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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 3 octobre

« Laissez-venir à moi les aigrefins, les gredins, les bandits de grand chemin, les coquins, les trousse-jarret, les canailles, les gibiers de potence,, les fripouilles, les brabançons, car ils sont tous enfants de la StartupNation ! ». Notre Alleluiesque Suzerain ne s’était pas contenté de tancer les chômeurs, il avait surtout décidé de se faire aimer à nouveau de ses sujets, fussent-ils les plus mauvais d’entre eux. Le voilà donc qui, sur l’ile de Saint-Martin, ravagée une année auparavant par un cyclone, s’en était allé, faussant compagnie aux gens d’arme chargés d’assurer sa protection, pour faire irruption dans une modeste cabane, son blanc pourpoint trempé par l’averse tropicale, ses escarpins charles-dix crottés de boue. Il avait aperçu dans la pénombre de cette demeure de splendides éphèbes. Il ne résista pas à la gourmandise. Et la scène fut immortalisée par les milliers de preneurs de clichés, qui suivaient notre Christique Monarc partout où il déposait son pied délicatement chaussé. Le monde entier, à commencer par les Riens et les Riennes qui s’escrimaient en ce début d’automne à traverser les rues au mépris du danger, pour tenter de trouver sur le trottoir d’en-face de quoi nourrir leur marmaille et améliorer les mauvais jours de leurs vieux parents, condamnés à finir en légumes au rebut pour satisfaire les appétits toujours grandissant des Phynanciers, le monde entier donc, vit sa Blanche Candeur sourire béatement à l’objectif, entouré de très près par les deux éphèbes. Le regard de notre Friand Freluquet indiquait qu’il était aux anges. Quant à l’attitude des deux quidams qui l’entouraient, elle prêtait quelque peu aux commérages : l’un faisait un geste fort explicite à la caméra, enjoignant celles et ceux qui contemplaient ce cliché d’aller se faire trousser par derrière, l’autre se contentait de montrer son pouce, son index et son petit doigt, gestuelle fort connue dans les quartiers populeux, où grouillaient les classes dangereuses. C’était donc là les gens sur qui notre Petit Frère des Pauvres avait jeté son dévolu pour faire s’envoler sa popularité. Il s’avéra que le jeune éphèbe qui se trouvait à la droite de sa Grande Béatitude sortait tout juste des geôles de la République. « Qu’est-ce que tu as fait comme bêtise ? ». C’est en ces mots fort brutaux que notre Miraculeux Éducateur s’adressa à ce personnage. Et de le gourmander dans les mêmes termes choisis afin de l’enjoindre à ne plus recommencer ses « bêtises » car sa « mère méritait mieux que cela ». On écrasa une larme. Sa Haute Rédemption allait guérir les fripouilles et les écrouelles. Une ère nouvelle s’annonçait ! D’ailleurs, le cliché fut abondamment commenté dans les foyers des Riens et des Riennes. Le parti des Haineux, en la personne de la marquise de Montretout et de ses sbires, se déchaina sur les réseaux sociaux. La dite marquise n’avait plus grand chose à se mettre sous la dent, tout empêtrée qu’elle était dans de sombres affaires financières qui menaçaient rien de moins que de faire disparaître sa faction nouvellement renommée. Les commentaires fielleux fusèrent aussi du côté d’une certaine marquise de Maure-Anneau, laquelle avait été fort en vue du temps du roi Nico dit le Nabot. Cette madame de Maure-Anneau n’avait rien à envier à madame de Montretout pour ce qui est de la haine envers tout ce qui était un tant soit peu coloré. Les conseillers de notre Petit Emoustillé se frottèrent les mains. On allait faire apparaître sa Grande Philanthropie comme le seul rempart contre les Haineux.

Mais le cliché irrita aussi beaucoup et pour d’autres raisons du côté de chez les Riens et les Riennes dont les modestes métiers étaient d’éduquer au savoir-vivre les sauvageons que la vieille Républiqie leur avait confiés. Chose encore plus grave pour notre Petit Turpide, il se disait que ce jeune éphèbe était fort proche d’un grand bandit, lequel se trouvait être à la tête d’une bande organisée qui vendait des poudres méphitiques et illicites dans les Iles.

Était-ce cela, ce cliché où notre Poudreux Paltoquet laissait libre cours à ses folies, ou était-ce le fait d’avoir été écarté depuis l’été à cause de ses navrantes répliques sur l’affaire du sieur de GrosBras, Monsieur de Colon, le Grand Chambellan aux Affaires Intérieures, décida de tirer sa révérence plus tôt qu’annoncé, pour s’en aller dare-dare rejoindre sa bonne ville de Lugdunum, où le bourgmestre déjà en place avait été prié de débarrasser fissa le fauteuil, afin que notre cacochyme futur ex-Chambellan pût y poser son postérieur. On assista alors à une nouvelle folie émanant du Château. Son Ivresse des Profondeurs commença par refuser la démission de son plus vieux grognard. Il l’invita à diner, le cajola. Notre Grand Gérontophile savait s’y prendre. Mais le vieux duc se trouva pris au piège. La Reine-Qu-on-sort le tança perfidement. Elle le rendait responsable de tout le pataquès autour de la déplorable affaire du sieur de GrosBras. Le Grand Flandrin et Premier Chambellan ainsi que le baron de Kohl-Air pensaient la même chose. Ce vieillard n’avait point su tenir ses troupes. Il s’en était trouvé beaucoup trop, parmi les hommes de la Maréchaussée, pour aller se répandre en commérages baveux dans les gazettes. Ce gâteux de duc était fautif de ce que sa Précieuse Complexité se fût trouvée exposée dans cette lamentable histoire. Le duc rentra à son hôtel particulier l’esprit tout chamboulé. Ce fut la duchesse son épouse qui lui remit la tête à l’endroit. Il fallait partir, et vite. On connut tous les détails de cette rebondissante démission par monsieur d’Apa-Tit, ce gazetier qui se trouvait fort proche de nos pipolesques Altesses. La vision du vieux duc, obligé de patienter de longues minutes sur le perron de la Chancellerie, que le Premier Chambellan daignât venir procéder à la passation de pouvoir, puis celle de leur glaciale poignée de mains, fit s’agiter en tout sens les réseaux sociaux. On pianota, on cuicuita, on cancana. C’était la nouvelle pièce « Vengeances et Fractures » qui se jouait là.

Il n’était plus que la petite duchesse de Berre-Geai pour continuer de pérorer que tout allait pour le mieux dans la merveilleuse StartupNation. « C’est les meilleurs qui partent en premier, cuicuita-t-elle, je ne suis pas pressée de partir » .

Le duc d’Evry, Manu-La-Terreur vint pour la première fois de son mandat de député à la Chambre basse pour en prendre congé. Les députés de la faction de notre Délicieux Tyranneau lui réservèrent une « standing ovation ». Dans cette débauche d’hypocrisie, il ne se trouva que les tribuns des Insoumis et des Insoumises pour brandir des placards fort explicites afin de souhaiter un bon voyage à celui qui venait de s’acoquiner dans la bonne ville catalane avec un sulfureux personnage, un Haineux rompu à à toutes les manœuvres. Les masques étaient tombés depuis bien longtemps.

Le nouveau Grand Jardinier autorisa les chasses de toutes sortes de volatiles, et prolongea leur durée. Que ce fût jusque là des espèces protégées ne pesa pas bien lourd.

L’Aquarius attendait son pavillon pour pouvoir repartir sauver des braves.

Le suspens pour savoir qui serait le nouveau Grand Chambellan aux Affaires de l’Intérieur était insoutenable. Notre Machiavélique Suzerain avait décidé d’aller vite. Il fallait absolument rester le Maitre des Horloges, même si elles avaient une fâcheuse tendance à se détraquer.

3 commentaires sur “Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

  1. Ahlala… !! Que c’est excellent ! Bravo Armelle

  2. quand donc quittera t’il son chateau le turpide ?

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