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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 30 septembre.

Notre Grand Divin ne décolérait pas. A chaque fois que les astres lui étaient favorables pour enfin obtenir cette reconnaissance planétaire à laquelle il était prédestiné, eu égard à ses immenses atouts, son autorité naturelle, sa brillante prestance, son charme irrésistible, son auguste magnétisme, un événement contraire venait tout gâcher. Sa Multilatérale Petitesse devait être sacrée « champion of the Earth », rien de moins ! Et ce aux Amériques, chez son grand ami Donald le Dingo. Il devait à cette occasion prononcer un discours dont l’Histoire se souviendrait. On l’y prépara. On lui écrivit ces fortes paroles qui devaient à jamais marquer la Terre de leur profonde empreinte. Notre Poudreux Freluquet se passa en boucle les images animées où l’on voyait le bouillant duc de Vile-Pain, un des anciens grands Chambellans du bon roi Jacquot, s’exprimer devant l’Assemblée des Nations, là-même où sa Glorieuse Hauteur allait faire son entrée dans l’Histoire. On oublierait le duc, on ne parlerait plus que de Lui. Les Riens et les Riennes qui s’intéressaient encore un peu à notre Champion des Profondeurs – pour s’en gausser – purent ainsi le voir taper sur son pupitre, s’énerver, faire des trémolos d’une voix qui rappela furieusement celle de ses débuts lors du Tournoi de la Résidence Royale. « Je viens d’un pays qui a fait de mauvaises choses » hurla sa Trémoussante Apocatastase, fidèle à sa manie d’éreinter ses bons à Riens de sujets dès qu’il se trouvait à l’étranger. Notre Mirifique Aquilon s’en prit aussi aux « inégalités sociales », pour les pourfendre vigoureusement, oubliant dans son délire qu’avec l’aide de sa bande, il les organisait méthodiquement depuis dix-huit longs mois dans la Startupnation. Sa Schizophrénique Grandeur se plaça ensuite dans une fausse opposition à son cher Donald. Notre Fanfaron Nabot voulait faire le malin. Il ne réussit qu’à mettre la diplomatie de son Royaume en mauvaise posture. En un mot comme en cent, aux Amériques, son Inconséquente Altesse gesticula.

Pendant ce temps, dans un grand patatras qui décidemment n’en finissait pas, le sieur de GrosBras, le cher garde-du-corps-secrétaire-bagagiste de notre Petit Jupitou, faisait encore parler de lui. Il apparaissait qu’il avait menti sous serment. Une gazette d’opposition révéla un cliché pris pendant la campagne préparatoire au Tournoi de la Résidence Royale. On y voyait monsieur de GrosBras, alors chef de la sécurité de la faction de notre Futur Champion, braquant sa pétoire sur la tempe d’une accorte serveuse, laquelle, tout occupée à tendre à bout de bras son smartruc pour faire un « selfie », ne s’apercevait de rien et faisait un large sourire à l’objectif. Le barbouzeux armé n’était point seul autour de la soubrette, les mines patibulaires d’autres nervis entouraient le frais minois. Or, monsieur de GrosBras n’avait point obtenu de permission pour se balader avec sa pétoire. Il argua pour sa défense que ce cliché était un faux grossier. Un examen approfondi révéla que non. Circonstance aggravante, il se disait que sa Turpide Petitesse avait assité à cette scène. Il savait donc que son barbouzeux préféré enfreignait la loi. On se souvint alors d’un autre cliché, illustrant un article d’une gazette fort en vue, sur la profession de garde du corps. Le bagagiste y posait, arme au poing. Une sénatrice de la commission d’Enquête, qui avait la semaine précédente, mis le sieur de GrosBras sur le gril, avait eu vent de ce cliché, et avait interrogé le trouble nervi. Avait-il le droit de porter un arme ? « Absolument, lui fut-il répondu, pour ce cliché, j’étais à l’étranger où la loi est plus souple sur ces choses-là. ». Après vérification, il s’avéra que le cliché avait été pris dans notre bon pays, dans notre chère capitale. Monsieur de GrosBras avait donc menti. Son avocat jeta l’éponge. Qu’à cela ne tienne. On lui en trouva deux autres, qu’on connaissait pour avoir défendu de grands bandits ainsi que l’ancien roi Nicolas 1er, dit le Nabot.

Cette calamiteuse affaire poursuivait notre Génie des Profondeurs. On le disait de plus en plus isolé . Il n’écoutait plus qu’une poignée de fidèles. Les autres annoncèrent leur départ à venir. C’était là chose inouïe. Ainsi Monsieur de Colon, le Grand Chambellan aux affaires de l’Intérieur, vieillard quasiment cacochyme, fit savoir qu’il rejoindrait sa bonne ville de Lugdunum, sitôt les prochaines élections passées. Il voulait à nouveau briguer le fauteuil de Grand Bourgmestre, d’où il pourrait se mettre à l’abri quand la tourmente viendrait. Car elle viendrait… Ce duc, que l’on avait mis à l’écart à la suite de ses grotesques déclarations sur l’affaire du sieur de GrosBras, se permit même d’égratigner sa Nébuleuse Sublimité. Il prononça cette phrase sibylline : « La malédiction, c’est l’hubris ». Comprenait qui voulait. En attendant son départ, la Chancellerie des affaires de l’Intérieur était placée dans une sorte d’intérim. La maréchaussée s’en inquiétait. Le petit duc de Grive-Eau fit connaître quant à lui son intention de ravir le fauteuil de la duchesse de Paris. On parlait fort du sieur Casse-Ta-Mère pour occuper celui du vieux baron de Marseille, monsieur de Gau-D’Ain. Le Grand Caniche de sa Majesté avait encore du jouer les pompiers à propos de la calamiteuse affaire du sieur de GrosBras. Interrogé sur une gazette parlée sur le cliché où l’on voyait le trouble nervi braquer son pistolet sur la tempe d’une serveuse, Monsieur Casse-Ta-Mère, qui était en la matière un fin connaisseur, parla de « bêtise ». « Tout cela est proche de la bêtise » asséna-t-il. On n’aurait su mieux les mots adéquats. Il remporta le concours des Euphémismes de la semaine.

On apprit aussi dans le même temps que l’encore duc d’Evry, dit Manu-La-Terreur, avait décidé de démissionner de sa charge de député de la Startupnation, pour s’en aller briguer le fauteuil de premier magistrat de la bonne ville de Barcelone. Les Catalans et les Catalanes lui concoctaient une surprise de leur cru.

Et voilà qu’on parlait encore de l’Aquarius ! Cela n’en finirait donc jamais ! Non content de lui avoir gâché ses vacances, voilà que ces gueux d’Africains repêchés par ces fâcheux marins de l’Aquarius venaient à nouveau d’obliger notre Cynique Timonier à dévoiler sa noirceur d’âme. Le bateau faisait encore des ronds dans la Méditerranée, demandant à pouvoir débarquer celles et ceux qui avaient été sauvés de la noyade. Cinquante-huit pauvres hères allaient menacer la sécurité de la Startupnation ! C’était une horde qu’il fallait débouter . Sus à l’ennemi ! Son Intrépide Mesquinerie refusa dans un premier temps, puis accorda à dix-huit de ces malheureux le droit de venir chez nous. L’honneur était sauf. La glorieuse Startupnation pouvait dormir tranquille.

Au Château aussi, on allait enfin pouvoir dormir à nouveau. Le nom du successeur du sieur de GrosBras était connu. Sa Méfiante Altesse avait choisi comme nouveau bagagiste-secrétaire-garde-du-corps-homme-de-mains-et-plus-si-affinités un jeune loup de vingt-cinq printemps, un Vendéen. Cela ne pouvait que faire plaisir au grand ami de notre Vil Paltoquet, le duc de Ville-Iller.

Ainsi en allait-il dans la vieille République, qui ne se décidait pas à mourir tout à fait. Les Insoumis et les Insoumises tempêtaient toujours par la bouche des leurs, dont le bouillant tribun Gracchus Mélenchon, et le jeune Adrien-Le-Rouge, un petit nouveau, député du  Nord, qui avait la langue bien pendue. On apprit que la Faction à la Rose, qui avait donné au pays deux rois, tout deux prénommés François, se cherchait toujours un chef pour mener le tournoi à venir. Le vieux roi François n’était plus de ce monde depuis de longues années, et l’eût-il encore été, qu’il aurait sans nul doute été fort sévère avec ce qui restait de sa faction. L’autre François, dit Françoué-le-Pédalo, refusa tout net. Il préférait courir les foires pour faire la réclame de son ouvrage où il comptait par le menu les petites anecdotes insignifiantes de son règne.

Notre Petit Maitre termina sa glorieuse semaine par les Iles ultramarines. Sa Sévère Suffisance y tança ces bons à Riens de chômeurs. Il était bien connu qu’il n’y avait qu’à traverser la rue pour trouver du travail !

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