre hommage à tous ces gueux qui n’avaient eu qu’à obéir « pour sauver leur pays » – faute de quoi en 1917, on en fit fusiller tant et tant « pour l’exemple » – le regard se devait tout au contraire d’être braqué sur les brutes galonnées qui n’avaient eu aucun état d’âme à envoyer les hommes se faire massacrer. Parmi ces huit, se trouvait donc – tout à fait officiellement – ce monsieur Pétain, qui s’illustra ensuite de la pire des manières dans la guerre qui suivit celle dont les Riens et les Riennes avaient pourtant juré qu’elle serait « la der des der ». Notre Grand Révisionniste appela cela « des choix funestes », choix qui ne devaient en rien dans son esprit venir ternir la mémoire de celui qu’il salua comme « un grand soldat ». Ce Pétain de sinistre mémoire avait tout de même subi « l’indignité nationale ». Mais sa Complexe Pensée n’en avait cure et prétendait détenir à elle seule la « vérité historique ». C’en était trop ! De toutes parts, les protestations fusèrent. « L’Histoire de notre pays n’est pas votre jouet » cingla Gracchus Mélenchonus. Les Réseaux Sociaux s’enflammèrent tant et plus et notre Piteux Galonné dut faire marche arrière. Les Conseillers furent mis en branle pour noyer l’affaire. Le soir même, un communiqué émana du Château, qui affirmait qu’au grand jamais il n’avait été question d’honorer la mémoire de celui qui s’était déshonoré pour toujours. Le petit duc de Grivot fut envoyé en renfort . On avait mal compris, ce pays était empli de gens mal intentionnés qui ne pensaient qu’à mal interpréter les impériales paroles ! Un petit baron de la Faction de son Outrageuse Petitesse, qui avait appartenu auparavant au Parti de la Rose, osa cette saillie « l’amicale des polémiqueurs professionnels est de sortie ».

Les Riens et les Riennes étaient outrés. Mais ils n’en avaient pas fini. Ce qui ressemblait de de plus en plus à une « errance mémorielle » se poursuivit. A Maubeuge, dans une fabrique de carrosses, il se trouva un ouvrier, qu’on avait pourtant pris soin de reléguer derrière des cordons de sécurité, pour gueuler à notre Courtoise Gravure-de-Mode qu’il n’était qu’un « opportuniste » et qu’il n’était pas « le bienvenu ». La colère du pays profond sourdait de toutes parts, comme elle sourdait à Marseille devant l’incurie des édiles qui se baffraient de chocolats pendant que les pauvres gens attendaient la mort dans l’âme qu’on sortît les leurs de dessous les gravats d’ immeubles effondrés d’avoir été laissés à l’abandon.

Fort heureusement pour sa Grandeur Chiffonnée, il se trouvait encore des partisans pour lui assurer fidélité. Telle cette vieille baderne qui lui demanda, alors que notre Martial Freluquet le passait en revue, lui et ses comparses, ce qu’il comptait faire de ces moins-que-Rien de « sans-papiers ». « Rassurez-vous, on va les…. » susurra notre Impitoyable Eradicateur. Sa Mensongeuse Mesquinerie tenta ensuite, devant un parterre de Riennes récriminantes, de se faire passer pour un fils du peuple : « J’oublie pas d’où je viens » « chuis pas un enfant de grande école ». Notre Enfant Gâté était pourtant un pur rejeton de la très bonne et très catholique bourgeoisie d’Amiens et avait fait la prestigieuse Ecole des Grands Commis. A Albert, la maréchaussée fit déplacer manu-militari la vingtaine de Riens et de Riennes, revêtus, en signe de protestation contre l’augmentation de la gabelle, de gilets jaunes, et qui entendaient dire son fait à sa Sourde Omnipotence. A Arras, les argousins mirent en état d’arrestation un Rien très alcoolisé qui avait proféré des propos épouvantables sur notre Très-Révéré-Souverain.

Pour fêter la fin de son errance, sa Besogneuse Platitude fit mine de convier des Riens et des Riennes – en réalité des figurants, dûment chapitrés et cornaqués- à « boire un verre, j’offre ma tournée ». La scène se jouait dans une petite ville du Nord, qui avait placé bien en tête la marquise de Montretout lors du deuxième tour du tournoi de la Résidence Royale. Notre Petit Bistrotier put ainsi tenir quelques propos de comptoir et poser, hilare, pour la postérité, devant les Boites à Images. Il en avait fini de cette semaine chez les gueux. Il allait enfin pouvoir retrouver son monde.

Son grand ami, Donald le Dingo, roi des Amériques, venait en effet de débarquer, flanqué d’une suite de laquais et de conseillers, et de madame Mélania, sa chère et tendre épouse. Las, Donald était furieux contre notre Petit-Va-t-en-Guerre, lequel s’était laissé aller, durant cette semaine où il était censé commémorer la fin des hostilités d’il y avait cent ans, à en souhaiter de nouvelles et d’en appeler à la création d’une armée européenne, pour courir sus au Tsar Poutinus, et même à son ami Donald ! Il fallut rassurer ce dernier, c’était une erreur, il y avait eu malentendu, ces ânes bâtés de gazetiers avaient tout compris de travers, il n’avait jamais été question de déclarer la guerre aux Amériques. Bien au contraire, sa Martiale Altesse fit savoir que Donald et lui-même allaient déclarer la guerre aux Bédouins afin de faire baisser le prix de l’or noir et donc compenser cette fâcheuse hausse de la gabelle qui allait sous peu mettre le pays en ébullition. Lors du diner de gala auquel nos Dispendieuses et Pipolesques Altesses convièrent tous leurs prestigieux invités, Notre Tactile Harceleur se montra des plus pressants avec son ami Donald, lui touchant à maintes et maintes reprises le genou ou l’épaule. Son Affectueuse Décadence en faisait d’ailleurs de même avec Frau Bertha, la Grande et Teutonnne Chancelière d’outre-Rhin, laquelle adorait ces familiarités. Elles n’étaient point du tout du goût de Donald, qui, en signe de fort mécontentement, fit pétarader son carrosse d’assaut, au nez de notre Détraqué Suzerain et de la Reine-Qu-on-sort, perchée comme de coutume sur ses vertigineux stilettos. Des boites magiques capturèrent cet instant où nos Nuageuses Altesses disparaissaient littéralement dans le brouillard blanc qui émanait du carrosse motorisé de Donald Dingo, roi des Amériques.

Pour les Riens et les Riennes, l’image était amère. Donald Dingo, pas plus que les grands industriels, ni les armateurs de ces bateaux de croisière – lesquels enfumaient comme des millions de carrosses une ville comme Marseille, quand ils venaient y faire relâche et déverser dans la ville pour quelques heures leurs hordes d’excursionnistes- aucune de ces fortunées personnes n’aurait à subir la hausse de la gabelle. Cette gabelle, qui du temps des anciens rois s’exerçait sur le sel, portait depuis des décennies sur le carburant, sans lequel les carrosses n’étaient que de vulgaires carcasses inutiles. Madame de La Bornée, la Chambellane aux Transports, avait doctement prévenu sur une gazette parlée : « changer de mode de transport et abandonner le carburant n’est ni compliqué, ni onéreux. Vous avez une sélection de trottinettes accessibles pour une cinquantaine de malheureux écus. Il faut que les Riens et les Riennes reviennent à la réalité».

Pour l’heure, les Riens et les Riennes fourbissaient leurs piques et leurs fourches. Des trottinettes, ils n’en avaient cure.