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Chronique du règne de Manu 1er l’Infaillible

Une brève un peu longuette…sur le vif ou presque.

Oncques souverain ne parut plus infatué de lui-même ni plus abyssalement vide que Notre Morgueux Potache en ce dernier jour du mois des fous, où il s’adressa à ses vils sujets, leur délivrant un discours tout empli de sainte et froide compassion, d’intelligence fulgurante et zézayante, et oint d’une abnégation si vertueuse – quoique fort intéressée – que le Grand Ensoutané du Vatican décida tout uniment de le canoniser et de l’empailler quand son heure serait venue.

Des messes d’action de grâces seraient dites dans tout le pays.

Gloire au Roy qui avait laissé à son peuple quelque liberté pendant la froide saison, lequel peuple n’avait su se montrer digne de cette bienveillante largesse. Par l’incurie et la sottise de quelques manants, Sa Grande Menterie se voyait contrainte d’ enfermer à nouveau les Riens et les Riennes, tandis que brillerait au dehors le clair soleil du printemps. Ainsi allait-on administrer à tout le pays la purge par clystère que l’on appliquait à quelques provinces depuis trois semaines et qui produisait l’engorgement des hospitaux et la mort des malades.Les familles ne pourraient ni se retrouver et ripailler pour le retour des cloches, ni s’embrasser mais les riches bourgeois et la noblesse du pays pourraient à loisir gagner leur villégiature afin de s’y confiner dans le confort. Les gueux resteraient dans leurs tristes faubourgs. C’était là leur seul destin.

Notre Cynique Tartuffe enjoignit aux nurses épuisées de mieux accomplir leur besogne, et de fournir elles-mêmes les lits pour y mettre les malades. La Sainte Vaccine était la mère de la victoire. On administrerait tout le jour et même la nuit la sainte onction et l’on appellerait cela selon le mot forgé par le Roy, Premier Grand Savant de la Startupenéchionne, le « vaccine-ment ». On ne manquerait plus du précieux antidote. Sa Grande Hablerie étendrait les mains et les fioles se multiplieraient. Amen.

Les escholes fermeraient pour trois semaines. Ce fut la mort dans l’âme que le Roy annonça cette dernière extrémité. Mais Monseigneur de la Blanche-Equerre veillerait en personne à ce que ces fainéants de maitres et de maîtresses ne prissent aucun repos pendant leurs deux semaines de congés. On trouverait moyen de les assujettir à quelque tâche. Quant à leurs prétentions, il n’en fut point question. Monseigneur le duc avait fait rendre à la Cassette Royale les écus qui eussent permis -comme dans le royaume de la Germanie – que l’on procédât à une purification de l’atmosphère des escholes. C’était là folie et argent gaspillé

.Notre Impitoyable Morticole n’eut pas un mot pour les saltimbanques qui se mouraient de ne point savoir quand ils pourraient à nouveau monter sur les tréteaux. Quant aux cabaretiers, ils n’existaient tout simplement plus aux yeux du Roy. C’était là gens bien inutiles. Les gueux n’auraient plus d’autre consolation que les Lucarnes Magiques qui les abreuvaient de sottises et leur farcissaient la cervelle.

« Gouverner c’est prévoir ». Sa Grande Fausseté ne prévoyait plus rien hormis le Tournoi de la Résidence Royale. Elle se lavait les mains par avance de tout ce qui était arrivé et arriverait encore. Tout avait été fait pour le mieux.Amen.Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul-par-dessus-Tête. Le Roy était nu mais ne le savait point.

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