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Les Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 1er décembre

Paris brûlait. A Marseille, la Canebière et le Vieux Port s’embrasaient. A Bordeaux, au Puy-en-Velay, à Bourg-en-Bresse, on avait dressé des barricades. Notre Petit Serrurier parla depuis la lointaine Argentine où il s’était enfui, officiellement pour participer à une petite sauterie entre grands hommes de la planète. « J’avais des choses très importantes à faire . J’entends la souffrance d’une partie du peuple qui veut vivre mieux plus vite. » martela Son Inflexible Surdité. Mais ce que les Engiletés voulaient par-dessus tout, c’était la fin de la gabelle, le rétablissement de l’impôt des très riches et la tête de leur très Détesté Roitelet.

Rantanplan-Grand-Chien-Policier-De-Sa-Majesté était apparu sur la Gazette dédiée à l’édification de la Gloire de notre Futur Décollé, la mine défaite, l’œil torve. Il lui avait été rapporté que quelques instants auparavant, la gazetière-en-chef, Madame d’Elle-Griffe, croyant n’être pas entendue, s’était gaussée de lui en le traitant d’incapable. Il parla, parla… Bien peu comprirent le sens de ses paroles. Il n’y en avait pas. Il fallait faire passer ces Engiletés pour des enragés. Certains l’étaient devenus pour de bon. Les argousins n’en pouvaient plus. Les canons à eau étaient bien lourds. Et ne voilà-t-il pas que l’on s’était mis à déterrer les pavés et à dresser des barricades. Le fond de l’air était jaune teinté de rouge et sentait fort la Révolution. Une bande avait investi l’Arc de Triomphe. Le Secrétaire de Rantanplan accusa ces factieux de vouloir éteindre la flamme du Soldat Inconnu. Mais on disait aussi que c’était là menteries et que ces Engiletés s’étaient réunis à cet endroit glorieux pour y chanter la Marseillaise.

Pendant ce temps, Sa Fuyante Inconséquence était en Argentine. A sa descente de l’aéroplane qui l’avait conduit dans ce pays, il s’était produit un de ces incidents improbables et distrayants dont l’Histoire est heureusement émaillée. En lieu et place de la délégation protocolaire qui devait dignement accueillir Notre Futur Exilé, ce fut un simple valet, chargé ordinairement de la réception des malles, qui se trouva posté au bas de l’échelle empruntée par nos Pipolesques Altesses pour s’extraire de l’aéroplane. Ce valet était revêtu d’un gilet jaune en tout point semblable à ceux que les Riens et les Riennes en colère contre la politique de Sa Sirupeuse Malveillance arboraient. Que se passa-il dans la tête de Notre Chiffoné Tartarin à ce moment-là ? Etait-il en train de songer à l’épaisse et coûteuse moquette que la Reine-Qu-On-Sort venait de commander pour donner un petit air de jeunesse au Château ? Rien n’était trop beau pour satisfaire les desiderata de Sa Capricieuse Petitesse. La Reine le savait qui fourmillait d’idées pour dépenser les écus du Trésor Public. Pensait-il à la petite sauterie qu’il avait fait organiser le mardi précédent pour feindre d’apporter une réponse à ces gueux ridiculement engiletés de jaune ? « Est-ce une révolte ? » s’était-il enquis auprès de ses Très-Chers-Conseillers. Non, sire, répondirent ces derniers, faites œuvre de pédagogie et tout s’arrangera. Notre Petit Ventilateur se prit donc pour une éolienne, ces grands oiseaux-machines qui transformaient le vent en énergie. Las ! Ce fut l’inverse qui se passa. Sa Vertigineuse Profondeur des Carottages usa son énergie – bien ralentie au demeurant – pour produire du vent. « On ne peut pas être le lundi pour l’environnement et le mardi contre la hausse des carburants » persifla notre Mirliton Inspiré. « On vous parle de fin du monde et vous parlez de fins de mois difficiles » continua-t-il, lui qui se refusait à comprendre que, pour un nombre grandissant de Riennes et de Riens, la fin du mois commençait le 10 de ce même mois. On carotta à nouveau l’opinion après cette allocution. La Gileterie continuait de recueillir l’adhésion. Sa Grandeur Déplumée poursuivait son irrésistible dégringolade. Sur ces entrefaites, on donna des ordres pour que l’on fit les malles, on s’entassa dans une diligence et l’on fit route vers l’Argentine. Le voyage fut éreintant. Il fallut s’arrêter pour changer les chevaux. A son arrivée en Argentine, Notre Monarc en Déroute se précipita sur l’homme en gilet jaune pour lui serrer la main en signe de reddition. A moins que Sa Barbouzeuse Altesse, dans un moment d’égarement, n’eût cru reconnaître son cher GrosBras ! Il fallut le détromper. Celui-là était un vrai bagagiste . En temps ordinaire, l’affaire aurait fait grand bruit. Mais à Paris, dans la StartupNation en perdition, on tentait de colmater les brèches.

Le Premier Grand Chambellan se proposa de recevoir une délégation d’Engiletés pour les circonvenir. Ces derniers étaient méfiants. Ils demandèrent qu’une Lucarne Magique enregistrât l’entretien. Cela leur fut refusé. L’entreprise tournait au fiasco. Qu’à cela ne tienne. La marquise de Chiapa tança vertement ces gueux qui osaient ainsi ne point se rendre à une invitation du Premier Grand Chambellan : « On est convié, on s’y rend » distilla-t-elle fielleusement. De son côté, l’ancien roi Françoué-dit-le-Pédalo, devenu totalement amnésique, rencontrait des Engiletés pour les encourager dans leurs revendications. Il avait totalement oublié que c’était sous son règne qu’avait été entamé le détricotage du Code du Travail, c’était sous son règne que notre actuel Pyromane Dézingueur avait commencé ses méfaits en vendant des manufactures à l’étranger. Françoué se voyait revenir sur le trône, en recours. Sur les Réseaux Sociaux, on se gaussait.

Le samedi arriva, qui vit les évènements par lesquels nous avons ouvert cette chronique. Le petit duc de Grivot se trouvait à une sauterie organisée par la faction de Son Evanescente Majesté, pour fêter la promotion de l’un des courtisans. Le Premier Grand Chambellan se voyait contraint de remettre un voyage en Pologne. Rantanplan quant à lui n’excluait pas d’instaurer le couvre-feu – en oubliant que ce dernier était déjà inscrit dans la loi- et de faire donner la troupe. Pendant ce temps, aux Antipodes, Leurs Pipolesques Altesses continuaient à examiner les échantillons de moquette et de papiers peints.

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