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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Fraisier

Chronique du 25 mars

Il était entendu que madame la duchesse de Sitarte, la Porte-Mensonge du Gouverne-Ment de Notre Perfide Timonier, ne savait pas porter le masque, pas plus qu’elle ne savait avaler une pilule ou une potion. Mais saurait-elle porter un bâillon ? Cette lancinante question hantait la tête des maitres et maîtresses des escholes, lesquels avaient entendu, médusés et rageux, pépier cette duchesse, dont la sottise n’avait d’égal que le toupet et la suffisance. Après que le Premier Grand Chambellan, Monsieur du Havre, qui ne sortait plus sans ses mites -lesquelles œuvraient sans relâche- eût annoncé les mesures d’exception qui allaient désormais régir la vie des Riens et des Riennes jusqu’à ce que mort s’ensuivît, Madame de Sitarte avait pris la parole, toute infatuée de son rôle . Elle étala comme elle en avait coutume son ignorance et sa vanité, vertus qu’elle cultivait et qui l’avaient fait choisir par son Suzerain pour être sa Porte-Mensonge. « On ne demandera point aux maitres des escholes, lesquels sont désœuvrés, d’aller rejoindre la grande armée de la Starteupnéchionne pour participer à la Grande Cueillette des Fraises » signifia doctement Madame de Sitarte, au milieu de quelques billevesées et autres fadaises dont elle avait le secret. Ces mots furent rapportés aux intéressés, lesquels s’épuisaient – quand ils n’épuisaient pas les élèves et leurs parents- au télélabeur. Ces fainéants s’en étranglèrent de rage. C’en était trop. Ils écrivirent des billets emplis de leur ire à l’intention de la duchesse. On les lui rapporta. « Madame, les maitres des escholes s’estiment outragés, susurrèrent les Conseillers, il vous faut réagir ». Notre duchesse se percha sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur, lequel tangua dangereusement. Au camouflet succéda la chattemitte : « Mea culpa. Mon exemple n’était vraiment pas le bon. Je suis la première à mesurer combien l’engagement quotidien des maîtres est exceptionnel » pépia à rebours cette oiseuse duchesse. Dans les chaumières, tout entières consacrées au télélabeur, on cracha sur ces simagrées d’excuses. On exigeait que la résipiscence fût publique. Les offensés allèrent même plus loin : on réclama sa tête. Parmi les maîtres outragés, il s’en trouvait prêts à aller aux champs pour pouvoir s’enquérir de fourches et de piques afin de marcher sur le Château.

Monsieur du Rabot, à qui Notre Gai Laboureur avait confié la Chancellerie des Travaux des Champs, n’avait quasi jamais œuvré de sa vie, toute entière passée à jouer à des Tournois sous les couleurs de la Faction de la Rose, faction qu’il avait hardiment trahie pour s’en aller prêter allégeance à Son Agreste Grandeur et devenir un zélé courtisan. La grippe pangoline et ses miasmes mortels avaient ceci d’extraordinaire qu’ils faisaient croire à des sots qu’ils étaient grands. Tel doncques cet obscur Monsieur du Rabot qui, se prenant pour Mon-Général, en appela à « l’armée des Ombres », alors qu’il s’agissait d’aller aux fraises et aux asperges, pour le compte de riches laboureurs, lesquels n’avaient pu faire venir leurs lots coutumiers de journaliers venus de l’Afrique, des sortes d’esclaves qu’ils payaient fort mal et qu’ils traitaient de la même manière.

L’état d’urgence régnait donc en Starteupenéchionne. Il fallait sauver l’économie, quoi qu’il en coûtât. Les Riens et les Riennes découvraient le sens véritable des paroles que Notre Martial Bibelot leur avait infligé lors de la première de ses solennelles parlottes du temps du Grand Confinement. Il y en eut un tel nombre qu’on s’y perdait. Ce « quoi qu’il en coûte » signifiait qu’on allait les tondre encore davantage. Ceux qui ne crèveraient pas de la grippe pangoline crèveraient au labeur.

Le Roy, avant que de s’adresser une nouvelle fois à ses mauvais sujets, s’en alla visiter un petit hôpital de campagne, sur le front de l’Est. On vit ainsi Sa Martiale Frivolité, le visage recouvert d’un masque, arpenter d’un pas qui se voulait décidé, ce qui ressemblait à un hôpital mais en était-ce bien un ? N’y avait-il point là supercherie ? Honni soit qui mal y pense, serina le chantre de la Starteupenéchionne, Monsieur du Barre-Billet. Drapé dans son écharpe rouge, ce zélé laquais en appela lui aussi aux mânes de « Clémenceau dans les tranchées ». La comparaison avait déjà servi, elle sentait quelque peu le faisandé, mais qu’importait, monsieur du Barre-Billet pensait avoir commis son effet. Il ne doutait jamais de rien. Un ancien maître des escholes suggéra perfidement que, si comparaison avec les vieilles badernes de feue la République il devait y avoir, c’étaient les mânes du général Gamelin – celui qui avait capitulé à Sedan et qu’on tenait responsable de la Débâcle- qu’il convenait de convoquer.

Notre Poudreux Bonimenteur s’adressa doncques une nouvelle fois à son peuple. Quand il eut parlé, on se demanda pourquoi il avait parlé. Nul, à l’exception des courtisans et des gazetiers-nourris-aux-croquettes, n’était en mesure de ressortir un seul mot du discours de Sa Mielleuse Verbosité, et pour cause, il n’y avait rien à retenir, hormis qu’il n’y aurait toujours pas plus de masques et de fioles d’alcoolat pour les médecins et les nurses, pas de lits en sus pour les suffoquants, ni de bonbonnes d’air, cet air précieux que Notre Piteux Moulin-A-Vent avait accaparé et brassé vainement en tout sens.

Madame de Sitarte oublia bien vite ces importuns de maitres des escholes. Elle tenait salon chaque soir, par le truchement de petites lucarnes magiques, avec le petit duc de Jeumebarre, sa chère amie madame de la Courge et le chevalier d’Eau. On y causait de choses osées et coquines. Cette épidémie était si rafraîchissante.

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