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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Concussionnaire

Chronique du 15 décembre

Le baron de La Voille était un homme oublieux. Il avait tant de charges à son actif qu’il ne savait plus exactement ce qu’il faisait. Il ne cumulait pas moins de treize petites besognes – sans compter sa charge de Chambellan à la Réforme des retraites- pour se constituer un magot pour ses très vieux jours. Sommé par les gardiens de la Vertu de la vie publique de déclarer ce qu’il percevait, il avait feint l’oubli. Mais des gazetiers -que l’abus de croquettes avait conduit à l’indigestion- levèrent les lièvres cachés dans le chapeau du baron. Ce dernier, la main sur le cœur, protesta de sa bonne foi. Il n’y avait point de serviteur plus franc et plus honnête que lui dans toute la Startupnéchionne. Au début du règne de Sa Jupitérienne Mesquinerie, il s’était proclamé maître en transparence, mot qu’il prononçait fort pompeusement. Le baron aimait à se gonfler de son insignifiance et passer pour important. C’est ainsi qu’il s’était fait remarquer et s’était vu confier la charge de pisser un rapport sur les retraites. De haut-commissaire il était même devenu Chambellan. Mais il n’avait point cessé pour autant ses petits ménages et autres besognes d’influence qui lui rapportaient moult écus.
Monsieur Du Havre lui apporta tout son soutien :  » mon cher ami le baron est la probité faite homme ».

Mais voilà que la curée contre le pauvre baron continuait. Le tribun Insoumis Corbesbierre tonna à la Chambre Basse que les «oublis » dans les déclarations de charges et autres ménages commises par le baron étaient pour le moins étranges. C’était en effet chose curieuse que d’omettre qu’il besognait pour un institut d’assurances privées -lesquelles avaient tout intérêt à ce que les Riens et les Riennes leur confiassent désormais leurs écus – mais de se souvenir qu’il œuvrait pour la conservation de la Chartreuse de Neuville !

Notre Petit Moulin à Huile dépêcha sur toutes les Lucarnes magiques ses pompiers. On débita des stères et des stères de langue de bois. Monsieur de la Blanche Equerre – dont on venait d’apprendre que, du temps où il dirigeait le prestigieux Institut de l’Amérique Latine, un ancien tortionnaire de l’Argentine y avait été chargé de cours – tança qu’il ne fallait point abuser de cette erreur et qu’on parlait de « ménages bénévoles ». La duchesse de Sonchalin, le petit duc de Norremandy, le vieux baron et chef de la mafia bretonne, monsieur du Drient, Chambellan aux Affaires de l’étranger, tous ces zélés courtisans usèrent et abusèrent des mêmes mots. Nul ne mentionna le fait que le baron avait grugé la Constitution de la vieille république en cumulant ces ménages avec sa charge de Chambellan. On était désormais en Startupnéchionne. Sa Malfaisante Petitesse décora le véreux baron de l’Ordre du Grand Benêt Voleur. Cette distinction suprême n’était accordée qu’à celles et ceux qui pratiquaient comme un art le conflit d’intérêts et s’adonnaient frénétiquement à la concussion et à l’enrichissement, tout en débitant sottises, fadaises et menteries pour justifier de leurs turpitudes . A la cour de Notre Petit Révérend Père des Riches, tous et toutes se devaient de mériter cette distinction. C’était pour ainsi dire l’essence même de l’exercice du pouvoir et des charges.

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