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Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Eploré

Chronique du quatorzième jour du mois de novembre, en l’an de très grande disgrâce vingt et un

Où il est question de confusion fort opportune, d’un oubli de circonstance et de révérences en tout genre.

Lorsqu’arriva le onzième jour de ce mois de novembre, où il était depuis plus d’un siècle coutume de commémorer l’armistice de la Grande Guerre, le Roy, dans un sublime élan de son cher emmêmetantisme, entendit rendre hommage à un compagnon du vieux roi Carolus de Gaule, plus connu sous le surnom de Mongénéral, qui venait de passer de vie à trépas et qui s’était bellement illustré au cours de l’autre guerre, qui avait suivi celle qu’on appelait aussi Quatorze-Dix-huit . A peine le brave fut-il roide que Sa Grande Récupération ordonna qu’on lui rendît en Sa présence les derniers honneurs au Mont-Valérien, de sorte qu’en ce jour du onze novembre, Notre Poudreux Freluquet réunissait dans un même hommage son très cher maréchal Pétun et celui qui l’avait combattu sans relâche, lorsque ce monsieur Pétun avait livré notre pays à Herr Adolf et à ses troupes de barbares. Les gazetiers furent en émoi : le Roy se mit à pleurer lorsqu’arriva, porté par de jeunes recrues, le catafalque du vieux compagnon de la Libération. N’était ce point le signe de la grandeur d’âme de ce souverain ? Quelques médisants osèrent faire remarquer qu’une étrange odeur d’oignons s’échappait du mouchoir avec lequel Notre Lacrymal Freluquet s’était délicatement essuyé le coin de l’œil et tamponné le nez. D’autres qu’on avait enfin la raison de la voix grave et sépulcrale avec laquelle Sa Grandiloquente Cabotinerie s’était adressée à son vil peuple deux jours auparavant : Son Altesse était tout bonnement enrhumée !

Le Tout-Lutèce assista aux cérémonies, comme c’était de coutume. Le Roy commit cependant un oubli fort fâcheux : on avait tout bonnement négligé d’inviter les dignitaires de la Grande Mosquée, et c’était là chose inouïe. La Grande Guerre avait vu bon nombre de soldats mahométans venus des lointains territoires de la vieille République aller se faire trouer la peau dans les épouvantables tranchées. Las ! L’épidémie de haine contre les Mahométans continuait de faire des ravages et cet oubli fâcheux sonnait comme un gage donné au vicomte de la Zizanie, dont la dysenterie nauséabonde ne cessait de se déverser aux quatre coins du pays, abondamment relayée par les zélés gazetiers de l’hôtel de Céniouze, aux ordres du baron de la Baulorrhée. Quel était donc le dessein poursuivi par ce Très-Riche ?

La Reine-Qu-On-Sort, Dame Bireguitte Ravalée de la Façade, eut les honneurs de la Gazette de l’Univers. On y loua son bon goût – n’avait-elle point fait rénover à grands frais – ceux des Riens et des Riennes tous les salons du Château dont les tapisseries sentaient l’herbe à Nicot afin de faire de ce lieu un doux et tendre cocon ? – et sa finesse d’esprit. Elle était à n’en point douter l’éminence grise de Notre Poudreux Chérubin, bien qu’elle s’en défendît grandement. Les gazetiers, tout dévoués à dresser de la Reine le portrait le plus flatteur qui fût – obéissant en cela à leur maitre, le baron du Fiel, dont l’épouse était fort amie avec Dame Bireguitte, ne pipèrent mot des manigances de la souveraine afin de proposer quelques menus services à sa bonne amie madame de Commèresan – qu’il ne fallait point confondre avec madame de Commèresan la Jeune, cette gazetière qui tenait un salon fort prisé par toutes les baronnes et les duchesses. Pour ce qui était de Madame de Commèresan l’ancienne, elle avait rendu moult et moult services à nos Pipolesques Altesses, et sauvé la mise du protégé du Roy, le Sieur de Grobras. Maintenant que cette entremetteuse était dans l’embarras, il n’était que courtoisie que la Reine ne lui retournât ses bonnes grâces. Dame Bireguitte était un parangon de vertu, de bienfaisance et d’humilité. Sa vêture toujours si modeste en attestait. Le Grand Ensoutané ne se ferait point prier pour la canoniser de son vivant.

Un Haineux, le baron de l’Odieux, laissa libre cours à ses méchantes lubies : il fallait laisser les gueux qui tentaient de forcer les portes de l’Europe mourir de froid. Cela se passait dans un salon d’une Lucarne Magique. Les gazetiers le reprirent fort mollement. Un des leurs, monsieur de Folourit, n’avait-il point argué qu’il fallait en sus leur tirer dans le tas ? La gazette où officiait monsieur de Folourit, la gazette du Perruquier, venait de faire une première page pour jeter l’opprobre sur ces fainéants de maitres et maitresses des escholes, qui passaient leur temps à gaver les cervelles des bambins d’idées immorales et séditieuses. Que ne leur apprenait-on au contraire à chérir l’esclavage et la traite négrière, à réclamer à cor et à cris que fût rétabli le châtiment suprême, à battre comme plâtre et à emprisonner les déviants, à vénérer la chasse comme un aimable passe-temps ?

Ainsi en allait-il au Royaume du Grand-Cul-par-dessus-Tête.

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