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Brève chronique relatant le passage de l’an 20 à l’an 21

Par décret royal, en ce soir de la Saint Sylvestre, le couvre-feu s’imposait à tout le pays et ce dès après les vêpres. Les Riens et les Riennes usèrent de ruses pour se réunir et ripailler comme ils en avaient coutume. Le duc du Dard-Malin avait fait se déployer dans chaque rue des escadrons d’argousins afin de courir sus aux renégats.Le Roy, qui n’avait point souhaité la Noël à Ses sujets, s’invita dans toutes les chaumières par le truchement d’une Lucarne Magique. Dans bien des foyers, on lui ferma la porte au nez. On usa des lucarnes comme des cages des perroquets importuns, en les recouvrant d’une épaisse couverture. Il s’en trouva cependant qui écoutèrent l’allocution, afin de la raconter aux autres pour s’en moquer. Notre Petit Camelot leur assena tout d’abord, l’air creux et faussement pénétré, la lecture de son Catalogue de la Manu-Facture de la Starteupenéchionne, d’où il ressortait que tout durant cette année avait été fait au mieux.Son Hagiographique Suffisance continua ensuite en nommant par leur prénom quelques braves signalés à son attention par ses Conseillers pour s’être pieusement illustrés pendant l’épidémie. Ils furent béatifiés. Après le Catalogue, on était passé aux Riches Heures et à la Vie des Saints.

Puis ce fut l’estocade. La Croisade de la Sainte Vaccine piétinait. Il fallait accélérer l’administration du sérum à tous « ceux qui le souhaitaient », et il serait fortement recommandé de le « souhaiter ». Les renégats et les apostats seraient farouchement poursuivis, ou ils périraient, faute de soins dont on les priverait afin de les punir. C’était là ce que le bon vicomte de Béarn appelait « l’ordre naturel des choses ».Ainsi se finit donc cette an(n)us horribilis, au Royaume du Grand Cul-par-dessus-Tête. Notre Glorieux Pipoteur avait parlé mais tous comprenaient qu’ il en irait de la vaccination comme il en était allé des masques, des alcoolats et des écouvillonages. C’était tout dire.

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Chroniques du règne de Manu Le Petit au temps de la grippe pangoline

Chronique du vingt-huitième jour de décembre, en l’an de grande disgrâce 20

Où il est question de petites poupées, d’indignité et d’une grande Croisade…

On était entré dans les derniers jours de cette annus horribilis. Le Roy – dont la quarantaine n’avait point excédé la septaine – s’était fait transporter avec sa suite, en compagnie de la Reine Qu-On-Sort, dans son palais d’été, au fort de Brigandçon, pour jouir en toute quiétude des doux rayons du soleil, pendant que ses vils sujets subissaient la rigueur de l’hiver qui venait d’arriver. Du temps où il avait dû garder la chambre, Notre Charmant Zéphyr avait scrupuleusement rendu compte en personne de la qualité de ses humeurs bilieuses, de la viscosité de ses crachats et de la consistance de ses selles. De mauvais esprits s’étaient néanmoins laissé aller à supputer que tout ceci n’était afféteries et menteries, que le Roy n’était point malade, mais cherchait à le faire accroire afin de susciter la pitié du peuple, qu’il fallait bien duper. Cette machinerie avait bien pu être fomentée par le Cardinal de Khôl-Air, l’Eminence grise de Sa Pâlichonne Petitesse. Les gazetiers avaient colporté moult bruits de palais. Il se disait qu’en l’absence du Roy, c’était monseigneur de Khôl-Air qui détenait les clés de la Starteupenéchionne.

Notre Divin Enfançon n’avait point sacrifié aux traditionnels vœux de la Nativité. Le Premier Grand Chambellan et le terrible Chevalier d’Alanver, le Chambellan de la MalPortance, avaient pourtant seriné sur tous les tons aux Riens et aux Riennes qu’il fallait « sauver Noël ». Mais il ne se trouva pas grand monde dans le royaume pour regretter l’absence de cette royale bénédiction et l’on put, nonobstant les recommandations drastiques édictées par monsieur le Chevalier, lesquelles étaient parues dans la gazette Le Lutécien, se livrer aux traditionnelles agapes, après s’être échangé quelques menus présents. On trouva dans bon nombre de souliers de petites poupées de son à l’effigie de Sa Très Détestée Suffisance, ainsi que des petites aiguilles.

Durant le temps de sa septaine, le Roy avait fait mander les gazetiers du Rapide, une gazette fort en vue, et les avait abreuvés, autant qu’Il s’était écouté discourir, durant de longues heures, d’une interminable logorrhée, d’où il ressortait que l’enmêmetantisme ne s’était jamais aussi bien porté, et qu’il était fort opportun de réhabiliter monsieur Pétain, ce héros si cher à son cœur, dont la pensée irriguait tant la sienne, ainsi que l’ineffable et si délicieux monsieur Maurras, l’inspirateur des Haineux. Notre Verbeux Visionnaire délivra ainsi moult recettes inspirées de ses saines et roboratives lectures afin de rétablir notre vieux pays gaulois dans la voie de l’ordre. Le royal discours s’était achevé en apothéose sur « le privilège blanc » dont Sa Nauséeuse Incontinence admettait l’existence – on se démarquait ainsi habilement de Madame la ChâtelHaine de Montretout – mais point la portée – ce qui revenait à donner pleinement raison aux Haineux. C’était là encore une brillante illustration du principe de l’enmêmetantisme.

Madame la ChatelHaine de Montretout eût-elle tenu pareils propos sur messieurs Pétain et Maurras que les duchesses et autres barons de la vieille République en eussent conçu quelques vapeurs. On eût crié à l’outrage. Las ! Il se trouva fort peu de monde, hormis du côté de ces maudits Insoumis, pour relever que le Roy parlait très benoîtement et avec force révérence et erreurs historiques de deux personnages honnis dont les actes avaient par le passé conduit notre pays dans l’abîme.

On apprit aussi par d’étranges indiscrétions que le Conseiller de la Mémoire du Roy, un certain Rouget-Minus, avait rencontré la nièce de madame de Montretout, madame de la Peine-Nous-Voici, dans une gargotte -du temps où le Chevalier d’Alanver ne les avait point encore contraintes à la fermeture et donc à la faillite. Monsieur Rouget-Minus se défendit haut et fort d’une quelconque collusion. Il argua d’une saine « curiosité », voulant savoir si madame de la Peine-Nous-Voici « était en résonance avec l’état de l’opinion ». Nul ne se méprit sur le sens des propos emberlificotés de monsieur Rouget-Minus. Du côté du Château, on s’empressa de faire savoir que Sa Sublime Hauteur n’était en rien à l’origine de cette rencontre et que le sieur Rouget-Minus avait agi de son propre chef, lequel n’était pourtant mu que par la plus extrême dévotion au Roy.

La veille de ce vingt huit décembre avait débuté la Grande Croisade de la Sainte-Vaccine, sous les ordres du Chevalier Gode-Froid-Bouillant d’Alanver. La première convertie fut une pauvre vieille Rienne, répondant au doux nom de Mauricette, à qui l’on avait – dans une grotesque et navrante mise en scène- injecté un mystérieux sérum dont on se demandait à quoi il pourrait bien servir, puisqu’il était entendu qu’il ne vous protégeait point d’attraper la grippe pangoline. On avait raconté quelques fadaises à la pauvre Mauricette pour la convaincre de se livrer aux mains d’une nurse, laquelle n’était point gantée et s’adressait à la pauvre vieille en usant de ces mièvreries hélas fort en usage dans ces hospices où l’on entassait vieillards et vieillardes, non point pour les chérir sur leurs derniers vieux jours, mais pour engraisser quelques Très-Riches qui voyaient leurs profits juteusement augmenter, tandis que l’espoir et la joie avaient totalement déserté ces lieux de misayre. La Grande Croisade de la Sainte-Vaccine allait continuer de s’y déployer. Ainsi en avait décidé l’implacable Gode-Froid-Bouillant d’Alanver.

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Chronique du règne de Manu le Petit, au temps de la grippe pangoline

Chronique du quatorzième jour du mois de décembre, en l’an de disgrâce 20

Où il est question de coups bas, de manigances honteuses et de bêtes en tout genre…

Voulant éviter le déshonneur et le bannissement du royaume, le duc du Dard-Malin, Chambellan aux Affaires Domestiques, s’assura le concours de l’implacable Sieur Teutonic pour rentrer en grâces auprès de Sa Tyrannique Altitude . Le Grand Prévôt de la place de Lutèce, alléché dès qu’il était question de pratiques sanguinaires, fut en tout point un allié de poids. Le duc, à qui le Roy avait reproché son inefficacité face aux bandes tout de noir vêtues qui semaient la pagaille et faisaient frémir les bourgeois – même s’il se murmurait dans les gazettes que bon nombre de ces fauteurs de trouble étaient des fils de bourgeois ou pire, des fils de maitres des escholes ! – avait décidé de frapper un grand coup. Le Sieur Teutonic exécuta les ordres du petit duc à la lettre. Les argousins furent plus déchainés que jamais. Ils battirent comme plâtre tout ce qui tombait sous leur bâton : de vieilles Riennes eurent ainsi le crâne ouvert, des enfants furent poursuivis. Ils fondirent sur ces maudits séditieux et arrêtèrent au petit bonheur tous ceux et celles qui avaient le malheur de se trouver sur le chemin. Monsieur du Dard-Malin exultait. Il s’était perché sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur et pérorait d’importance dès que des gueux et des gueuses étaient conduits en geôle. Las ! Il s’avéra que bon nombre d’entre eux – à qui les argousins tentèrent de faire endosser non point des crimes imaginaires mais l’intention de les commettre – n’avaient rien à se reprocher mais ils se retrouvèrent malmenés et grelottants sur la paille pourrie des cachots. Ces maudits tribuns Insoumis se donnèrent rendez-vous pour brailler devant les maréchaussées que c’était là une injustice absolue. Le Chambellan aux Affaires Domestiques dut réfréner ses ardeurs et celles du Sieur Teutonic pour ne point les faire mettre aux arrêts sur le champ et les laisser aux mains de ceux des argousins qui ne connaissaient plus pour tout bréviaire que le catéchisme des Haineux.

Le baron du Cachesex avait fort laborieusement -comme à son accoutumée – livré à la populace les injonctions pour le Deuxième Déconfinement, appelé aussi le Petit Déconfinement, tant les Riens et les Riennes allaient encore se trouver soumis à des lois d’airain. Ainsi les laisser-passer ne seraient plus nécessaires mais le couvre feu empêcherait toute sortie. La Saint-Sylvestre était purement et simplement annulée. On resterait en l’an 20, ainsi en avait décidé le Roy. Les saltimbanques et autres bateleurs de foire, les théâtreux, les adeptes de Messieurs Lumières, les machinistes, les accessoiristes, tout le petit et le grand peuple de la culture, à qui l’on avait fait miroiter une reprise de leurs activités, en furent pour leurs frais. C’était remis aux calendes grecques. Monsieur du Cachesex n’avait même pas pris la peine de les consulter. La baronne du Cachalot, Chambellane en charge de ces Affaires des arts et de l’esprit, avait purement et simplement sombré on ne savait trop où, à moins qu’elle ne fût revenue à sa précédente marotte, qui consistait à pérorer dans les salons d’une Lucarne Magique. Les saltimbanques en étaient réduits à la soupe populaire, mais les faiseurs et les mauvais histrions comme Monsieur du Prout ou monsieur de l’Ane-Ouna continuaient de faire leurs choux gras dans ces salons. On n’exigeait rien de ces courtisans, pourvu qu’ils continuassent à déverser dans les cervelles fatiguées des Riens et des Riennes leur mauvaise bouillie.

On s’interrogeait. Pourquoi tant de dureté envers le monde des arts ? N’était-ce point encore le tropisme néronien de Notre Poudreux Cabotin qui le poussait à tout incendier pour rester le seul chantre de la Startupenéchionne ? Son vil peuple, mis à la diète, serait forcé de reconnaître son immense génie lorsqu’il ne resterait plus que Lui. Quant au baron du Cachesex, il avait tout du troubadour incompris, n’ayant jamais rêvé d’autre que de briller de mille feux aux Comices Agricoles de sa province.

Le Roy s’était pour l’heure fort diverti en recevant fastueusement le Sanguinaire Al Nonnon, le Pharaon de l’Egypte. Les Riens et les Riennes n’eussent jamais ouï dire de cette visite si les Lucarnes Magiques du Nil n’en avaient fait la narration complète. On apprit ainsi que la duchesse de l’Ide-Aligot, voulant complaire à Son Impériale Cachotterie, avait déroulé le tapis rouge de la Ville de Lutèce ; la baronne de la Part-Mollie, Chambellane aux Armées du Roy, avait fait elle-même office de carpette au noble Al Nonnon à sa descente d’aéroplane. Notre Délicat Amphytrion avait décoré son hôte de la plus haute distinction du royaume, ce qui avait fort déplu à un bel esprit italiote, qui, ayant lui-même reçu ce colifichet, l’avait renvoyé illico en signe de vigoureuse protestation. Pendant que Sa Sautillante Légèreté batifolait avec le Sanguinaire Al Nonnon, sous les yeux langoureux de la Reine-Qu-On-Sort, laquelle s’ennuyait à mourir depuis qu’elle ne pouvait plus régaler les gazetiers des derniers potins du Château, un jeune adepte de Messieurs Lumière mourait dans les geôles putrides du royaume de l’Egypte. Son tort était d’avoir moqué dans une modeste cantate Al Nonnon le Terrible. Le Roy, qui avait pourtant la larme facile – on en avait eu des démonstrations récentes – ne commit point la faute de mauvais goût qui eût consisté à ennuyer son hôte en mentionnant devant lui cette peccadille.

Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul Par Dessus Tête. Le duc de Dard-Malin, tout Chambellan aux Affaires Domestiques qu’il était, dut aller s’expliquer devant les juges sur des faveurs d’alcôve contre lesquelles il avait monnayé quelques menus services envers une Rienne, dont il prétendait ses grands dieux qu’elle était consentante, et qu’il n’avait somme toute que fait « son jeune homme ». Sa comparse la marquise de la Courge fit encore enrager son digne père, lequel n’en finissait point de se demander comment il avait pu engendrer une telle pécore.Perchée sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur du matin au soir, notre bonne marquise pérorait haut et fort contre les Insoumis, contre qui elle usait de la rhétorique chère à la ChatelHaine de Montretout, faisait montre d’une ignorance confondante quant à l’Histoire de notre pays, avant de susurrer d’un air égrillard que le gouvernement de Notre Poudreux Polisson, bien qu’il convint d’user de moult précautions pour maintenir à distance les terribles miasmes pangolins, n’empêcherait point «les plans à trois ». On était rassuré.

Las ! La marquise trouva encore à faire parler d’elle en lançant un concours pour lequel il était patent qu’elle n’eût jamais pu s’y illustrer, ou alors pour y montrer l’exemple contraire. L’affaire était simple : la pécore appelait les Riens et les Riennes à nommer parmi eux celles et ceux qui avaient commis de bonnes et nobles actions. On les nommerait « Prodiges du Royaume », on les fêterait, et on les récompenserait d’une obole de cinq cent écus. Un vrai bon Samaritain, un certain Herrus, qui vivait au fond de ses montagnes, et avait eu moult fois eu maille à partir avec la maréchaussée et la justice du royaume pour avoir porté secours à de pauvres hères en détresse, répondit que faire de bonnes actions lui avait pour sa part coûté trente mille écus en frais d’avocat. Vexée tel un pou, la marquise ne répondit point. Elle n’avait rien à répondre, hormis une sottise supplémentaire. En raison de toutes ses brillantes saillies, elle gagna le concours de la plus belle Cruche du royaume et fut la risée des rézosocios.

Il se trouva par bonheur Gracchus Mélenchonus pour mettre un peu d’ordre dans ce capharnaüm. A des gazetiers qui le sommaient de s’expliquer sur les accusations de « mahométo-léninisme » dont l’abreuvaient à la fois la duchesse de l’Ide Aligot et notre bonne marquise, le bouillant tribun – qui semblait s’être assagi- répliqua que c’était là les mots et la rhétorique malsaine des Haineux. « Mais enfin, répliquèrent ces courtisans, Monsieur de la Valse d’Espagne vous traite ainsi également ! « Même bête, même poil » asséna magistralement Gracchus devant les gazetiers médusés.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Petit, au temps de la grippe pangoline.

Chronique du huitième jour du mois de décembre de l’an de disgrâce 20.

Où il est question de filiation, de sédition et de versification…

Le trépas du très vieux et très cacochyme roi Valkiry fut l’occasion pour Notre Petit Ordonnateur des Pompes Funèbres de se livrer à un long et dégoulinant panégyrique, qu’il infligea à Ses Mauvais Sujets en guise de potage. Après avoir exprimé tout le bien qu’Elle pensait de ses illustres prédecesseurs, voilà que Sa Nuageuse Altitude s’avisait que le meilleur d’entre eux était celui qui n’avait régné que sept années, vaincu par le roi Françoué dit Tonton. Voilà que Notre Poudreux Thuriféraire trouvait à Valkiry toutes les vertus. Voilà qu’Il sommait son vil peuple de faire pénitence pour n’avoir point vénéré ce souverain dont il voulait qu’apparussent enfin au grand jour les liens qui les unissaient – n’était-il point son fils putatif né d’une union morganatique avec la baronne de Tâtechair, Lady Iron ? Conçu en secret dans une alcôve, il se murmurait que le marmot avait été confié par la suite à un couple de bourgeois d’Amiens et élevé chez les Bons Pères.

Sa Sélective Amnésie tenait pour quantité négligeable que, sous le règne de Valkiry, on eût raccourci quelques condamnés à mort, sans que la grâce royale ne vint suspendre la machine de monsieur Guillotin – quand bien même le doute était encore permis sur la culpabilité de l’un de ces condamnés -, qu’on eût fait mettre en berne tous les oriflammes du pays quand le vieux Caudillo, lequel tenait le royaume de l’Hispanie dans une main d’acier, fut passé de vie à trépas, lui qui avait ordonné que l’on mît à mort par garrottage quelque temps auparavant des séditieux basques. Le roi Valkiry avait aussi compté parmi ses Chambellans un ancien Prévôt de monsieur Pétain, un certain Pas-Bon du Tout, qui avait trempé tout entier dans la sinistre époque de la Collaboration avec la Germanie de monsieur Hitler, et qui s’était ensuite illustré comme Prévôt de la place de Lutèce. « Pour un coup donné, nous en porterons dix » avait claironné celui dont on se demandait fort s’il n’avait point été le mentor du Sieur Teutonic, envoyant ses troupes courir sus à celles et ceux qui réclamaient l’indépendance de l’Aljazair. Les coups de bâton avaient été légion et pour y échapper, des malheureux s’étaient jetés dans la Seine. L’année qui avait suivi cette sinistre nuit d’octobre, le Sieur Pas-Bon du Tout avait pris pour cible des bolcheviques dont il eût aimé faire de la charpie. Il y parvint pour neuf d’entre eux qui périrent sous les coups de la maréchaussée.

Le roi Valkiry n’avait pas vu malice à ce que ce sanglant Prévôt fût Chambellan à la Cassette.

Le lendemain de la glorieuse réhabilitation de son père naturel, Notre Vibrionnant Zébulon se transporta avec toute sa suite dans le salon d’une Lucarne Magique, laquelle était censée être regardée par la jeunesse du pays. « Sire, il vous faut vous faire aimer à nouveau par ces êtres frais et naïfs, ils vous assureront la victoire au Tournoi» avaient mielleusement susurré les Conseillers. Le Roy ne se fit donc point prier pour se livrer à son autre exercice favori : la Grande Parlotte. Pendant deux interminables heures, il fut question des maux du pays au premier rang desquels figuraient bien sûr ces maudits Insoumis, mais aussi tous ces sinistres séditieux qui n’avaient point d’hémisphère droit dans leurs cervelles, ces gazetiers impertinents qui mettaient leurs vilains nez là où il ne fallait pas, ces zécolos excités de la binette qui allaient partout criant qu’on courait à la catastrophe et qui avaient commis le crime de lèse-majesté en décrochant les portraits de Sa Sublime Perfection. Tout au plus le Roy concéda-t-il qu’il y avait quelques échecs patents, mais aucun ne lui était imputable, c’était la faute de tout le monde.

Le gazetier qui tendait le crachoir à Notre Poudreux Bonimenteur l’interrogea sur sa maréchaussée. Sa Sérénissime Altitude se trouva contrainte, en se frottant frénétiquement les mains -afin de se laver par avance de ses propos, d’avouer qu’il y avait bien de la part de la maréchaussée quelques « violences », prononçant là ce mot honni par Elle-Même pendant la Grande Gileterie, ce mot qui faisait s’étouffer le petit duc du Dard-Malin. Le Roy alla même jusqu’à admettre que certains chez les argousins commettaient une faute en choisissant de ne vérifier que les laisser-passer de ceux qui avaient la malchance d’avoir la peau sombre ou basanée. Pour le coup, ce furent les Guildes d’argousins qui en conçurent de bouillonnantes vapeurs, demandant à leurs affidés de plus pratiquer aucun contrôle.

On était au Royaume du Grand Cul par Dessus Tête. Ce n’était plus le Chambellan aux Affaires Domestiques qui tenait les rênes de la maison Poulaga, mais les Guildes qui rappelaient des temps que l’on avait cru oubliés et remisés. Le Conseil des Chambellans n’était plus en vérité qu’une misérable coquille de noix vide, Notre Verbeux Tyranneau n’écoutant plus que son Conseil de Défense. Monsieur le Chevalier d’Alanver – attendant toujours son titre de baron, qu’il estimait plus que mérité au vu du mal qu’il se donnait afin de faire prendre les vessies pour des lanternes aux Riens et aux Riennes qui rongeaient amèrement leur ire – faisait la pluie et le beau temps, soufflant le chaud et le froid, à moins que ce ne fut l’inverse, on ne savait plus. La petite duchesse de la Gerbée – pour qui tous les manifestants étaient des séditieux sanguinaires- se consacrait corps et âme à la cause de monseigneur le duc de la Blanche Equerre, dont Sa Mesquine Manigance entendait se servir pour faire pied à la baronne de la Patronnesse, afin que cette dernière fût obligée de s’allier à la Faction de la Marche pour garder son fief de l’Ile de Rance. Monsieur le duc du Dard-Malin, flanqué de l’inénarrable madame de la Courge, et alors qu’il était encore empêtré dans son édit, lequel faisait se déverser sur le pavé chaque semaine des Riens et des Riennes fort inquiets, allait devoir remonter à cheval pour défendre un nouvel édit, dont on disait le plus grand mal, tant il était de nature à désigner tous les Mahométans et Mahométanes comme des ennemis du royaume.

Pendant ce temps, le duc de Gazetamère herborisait et versifiait fort laborieusement. Rantanplan s’était découvert une passion secrète pour la poésie nipponne et on le vit à plusieurs reprises gazouiller sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur. La duchesse des Charentaises et du Poitoutou, voulant faire un mot d’esprit, montra le fond de son mépris pour le peuple des campagnes, dont elle s’attira l’ire. Les paysans se sentirent moqués par la comparaison dont usa la duchesse pour parler de la place Beauvau, prétendant qu’au fond des chaumières on ne savait qu’entendre «un beau veau ». Le trait qu’elle voulut décocher contre le Roy alla piteusement se ficher dans son escarpin, faisait rire sous cape Madame la duchesse de l’Ide-Aligot, laquelle entendait bien prendre la place que madame des Charentaises convoitait pour le Tournoi de la Résidence Royale. La bourgmestre de Lutèce était l’exact pendant féminin de Notre Jupitérien Jouvenceau, lorsque quatre années auparavant il avait prétendu représenter le camp du progrès social.

Pour l’heure, le Roy, qui avait donné à entendre lors de Sa Grande Parlotte un tropisme tout néronien, recevait en grande pompe le Pharaon du royaume de l’Egypte, le sanguinaire Al Nonnon.

Ils avaient à discuter de mystérieuses affaires.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Petit au temps de la grippe pangoline

Chronique du deuxième jour du mois de décembre, en l’an de disgrâce 20…

Où il est question de coups bas, de neige interdite et d’une riante perspective…

Les Riens et les Riennes furent très nombreux à battre les pavés des cités du pays pour protester vigoureusement contre l’édit du duc du Dard-Malin, lequel édit avait pour but d’exercer un contrôle généralisé de toute la population du pays, à l’aide de lucarnes scélérates et d’engins volants motorisés munis d’automates qui reconnaîtraient jusqu’au moindre de vos poils et vous mettraient en fiche dans un grand livre que la maréchaussée pourrait désormais compulser à loisir sans que la Justice eût à y donner son autorisation. Les argousins, dont quelques-uns s’étaient, quelques jours auparavant, illustrés de façon fort embarrassante, étaient sur des charbons ardents. Le Grand Prévôt de Lutèce, l’ineffable Sieur Teutonic, s’était adressé à ses hommes dans une missive si ampoulée qu’elle eût pu à elle seule remplacer tous les becs de gaz du pays. Cet homme inflexible leur ordonna d’avoir « la riposte appropriée » – étant naturellement entendu que la populace était l’ennemi auquel il fallait courir sus – et de tenir « la ligne républicaine ». On put voir le soir même combien il avait été entendu. Un jeune émule de Monsieur Niepce, un Syriaque qui avait fui son pays en guerre pour venir trouver asile dans le nôtre, afin d’ y exercer sa passion qui était de montrer au monde par ses saisissantes photographies les effets délétères de la violence, fit les frais avec d’autres malheureux du zèle des argousins. L’un d’eux – alors même qu’il était patent que ce brave ne faisait que son métier, le battit comme plâtre à l’aide de son bâton ferré, lui fracassant le nez et lui brisant l’arcade sourcillère. Le pauvre jeune homme confia qu’il avait un instant cru être revenu dans son pays en guerre, là où il avait naguère failli perdre la vie.

Les argousins récoltèrent aussi ce qu’ils avaient semé. Certains furent pris à partie par des bandes armées, dont on ne savait trop comment ces mêmes argousins les avaient laissé passer, alors même que les quidams inoffensifs étaient fouillés et sévèrement contrôlés. C’était à n’y rien comprendre, à moins que le but ne fût de détourner l’attention : ne fallait-il pas montrer à la majorité silencieuse qui se terrait dans les chaumières par peur des miasmes que les excités qui s’en étaient allés soi-disant défendre la liberté, n’en voulaient en réalité qu’à la vertueuse maréchaussée ?

La veille, Notre Amnésique Trouillard s’était adressé à Ses mauvais sujets par le truchement des rézosociaux pour leur dire tout son effroi et sa honte devant les images de ce brave Rien grandement malmené par des argousins, dont on allait apprendre par la guilde qui les défendait bec et ongles, qu’ils avaient, les malheureux, agi sous l’emprise de la frayeur et de leur odorat délicat, et que le quidam, compte-tenu qu’il avait la face « nouare » avait sûrement beaucoup à se faire reprocher. D’ailleurs, n’avait-on point trouvé quelques miettes d’une substance illicite dans la besace de cet ennemi public ? Les Lucarnes Magiques bruissaient du caquètement incessant de la volaille qui faisait l’opinion. D’aucuns, parmi les Riens et les Riennes, se demandaient toujours, avec des mines effarées, ce qu’il adviendrait du pays si la ChatelHaine de Montretout remportait le Tournoi de la Résidence Royale. A fréquenter les salons des Lucarnes Magiques, on eût pu aisément croire que c’était là chose faite tant les idées nauséabondes des Haineux s’étaient répandues telles les miasmes de la peste noire et avaient prospéré, gangrenant les cervelles. Monsieur du Prout, ce faux gazetier, en était sévèrement atteint, de même que le très bilieux Monsieur de la Zizanie.

Las pour ces argousins, Sa Vertueuse Blancheur ne l’entendit point ainsi, Elle exigeait que Ses Chambellans ravaudassent sur le champ le torchon brûlé entre le peuple et la maréchaussée, et qu’on fût intraitable Mais on comprit fort aisément que ce qui chagrinait par dessus tout le Roy, c’était encore et toujours les images ! Le lendemain, ce furent celles des pauvres argousins à moitié lynchés par des quidams tout de noir vêtus qui excita son ire. Il en oublia illico les mots sévères qu’il avait eu la veille . « La Startupenéchionne est un pays d’ordre et de liberté, pas de violence gratuite et d’arbitraire » fut-il royalement clamé depuis le Château sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur. Laquelle des personnalités de Notre Multiple Bonimenteur fallait-il croire ?

La maladie du vire-vire qui avait contraint ce pauvre baron du Cachesex à s’aliter semblait donc avoir atteint Sa Nuageuse Altitude. Le Premier Grand Chambellan, qui avait encore le tournis, fut convoqué au Château, ainsi que le duc de Gazetamère, subitement revenu en grâce. Le Roy chargea – à la grande satisfaction de son fidèle Rantanplan – le duc du Dard-Malin de tous les maux nés de cette maudite loi, laquelle allait bientôt se transformer en édit. Il fallait escamoter au plus vite ce fâcheux article vingt-quatre dont le seul et unique responsable était tout trouvé : le malheureux Chambellan aux Affaires Domestiques, monseigneur le duc du Dard-Malin. Notre Poudreux Amnésique avait oublié deux petits détails : en premier lieu que Ses Dévôts venaient d’approuver la dite loi – quoiqu’il y en eût quelques récalcitrants, on avait été bien aise de trouver les voix des Raits Publicains et des Haineux – et qu’il revenait maintenant à la Chambre Haute d’en décider, et en deuxième que c’était au Château que cet article avait été écrit par Son Altesse Elle-même sous la dictée des guildes d’argousins qu’on avait reçu en grand secret …

Le duc du Dard-Malin rentra fort marri dans son hôtel, remâchant son ire en même temps qu’il digérait son chapeau, tandis que Rantanplan, fier comme un pou, plastronnait. Les Dévôts se mirent aussitôt à plat-ventre face à terre devant le Roy et assurèrent les gazetiers que les plumes couraient déjà sur le vélin pour réécrire cet embarrassant article. Nul ne songea à prévenir les vieilles badernes de la Chambre Haute, on les avait purement et simplement oubliées, Sa Tyrannique Mesquinerie n’ayant dans cette assemblée aucun partisan.

Le Premier Grand Chambellan était quant à lui fort occupé à rédiger un nouvel édit qui interdirait aux Riens et aux Riennes de désobéir aux ordres royaux. L’hiver arrivait, la neige tombait déjà en quantité mais les Conseillers avaient suggéré au Roy qu’il était folie de permettre aux Riens et aux Riennes d’aller au grand air. S’entasser à des centaines dans les charrettes communes était à l’inverse tout à fait inoffensif, les miasmes étant claustrophobes et préférant les grands espaces ensoleillés. Mais l’on s’avisa que certains récalcitrants pussent concevoir la mauvaise idée de franchir les frontières pour gagner l’Helvétie où ne régnait point la frénésie bureaucratique, laquelle était la mamelle du Conseil de Défense. Le baron du Cachesex prévint : on n’hésiterait pas à engeôler les contrevenants. D’aucuns risquèrent cette question : comment les argousins sauraient-ils si vous reveniez d’être allé embrasser – bien que cela fût aussi tout à fait prohibé – votre grand’tante ou si vous aviez enfreint la loi en allant glisser sur des planches sur la poudreuse ? Revenir du royaume de l’Italie ou de l’Helvétie consisterait en soi une preuve de désobéissance. On était prévenu. Du reste, les sorties nocturnes seraient strictement interdites, le couvre-feu devant à nouveau entrer en vigueur dès les Ides de décembre.

Ce fut le moment que choisit le vieux roi Valkiry pour trépasser. Il avait coûté en entretien après-règne une fortune aux Riens et aux Riennes. Il n’y avait plus qu’à espérer que Niko dit les Casseroles, qui avait pour l’heure à subir chaque jour le grand mal de se retrouver face à ces magistrats qu’il haïssait afin de répondre de malversations et de méfaits, fût reconnu coupable et allât par bonheur goûter la paille humide des cachots, et que Françoué dit le Scoutère fût victime de l’ire d’un mari jaloux pour n’avoir plus comme perspective que celle d’entretenir Notre Effervescent Bibelot lorsqu’il chuterait au prochain Tournoi. Mieux valait le payer à se pavaner inutilement que de lui permettre de remonter sur le trône, tant son règne s’avérait calamiteux, sauf pour les Très-Riches, qui ne l’avaient jamais autant été.

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Chroniques du règne de Manu Le Petit, au temps de la grippe pangoline.

Chronique du huitième jour du mois de novembre de l’an de disgrâce 20

Où il est question de supputations en tout genre, d’une fracassante nouvelle…sans oublier la dinde…

Au Château, c’était la consternation. Le Roy était grandement éploré. On le disait au plus mal, suffoquant et ergotant sans cesse « Que vais-je devenir ? Que vais-je devenir ? » Quelle était donc cette si fâcheuse nouvelle qui obscurcissait le ciel serein de Notre Ethéré Jouvenceau ?

Etait-ce le fait de devoir supporter Ses sujets récalcitrants, ces mauvais bougres qui obéissaient si mal à son nouvel Édit, par lequel Il imposait sur tout le territoire le Deuxième Grand Confinement, qu’on appelait aussi la Grande Passoire ?

Etait-ce les colères de Son favori, l’atrabilaire Chevalier d’Alanver, qui avait si généreusement postillonné sur les représentants du peuple à la Chambre Basse, les sommant de quitter ces lieux s’ils n’obtempéraient point à ses ordres de voter comme on leur en avait intimé l’ordre ?

N’était-ce point plutôt le fait d’être devenu la tête de turc du Pacha de l’Empire Ottoman, Herr Dogan, lequel ne manquait désormais plus aucune occasion pour dire tout le mal qu’il pensait de la santé mentale de Notre Poudreux Matamore ? Un autre fanatique mahométan avait encore une fois perpétré chez nous trois odieux assassinats, dans la bonne ville de Nice. Comme le baron de La Fesse Transie, le bourgmestre de cette citée endeuillée, avait illico endossé l’habit des Croisés, rejoint par l’ineffable petit duc de la Schiotte, le Roy avait cru bon d’en faire autant. Herr Dogan, qui en avait déjà après Sa Vertueuse Verbosité au sujet de la guerre dans la lointaine Syrie, l’avait poursuivi de son ire, l’accusant de vouloir en finir avec tous les Mahométans de la terre dont il se croyait le chef.

Ne fallait-il point au contraire aller chercher du côté du Savant de Marseille, que Notre Doucereux Hypocrite, selon quelques indiscrétions, continuait de consulter, alors même que le Chevalier d’Alanver avait juré de faire rendre gorge à cet impudent, qui prétendait encore et toujours soigner la grippe pangoline avec des potions de quatre sous, quand on faisait tout ce que l’on pouvait pour qu’il en mourût beaucoup parmi les Riens et les Riennes, afin de présenter l’antidote miracle qui se concoctait dans les laboratoires secrets de la maison Bique-Farma, et qu’on vendrait à prix d’or ?

Mais n’était-ce pas en réalité les perspectives apocalyptiques qu’agitait frénétiquement monsieur du Défraichis, qui présidait au Conseil des Savants, rejoint en cela par ses pairs, tous ou presque adeptes de Monsieur Diafoirus, perspectives selon lesquelles les Riens et les Riennes devaient se préparer à passer les fêtes de fin d’année confinés au logis, dûment masqués, même pour cajoler les bambins – dont moult médicastres affirmaient que cela n’affecterait en rien le développement de leurs personnalités – , en tremblant à l’arrivée de la Troisième Vague ? Pour mater la révolte, si révolte il y avait, il suffirait que le Sieur Teutonic exerçât sa poigne de fer dans tout le pays, comme il le faisait pour la bonne ville de Lutèce.

Notre Tyrannique Bibelot n’écoutait du reste plus guère son Conseil des Savants. Il lui préférait grandement son Conseil de Défense, lequel était devenu le véritable gouvernement du pays. La vieille République était morte et enterrée. Les membres du Conseil de Défense réunis en grand secret chaque mercredi autour du Roy n’avaient de compte à rendre à personne, hormis à Sa Divine Omnipotence. On ne savait ce qu’il s’y disait, puisque chacun y était tenu au silence le plus absolu. Le Premier Grand Chambellan, le baron du Cachesex en était, bien entendu, ainsi que les favoris, le Chevalier d’Alanver et le duc du Dard-Malin. Le Roy s’était aussi entouré d’un général et de hauts fonctionnaires. La seule femme de l’aréopage était madame la baronne de la Part-Mollie, en sa qualité de Chambellane aux Armées. Nul médicastre, hormis l’atrabilaire Chevalier, dont on se demandait toujours où il avait fait sa médecine, nul savant, hormis l’ineffable baron du Cachesex, dont les connaissances en matière de Comices Agricoles faisaient toujours merveille. Si ce n’était contre les miasmes pangolins, contre qui doncques ce Conseil se défendait-il ?

Le tribun Gracchus Mélenchonnus avait tonné contre l’irresponsabilité de ce comité, qui méprisait le peuple souverain. Le bouillant tribun continuait de croire qu’il y avait encore, quelque part gisant sous les décombres fumants de la vieille République, le corps mutilé de Marianne. Las ! Il était bien le seul. Du côté de la droite de la Chambre Basse, le baron du Tranbert haussa quelque peu le ton, mais point trop n’en fallait. Monsieur le duc de la Jade d’Eau protesta lui aussi fort mollement. Le Roy l’eût-il convié en raison de ses immenses qualités que notre duc eût sauté de joie à l’idée d’en être.

A moins que ce ne fût monseigneur de la Blanche-Equerre – dont il se disait qu’il était devenu l’hémisphère extrême droit de la cervelle du Roy- , qui ne désespérât ce dernier au point de lui faire douter de la réussite de leur entreprise ? Non content d’avoir réduit les prétentions de ces fainéants de maitres des escholes, le duc avait tenté de les museler afin qu’ils ne rendissent qu’un hommage des plus discrets – ou pas d’hommage du tout – à leur pair tombé sous les coups du fanatique. Mais voilà que les maitres craignaient de subir de front l’attaque des miasmes pangolins, ils réclamaient à cor et à cris des aménagements. Monseigneur le duc leur répondait invariablement « Protocole ! Protocole ! Protocole vous dis-je ! ». Exaspérées, mais continuant tout uniment de parlementer avec les gens du duc et le duc lui même, leurs guildes de défense les enjoignirent à se croiser les bras en signe de protestation. On arrêta pour cela la date du dix du mois de novembre.

Tous ces désagréments chagrinaient peu ou prou le Roy, mais là n’était point la raison de son désarroi. Il fallait en chercher la cause de l’autre côté de l’océan, dans le royaume des Amériques. Sir Donald, son grand ami, son mentor, son maitre, sir Donald le Magnifique venait d’être déchu ! Au terme d’un interminable Tournoi auquel nul ne comprenait goutte, la terrible nouvelle venait de tomber : le nouvel empereur de l’Amérique Septentrionale était le baron Du Bidon. Notre Minuscule Caniche en était tout retourné. Il ne connaissait rien des us et coutumes de Sir Joe, comme il faudrait l’appeler. C’était un quasi-vieillard, et c’était une bonne nouvelle. Il avait de surcroît ravi les beaux esprits de la Startupnéchionne en se choisissant comme vice-roi une reine, la baronne de l’Harisse, une courtisane des plus sémillantes qui s’était rendue célèbre en divulguant sur une Lucarne Magique sa recette de la dinde pour Thanksgiving.

Ainsi en allait-il au Grand Royaume du Grand Cul Par-Dessus Tête. Confinés et confits dans leurs logements mal aérés, les Riens et les Riennes broyaient du noir et suçotaient amèrement les reliefs de leur maigre volaille, pendant que leur Prince se faisait expliquer par le menu comment rôtir une dinde, ceci afin de complaire à son nouveau mentor, et le recevoir des plus dignement quand on lèverait provisoirement la Grande Passoire.

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Courte chronique du 1er du mois de septembre

Le Sieur Jaifroid de la Face de Pet, obscur gazetier ayant son couvert, son crachoir et son rond de serviette dans tous les salons des Lucarnes Magiques depuis que Notre Cynique Tartuffe lui avait accordé une année auparavant un long entretien, lequel était ensuite paru dans sa gazette répondant au doux nom de « Tares Avariées », ce Sieur de la Face de Pet doncques, enhardi par sa notoriété bien usurpée et l’entregent dont il disposait, produisit un fort médiocre et très puant pamphlet, qu’il camoufla honteusement sous le vocable de « fiction ». Il y prenait pour cible une députée de la Faction des Insoumis, Madame Obonus, que lui et ses semblables, tel le vilain Monsieur Erictus Détritus, honnissaient à cause de la couleur de sa peau. Ce triste et navrant Sieur de la Face de Pet renouait avec une épouvantable tradition qu’on avait hélas vu ressurgir à la faveur de déclarations nauséabondes de nombreux barons et rois, dont le bon Jacquot, et plus près de nous Niko dit les Fadettes, lequel avait tenu dans le royaume du Sénégal un discours des plus rances et des plus navrants. Non content de mettre en scène dans cette honteuse grossièreté Madame Obonus en usant de son prénom, ce triste sire de la Face de Pet la fit représenter sous les traits d’une esclave enchaînée.

La consternation fut générale. On s’empressa de porter soutien à celle qui subissait un outrage des plus odieux. Le Roy en personne, bien qu’il eût pour « Tares Avariées » un penchant des plus avérés décrocha son cornet magique pour susurrer à Madame Obonus son plus amical soutien. Il n’était jusqu’à la Faction des Haineux qui ne se fendît d’une condamnation de la prose puante du Sieur Face de Pet. Ce dernier se défendit lamentablement. Il osa même présenter des excuses. Mais rien n’y fit. Il ne se trouva que Monsieur Erictus Détritus pour lui apporter son soutien. On lui signifia en outre que les salons de la Bonne Fille de son Maître, la Lucarne Magique Officielle de la Starteupenéchionne, se passeraient désormais de ses spirituelles saillies. Quant à Madame Obonus, elle fit savoir fort dignement qu’à travers elle, c’était la vieille République et ses valeurs d’universalisme qui étaient bafouées. Elle n’avait cure des fallacieuses excuses et des navrantes questions des gazetiers. Bon nombre des Riens et des Riennes lui témoignèrent leur sympathie, avec l’espoir qu’elle pût ester en justice et faire condamner ce pitoyable écrivassier pour injures publiques.

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Chroniques du règne de Jupithiers, au temps de la grippe pangoline.

Chronique du vingtième jour du mois d’août de l’an de disgrâce 20

Où il est question de papouilles et de bisouilles, d’ambitions et de vices.

Le fort de Brigand-çon bruissait de mille préparatifs. On attendait Frau Bertha, la Grande Chambellane de la Germanie, ainsi que sa suite de laquais et de conseillers. Notre Sautillant Jouvenceau s’ébaubissait à l’idée de revoir sa très chère amie qu’il pourrait papouiller et bisouiller à loisir. En public, on affecterait de porter le fameux masque, il fallait bien donner l’exemple à ce vil peuple qui, tout en maugréant, finissait par se soumettre. C’était là une passionnante expérience que de rendre obligatoire – en certains lieux seulement, à certaines heures seulement, les uns et les autres définies on ne savait trop par quel Grand Laquais, obéissant à on ne savait trop quelle règle – cette petite barrière de papier, fabriquée par les petites mains de l’Empire du Ciel, et d’observer comment les Riens et les Riennes se surveillaient mutuellement, chacun devenant le gardien des bonnes pratiques de son voisin. Monsieur Bentham n’eût point renié cette mirobolante idée. La Starteupenéchionne devenait un gigantesque panoptique.

Dans la bonne ville de Massalia, où les mœurs s’étaient considérablement relâchées, on dut cependant dépêcher un corps expéditionnaire de reîtres noirs pour y faire régner l’ordre. Peu importait que dans certains quartiers, on y surinait allègrement, on y détroussait les visiteurs, on y réglait ses comptes violemment, ce qu’il convenait de réprimer était l’absence de masque. A bord des charrettes communes, où la promiscuité continuait d’être la règle, les petits bambins s’effaraient à se voir entourés de tous ces visages à demi effacés. Plus de sourires, plus de rires, seuls demeuraient les yeux. On se jaugeait, on se distanciait. Le petit duc de l’Attelle, qui avait tristement succédé à la bonne duchesse de Sitarte, laquelle ne se pouvait égaler, l’avait prévenu : ce n’était point l’amende ni l’argousin qui vous l’assènerait qu’il fallait redouter, mais les miasmes, ces épouvantables miasmes, qui n’attendaient que le moment propice pour vous assaillir et vous faire passer de vie à trépas. « Tremblez, misérables gueux ! » serinait laborieusement, à qui voulait bien l’écouter, monsieur de l’Attelle, prédisant en même temps qu’on pourrait encore accroître l’amende, qui se montait à la coquette somme de cent trente cinq écus.

Le séjour estival de Sa Tapageuse Suffisance s’était donc déroulé sous les meilleurs auspices. Les deux formidables explosions au Pays du Cèdre avaient fourni un intermède des plus bienvenus. Notre Petit Plagiste, dès son retour, avait pu s’adonner à nouveau à son occupation favorite : tel Neptune, il sillonnait les flots sur un engin pétaradant, créant de formidables gerbes d’écume desquelles il sortait tout auréolé, nimbé d’une gloire quelque peu humide, ce qui lui valait quelques âcres admonestations de la Reine-Qu-On-Sort. En effet, Dame Bireguitte, qui suivait son époux à la trace, sur un fringant voilier, n’admettait point que le Roy dégouttât sur le ponton, que des laquais astiquaient frénétiquement afin qu’elle put s’y mirer et vérifier le résultat des travaux de ravalement dont elle venait de faire le très coûteux objet. Recevoir Frau Bertha serait le point d’orgue de cette villégiature, après quoi – non sans s’être à nouveau adonné au plaisir de quelques frasques nautiques- il faudrait s’en revenir à la capitale, où des affaires fort urgentes attendaient Son Infinie Suffisance. Il serait entre autre chose nécessaire de surveiller les ambitions du petit duc du Dard-Malin, lequel ne se sentait plus de joie d’être Grand Chambellan aux Affaires Domestiques. Cet intrigant, afin de couper court à la calomnie que des fâcheuses s’entêtaient à entretenir, avait proféré une petite phrase destinée à clore le bec de ses détractrices : « la victime, c’est moi », avant que de prendre une pose fort avantageuse et des plus martiales pour accompagner des argousins dans une traque de quelque substance illicite, laquelle se commerçait sous le manteau dans tous les quartiers mal famés du pays. Les gens du duc avaient fait mander les gazetiers, afin qu’ils assistassent à l’édification de la geste de leur maître, qui entendait pourfendre en tout lieu les délinquants, leur promettant de leur faire perdre le sommeil. En terme de perte, ce fut l’orgueil démesuré du duc qui s’en trouva quelque peu moqué. Les argousins et leur chien renifleur ne trouvèrent qu’un maigre petit tas de cette substance assassine. Quant aux terribles revendeurs – quelques jeunes Riens qu’on avait fait se masser afin de montrer l’ampleur de l’opération – ils se montrèrent fort coopératifs. On eût dit qu’ils avaient été recrutés comme figurants. Une Rienne fit ensuite son apparition. Elle devait se répandre en déplorations, afin que le duc pût lui donner la réplique, laquelle était la suivante « j’enverrai une missive au bourgmestre de cette ville dès demain ». La scène fut immortalisée et passa dans les Lucarnes Magiques. Quelques mauvais esprits suggérèrent que monseigneur le duc n’avait point demandé de faveurs en échange des bons offices promis et pour cause : l’essentiel de son temps se passerait désormais en visites aux argousins, ceci afin d’honorer sa promesse faite de façon tout à fait inconsidérée : « tant que ce trafic sera là, je ne m’arrêterai pas de faire la tournée des commissariats ». On était rassuré, d’autant plus que le mignon du Roy avait aussi obtenu qu’on taxât désormais d’une forte amende les contrevenants qui s’adonnaient à l’usage du chanvre. Le trésor de la Starteupenéchionne allait s’en trouver considérablement augmenté.

Le duc avait aussi donné un coup fatal à la vieille République – du moins à ce qu’il en restait, quelques oripeaux bien fripés – puisqu’il avait pompeusement déclaré que c’était la maréchaussée, « les forces légitimes de l’ordre », qui faisaient la loi dans le pays. Le Roy, tout en songeant à refréner les ardeurs de son favori, se disait que le temps était venu de supprimer la Chambre Basse, laquelle était autrefois censée être à l’origine de la dite loi. L’inconvénient était qu’en procédant ainsi, il ferait quelques mécontents et mécontentes. On ne pouvait décemment nommer tous les Dévôts et Dévôtes qui faisaient tapisserie dans les antichambres du palais Grands Commissaires des Canevas et des Plans sur la Comète. Pour l’heure, cette éminente charge, jadis sous la férule du Premier Grand Chambellan, venait d’échoir au fort cacochyme et si complaisant duc du Béarn, dont il fallait bien récompenser l’ardeur à lécher les chausses et le fondement. C’était aussi une bien fort commode manière pour Notre Grand Fraisier d’avoir ce fidèle d’entre les fidèles sous la main.

Le baron du Cachesex avait été quelque peu mortifié que le duc n’eût pas à lui rendre compte de ses agissements mais Sa Hauteur Enneigée entendait tout régenter Elle-même et dieu sait combien de temps eussent duré les conciliabules entre le Béarnais et le Gersois, qui n’avaient rien à s’envier l’un l’autre sur la lenteur de leur diction et leur capacité à pontifier à l’infini. Ainsi en allait-il au royaume du Grand Cul-par-dessus-Tête. Bassesse, médiocrité, veulerie, malhonnêteté, forfanterie, mensonge, prévarication, la liste s’allongeait chaque jour des qualités requises pour être remarqué et honoré par Notre Astre Maléfique. Dans le même temps, les partisanes et partisans de madame Halimus, cette grande défenseuse de la cause des Riennes, cette infatigable combattante éprise de justice et d’égalité, avaient rageusement observé qu’à ses funérailles, dans les premiers jours de ce mois d’août, ni le Chambellan aux Balances, le terrible monsieur Du Pont de Morte Ethique, qui avait pourtant été le confrère de Madame Halimus, ni la fort suffisante baronne du Cachalot, Chambellane aux Affaires de l’Esprit, n’avaient déshonoré de leur présence cet instant de recueillement et de ferveur. Le Vice ne pouvait rendre hommage à la Vertu.

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Chroniques du règne de Jupithiers, au temps de la grippe pangoline

Une petite chronique…Chronique du huitième jour du mois d’août de l’an de disgrâce 20

Où il est question de prouesses, d’oublis et de folles perspectives…

Les gazettes furent prolifiques. On ne parla pendant deux jours que de Sa Grande Hablerie et de ses prouesses au pays du Cèdre. Ses thuriféraires avaient oublié que lors de son règne avait éclaté dans son propre pays la Grande Gileterie, qui avait été réprimée de si sanglante façon . Ils avaient oublié les quelques mois qui venaient de s’écouler, pendant lesquels la grippe pangoline avait fait mourir des Riens et des Riennes à qui l’on avait recommandé expressément en cas de frissons de rester au logis, et d’y attendre la dernière extrémité. Ils avaient oublié la mauvaise querelle que le Chevalier d’Alanver, Chambellan de la MalPortance, avait intenté au Savant de Marseille, lequel avait usé d’une fort vieille potion couplée à une autre médecine bien éprouvée pour éviter précisément que les atteints par les miasmes n’en vinssent à suffoquer. Ils avaient tout oublié des trois premières années du règne de ce prince qui était passé maître dans l’art de tancer son peuple et de le vilipender, tout en lui faisant les poches, le priant de ne point s’en plaindre et de le révérer. Ils avaient oublié que lors d’une grande explosion dans la bonne ville de Rouen – due à la présence de matières méphitiques comme à Beyrouth, au pays du Cèdre- Notre Saint Sauveur ne s’était point déplacé, craignant les épouvantables suies qui avaient des jours durant noirci le ciel. Or doncques pendant que le Roy s’en était allé faire son Monsieur de Behachelle au milieu des ruines du port de Beyrouth, une chaleur terrible s’abattit sur notre pays. Le Chevalier d’Alanver était encore, malgré ses grandes prouesses, Chambellan de la MalPortance. Il produisit une ferme recommandation : pour éviter d’avoir chaud, il fallait se mettre au frais. On fut abasourdi devant autant de pertinence et d’intelligence. Les Riens et les Riennes qui avaient sottement pensé s’emmitoufler et rester sous le soleil implacable, en restèrent coits. La grande affaire des masques restait toujours d’actualité. Maintenant qu’on en faisait venir par cargaisons incessantes depuis l’empire du Ciel – où les usines tournaient à plein régime – ils étaient en passe de devenir obligatoires en tout lieu. Les tribuns de la Faction des Insoumis avaient fait valoir que ces masques grèvaient considérablement les pauvres ressources des familles et qu’il eût été bon par conséquent de fournir gracieusement ces petites barrières d’étoffe. Notre Généreux Ruissellement s’ opposa fermement à cette proposition saugrenue. Les Riches ne devaient en aucune manière avoir à débourser un liard pour les Pauvres. Toute la morale de Son Implacable Mesquinerie tenait dans cet aphorisme. On apprit dans le même temps que de la Cassette du Château étaient sortis moult et moult écus à fins de régler les frais de justice de quatorze anciens Grands Laquais dont le Cardinal du Gai-Séant, âme damnée et éminence grise du roi Niko, qui avait trempé dans de fort louches affaires.Peu à peu montait dans tout le pays un climat de peur. Les gazetiers affirmaient théâtralement que les miasmes s’apprêtaient à déferler à nouveau. On les avait vus ici, puis là. Il se disait cependant qu’ils n’avaient en réalité jamais complètement disparu. On fit taire les voix discordantes en les accusant d’être des « complotisses ». Telle accusation était destinée à couper court à toute velléité de rébellion. La jeunesse devenant par trop imprudente – s’exposer à visage découvert était la dernière folie- il convenait de produire des chiffres alarmants. Bon nombre de Bourgmestres rendirent obligatoire le port du masque dans les rues de leurs cités. Au fond de leurs chaumines, les maitres des escholes ruminaient. Monseigneur le duc de la Blanche Equerre avait disait-on préparé un nouveau protocole. On en prit connaissance. Le duc avait été visité en songe par Monsieur de la Palice. Il y était en effet écrit ceci : «la distance entre les élèves n’est plus obligatoire quand elle n’est pas possible ». C’était là chose tout à fait renversante. On imposerait à tous sauf aux plus petits des bambins le port du masque. La rentrée serait donc un grand moment carnavalesque. On s’en réjouissait follement.

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Chroniques du règne de Jupithiers, au temps de la grippe pangoline

Quelques brèves publiées de la plus récente à la plus ancienne…

« Il fallait punir les Massaliotes qui avaient commis deux crimes irréparables : choisir une Jardinière comme Bourgmestresse et aduler le Professeur Klorokine, que l’on appelait aussi le Savant de Marseille ou encore Monsieur House, cet arrogant qui se vantait de traiter les malades de la grippe pangoline à l’aide d’une antique potion dont il fallait dire le plus grand mal si l’on voulait être bien en cour. Les Conseillers du Roy, entraînés par le Chevalier d’Alanver, lequel haïssait le professeur Klorokine, suggérèrent qu’on remît cette ville de renégats et de vauriens sous le régime du Grand Confinement. Madame Rubirolus s’y opposa fermement. Flanquée de la baronne Tine de La Vasse et du Savant Monsieur House, elle fit entendre devant un parterre de gazetiers tout ouïe une parole forte et claire, déplorant que le gouvernement de Notre Petit Démiurge décidât de tout depuis la capitale, au risque de précipiter à la faillite tous les estaminets et les gargottes de la cité. Elle affirma aussi que l’on ne pourrait indéfiniment suppléer aux grands manquements de l’Etat. On crut sur parole Madame Rubirolus. N’était-elle point médicastre elle même ? La bonne ville de Massalia avait désormais son Savant et sa Bonne Maire pour veiller sur elle. »

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 » Le gouvernement de Notre Doucereux Philanthrope rendit obligatoirement payante l’école que Messieurs Ferry et consorts avaient voulue nécessairement gratuite. Les parents des escholiers devraient sur leurs maigres deniers les munir de masques, lesquels étaient devenus, selon le duc de la Blanche Equerre, Grand Chambellan de l’Instruction, des « fournitures » au même titre que les crayons et les trousses. Pour faire taire les protestations, ce fut le baron du Cachesex en personne qui s’en vint dans les salons de la Gazette la Nechionne pontifier sur ce qu’il nomma « la philosophie » de Sa Hauteur Enneigée. Il était inconcevable que l’on pourvût aux besoins de ceux qui n’étaient point des nécessiteux. Quant à ces derniers, il n’en fut jamais question. Ce que l’on ne nommait pas n’existait tout simplement pas. C’était du reste pour cette raison que le Roy avait mandé expressément que l’on parlât en continu de l’épidémie de grippe pangoline. « 

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« Les Riens et les Riennes, sommés par Notre Grand Tout, de porter en toutes occasions la petite barrière de papier ou d’étoffe censée arrêter les miasmes terrifiants, songeaient amèrement à l’époque bénie où l’on se gaussait de Madame de Sitarte, laquelle avait déployé force laborieuses explications pour justifier qu’on n’eût point rendu obligatoire le port de cet accessoire parce qu’on en manquait. A voir comment les unes et les autres usaient maintenant de cette muselière – on la mettait, on l’enlevait en se grattant frénétiquement le nez, on l’enfouissait au fond de la poche, on l’arborait qui au poignet, qui au menton- il apparaissait impitoyablement que la bonne duchesse avait été depuis le début dans la clairvoyance. Les masques ne servaient à rien hormis à vérifier le degré de soumission et à engraisser juteusement les familles du Grand Négoce. »

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 » Les miasmes de la grippe pangoline, qui n’avaient jamais fait leurs bagages, avaient profité de l’été et des retrouvailles familiales pour se trouver de nouveaux hôtes. La chose n’avait rien de surprenant mais le gouvernement de Notre Poudreux Calculateur déclara que la situation était dramatique. Les gazettes firent courir les informations les plus folles. On évoqua le spectre du Grand Confinement. Les masques, ayant longtemps subi l’opprobre des medicastres de salon, lesquels étaient maintenant devenus leurs plus fervents partisans, furent rendus obligatoires par décret dans les bonnes villes de Lutèce et de Massalia. Les grands rassemblements furent proscrits, on en limitait de façon fort drastique la jauge de cinq mille âmes, hormis sur le domaine du marquis Le Joli de la Vile-Raie où se déroulaient depuis le début de l’été de grandes festivités. On y autorisa tout au contraire le dépassement. Le Gouverneur du Roy la fit quasi doubler. Les miasmes circulaient hardiment dans les cours et les jardins du domaine mais on se gardait bien d’y pratiquer le moindre écouvillonage. Le marquis comptait parmi les grands favoris de Sa Fraiseuse Altesse. Nul ne devait lui nuire sous peine de se voir infliger un embastillement en règle.Dans la bonne ville de Massalia, la nouvelle Bourgmestresse, Madame Rubirolus enjoignit la baronne Tine de La Vasse, dont c’était là la prérogative due à sa charge de Présidente de la Métropole, d’augmenter le nombre de carrioles communes, afin que l’on n’eût pas à s’y entasser les uns sur les autres. La baronne, qui n’avait plus toute sa raison depuis sa lourde chute au Tournoi des Bourgmestres, lui répondit fort aigrement que les miasmes ne prenaient jamais les carrioles communes. Le Grand Gouverneur, représentant le Roy, fit savoir à la baronne qu’elle déraisonnait et qu’il lui faudrait sans tarder se purger avec quatre grains d’héllébore. Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul-par-dessus-Tête, en ce seizième jour du mois d’août. »

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La petite marquise de Pompaguili, Grande Jardinière de la Starteupenéchionne, avala ses premières couleuvres. Ayant de façon fort inconsidérée voulu faire interdire un poison qui tuait les abeilles, elle se trouva incontinent sommée de surseoir à cette décision par Sa Turpide Connivence en personne, Laquelle avait entendu la plainte de ses bons fermiers planteurs de betteraves. La marquise – qui avait été choisie par Notre Poudreux Bibelot pour sa docilité et la grandeur de son gosier -, s’exécuta.

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Pendant que Monsieur de Behachelle, Grand-Duc de la Tartalakreme, félicitait grandement Notre Médiocre Plagiaire de s’être inspiré de sa sublime personne, le Chevalier d’Alanver continuait d’abreuver la populace de ses vertueux préceptes. Comme il était bien connu que les Riens et les Riennes étaient tous de fieffés buveurs de vin et autres spiritueux, et qu’en sus ils étaient illettrés, le Chevalier s’imagina que le conseil «hydratez-vous » serait immédiatement suivi sous forme de libations et autres agapes. Ce bon docteur remporta le prix de la Périssologie en intimant aux vils sujets de Sa Bougeotteuse Altesse de « s’hydrater avec de l’eau » .