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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du vendredi 7 décembre.

Notre Petit Poseur de Moquette avait du rentrer dare-dare dans son royaume, non sans avoir grimacé pour la postérité, avec les autres grands de ce monde, sur le perron du palais où avait eu lieu la charmante sauterie. On y voyait sa Trémoussante Fanfaronnade se hausser du col, et se retourner vers ses petits camarades, tel un galopin le jour de sa première communion. Les facéties avec son grand ami Donald le Dingo, qui n’aimait rien tant qu’à le moquer au travers de cuicuis assassins, étaient finies. Le grand raout des grands de la planète s’était achevé sans aucune concorde sur le climat, dont le réchauffement ne laissait pourtant d’inquiéter, ni sur le commerce. Mais on avait folâtré, on avait dégusté des mets délicieux, on avait causé en grignotant des petits fours… Il fallut cependant remonter dans l’aéroplane. A l’arrivée sur le sol de la StartupNation, notre Tartarin des Altitudes serra un peu les fesses. Certains Engiletés parmi les plus furieux avaient juré de venir le chercher. Sa Cosmique Arrogance se composa un visage des plus fermés et s’en alla parader avenue Kléber, non loin du théâtre des émeutes de la veille. Des lucarnes magiques enregistrèrent la scène. Devant les images qui furent ensuite diffusées, les Riens et les Riennes se gaussèrent jaune : encadrant exactement le visage de notre Martial Jupithiers, se détachaient des inscriptions en rouge l’invitant d’une façon fort peu élégante à faire ses malles. On entendait tout aussi clairement les lazzi et les huées, que peinaient à couvrir les quelques maigres applaudissements des figurants, lesquels avaient été recrutés en toute hâte et dûment rémunérés en brioches. Sa Cinglante Morgue ne daigna pas s’exprimer, préférant déléguer le soin à Rantanplan-Chien-Fidèle de réfléchir à ce qu’il convenait de faire pour mater la révolte. On allait voir ce qu’on allait voir…

Sa Lugubre Altesse acheva son retour de Varennes en allant s’incliner sur la tombe du Soldat Inconnu, flamme dont il se disait avec des frissons dans la voix, que ces Affreux Engiletés, avaient voulu l’éteindre, la bave leur sortant des lèvres. Que le peuple était vil ! Qu’il convenait de le blâmer ! Notre Sanglant Autocrate s’en fut ensuite déjeuner avec les argousins chargés de réprimer, de gazer, de taper comme plâtre les Riens et les Riennes qui osaient s’opposer à sa merveilleuse politique du Grand Ruissellement. Il leur promit une généreuse prime s’ils consentaient à taper plus fort, à gazer plus profond, à viser encore plus juste de ces gentilles balles en caoutchouc pour briser davantage de mâchoires, pour éborgner davantage . Il fallait en finir.

Le surlendemain, le Premier Grand Chambellan, que toutes ces agitations agaçaient au plus haut point, lâcha un peu de lest comme on lâche un pet. Il annonça pompeusement un moratoire de six mois sur la hausse de la gabelle. On représenterait cette hausse après le prochain tournoi électoral. D’ici là, ces gueux en jaune rentreraient s’abrutir devant leurs lucarnes magiques – lesquelles, selon Monsieur de Barre-Bier, Grand Gazetier-nourri-aux-croquettes et Grand Thuriféraire du Régime, devraient devenir gratuites, car c’était là la seule distraction des manants. Ils oublieraient tout cela, car ils n’avaient point de cervelle, ou ce qui leur en tenait était colonisé – cela avait été théorisé par un des Très-Riches-Amis de Sa Tyrannique Obsession – par la réclame dont on les abreuvait de matin au soir. Mais les Engiletés n’étaient point si sots. Le mot « moratoire » rimait avec celui de « suppositoire » et ils comprirent aussitôt qu’on tentait de leur enfoncer ceci bien avant dans le fondement. Ils renaclèrent bien fort et le firent savoir. Le Château fit aussitôt annoncer le soir même qu’il ne s’agissait point d’un moratoire, mais d’une annulation pure et simple. Notre Machievalique Rétropédaleur imaginait que cela suffirait à désamorcer ce qui prenait des allures d’insurrection générale. On n’y était pas encore tout à fait. Les Grands Chefs à Plume des Confréries se laissaient encore cajoler par le pouvoir, et ils n’entendaient pas la colère qui montait de leurs bases. Quant au Premier Grand Chambellan, il passa pour un parfait imbécile. Sa vengeance serait terrible. On allait voir ce qu’on allait voir…

Les escholiers se mirent de la partie. Ils sortirent de leurs lycées et envahirent les rues. La répression fut terrible. Ils furent gazés, tirés à vue comme des lapereaux de l’année, matraqués, humiliés. A Mantes-La-Jolie, un argousin filma à l’aide de son smartruc des gamins agenouillés, mains derrière la tête, alignés en rang d’oignons. Des gens d’armes les entouraient, braquant sur eux leurs arquebuses. On y entendait une voix goguenarde susurrer que c’était là « une classe qui se tenait tranquille ». Une autre voix leur enjoignait de ne pas baisser la tête, de regarder droit devant eux. La scène se serait passée au Vénézuelaaaaaaaaa qu’elle aurait ameuté le petit Landerneau poudré des Grands Gazetier-nourri-aux-croquettes. Mais on était dans une ville de banlieue, et il fallait humilier cette jeunesse turbulente. Certains arguèrent que ces escholiers avaient brûlé deux carrosses. Les images de ce qui ressemblait fort à ce qui se passait dans les camps de prisonniers aux Amériques, chez Donald le Dingo, ou dans les dictatures plus au Sud, se répandirent telles un virus sur les Réseaux Sociaux. Les Riens et les Riennes furent pour la plupart grandement malcontents de ce traitement réservé à des jeunes âmes. La colère jaune s’en trouva grossie.

Cette violente répression était le signe d’un pouvoir aux abois. La grande journée du samedi, l’acte IV de la Grande Gileterie se profilait. Il fallait terroriser la population pour l’empêcher d’envahir les rues, les péages et les ronds points. Jupithiers en son Palais voulait mater son peuple de Gaulois réfractaires. Il fit appel à l’armée et l’on vit force véhicules blindés faire route vers la capitale. Les Chambellans étaient requis pour éteindre l’incendie. Monsieur de Blanque-Erre s’acquitta de sa mission via une lettre fort pompeuse adressée aux maitres des turbulents escholiers. Il les enjoignait à la sérénité. Les maitres lui répondirent en organisant ici et là des assemblées générales. Allaient-ils eux aussi entrer dans la danse insurrectionnelle ?

La marquise de Chiapa fit à son tour entendre sa voix. Notre belle Chambellane avait été élevée au bréviaire marxiste de son révolutionnaire de papa. Elle avait fait table rase de ce catéchisme mais il subsistait encore quelques traces. A moins que ce ne fût la crainte de se voir abimer le cou et la poitrine, qu’elle avait fort généreux. Elle claironna qu’on allait « évaluer la transformation de l’impôt des Très-Riches ». S’il s’avérait que les écus, généreusement redistribués à ceux qui ne savaient plus quoi en faire, n’étaient pas remis dans l’économie du pays, elle proposerait qu’on rétablît cet impôt. Las ! Notre aventureuse et plantureuse marquise fut sévèrement tancée par le Château. Il n’était point question de revenir sur cette immense avancée sociale qui avait consisté à aller prendre les écus dans les poches des Riens et des Riennes pour les faire ruisseler sur ceux qui étaient déjà cousus d’or. On ne l’était jamais assez.

Le lendemain, devant la Chambre Basse, le tribun des Insoumis, Gracchus Melenchonus tonna qu’on ne pouvait être « en même temps l’ami des riches et celui du genre humain ». « Seul le peuple porte en bandoulière l’intérêt général » clama encore l’Insoumis. Il rappela que son Parti avait proposé bon nombre des mesures réclamées dans les cahiers de doléances des Engiletés, dont le référendum d’initiative populaire, qui permettrait au peuple lui-même d’abroger des lois injustes, de révoquer des élus malhonnêtes et discrédités, et d’écrire une nouvelle constitution afin de donner vie à une Vième République. Que toutes ces propositions avaient été balayées par la morgue de la Faction de notre Brutal Freluquet et ses robots-députés. « C’est l’Histoire qui s’écrit ! Vous, vous frappez et vous rêvez de reporter la douleur à dans six mois ! Cédez ou partez ! Et quand vous partez, cédez avant ! » conclut magistralement le bouillant tribun.

Jupithiers en son Palais faisait compter les gens d’armes déployés dans la capitale et tout le pays. Il avait prévu de faire atteler son aéroplane afin de s’envoler pour le royaume du Maroc. Le souverain de ce pays s’entendait à merveille pour ce qui était de mater les séditieux, les factieux, les gueux et tous les autres, engiletés ou non. On allait voir ce qu’on allait voir.

Un commentaire sur “Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

  1. Avant dernier paragraphe, donner vie à une VIième République et non Vième

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