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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Guérisseur des écrouelles.

Chronique du 15 mars.

Dans la glorieuse StartupNéchionne, sous le règne de notre bien-détesté Petit Père des Riches, la médiocrité et la vulgarité avaient été élevées au rang de vertus. C’était, chaque semaine, à qui parmi les courtisans et autres chambellans, se distinguerait aux yeux de Sa Vénéneuse Bienveillance. Le sieur Casse-Ta-Mère, bien connu des Riens et des Riennes sous le sobriquet de Rantanplan Grand Chien-Policier, emporta la mise en ces Ides de Mars. Une gazette spécialisée dans les ragots mondains révéla, avec des images à l’appui, que le Chambellan – qui s’était fait une spécialité dans la violente répression de ces gueux d’Engiletés et dont le tableau de chasse s’ornait chaque semaine d’yeux arrachés et de moignons sanguinolents- avait été bien opportunément aperçu dans certaine bouillante gargote de la nuit parisienne, où l’on pouvait à loisir faire libation et se livrer à de joyeux et croustillants ébats avec d’accortes donzelles. Quelques pieux esprits jasèrent, mais notre graveleux Rantanplan s’en glorifia. Il n’était pas qu’à moitié homme, que diantre ! Il fallait que cela se sût dans tout le pays.

D’autres courtisans et courtisanes, à l’instar du petit duc de Grivot ou de la duchesse de Berre-Geai, choisissaient l’invective. La sottise n’était jamais loin. Ainsi monsieur de Grivot qui, en ces temps troublés, n’en finissait pas de faire entendre sa foncière mauvaise langue. On l’entendit ainsi se répandre dans toutes les gazettes – lesquelles s’illustraient par leur complaisance sans limites – contre un tribun des Insoumis, François Ruffinus, lequel venait de faire paraître un libelle contre Notre Petit Timonier. Il y osait, l’impudent, tutoyer Sa Neigeuse Hauteur ! Monsieur de Grivot n’y alla pas par quatre chemins. Il brocarda monsieur Ruffinus en qualifiant son opuscule de « livre de haine ». Un gazetier inconscient – ou mal nourri – lui demanda de donner des preuves de ce qu’il avançait. Notre impayable et zélé pourfendeur des ennemis de Notre Divin Despote répondit qu’il n’avait pas lu l’ouvrage. C’était là une imparable objection. Il se porta ensuite au secours d’un de ses grands amis parmi les gazetiers-nourris-aux-croquettes, monsieur de l’A-pas-Tit, lequel venait de s’en prendre à une grande dignitaire de l’Assemblée des Nations. Voilà que notre beau pays venait de se faire tancer vertement parce qu’on y mutilait trop de ces gueux et gueuses d’Engiletés ! Il apparaissait en fort mauvaise posture entre le Vénézuelaaaaaaaaaa et Haïti. Comment osait-on ? Monsieur de l’A-pas-Tit s’étrangla de rage et qualifia la dignitaire de « sous-secrétaire désœuvrée ». La misogynie était une des plus grandes vertus de ce gazetier. Puis Monsieur de Grivot vint à la rescousse .Non pour défendre l’honneur de la dignitaire, mais pour s’illustrer à son tour dans la mauvaise foi. Il s’offusqua de ce que l’on pût trouver la StartupNéchionne entre deux pays comme ceux-là, « où il y avait eu des morts ». Le Grand Chambellan aux affaires de l’Intérieur n’avait point encore invité son bon ami le petit duc à venir contempler son tableau de chasse, sur lequel s’alignaient les yeux crevés de ces maudits Engiletés.

Pour n’en être point de reste et pour ex-is-ter – c’était là une lutte de tous les instants ! – la petite duchesse de Berre-Geai, vit gros et s’attaqua à Gracchus Mélenchonus, lequel venait de répondre par un cinglant discours à celui fort laborieux (et qui avait été fort mal reçu dans les autres pays) de Notre Zélé Européiste. Elle trouvait les propos du tribun des Insoumis « affligeants ». Personne ne lui demanda si elle les avait seulement lus.

La marquise de La Courge fut pressentie par les siens pour s’en aller briguer le fauteuil de bourgmestre de la bonne ville de Marseille, où les édiles rivalisaient d’indignité et d’incurie. Cette annonce fut ajoutée à la longue liste des catastrophes qui, à l’instar des immeubles en péril, s’abattaient là-bas sur la tête des Riens et des Riennes. Puis – toujours dans la série des calamités – ce fut Rantanplan Grand-Chien-Policier de Sa Féroce Répression qui s’en vint parader sur le Vieux Port, avec le bourgmestre en titre, un vieillard cacochyme dont l’effigie venait d’être brûlée au Carnaval, dans les quartiers turbulents de la cité, quartiers qu’on tentait de réduire à quia par un coûteux projet de construction d’une place vide et aseptisée.

Et Sa Grandeur Nacrée, me demanderez-vous ? Que faisait-Elle donc en cette fin d’hiver ? Elle guérissait les écrouelles et tentait de remonter des profondeurs des carottages. On vit de pieuses images circuler, accompagnés de commentaires hagiographiques : Notre Petit Saint-Vincent-de-Paul en tunique de cachemire et pourpoint de cuir s’agenouillant devant un pauvre hère qui se traînait à même le sol ingrat. Notre Jeune Broutard de l’Année arpentant durant quatorze longues heures les allées du Salon de l’Agriculture. Sa Sainte Auréole écoutant tendrement un vieillard estropié qui avait – ô miracle des grands communicants – pu L’approcher, et résolvant d’un coup de baguette magique l’inconcevable imbroglio dans lequel se débattait ce pauvre hère. Notre Mirifique Babillard discourant des heures et des heures dans la Grande Parlotte devant des assemblées chenues et clairsemées…

Quelques Riens et Riennes hardis tentèrent d’écorner cette sainte litanie. Telle cette Rienne Engiletée qui, à Pessac, dans la bonne province du duc de Bordeaux, osa, l’impudente, apostropher Sa Sublime Loquacité. Elle s’attira les foudres de Notre Jupitou Olympien qui, pour tenter de reprendre la main avec les gazetiers, tout ébaubis de l’audace de cette gueuse, parla de ces « animaux étranges » qui venaient perturber Son Grand Monologue. Sa Vertueuse Malveillance avait beau promettre qu’Elle ne décocherait plus de ces petits traits assassins envers ses mauvais sujets, c’était là sa profonde – et complexe – pensée. On se souviendrait aussi de ce jeune Rien qui s’octroya, l’inconscient, le droit d’interpeller en ces termes Notre Prosélytique Bonimenteur : « pensez-vous qu’on puisse acheter une nouvelle planète avec de l’argent ? » Ce à quoi Sa Verbeuse Emphase répondit : « Il y aura toujours de l’argent, mais l’argent, il ne faut ni le détester ni l’adorer, il faut le voir comme un moyen de faire les choses. » On ne savait, à part les généreuses ristournes envers ses Très Chers-Amis-Les-Très-Riches, ce qu’étaient ces mystérieuses choses dont il était question.

Ainsi en allait-il donc dans la glorieuse StartupNéchionne. Le vice devenait vertu. Pour être juste, cela avait commencé quelques années auparavant. Madame de Da-Tit, l’ancienne Chambellane aux Balances du roi Nico, fut épinglée pour avoir fait faire de menues emplettes pour son propre bénéfice sur l’argent de sa chancellerie. Elle s’était ainsi offert, pour neuf mille écus, de modestes soieries pour protéger sa gorge fragile. Où était le mal ?

La marquise de l’Oiseau, cette femme à la lippe méchante, qui n’avait pas de mots assez durs pour fustiger les migrants, qu’elle avait accusés quelques mois plus tôt de s’adonner au « shopping de l’asile » fut choisie par la faction de Sa Cynique Manigance pour aller affronter sur une Lucarne Magique, la marquise de Montretout, la cheffe de la Faction des Haineux. Ces deux harpies rivalisèrent de fiel et de hargne. On ne put les départager. Le dégoût de la chose publique, mis à mal par de telles belles personnes, fut le grand gagnant.

La Chambre Basse vota une loi qui permettait à la maréchaussée d’embastiller quiconque parmi les Riens et les Riennes aurait l’air de vouloir se livrer à des menées séditieuses. Laquelle maréchaussée n’avait d’ailleurs pas attendu la loi, c’était déjà ce qui se faisait à l’envi dans tout le pays. Quelques officiers firent connaître leur opposition. On les enferma dans des culs-de-basse-fosse. Notre Cinglant Jupithiers avait annoncé la couleur : « lorsqu’on va le samedi dans des manifestations violentes, on est complice du pire ». Il était devenu formellement interdit de parler de « violences policières ». On était dans un Etat de droit…jupitérien.

Les Engiletés s’apprêtaient à battre à nouveau le pavé. On était aux Ides de Mars.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 20 février.

L’auteure de ces modestes chroniques prie ses chères lectrices et chers lecteurs de bien vouloir l’excuser pour ces quelques semaines d’interruption. Mais que l’on se rassure ! La glorieuse StartupNéchionne et son non moins Fabuleux Roitelet sont toujours d’actualité. Ces furieux d’Engiletés aussi. Le samedi 16 février s’était déroulé l’acte XIV qui avait vu une fois de plus ces gueux et ces gueuses défiler rageusement sur les grandes artères et les modestes boulevards. On n’en viendrait donc jamais à bout ? La Reine-Qu-on-sort – à l’occasion d’une sortie avec monsieur de La Berne, ce gazetier qui s’était fait une spécialité des têtes couronnées et de la sauvegarde des vieux bâtiments en péril, et qui avait donc tout naturellement trouvé sa place auprès de la Souveraine – avait pieusement fait appel à une « réconciliation ». « On a tout à faire ensemble » avait religieusement énoncé notre Pipolesque Maitresse, avant d’ajouter, alors que les gazetiers en pâmoison l’interrogeaient sur les méfaits de ces gueux en jaune : « « J’ai été saisie par ce qui s’est passé. Ils n’ont pas compris ce qu’ils faisaient. Il faut leur expliquer. »  Il faut avouer que, bien que ces paroles eussent été prononcées avec une si grande vertu, un flair politique inouï, un sens de l’à-propos inégalé, elles n’eurent pourtant aucun effet. Les rageux et les gueux n’avaient sans doute pas compris le sens profond de la complexe pensée de la Reine-Qu-on-sort, qui n’avait sur ce plan rien à envier à son divin époux.

La Grande Causerie, dite aussi le Grand Monologue, continuait de susciter un formidable engouement. Partout ce n’était qu’assemblées sages et clairsemées de têtes chenues, venues s’aérer et s’illusionner avant une mise à l’écart définitive. Il ne fallait surtout pas parler des sujets qui fâchaient. Il ne faisait plus l’ombre d’un doute que Notre Génie des Alpages avait trouvé là le moyen de faire – aux frais des contribuables – sa campagne de propagande pour le tournoi de l’Europe, lequel devait avoir lieu en mai.

Les Engiletés quant à eux continuaient leur quête d’égalité et de citoyenneté. Le pays connaissait là sa plus longue mobilisation depuis des lustres. Au Château, un autre des proches Conseillers de Sa Hauteur Exaltée faisait ses cartons au lieu de continuer à fournir de la disruption. Officiellement il se retirait pour écrire. Officieusement il se disait qu’il avait tripatouillé des documents pour blanchir et couvrir les agissements coupable du sieur de GrosBras lors de la manifestation du 1er mai. Ce monsieur de GrosBras faisait à nouveau parler de lui. La gazette de Plenus Mustachus venait de rendre publics des enregistrements où l’on pouvait entendre le bagagiste chéri de Notre Turpide Satrape se rengorger auprès de son comparse le sieur de Cras de ce que son seigneur et maitre lui avait assuré qu’il allait tous « les bouffer ». Il était question de la commission d’enquête des parlementaires. Ce n’était un mystère pour personne que Sa Bavarde Malveillance tenait en piètre estime les sénateurs . On en avait là un nouvel exemple. Les vieilles badernes s’émurent et se réunirent pour entendre à nouveau le sieur de GrosBras, lequel continua à mentir tel un arracheur de dents. On saisit la justice, laquelle, malgré les efforts constants de la Grande Chambellane, madame de Belle-Ou-Bey, pour que le bagagiste-factotum-et-plus-si-affinités ne fût pas inquiété, ordonna la mise aux arrêts du dit personnage.

Cette nouvelle renversante passa presque inaperçue aux yeux des Riens et des Riennes tant la diversion tant attendue sur la Grande Gileterie était en train de fonctionner. Enfin, du moins le croyait-on en haut lieu, même si l’on était en train pour cela de jouer avec le feu. Lors de l’acte XIV, un Engileté bien échauffé de la cervelle avait pris à partie un philosophe bien connu pour sa haine du petit peuple coloré des banlieues, monsieur de Finne-Quelle-Croûte, et lui avait enjoint de quitter notre pays et de s’en aller en Israël, chez l’affreux Grand Vizir que Notre Souriant Jouvenceau aimait à recevoir en grande pompe. L’Engileté faisait là allusion aux sympathies de notre philosophe pour la politique sioniste de ce Grand Vizir. Mais on cria tout de suite à l’antisémitisme. Et nos gazetiers-fort-bien-nourris-aux-croquettes de flétrir aussitôt tous les Engiletés dont on savait qu’ils étaient tous des imbéciles ignares et racistes, comme venait de le rappeler fort élégamment un ancien conseiller du roi Françoué-dit-le-Pédalo, un certain monsieur de Glande-Serre. Des Engiletés, on passa aux Insoumis et aux Insoumises qui avaient immédiatement cherché à déjouer la manœuvre. Un certain sieur de Maye-Harre, député de la faction de Sa Toxique Sommité, affirma fort sérieusement que le parti des Insoumis avait « clairement des racines antisémites ». C’était là un énorme mensonge, une bêtise incommensurable, mais les gazetiers-toujours-aussi-bien-nourris-aux-croquettes le laissèrent dire, sans lui demander d’apporter la moindre preuve de ses allégations. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne, on pouvait, si l’on était bien en cour, flétrir ceux qui étaient considérés comme des ennemis. Peu importait si ce que vous disiez était vrai ou non, l’important était de cracher son venin et de salir. Ce même peu ragoûtant personnage s’était auparavant illustré en prétendant que les sans-logis – toujours plus nombreux dans notre florissant pays – l’étaient par pur choix. Il était si doux de dormir dans la rue sur de pauvres cartons quand les températures avoisinaient le zéro. Pour sa saillie sur les Insoumis, il gagna le concours de la semaine du Meilleur Dénigrement. Il se positionna aussi pour gagner le concours de la Loi la plus Inique en déposant un projet pour que la critique de la politique du Grand Vizir de l’Israel soit considérée comme un délit chez nous. Notre Bienveillant Despote n’aimait les députés qu’à l’image de ce monsieur de Maye-Harre : bêtes et serviles.

La semaine fut aussi noyée sous les pleurs du duc de Bordeaux, qui quittait sa bonne ville pour s’en aller très grassement pantoufler au Conseil des Gardiens de la Constitution. C’était le seul endroit où l’on vous ouvrait grand les portes, même si vous aviez un casier judiciaire. C’était le cas du vieux duc qui, à septante sept ans, avait encore quelques belles années à se faire entretenir par les Riens et les Riennes. Sa Zélée Gratitude lui octroyait là un retour pour services rendus. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne.

La marquise de Chiapa fut élue révélation politique de l’année. Elle alla immédiatement fêter cette reconnaissance de son immense talent avec son grand ami monsieur de Anounat, lequel s’était impatronisé porte parole des Engiletés, dont il se disait proche. Avec ses quarante mille écus d’émoluments mensuels, qui lui servaient tout juste à boucler son budget, il était effectivement tout désigné pour parler des fins de mois des Riens et des Riennes, lesquels peinaient à ne pas commencer le mois suivant le dix du mois en cours, quand les pauvres mille écus péniblement gagnés s’étaient déjà envolés dans le loyer et la cantine des bambins… Oui, vraiment, monsieur de Anounat et Madame de Chiapa, dite aussi la Grande Courge, représentaient le mieux le peuple en souffrance. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne.

Le sieur de GrosBras avait donc passé sa première nuit au cachot. Mais que l’on se rassure encore ! Ce n’était point un des vils cachots réservés au commun, mais une douillette cellule dans le quartier des Viaillepies, là où on logeait, le temps que l’opinion se calmât, les belles personnes qui avaient contrevenu à la loi. Le lendemain de la mise aux fers – toute relative- de notre talentueux et bichonné bagagiste, les Vieilles Badernes firent connaître leurs conclusions. Elles y tançaient vertement le Château ainsi que les services du Premier Grand Chambellan. Le sieur de GrosBras s’était vu confier des missions de la plus haute importance alors qu’il n’était qu’un factotum de bas-étage, sans aucune expérience. Tout ceci aurait pu nuire gravement à la sécurité de Notre Coûteux Bibelot ainsi qu’à celle de l’État. S’en suivaient quelques recommandations, ainsi qu’une demande de saisine de la Justice, cette grande Injuste pour punir le sieur de GrosBras pour avoir parjuré. D’autres seraient sans doute éclaboussés. Et rien n’avait pu se faire sans que le Château ne soit informé. Pire, c’est là que tout s’était tramé. La réaction du dit Château ne se fit point attendre. On était le mercredi et le mercredi était le jour du Conseil des Chambellans. Ce fut le jour de gloire du petit duc de Grivot qui put s’illustrer une énième fois dans la défense zélée de Notre Turpide Suzerain. Cet infatigable fidèle énonça tout bonnement que ce rapport contenait des « contrevérités » auxquelles on apporterait en temps voulu des « réponses factuelles ». Quand un gazetier bien impertinent osa demander quelles étaient ces contrevérités, le pieux chevalier au service de Sa Neigeuse Probité répliqua qu’il ne pouvait le dire puisqu’il n’avait pas lu le dit rapport. On lui en avait parlé entre deux portes. Il fut aussitôt la risée des réseaux. Là-dessus, l’autre pompière en chef, la duchesse de Bergeai vola avec non moins de zèle au secours du bagagiste-homme-à-tout-faire. Ce dernier pouvait dormir tranquille dans sa douillette petite cellule, où il pouvait même avoir accès aux Lucarnes Magiques. Les zélotes étaient à la manœuvre.

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Gloseur.

Chronique du 23 janvier.

Le ridicule et le mépris ne s’étaient jamais aussi bien portés dans notre pays depuis la veille de la Grande Révolution, celle qui avait mis fin à des siècles de privilèges de l’antique aristocratie. La nouvelle, celle de ces petits barons et autres duchesses adoubés non plus par un dieu bien injuste mais par le suffrage universel, associés aux fonctionnaires formés dans la Haute École des Commis, tous issus des classes les plus huppées, tout ce petit aréopage bruissait. On s’ébaubissait, on se congratulait, on faisait des affaires, on s’engraissait. Sa Très-Haute-Suffisance, du haut de son Olympe Élyséenne, entendait bien faire cesser cette maudite Gileterie qui durait depuis maintenant deux mois. La Lettre par laquelle Notre Petit Ecrivaillon avait décidé de lancer le « Grand Palabre » avec ses vils sujets avait donc été diffusée dans les gazettes et sur les Réseaux Sociaux. Dans les foyers des Riens et des Riennes, pas grand monde ne lut les divines et complexes paroles. Personne ou presque n’était dupe. Il suffisait d’écouter les gazetier-nourris-aux-croquettes commenter ad nauseam la moindre virgule de cet amas de paroles creuses et de clichés. C’était à qui encenserait le plus la prose de Sa Sublime Platitude. La palme de la révérence la plus servile revint sans conteste à ce monsieur de Béhachelle dont il fut question dans la précédente chronique. « Éthique de la discussion façon Habermas (…), volonté générale rousseauiste convoquée dans chaque foyer. Grenelle tout azimuts. Etrange ruse de l’Histoire, accouchant peut-être d’une invention démocratique. » Comme à son habitude, ce personnage se noyait dans une insignifiance verbeuse, laquelle faisait exactement écho à celle de Notre Cireux Barbouilleur. Une phrase de cette Lettre retint cependant l’attention : « Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait. » Venant de ce Irréprochable Monarc qui n’avait eu de cesse, depuis sa victoire au Tournoi de la Résidence Royale – et même avant quand il n’était que Chambellan du Trésor – de vilipender ses sujets, les traitant tour à tour d’illettrées, de fainéants, de cyniques, de poissons, de Gaulois réfractaires, d’alcooliques, de bons à rien, de paresseux, d’assistés, cette petite phrase ne manqua pas de jeter de l’huile sur les braises fumantes du précédent samedi.

Sa Martiale Arrogance n’en avait cure. Elle allait donc entamer le Grand Palabre et partir en tournée dans tout le pays. Les festivités allaient durer deux mois. On allait noyer la jaune colère sous le flot de la bonne parole. Tout ceci n’était bien entendu qu’un grand concert de pipeau. Les gueux voulaient s’exprimer ? Qu’à cela ne tienne, on leur ferait croire qu’ils le pourraient. Mais on ne changerait rien à ce qui avait déjà été fait pour liquider ce que le peuple avait jadis conquis de haute lutte. Tout était soigneusement cadré. Notre Prince-Président continuait de penser qu’il avait été choisi pour métamorphoser la vieille République en une glorieuse StartupNéchionne. Il oubliait qu’il n’avait pu gagner le tournoi que parce qu’il avait été fort opportunément sélectionné pour affronter la marquise de Montretout, la cheffe de la faction des Haineux. Cette marquise se voyait de nouveau invitée dans toutes les gazettes. On la choyait, on la cajolait. La plus habile à ce ripolinage était madame d’Ailegriffe. Elle s’y entendait à merveille pour montrer cette marquise aux noirs desseins comme une aimable personne. Ce serait pour mieux la ridiculiser ensuite, comme cela avait été le cas lors du Tournoi. Madame de Montretout n’était dupe de rien. Elle jouait parfaitement son rôle de fausse opposante. Elle se fendit d’un cuicui cinglant pour commenter « La Lettre » : baratin hypocrite. Il faut dire qu’en la matière, la marquise en connaissait un rayon.

Bourgthéroulde. Ce fut dans ce petit village que Sa Perfide Empathie commença son Grand Monologue. Les Engiletés furent naturellement tenus à distance. Notre Joueur de Pipeau put dérouler sans jamais être interrompu sa Pensée Unique. Les gazetiers s’ébaubirent sur la performance verbeuse. Les Riens et les Riennes retinrent qu’une fois de plus, ils venaient de se faire tancer : « parmi les gens en difficulté, il y en a qui font bien, et il y en a qui déconnent » énonça pompeusement Sa Vertueuse Vanité. De ce premier concert, il ne ressortit qu’une proposition: peut-être allait-on rétablir la limitation de vitesse des carrosses à deux lieues à l’heure au lieu d’une et demi. Il faudrait bien entendu changer à nouveau tous les panneaux. Les fabricants des dits panneaux se frottèrent les mains. L’argent pouvait vraiment être magique.

La semaine fut à l’envi. Notre Glorieux Pipoteur s’en alla gloser des heures durant devant les bourgmestres de l’Occitanie. Il se gaussa lorsque l’un d’eux osa émettre l’idée qu’on ne pouvait vivre avec un revenu minimal. On apprenait au même moment que les vingt six nababs les plus opulents de la planète concentraient à eux seuls autant de richesses que presque quatre milliards de pauvres hères. Tout allait donc pour le mieux, et il n’y avait pas de raison que cela ne continuât pas ainsi . En digne émule de feu Iron Maggie, une ancienne Grande Première Chambellane du royaume britannique, connue pour sa cruelle intransigeance envers la « working class », Sa Néolibérale Ardeur était convertie depuis très longtemps à la religion du Tina dont dame Maggie avait été la très zélée grande prêtresse.

On fit faire de nouveaux carottages d’opinion. Miracle ! La cote d’amour de Notre Petit Scaphandrier remonta spectaculairement, ainsi que celle de son grand flandrin de Premier Chambellan. Le hic était qu’on ne savait jusqu’où elle était tombée auparavant. Il y avait donc de la manipulation là-dessous. Mais les gazetiers firent ce pour quoi on les payait en croquettes. Ils encensèrent.

L’acte X de la Grande Gileterie eut lieu. Rantanplan Grand-Chien-Policier de Sa Jacasseuse Majesté parla d’un « fort affaiblissement ». Il gagna le concours des Euphémismes de la semaine. Comme de coutume, on s’était livré à un étrange comptage des Engiletés. Ces derniers ne s’y laissaient plus prendre. Ils avaient désormais leurs habitudes. Ils rendirent hommage à leurs gueules cassées, aux estropiés toujours plus nombreux. La marquise de Chiappa sut alors que son moment était arrivé. Elle fit savoir qu’elle animerait, aux côtés d’un bateleur de foire connu pour sa misogynie, son homophobie et sa vulgarité – lesquelles étaient devenues des valeurs très prisées – une des ces revues dont les Lucarnes magiques usaient et abusaient pour endormir le peuple. Des voix s’élevèrent pour critiquer la bouillante marquise. C’était là mélange des genres! A quand un Conseil des Chambellans animés par ce monsieur Anounat ? La dame ne se démonta point. Elle se compara à Galilée, rien de moins. Le ridicule se portait décidément à merveille et madame de Chiappa l’arborait en sautoir.

Le lundi qui suivit, Notre Généreux Amphytrion régala le Gotha de la Phynance à Versailles, aux frais des Riens et des Riennes. Il fallait inciter ces Saigneurs à venir placer leurs montagnes d’écus dans notre si beau et si riant pays, qui le redeviendrait du moins dès qu’on se serait débarrassé de cette vermine jaune qui commençait à se propager ailleurs en Europe. Parmi ceux qui étaient ainsi reçus en grande pompe se trouvait le tenancier d’un négoce qui vendait de l’électricité, lequel négoce envisageait de mettre à la rue près de cinq cent employés, ceci afin d’augmenter encore et encore des profits déjà mirifiques. Il ne resterait plus à ces pauvres Riens et Riennes qu’à retraverser la dite rue dans l’autre sens pour trouver du travail. C’était là chose si facile, Sa Glorieuse Infatuation l’avait encore répété lors de ses discours devant les bourgmestres.

Notre Zélé Petit Télégraphiste s’en alla ensuite bisouiller comme il aimait tant à le faire les joues teutonnes de Frau Angela et apposer son auguste paraphe au bas d’un nouveau traité qui consacrait une fois de plus l’inféodation de notre pays à la religion du Tina, cette implacable doxa qui régnait sans partage sur le monde. Sa Colossale Finesse en profita pour glisser un de ces bons mots qui avaient le chic de réveiller dans le peuple de très mauvais souvenirs : « l’allemand a un charme romantique que le français ne m’apporte plus ». Les Riens et les Riennes se souvenaient encore fort bien que leur pays avait eu à subir par trois fois au cours du passé les invasions des armées germaines, lesquelles s’étaient faites dans un idiome qui n’avait rien eu de « romantique ». Pas plus que n’était « romantique » le traité que Notre Délicat Linguiste venait de signer en avouant in petto ne rien y comprendre…

Ainsi en allait-il dans la StartupNéchionne, sous le règne de Manu Premier, roi des Riches et Prince des Ridicules.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Liquidateur.

Chronique du 12 janvier.

Rantanplan-Grand-Chien-Policier-De-Sa-Majesté était essoufflé. Il venait de parcourir ventre à terre le pays dans tous les sens pour compter ces damnés Engiletés. C’était à n’y comprendre. Voilà que quasiment toutes les villes et les villages s’étaient à nouveau couverts de jaune pour cet acte IX, telle une maudite floraison qui donnait de l’urticaire à Notre Toussotant Anaphylactique à nouveau terré au fin fond de son palais. On avait pourtant tout mis en œuvre pour faire cesser cette inconvenante révolte. Le petit duc de Grivot, encore lui, avait, dès le lundi qui suivit l’acte VIII, couru de gazettes en gazettes pour se répandre d’importance sur sa mésaventure, alors que d’aucuns lui avaient conseillé la discrétion. Las ! Ce pompeux personnage eut ces mots : en s’attaquant à lui, c’est à la « Maison France » que l’on s’était attaqué. De mémoire d’historien, la dernière fois que cette expression avait été publiquement utilisée, c’ était par ce vieux maréchal honni dont Sa Réactionnaire Errance avait tenté de blanchir la mémoire irrémédiablement entachée d’indignité. On était définitivement fixé sur les références du petit duc, il ne pouvait prétendre cette fois avoir fait une erreur. Mais il trouva dans monsieur de Amon et dans monsieur de la Fore, deux barons du parti à la Rose, deux ardents défenseurs de sa péteuse petite personne.

Puis ce fut le Premier Grand Chambellan, monsieur le duc du Havre, qui s’exprima de manière fort martiale sur la Première Lucarne Magique. Il annonça un durcissement de la répression contre les inconséquents qui osaient battre le pavé. On les compterait, on les ficherait, puis on les embastillerait. Certains parmi les argousins, qui possédaient encore une once de bon sens héritée de la vieille République, se demandèrent comment on pouvait encore durcir la répression. Beaucoup d’Engiletés avaient eu la gueule cassée, ou avaient été éborgnés, ou encore étaient devenus manchots. Pour eux et pour elles, le Premier Grand Chambellan n’avait pas eu un seul mot de compassion. Leurs blessures étaient des blessures de guerre. La réponse leur fut donnée par un ancien Chambellan à l’Instruction du roi Nico dit le Nabot. Ce haut personnage, tout infatué de lui-même, qui répondait au nom de monsieur de Fairy, et qui professait jusque là une forme de complaisance pour cette fronde – il appartenait au parti de monsieur de Voquier, le duc de La Loire – se laissa aller à faire entendre le fond de sa pensée sur une gazette, où il n’était d’ordinaire question que de musique, celle dont on dit pourtant qu’elle adoucit les mœurs. Ce monsieur de Fairy se mit à éructer contre les Engiletés, des « excités d’extrême droite et d’extrême droite, des voyous des cités » et appela l’armée et la maréchaussée à tout bonnement tirer dans le tas, pour qu’on en finisse enfin. Les auditeurs et auditrices en furent tout ébaubis. C’était à croire que soudain Monsieur de Fairy avait été happé par une faille temporelle et qu’il se retrouvait face à la Commune de Paris. Monsieur de Fairy était un Versaillais.

Cette nouvelle folle semaine resterait dans les mémoires comme celle des cagnottes. Le dimanche qui suivit le samedi de l’acte VIII, Un Engileté, qui faisait profession de vivre de ses poings, était allé se présenter à la maréchaussée. Il avait été reconnu comme étant le quidam qui avait cogné sur deux argousins. Avant de se livrer, il s’expliqua sur les Réseaux Sociaux. Il avait participé à tous les actes depuis le début de la Grande Gileterie. La colère lui avait pris de voir des femmes et des vieillards pris pour cible par les forces de l’ordre. Il avait frappé. Il n’en était pas fier. Aussitôt se fit un grand mouvement de solidarité pour que se constitue une cagnotte pour aider la femme et les enfants de celui qui apparaissait aux yeux de beaucoup d’Engiletés et aua, le duc de la Muse, qui présidait aux destinées de la province, lança une cagnotte pour faire soigner les argousins blessés. On ne savait de qui il parlait. Personne de chez eux n’avait eu à déplorer les blessures que l’on voyait chez les Engiletés. Mais le duc, qui voulait se faire bien voir de Notre Sanglant Monarc. fit grand bruit autour de sa cagnotte. La récolte d’une somme considérable se fit curieusement de nuit. Qui étaient vraiment ces très-très-généreux donateurs ? Le doute était pour le moins permis. Un des grands chefs des argousins fit savoir qu’ils n’avaient rien demandé. Où irait cet argent?

D’aucuns facétieux lancèrent alors une cagnotte pour acheter un bâillon à la marquise de Chiappa. Mille écus furent récoltés en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Là, point de généreux donateurs, mais de petits dons donnés par beaucoup. En revanche, nul ne songea à lancer une cagnotte pour monsieur de Fairy, lequel, depuis sa martiale saillie – qu’il avait pourtant démenti à cor et à cris- n’osait plus sortir de chez lui. On avait découvert qu’il touchait depuis des années de confortables émoluments de chaire de philosophie d’ une université dont on se demandait s’il y avait seulement un jour mis les pieds. Ces émoluments, ajoutés à sa non moins confortable retraite de Chambellan, pouvaient lui permettre de payer des gardes du corps.

Ce fut ensuite au tour de la petite duchesse de Bergeai de passer à l’offensive. Faire partie des braves soldats de Son Ivresse des Altitudes se méritait. Il fallait chaque jour payer de sa personne. La duchesse, dont la sottise n’avait d’égal que la bassesse, demanda au Procureur de poursuivre en justice deux instigateurs des Insoumis, pour avoir « armé les esprits ». Diantre ! La duchesse se payait de mots, mais certains doutèrent qu’elle les eût trouvés toute seule.

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Depuis son lointain palais du Maroc, entouré de ses serviteurs, le grand phare de la philosophie-en- bras-de-chemise, et grand dithyrambiste du régime, monsieur de Béachelle, s’exprima. Selon lui, les Engiletés trahissaient l’histoire du mouvement ouvrier. Le but de ces gueux d’aujourd’hui n’était pas comme celui de leurs glorieux ancêtres, de gagner mais de détruire. « Qui se soucierait donc du sort des déshérités ? » se lamentait ce grand humaniste.

Mais que devenait pendant ce temps Notre Bienveillant Jupithiers ? Méditait-il encore et encore sa lettre ? Celle que les Riens et les Riennes attendaient avec tant d’impatience et qui lancerait le Grand Déba(rras) ? Que nenni. Il songeait à ce qu’il ferait servir aux Saigneurs de la Phynance quand il les recevrait en grande pompe à Versailles. Sa Capricieuse Modestie venait de décider qu »Elle ne se rendrait pas comme l’an passé dans cette très sélect station helvétique où se réunissait chaque année le Gotha. Il était infiniment plus chic d’utiliser Versailles, et ce aux frais des Riens et des Riennes. C’était ce qui convenait à Notre Divin Amphitryon. Entouré de tous les siens, il pourrait à nouveau briller tel l’astre qu’il était. A propos de roi, nos Pipolesques Altesses durent sacrifier à la traditionnelle galette. On les vit posant majestueusement près d’une énorme pâtisserie. Sa Gourmande Grandeur prit la parole à cette occasion. Ce fut pour tancer ses vils sujets : trop d’entre eux n’avaient plus « le sens de l’effort ». Cette expression faisait exactement écho aux propos prononcés bien des années auparavant par ce monsieur Pétain dont il fut question plus haut. Ce personnage n’était pas la référence du seul petit duc, mais constituait bel et bien le sel de la Complexe Pensée de Notre Grand Réactionnaire. « L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort, on ne rencontre aujourd’hui que le malheur. »

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Liquidateur.

Chronique du 5 janvier.

Le petit duc de Grivot, lorsqu’il écrirait ses Mémoires, se souviendrait de cette épouvantable journée. Il venait de se voir enlevé dans les airs par un aéroplane à hélice, dépêché tout exprès par Rantanplan-Chien-Sauveteur, pour échapper à la horde des furieux Engiletés qui venaient de forcer les portes de son hôtel particulier à l’aide d’un engin de chantier ! En dégustant un chocolat chaud, les dents lui en tremblaient encore. Qu’il était donc périlleux de compter parmi les fidèles de Notre Délicieux Monarc ! Le petit duc s’était toujours promis de faire partie du quarteron des braves, mais fallait-il encore qu’il y eût quelque chose à gagner. Cette petite escapade aérienne n’avait, disons-le clairement – rien de très glorieux et ferait du plus ridicule effet lorsqu’il s’agirait de briguer le fauteuil de bourgmestre de la bonne ville de Lutèce.

Le nouvel an qui devait voir le retour en grâce triomphal de Sa Détresse des Profondeurs avait pourtant si bien commencé ! Pour finir l’annus horribilis, Notre Bienveillant Prince-Président avait tancé ses bons à rien de sujets. Debout tel un Phénix dans une des salles du Château, il les avait glacialement et sévèrement mis en garde contre « les foules haineuses ». Le verbe altier et martial de Sa Mordante Suavité avait ravi les thuriféraires du régime qui s’étaient ensuite répandus sur toutes les gazettes pour louer chaque virgule du divin discours. Les gueux n’avaient qu’à bien se tenir. On allait leur faire rendre gorge. Aucune complaisance ne leur serait réservée. Notre Petit Réactionnaire avait usé de trois mots : vérité, dignité, espoir et quiconque n’avait point encore compris que Sa Pompeuse Importance travaillait à restaurer l’antique monarchie de droit divin avait eu les yeux dessillés et les oreilles récurées. Les Gaulois réfractaires allaient remiser leurs détestables gilets – que Rantanplan-Chien-Policier-de-Sa-Divine-Majesté allait prestement s’occuper de faire interdire – et la StartupNéchionne et son Phare de la Pensée Complexe allaient de nouveau rayonner sur le monde. Les cuicuis fielleux de Donald allaient cesser. Une ère nouvelle s’ouvrait. Toute la semaine, les gazetiers-fort-bien-nourris-aux-croquettes et qui n’entendaient point devoir céder une seule de leurs écuelles de luxe aux gueux et aux gueuses – dont on savait très bien que s’ils étaient dans la mouise, c’était parce qu’ils étaient fainéants, illettrées etc….- avaient pompeusement glosé pour faire passer les Engiletés pour des brutes sanguinaires, partisans des Haineux, lesquels étaient fort commodes dans le rôle tantôt de croquemitaine, tantôt d’adversaire respectable quand il s’agissait de les donner à voir au bon peuple et de faire disparaître les Insoumis et les Insoumises, ces rouges tribuns et tribunes qui avaient endossé pour beaucoup les gilets de la colère. La confusion devait régner dans les têtes des Riens et des Riennes, le parti médiatique se déployait partout. On tremblait un peu mais on crachait son venin et sa haine du peuple. On put ainsi voir sur une Lucarne Magique un vieux baron blanchi sous le harnois, monsieur De Bré – dont le père avait servi sous MonGénéral – secondé par un ancien fidèle du roi Nico, le comte de La Fèvre – ce dernier connu pour son sens aigu du ridicule- planter leurs crocs dans la chair tendre d’une Insoumise, sous les yeux ravis du gazetier qui menait l’assaut. Mais la belle Insoumise ne s’en laissa point conter. Elle quitta l’arène, laissant ses baveux adversaires tout dépités. Le spectacle qui s’était donné à voir était une parfaite illustration de la haine que vouaient les élites au peuple et de la haine des femmes, lesquelles étaient en première ligne dans cette Grande Gileterie, tout comme elles l’avaient été lors de la Grande Révolution.

Le duc de Bordeaux fit allégeance à Notre Suave Conducator. Il quittait les rivages de son parti pour ceux de la faction de Son Implacable Mansuétude. Il allait sans aucun doute l’abreuver de ses fort judicieux conseils. Le dernier roi à l’oreille de qui ce personnage droit dans ses bottes avait murmuré, le roi Pétaud dit aussi Le Chi, avait dissous la Chambre Basse et avait du ensuite, malgré lui, supporter d’avoir un Grand Chambellan qui n’était point issu de sa faction, laquelle avait piteusement perdu le tournoi que le duc de Bordeaux avait organisé. Assurément, les conseils du duc de Bordeaux étaient toujours éclairés.

Un Engileté conducteur de charroi, qui s’était distingué à plusieurs reprises sur les Réseaux Sociaux, fut à nouveau arrêté sans sommation. Gracchus Mélenchonus lui apporta son soutien et donna au passage une petite leçon d’Histoire dont il était féru. Les petits marquis poudrés et leurs amis les gazetiers-fort-grassement-nourris-aux-croquettes se gaussaient fort de ce qu’un Rien comme ce Drouais eût l’outrecuidance de parler des affaires publiques. Pourquoi donc avait-on rendu l’instruction obligatoire ? Monsieur d’Ah-Petit, ce gazetier bien connu, entra alors en scène et fit courir le bruit que ce Drouais avait misé sur la Marquise de Montretout au dernier tournoi de la Résidence Royale. On ne savait d’où ce zélé défenseur de la politique de Notre Éradicateur de Gilets sortait cette information – le plus probable est qu’il l’avait tout simplement inventée pour servir ses noirs desseins- mais voilà que la machine à diffamer s’emballa. Gracchus Mélenchonus – qui en avait l’habitude- fut cloué au pilori, lui qui venait de rédiger une ode à cet Engileté, rappelant au passage que le sans-culotte qui avait reconnu Louis Capet tentant de fuir portait lui aussi, ô clin d’oeil de l’Histoire, ce même patronyme. C’était plus qu’il n’en fallait à un sombre et insignifiant personnage, qui tentait toujours et partout de se hausser du col, monsieur de Ammon, pour se payer le tribun Mélenchonus, qu’il connaissait par ailleurs fort bien car tous deux avaient appartenu au Parti de la Rose. Il déclara sur une gazette, l’œil torve et le rictus mauvais, que ce dernier « avait quitté les rivages de la gauche ». Ce monsieur de Ammon était un habitué des beaux quartiers, n’ayant jamais connu autre chose que les couloirs d’un certain hôtel particulier, lequel avait bruissé de tous les complots ourdis par notre petit baron dans son parti. Quant au citoyen Drouais, il s’expliqua sur ses intentions – rendre hommage à celles et ceux des Engiletés qui avaient déjà perdu la vie en luttant- et nia avoir eu quelque attirance pour la cheffe des Haineux.

Au Château, on faisait les cartons. La Plume de notre Petit Écrivain prenait le large. Il était imité en cela par deux autres Conseillères, usées à la corde par le rythme infernal que Sa Perpétuelle Effervescence faisait subir à tous ceux qui avaient l’immense honneur de la servir. Bien qu’on s’en défendit et qu’on rappelât que cela était prévu de longue date, le départ de sa Plume était fort malvenu pour Notre Distingué Expéditeur. En effet, dans ses vœux, il avait annoncé qu’il allait adresser un courrier à tous ses sujets pour les enjoindre à participer à « un grand débat ». Cette fumeuse et géniale idée avait été susurrée à Sa Navrante Dégringolade par l’ancien roi Nico, lequel avait en son temps porté la technique de l’esbrouffe et de la poudre aux yeux au rang d’un art consommé. Les Riens et les Riennes firent savoir sur les Réseaux Sociaux qu’ils et elles pratiqueraient vigoureusement l’art du « retour à l’envoyeur ». Il fut alors décidé que ce  serait un courrier non pas adressé en propre à chaque Rien ou Rienne – il deviendrait vite impossible de recevoir au Château les lettres renvoyées à leur Expéditeur – mais publié dans les gazettes et sur ces mêmes réseaux sociaux. Chez les Riens et les Riennes, on imaginait déjà comment on allait détourner ces mots inutiles.

L’acte VIII de la Grande Gileterie – qu’on annonçait moribonde – se déroula dans toutes les villes du pays. Loin de s’essouffler, le mouvement paraissait avoir gagné en profondeur et en détermination. Le petit duc de Grivot en était témoin.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Petit Frère des Riches.


Chronique du 31 décembre.

L’annus horribilis s’achevait par un nouveau grand patratas. Pendant que Notre Suprême en Gelée peaufinait son discours, ce pensum traditionnel de fin d’année qui voulait que Sa Délicieuse Galantine s’adressât à ses sujets bien ingrats pour leur souhaiter une bonne année, les Riens et les Riennes, commentaient les dernières nouvelles. Le nom du sieur de GrosBras était sur toutes les lèvres. On l’avait laissé en grand conciliabule avec le frère d’un de ces tyrans africains dont les monarques de notre vieux pays avaient toujours raffolé. On le retrouvait s’épanchant abondamment dans une gazette d’opposition, dirigée par un vieux séditieux à moustaches, le sieur Plénus. C’était à n’y rien comprendre. Voilà que monsieur de Grosbras expliquait par le menu qu’il était toujours du dernier bien avec Notre Bien-Aimé Jupitou, lequel le consultait tous les jours sur la conduite de la StartupNéchionne. Sa Grandeur Chiffonnée était si mal entourée ! Les conseillers vivaient sur une autre planète. Ils s’adressaient à Notre Bambin Egaré comme si ce dernier était sous tutelle. Les passeports diplomatiques ? Oui, bien entendu, il les avait utilisés, c’était si commode pour ses propres affaires. Et il ne faisait rien de mal, le Château les lui avait fait parvenir, pour le remercier. In fine, Monsieur de Grosbras confia à Moustachus Plénus qu’il se sentait quelques accointances avec ces enragés d’Engiletés. Il fallait les comprendre. La vie était devenue hors de prix, et tout le monde ne pouvait prétendre aux mirifiques émoluments des Très-Chers-Conseillers.

Sa Très Martiale Petitesse avait passé Noël auprès des troupes armées basées dans la lointaine et mystérieuse Afrique. La vue et la proximité de tous ces jeunes hommes braves, aux muscles saillants sous les chemises, leurs beaux visages brunis sous le soleil, avait mis du baume au cœur de Notre Incorrigible Jouvenceau. Mais il lui avait fallu regagner Paris. Les Engiletés avaient menacé de revenir battre le pavé. Notre Prince Vaillant en tremblait. On fit refaire les malles. Ordre fut donné aux Conseillers de ne rien laisser fuiter de la destination de leurs Pipolesques Altesses. Il apparut donc que Sa Détresse des Profondeurs avait tout simplement disparu. Des gazetiers aux aguets – à moins que ce ne fut un boulanger – retrouvèrent bientôt sa trace. On venait de le rencontrer, accompagné de la Reine-Qu-on-sort, à l’heure du souper, sur la grand-place d’un modeste petit village de pêcheurs, Saint Tropez. Ce petit village était devenu depuis des décennies la coqueluche des riches de ce monde. C’était là, dans ces rues étroites, aux petites maisons basses, que Notre Provocant Freluquet avait décidé de passer quelques jours, afin d’oublier les gueux et leurs satanés gilets.

On regagna la capitale le dimanche soir. Des heures et des heures de préparation furent nécessaires aux caméristes et aux valets de pied pour maquiller Sa Cireuse Décadence. L’allocution à la StartupNéchionne allait se faire en direct, les Lucarnes Magiques transmettraient dans tous les foyers des Riens et des Riennes le divin discours qui réconcilierait enfin Notre Bienveillant Timonier et ses récalcitrants de sujets. Les Riens et les Riennes de leur côté préparaient les cotillons. Le jaune était de mise partout.

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Chronique du règne de Manu Ier dit Le Magnifique, le Très-Haut, Notre Sauveur.

Préambule : tous les personnages de cette chronique sont purement fictifs, toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite et très très très involontaire. C’est de l’humour, de l’humour, de l’humour. Amies lectrices, amis lecteurs, si d’aventure, l’auteure de ces quelques lignes malicieuses devait être embastillée, elle compte sur vous pour monter des comités de soutien.

Chronique du 23 décembre.

Toute la semaine qui suivit l’acte V de la Grande Gileterie, la Faction de Notre Pleutre Vénéré Jupithiers fut à la manœuvre pour réduire ces gueux au silence dont ils n’auraient jamais du sortir. Les pauvres avaient toujours souffert en silence. Le premier d’entre les fidèles, qui présidait aux destinées de ce parti à la Chambre Basse, le marquis de La Geandre, alla se répandre d’importance sur une gazette pour assurer que la Gileterie allait cesser sur le champ. Ce personnage était à l’image de Sa Divine Morgue. Il portait le mépris de classe en bandoulière, et son phrasé clamait sa fatuité. « Nous avons commis deux erreurs, énonça-t-il pompeusement, tout gonflé de lui-même, nous avons insuffisamment expliqué nos réformes, et nous avons été trop intelligents, trop subtils, trop techniques, dans les mesures de pouvoir d’achat. » En face, on ne releva point. Le tapis rouge était en permanence déroulé dans toutes les Gazettes afin que la complexe pensée de Celui-Qui-Nous- Guide puisse parader à sa guise.

Il fallait par tous les moyens flétrir la bonne opinion que les Riens et les Riennes avaient de la Grande Gileterie. Mais la tâche s’avérait rude. Tous n’arboraient point le gilet jaune, mais beaucoup s’en réclamaient et soutenaient la colère qui sourdait de tout le pays. Une image fit le tour de la planète : on y voyait cinq femmes, le buste dénudé et peint en gris, revêtues d’un capuchon rouge, orné d’une cocarde. Elles firent face aux gens d’armes, qui les auraient volontiers embrochées si on leur en avait donné l’ordre. C’était là un tableau vivant, allusion des plus claires à la Révolution de 1848.

Les argousins de leur côté profitèrent de ce qu’ils étaient devenus les chevilles ouvrières du maintien du régime. Comme il fallait à tout prix éviter que la fièvre jaune ne gagnât aussi leurs rangs, et qu’il ne vînt à l’idée de certains d’aller fraterniser avec ces gueux d’Engiletés, Rantanplan Chien-Policier-de-Sa-Pétocharde-Rutilante-Majesté reçut l’ordre impératif du Château de les soudoyer et de leur graisser la patte. On leur accorda sans barguigner une substantielle augmentation de leurs gages. Ceux des argousins qui étaient allés porter les doléances n’en crurent pas leurs oreilles. Mais ces largesses déplurent fortement à leurs chefs galonnés, lesquels n’avaient point été consultés. Ils firent publiquement connaître leur désapprobation. Ils parlèrent sévèrement d’« erreur d’appréciation » et de précipitation.

Ces voix dissonantes rajoutèrent encore à la cacophonie qui régnait désormais à tous les étages de la StartupNation. Il ne se passait pas un jour sans qu’une annonce ne vînt défaire ce que l’annonce de la veille avait remis en place, et vice-versa. Le retournement pouvait même se faire d’une heure sur l’autre. C’était à n’y rien comprendre.

A Dijon, un grand commis aux ordres de Monsieur de Blanche-Equerre, le Grand Chambellan à l’Instruction, s’émut de ce qu’une Rienne, professeure de son état dans un gymnase de la StartupNation, eût l’outrecuidance de publier dans une gazette séditieuse un libelle fort offensant sur notre Divin Timonier. C’étaient les Services Secrets qui avaient alerté la Chancellerie à l’Instruction. On tança d’importance l’impudente, on la menaça de révocation. Le Grand Chambellan, Grand Dignitaire de la StartupNation venait de promouvoir une loi qui allait faire rentrer dans le rang tous les professeurs, lesquels n’étaient pourtant, à l’exception de quelques uns, que de doux agneaux. Il allait désormais régner dans les écoles, les collèges et les gymnases un ordre tout militaire On ne devait plus entendre une seule voix discordante. Chaque matin, les maîtres feraient chanter aux élèves une ode à la gloire de Sa Splendide Eminence. Son portrait figurerait dans toutes les salles de classes. Les professeurs ne boiraient plus leur café – boisson sans laquelle aucun d’eux ne pouvait assurer leur sacerdoce- que dans des tasses à l’effigie de Notre Bellissime Précepteur. Ils devraient bien entendu acheter sur leurs deniers cet objet. C’était là une astucieuse manière de liquider les stocks qui encombraient la boutique de souvenirs du Château, stocks que l’on devait à monsieur de GrosBras, et qui étaient restés sur les bras des Conseillers depuis que ce barbouzeux serviteur, dont on avait suivi avec passion les aventures estivales, avait été appelé à d’autres fonctions.

Le nom de ce personnage revenait sur le devant de la scène. Son affaire était mollement instruite par la Justice. On le questionna sur l’image qui avait circulé, où on le voyait pointer sa pétoire sur la tempe d’une accorte servante, alors qu’il assurait la sécurité de Notre Futur Champion lors du Tournoi de la Résidence Royale. Monsieur de Grosbras argua pour sa défense qu’il s’agissait là d’une brave pétoire à eau, de celles dont les bambins usaient lors des joutes estivales. On en resta pantois. Comment donc, la sécurité de notre Minuscule Freluquet Bibelot était assurée par des pétoires à eau ? On apprit dans le même temps, alors que Sa Complaisante Hauteur venait de prendre son aéroplane pour s’en aller visiter un tyran de ses amis dans la mystérieuse Afrique, que monsieur de GrosBras se trouvait précisément chez ce même tyran deux semaines auparavant et qu’on l’avait vu en grande conversation avec le frère de ce sulfureux despote. Le vieil adage « Barbouzeux un jour, barbouzeux toujours » venait de trouver là une énième et brillante illustration.

La Reine-Qu-on-sort méditait. Elle était conseillée en cela par une de ses grandes amies, celle à qui l’on devait les glamoureuses images du futur couple princier lors de la campagne du Tournoi de la Résidence Royale, celle à qui l’on devait la métamorphose de monsieur de GrosBras, en un mot comme en cent, la Reine-Qu-on-sort prenait conseil auprès d’une sulfureuse magicienne. La chute de son Divin Myrmidon se poursuivait inexorablement dans les carottages d’opinion. On avait beau user de carabistouilles, inverser les chiffres, las, la réalité était là. Sa Splendeur Déchue ne pouvait plus faire d’apparitions publiques et s’offrir ces bains de foule tant prisés. Les déplacements se faisaient désormais en mode furtif. Il fallait agir . La Reine-Qu-on-sort se confia à une de ces gazettes mondaines, de celles qu’on était forcé de feuilleter lorsqu’on attendait pour se faire soigner dans une salle d’attente bondée de scrofuleux et de catarrheux. Elle était horrifiée par les violences ! Non point celles que les gueux subissaient, non ! C’est la vue d’un sac Vuitton lacéré et mis en pièce qui avait bouleversé Notre Bergère Poudrée et l’avait convaincue qu’il lui faudrait bientôt s’adresser au peuple pour l’enjoindre au calme. Cela se ferait dans l’une des Lucarnes Magiques du Service Public de la Propagande.

Les Engiletés, malgré le pilonnage de la propagande sur les Gazettes, ne désemparaient pas. Pire, leur colère se renforçait encore. L’acte VI eut lieu le samedi 22 décembre. De Toulouse à Bordeaux en passant par Marseille, on n’entendit qu’un seul cri dans les rues « La dissolution, c’est la solution ! ». Tous en appelaient à la démission de Notre Sanglant Persécuteur Bienveillant Souverain. Un mannequin à son effigie fut même décapité. Les Engiletés en vinrent aux mains avec les argousins, qu’ils mirent en fuite, non sans que l’un de ceux-ci ne dégaine sa pétoire. Il y eut aussi dans les rues de Paris un gigantesque jeu de cache-cache. A Versailles, où l’on attendait des hordes de gueux, Rantanplan Chien-Policier-de-Sa-Majesté avait fait déployer des troupes de gens d’armes. Mais en vain. Aucun Engileté n’ y pointa le nez. On les retrouva à Montmartre, où l’on fit arrêter leur chef, manu-militari. On le mit aux fers. Tout engileté était désormais considéré comme un ennemi de la StartupNation.

Le réveillon de Noël approchait. La Faction de Notre Divin Enfant publia un opuscule à fins de défense de l’action du gouvernement pendant les agapes. On pressentait déjà que les quelques crédules qui croyaient encore aux promesses de Sa Charitable Générosité, allaient finir la soirée comme un certain Gaulois réfractaire qui s’entêtait à chanter faux. Quant aux autres, aux Très-Riches-Amis, les seuls bénéficiaires de Notre Grand Ruissellement, ils ne se commettaient point avec ceux d’en-bas. On restait dans l’entre-soi. On y ferait couler le champagne à flots. La vie était belle.