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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 30 septembre.

Notre Grand Divin ne décolérait pas. A chaque fois que les astres lui étaient favorables pour enfin obtenir cette reconnaissance planétaire à laquelle il était prédestiné, eu égard à ses immenses atouts, son autorité naturelle, sa brillante prestance, son charme irrésistible, son auguste magnétisme, un événement contraire venait tout gâcher. Sa Multilatérale Petitesse devait être sacrée « champion of the Earth », rien de moins ! Et ce aux Amériques, chez son grand ami Donald le Dingo. Il devait à cette occasion prononcer un discours dont l’Histoire se souviendrait. On l’y prépara. On lui écrivit ces fortes paroles qui devaient à jamais marquer la Terre de leur profonde empreinte. Notre Poudreux Freluquet se passa en boucle les images animées où l’on voyait le bouillant duc de Vile-Pain, un des anciens grands Chambellans du bon roi Jacquot, s’exprimer devant l’Assemblée des Nations, là-même où sa Glorieuse Hauteur allait faire son entrée dans l’Histoire. On oublierait le duc, on ne parlerait plus que de Lui. Les Riens et les Riennes qui s’intéressaient encore un peu à notre Champion des Profondeurs – pour s’en gausser – purent ainsi le voir taper sur son pupitre, s’énerver, faire des trémolos d’une voix qui rappela furieusement celle de ses débuts lors du Tournoi de la Résidence Royale. « Je viens d’un pays qui a fait de mauvaises choses » hurla sa Trémoussante Apocatastase, fidèle à sa manie d’éreinter ses bons à Riens de sujets dès qu’il se trouvait à l’étranger. Notre Mirifique Aquilon s’en prit aussi aux « inégalités sociales », pour les pourfendre vigoureusement, oubliant dans son délire qu’avec l’aide de sa bande, il les organisait méthodiquement depuis dix-huit longs mois dans la Startupnation. Sa Schizophrénique Grandeur se plaça ensuite dans une fausse opposition à son cher Donald. Notre Fanfaron Nabot voulait faire le malin. Il ne réussit qu’à mettre la diplomatie de son Royaume en mauvaise posture. En un mot comme en cent, aux Amériques, son Inconséquente Altesse gesticula.

Pendant ce temps, dans un grand patatras qui décidemment n’en finissait pas, le sieur de GrosBras, le cher garde-du-corps-secrétaire-bagagiste de notre Petit Jupitou, faisait encore parler de lui. Il apparaissait qu’il avait menti sous serment. Une gazette d’opposition révéla un cliché pris pendant la campagne préparatoire au Tournoi de la Résidence Royale. On y voyait monsieur de GrosBras, alors chef de la sécurité de la faction de notre Futur Champion, braquant sa pétoire sur la tempe d’une accorte serveuse, laquelle, tout occupée à tendre à bout de bras son smartruc pour faire un « selfie », ne s’apercevait de rien et faisait un large sourire à l’objectif. Le barbouzeux armé n’était point seul autour de la soubrette, les mines patibulaires d’autres nervis entouraient le frais minois. Or, monsieur de GrosBras n’avait point obtenu de permission pour se balader avec sa pétoire. Il argua pour sa défense que ce cliché était un faux grossier. Un examen approfondi révéla que non. Circonstance aggravante, il se disait que sa Turpide Petitesse avait assité à cette scène. Il savait donc que son barbouzeux préféré enfreignait la loi. On se souvint alors d’un autre cliché, illustrant un article d’une gazette fort en vue, sur la profession de garde du corps. Le bagagiste y posait, arme au poing. Une sénatrice de la commission d’Enquête, qui avait la semaine précédente, mis le sieur de GrosBras sur le gril, avait eu vent de ce cliché, et avait interrogé le trouble nervi. Avait-il le droit de porter un arme ? « Absolument, lui fut-il répondu, pour ce cliché, j’étais à l’étranger où la loi est plus souple sur ces choses-là. ». Après vérification, il s’avéra que le cliché avait été pris dans notre bon pays, dans notre chère capitale. Monsieur de GrosBras avait donc menti. Son avocat jeta l’éponge. Qu’à cela ne tienne. On lui en trouva deux autres, qu’on connaissait pour avoir défendu de grands bandits ainsi que l’ancien roi Nicolas 1er, dit le Nabot.

Cette calamiteuse affaire poursuivait notre Génie des Profondeurs. On le disait de plus en plus isolé . Il n’écoutait plus qu’une poignée de fidèles. Les autres annoncèrent leur départ à venir. C’était là chose inouïe. Ainsi Monsieur de Colon, le Grand Chambellan aux affaires de l’Intérieur, vieillard quasiment cacochyme, fit savoir qu’il rejoindrait sa bonne ville de Lugdunum, sitôt les prochaines élections passées. Il voulait à nouveau briguer le fauteuil de Grand Bourgmestre, d’où il pourrait se mettre à l’abri quand la tourmente viendrait. Car elle viendrait… Ce duc, que l’on avait mis à l’écart à la suite de ses grotesques déclarations sur l’affaire du sieur de GrosBras, se permit même d’égratigner sa Nébuleuse Sublimité. Il prononça cette phrase sibylline : « La malédiction, c’est l’hubris ». Comprenait qui voulait. En attendant son départ, la Chancellerie des affaires de l’Intérieur était placée dans une sorte d’intérim. La maréchaussée s’en inquiétait. Le petit duc de Grive-Eau fit connaître quant à lui son intention de ravir le fauteuil de la duchesse de Paris. On parlait fort du sieur Casse-Ta-Mère pour occuper celui du vieux baron de Marseille, monsieur de Gau-D’Ain. Le Grand Caniche de sa Majesté avait encore du jouer les pompiers à propos de la calamiteuse affaire du sieur de GrosBras. Interrogé sur une gazette parlée sur le cliché où l’on voyait le trouble nervi braquer son pistolet sur la tempe d’une serveuse, Monsieur Casse-Ta-Mère, qui était en la matière un fin connaisseur, parla de « bêtise ». « Tout cela est proche de la bêtise » asséna-t-il. On n’aurait su mieux les mots adéquats. Il remporta le concours des Euphémismes de la semaine.

On apprit aussi dans le même temps que l’encore duc d’Evry, dit Manu-La-Terreur, avait décidé de démissionner de sa charge de député de la Startupnation, pour s’en aller briguer le fauteuil de premier magistrat de la bonne ville de Barcelone. Les Catalans et les Catalanes lui concoctaient une surprise de leur cru.

Et voilà qu’on parlait encore de l’Aquarius ! Cela n’en finirait donc jamais ! Non content de lui avoir gâché ses vacances, voilà que ces gueux d’Africains repêchés par ces fâcheux marins de l’Aquarius venaient à nouveau d’obliger notre Cynique Timonier à dévoiler sa noirceur d’âme. Le bateau faisait encore des ronds dans la Méditerranée, demandant à pouvoir débarquer celles et ceux qui avaient été sauvés de la noyade. Cinquante-huit pauvres hères allaient menacer la sécurité de la Startupnation ! C’était une horde qu’il fallait débouter . Sus à l’ennemi ! Son Intrépide Mesquinerie refusa dans un premier temps, puis accorda à dix-huit de ces malheureux le droit de venir chez nous. L’honneur était sauf. La glorieuse Startupnation pouvait dormir tranquille.

Au Château aussi, on allait enfin pouvoir dormir à nouveau. Le nom du successeur du sieur de GrosBras était connu. Sa Méfiante Altesse avait choisi comme nouveau bagagiste-secrétaire-garde-du-corps-homme-de-mains-et-plus-si-affinités un jeune loup de vingt-cinq printemps, un Vendéen. Cela ne pouvait que faire plaisir au grand ami de notre Vil Paltoquet, le duc de Ville-Iller.

Ainsi en allait-il dans la vieille République, qui ne se décidait pas à mourir tout à fait. Les Insoumis et les Insoumises tempêtaient toujours par la bouche des leurs, dont le bouillant tribun Gracchus Mélenchon, et le jeune Adrien-Le-Rouge, un petit nouveau, député du  Nord, qui avait la langue bien pendue. On apprit que la Faction à la Rose, qui avait donné au pays deux rois, tout deux prénommés François, se cherchait toujours un chef pour mener le tournoi à venir. Le vieux roi François n’était plus de ce monde depuis de longues années, et l’eût-il encore été, qu’il aurait sans nul doute été fort sévère avec ce qui restait de sa faction. L’autre François, dit Françoué-le-Pédalo, refusa tout net. Il préférait courir les foires pour faire la réclame de son ouvrage où il comptait par le menu les petites anecdotes insignifiantes de son règne.

Notre Petit Maitre termina sa glorieuse semaine par les Iles ultramarines. Sa Sévère Suffisance y tança ces bons à Riens de chômeurs. Il était bien connu qu’il n’y avait qu’à traverser la rue pour trouver du travail !

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 19 septembre

Le Sieur de Grosbras, dont on avait si abondamment parlé pendant l’été, et que les partisans de la Faction de sa Nébuleuse Hauteur auraient aimé savoir au fin fond de la Patagonie, le sieur de GrosBras, ce nervi bien-aimé de notre Barbouzeux Suzerain, était de retour. Et quel retour ! La Chambre Haute, là où dormaient les vénérables bedaines de la vieille République, voulait l’entendre, ainsi que ses comparses, sur la folle journée du 1er Mai, au cours de laquelle ces inquiétants sicaires s’étaient livrés aux basses besognes de la Maréchaussée. Monsieur de GrosBras commença par refuser tout net de se rendre à la convocation qui lui avait été notifiée . Comment osait-on le prier de s’expliquer, alors même que la Justice, cette grande juste, l’avait absout ? La Grande Chambellane aux Balances, Madame de Belle-Ou-Bey, lui donna raison. A la Chambre Haute, on commença de trouver le potage fort mauvais. Cette Madame de Belle-Ou-Bey était décidément bien oublieuse des lois et des règles. On se souvenait que, dans sa déclaration de patrimoine, elle avait omis plusieurs centaines de milliers d’écus sonnants et trébuchants. Les Vénérables Bedaines, par la voix de celui qui présidait la Commission des Lois, tancèrent le prétentieux sicaire. La réplique ne se fit point attendre. Monsieur de GrosBras – Notre Poudreux Tyranneau songeait à le faire Grand Connétable de la StartupNation- eut les honneurs d’une gazette parlée. Il fit savoir fort pompeusement qu’il se rendrait « contraint » à cette odieuse convocation à s’expliquer. On l’avait menacé, d’une manière directe. Le prétentieux sicaire fustigea les vénérables sénateurs : il n’avait aucun respect pour ces « petits marquis » . Le Sieur Casse-Ta-Mère, le Grand Caniche de sa Trébuchante Petitesse, vola au secours du trouble nervi. Il accusa tout bonnement les vieilles bedaines d’être une menace pour la StartupNation, et de vouloir rien de moins que la destitution de notre bien-adoré Suzerain. Ce fut jusqu’à notre Grand Suprême qui protesta Lui-Même auprès du président de la Chambre Haute pour dénoncer « un déséquilibre institutionnel ». De mémoir de vieux républicain, on n’avait jamais vu cela … Le petit duc de Grivot, qui se trouvait toujours à portée d’un seau, ou d’une bouche d’eau, pérora qu’il eût fallu qu’ « un député de la faction de la StartupNation présidât la commission des lois du Sénat ». On avait oublié d’expliquer à ce jeune et vibrant pompier la différence entre les deux Chambres. Qu’importait ! La fougue de ce jeune duc, son indécrottable assurance en toutes occasions, son indéfectible amour pour sa Vibrante Ivresse des Profondeurs, le poussait toujours plus haut dans son zèle à défendre son Très-Cher Souverain. Sur une gazette parlée, il claironna ces fortes paroles : « partout à travers le pays, nos concitoyens constatent et plébiscitent nos actions. Les sujets de la Startup Nation ont à nouveau confiance en l’avenir, il s’est installé une espèce de relation passionnelle entre son Immense Altitude et ses sujets ».

On ne savait d’où le petit duc de Grivot sortait cette vision idyllique, mais elle correspondait fort peu à la réalité. On en eut un aperçu lors des traditionnelles Journées du Patrimoine, journées pendant lesquelles les Riens et les Riennes étaient conviés à venir admirer les ors de la vieille République, en passe d’être ripolinés aux couleurs de notre Grand Startupeur. C’est ainsi que quelques-uns et quelques-unes des sujets de sa Cireuse Majesté se mirent en tête d’aller arpenter les jardins du Château. Quelle aubaine pour notre Pipolesque Maitre qui allait ainsi pouvoir s’offrir un des ces bains de foule, cousus pour lui sur mesure par ses conseillers, ceci afin de faire voir au monde entier la jeunesse sautillante et le sourire ultrabritesque de sa Tourbillonnante Splendeur. Un Rien osa interpeller notre Divin Monarc : il était horticulteur et il ne trouvait point à s’employer. La réponse fut cinglante. Notre Grand-Conseiller-en-Chef fit comprendre à l’impudent qu’il n’était qu’un fainéant de plus, et qu’il suffisait de « traverser la rue » pour trouver à s’employer dans un café, une hostellerie ou que sais-je encore…Peu importait que le brave Rien eût fait auparavant des études pour être jardinier. Sa Méprisante Bassesse, au lieu de proposer à ce jeune homme de venir s’occuper des pelouses du Château, le renvoya sans autre forme de procès à sa triste condition de tâcheron. Tout était si simple dans l’esprit de notre Efficace DRH. La gazette la plus en vue dans le cirage-des-chausses de sa Petite Hauteur retrouva le jeune jardinier. Celui-ci expliqua sagement qu’il s’était senti fort méprisé et maltraité par notre Brutal Potentat, que des petits boulots et des tâches ingrates, il n’avait fait que cela. Il avait à peine vingt-cinq ans. Il voulait juste vivre dignement.

Est-ce tous ces Riens et ces Riennes qui se précipitèrent dans la toute nouvelle échoppe qui venait d’ouvrir au Château, échoppe où l’on proposait, à des prix édifiants, des objets à la gloire de notre Mirifique Freluquet ? Le sieur de GrosBras, de retour dans l’arène des gazettes, confia que c’était lui qui devait superviser cette activité marchande, destinée, selon le discours officiel, à amasser des écus sonnants pour rénover le Château. Lequel Château était la propriété de la vieille République à qui en incombait donc l’entretien, via les taxes et les impôts que l’on soutirait sans coup férir aux Riens et aux Riennes, en oubliant généreusement les importants qui savaient comment y échapper. On allait donc faire payer deux fois l’entretien de la Royale Demeure à ces imbéciles…

A la Chambre Basse, on avait un nouveau président : le duc de Ferre-An, lequel était pourtant empêtré dans de troubles magouilles financières qui avaient contribué à enrichir considérablement son épouse. On avait tenté d’enterrer cette vilaine affaire, on y était presque parvenu, mais voilà que des fâcheux chasseurs de corruption avaient porté plainte à leur tour. Monsieur de Ferre-An pouvait cependant dormir tranquille : avant que l’affaire ne fût à nouveau jugée, il s’écoulerait du temps. La Justice, cette grande injuste, avait ses lenteurs. Et le prétentieux duc put ainsi claironner que, s’il avérait qu’il fût mis en examen, il ne démissionnerait pas ! Ce fut avec la même fatuité qu’il affirma ne point être « le chouchou » de notre Petit Parrain, puis au sortir de sa victorieuse élection, alors que les gazetiers faisaient justement remarquer que cette charge, fort en vue, n’avait encore jamais été occupée par une femme, qu’il s’excusa « de n’être point être une dame ». Madame de La Pompe, une ancienne proche de l’ancien Grand Jardinier, en conçut un grand dépit. Elle se serait bien vue sur le Perchoir de la Chambre Haute. Quant à la marquise de Pivert, elle avait été sèchement remerciée pour son grand zèle à clore les travaux de la Commission des Lois qui avait tenté de lever le voile sur la trouble affaire du sieur de GrosBras.

La Reine-Qu-on-sort avait ses occupations. Elle ne jouait point à la bergère, mais s’en était allée minauder dans une lucarne magique, pour jouer son propre rôle, dans un feuilleton de propagande. Il s’agissait de mettre en scène d’une façon qui se voulait drôle et légère des personnes souffrant de handicaps et de claironner tout ce que le gouvernement du Divin Epoux de la Reine-Qu-on-sort avait mis en œuvre pour ces pauvres gens. Le résultat fut grotesque et humiliant, pour ces derniers, mais aussi – et c’était là chose fort peu grave en comparaison – pour la Reine-Qu-on-sort. On la vit arriver, juchée sur ses hauts talons, dans un tailleur bleu ciel – celui-là même qu’elle portait le jour de l’intronisation de notre Glorieux Suzerain – puis déposer nonchalamment son réticule dans les bras du valet de pied. Le reste fut du même acabit. C’en était navrant.

La Grande Chambellane à la Santé, la marquise de la Buse, avait dans ses prérogatives la mission d’assurer la promotion du Plan Pauvreté que sa Grande Générosité avait enfin dévoilé. Il s’agissait selon cette fidèle d’entre les fidèles de « redonner de l’espoir ». Quand on examinait ces mesures annoncées dans une surenchère de bonnes intentions – les gazetiers s’étaient fort complaisamment prêtés au jeu en louant la nouveauté renversante de ce plan – on s’apercevait qu’il allait rendre encore plus pauvres celles et ceux qui n’avaient déjà pas grand chose, et qu’il serait financé en prenant dans la poche des autres à qui il restait à peine plus. Les importants, ceux que notre Impitoyable Pourfendeur aimait à choyer, continueraient de se remplir les poches avec de l’argent magique. Lors d’une séance de questions à la Chambre Basse, la Chambellane fut interpellée par un tribun des Insoumis. Cet impertinent osa dénoncer l’injustice de ces nouvelles mesures qui selon lui n’étaient pas prêtes de faire disparaître la pauvreté. Madame de la Buse, du haut de sa morgue, l’accusa en ces termes : « Effectivement, vous n’avez aucun intérêt à ce que nous arrivions à résorber la pauvreté dans ce pays, car vous en vivez, vous vous en nourrissez ». Ces propos étaient pour le moins insultants pour le tribun, qui, avant d’avoir été élu député, vivait chichement d’une petite allocation qui l’avait empêché de sombrer dans la pauvreté la plus totale, à l’instar de millions d’autres Riens et Riennes qui n’avaient plus que ce moyen, non pour vivre, mais pour survivre. L’Insoumis dénonça le mépris de cette riche marquise. Il réclama des excuses. Il les obtint.

Le sieur de GrosBras fut entendu par les Vénérables Bedaines. Il n’avait jamais été garde du corps de notre Pétochard Roitelet. Au Château, on ne lui avait attribué que des taches administratives. Il n’était donc qu’un simple secrétaire. Certes, il était armé, mais c’était pour sa sécurité personnelle. Certes, il avait ses entrées à la Chambre Basse, mais c’était là simple caprice de sa part pour aller lire quelques ouvrages à la bibliothèque, ou faire quelques moulinets dans la salle de gymnastique. Personne ne lui posa de questions sur le mystérieux coffre-fort, sur lequel la Justice avait renoncé à en savoir davantage. Le mystère restait entier. Un commissaire de la Haute Maréchaussée avait pourtant affirmé lors d’une audition que ce que voulait le sieur de GrosBras valait demande de sa Royale Altesse. « Il peut aller où il veut. Sur un service d’ordre, c’est lui que notre Grand Monarc appelle, et non les officiers de son service de protection ». Dans la StartupNation, les fonctions de secrétaire étaient des plus variées.

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Chroniques du règne de Manu 1er Le Turpide.

Chronique du 2 au 9 septembre

Habemus Horticolam ….Ce fut finalement au présidenticule de l’Assemblée Nationale, le petit marquis De Rue-Git, qu’ échurent les râteaux et les binettes. Ce petit personnage était, aux dires de chacun et chacune qui l’avaient cotôyé, un grand ambitieux. Il se disait aussi qu’il avait le gosier bien assez large pour avaler force couleuvres et même des boas constrictors. On ne sut pour quelle raison monsieur de Conbandit refusa ce poste. Sans doute la réputation sulfureuse de ce joueur de flûtiau avait-elle quelque peu urtiqué les épidermes fort sensibles des nouveaux amis de sa Très Haute Piété, et parmi ceux-ci le Duc de Vendée, le sieur De Ville-Iller, gardien de la morale catholique, qui disait une chose mais laissait faisait tout le contraire dans le silence étouffé de sa famille. Sans doute aussi notre Croquignolet Comploteur pensait-il à monsieur de Conbandit pour mener bataille sous ses couleurs pour le prochain Tournoi qui aurait lieu au printemps de l’année suivante. On commençait en effet à se mettre en ordre de bataille et à fourbir les équipements. A Marseille, les Insoumis et les Insoumises avaient été mis en selle par le discours de Gracchus Melenchon qui avait appelé les Riens et les Riennes, croulant sous la gabelle et les taxes diverses qui ne cessaient de grimper tandis que les salaires stagnaient quand ils ne diminuaient pas, à « mettre la raclée » à sa Détresse des Profondeurs, lequel ne sortait pas grandi de son fol été, bien que les carottages d’opinion le donnassent invariablement à la même hauteur, malgré les baisses enregistrées. Notre Pourfendeur des Minima Sociaux sonna aussitôt le rappel de ses troupes afin qu’elles courussent sus à l’ennemi ! Monsieur de Ferre-And, un des ces mafieux bretons dont aimait à s’entourer sa Perfide Petitesse, tonna qu’il faudrait choisir entre l’Europe de notre Monarc, et celle du Condotierre Salviani. C’était oublier fort commodément que ce dernier avait pris comme modèle la politique de notre Grand Premier en matière de non-accueil des gueux et gueuses qui polluaient la Méditerranée – ce qui n’avait point empêché notre Trépidant Sportif d’aller y faire du jet-ski, qui plus est dans une zone interdite . Le Grand-Caniche de sa Majesté, le sieur Casse-Ta-Mère, accusa Gracchus Mélenchon d’être un fieffé nationaliste. C’était oublier fort commodément – monsieur Casse-Ta-Mère avait pourtant appartenu à la même faction que celle de monsieur Melenchonus, laquelle faction n’était rien de moins que l’héritière de l’Internationale Ouvrière – l’existence du préfixe « inter ». Les réunions des Insoumises et des Insoumis se terminaient invariablement sur le chant de la République, la Marseillaise, et sur l’Internationale, ce vigoureux appel à renverser les tyrans et à abattre les frontières. C’était oublier surtout l’éclairant message que notre Poudreux Tyranneau venait de cuicuiter pour marquer son retour de vacances. «L’identité profonde des peuples est revenue, et c’est au fond une bonne chose », avait martelé sa Suffisante Hauteur – lui à qui ce mot de « peuple » donnait une furieuse envie de se laver les mains -, manière de faire un délicat appel du pied aux partisans de la marquise de Montretout, laquelle se débattait toujours dans des ennuis financiers. Chez ceux qui trouvaient la marquise trop tiède, on buvait aussi du petit lait.

La marquise de l’Oiseau, la Chambellane aux Affaires européennes, celle qui avait eu ces mots « shopping de l’asile » à propos des pauvres hères qui se noyaient dans la Méditerranée, accusa aussi le parti des Insoumis d’être un parti nationaliste. Dans la faction de notre Facétieux Freluquet, quand on tenait un os, on le rongeait jusqu’à la moelle. On abusait jusqu’à l’absurde des « éléments de langage » qui avaient été dispensés par les grands communicants du service de la Propagande.

Du côté des Gazetiers-nourris-aux-croquettes, on se remettait aussi en ordre de marche. Il ne fallait pas mordre la main de qui vous accordait des grâces. Tel ce monsieur d’Happe-A-Tit, que l’on entendait pérorer aux heures de grande écoute sur une Gazette Parlée. Il vouait une haine féroce à Gracchus Melenchon et ne perdait pas une occasion de déverser cette haine. La nomination de monsieur de Baisson, l’hagiographe de notre Saint Suzerain, comme consul de la StartupNation aux Amériques, dans le pays de Donald Dingo, laquelle nomination faisait tousser dans les milieux diplomatiques, fournit à ce zélé courtisan une occasion de cirer les chausses et les bas de soie de sa Grandiose Immensité : oui, c’était certes là une récompense, reconnut ce lécheur patenté, mais qu’il était beau de reconnaitre que notre Grand Innovateur avait innové et qu’il avait bien fait… Cependant, un autre de ces gazetiers qui faisaient la pluie et le beau temps, qui tricotaient et détricotaient l’opinion, trouva pour sa part opportun de tonner …contre notre Intouchable Phénix. C’était monsieur de Bourde-Ain. Il s’agissait de l’affaire de la succession du petit marquis de Ruge-Git au perchoir de l’Assemblée Nationale. La présidente de la Commission des Lois, la marquise de Pivert, qui avait su être la zélée fossoyeuse de l’affaire du sieur de GrosBras – lequel avait sombré dans l’oubli, ou presque- se porta candidate. Elle était femme, et il était temps qu’une femme occupât ce poste fort envié. Las ! Quelques heures après cette courageuse offensive, la marquise battit en piteuse retraite. Elle expliqua bravement, que non, non et non, elle n’avait subi aucune pression. Qu’allait-t-on imaginer là ? Elle avait compris – la pauvrette – que monsieur de Ferre-An, ce baron mafieux, du cercle des intimes de sa Grande Noirceur, présentait le même programme qu’elle, et qu’elle ne voyait pas la pertinence dans ce cas de maintenir sa candidature … On lui promit un hochet de consolation : elle remplacerait le baron de Ferre-An comme présidente de la troupe des automates-députés et députées de la faction de notre Généreux Pharaon. Monsieur de Bourde-Ain mit en pièces la marquise avant de s’en prendre à sa Phallocratique Altesse : « c’est une honte pour le Monarc de la Startupnation » éructa-t-il.

La semaine s’acheva pour notre Grand Voyageur par une visite dans la bonne ville de Massalia. Il allait y rencontrer la Chancelière de nos voisins les Germains, Frau Angela. L’arrivée de sa Trépidante Modicité, d’abord en aéroplane à quelques lieues de Massalia, puis en carrosse lancé à toute allure sur l’autoroute fermée pour cette princière virée, occasionna moult embouteillages et crises de nerfs dans cette ville déjà bien engorgée. Gracchus Melenchon – qui était le député des quartiers du centre de la ville – réunit ses troupes devant la Méditerranée, afin de souhaiter la bienvenue à notre Bien-Détesté Monarc. Les gazetiers lui posèrent bien entendu une myriade de questions sur sa présence. Monsieur Melenchonus rappela combien sa Soi-Disant Hauteur n’était en fait que le petit Copiste de Frau Angela et de la toute-puissante Commission Européenne. A ce prince qui osait le traiter de « xénophobe », le tribun rappela que c’était lui et son préposé aux basses œuvres, le Grand Chambellan monsieur de Colon, qui avaient innové en Europe avec une loi scélérate, laquelle condamnait encore plus de ces malheureux, obligés de fuir des pays en guerre ou réduits à la misère par des politiques injustes, à se noyer dans ce cimetière qu’était devenue la belle Méditerranée, mère des peuples qui la bordaient. Que si xénophobie il y avait, elle était à chercher de ce côté-là, du côté de ce pouvoir qui avait inspiré le Condotierre Salviani, le chef des Haineux au pouvoir chez nos voisins transalpins. Gracchus Melenchon accusa notre Oublieux Roitelet et Frau Angela d’être des « contre-humanistes ». La guerre était déclarée. Sa Factieuse Sublimité ordonna sur le champ à ses communicants d’organiser la réplique. On allait voir ce qu’on allait voir. Notre Tartarin des Sondages, après avoir rencontré le bouillant tribun, assura aux gazetiers que ce monsieur Melenchon  ne lui faisait « pas peur » et que ce n’était pas son « ennemi ». Il fallait réduire et ridiculiser ce tribun du peuple, lequel s’était prêté au jeu de la courtoisie républicaine, cette politesse dont il était si féru, et dont on l’accusait si fréquemment de manquer. Sa Conspiratrice Petitesse tenait sa vengeance. Le soir même, vers les minuit, on repéra où dinait cet Insoumis, avec ses troupes. On fit semblant de se trouver là par hasard. On le piégea, puis on fit tourner la scène en boucle sur les Réseaux Sociaux. La machine était rodée. Certains naïfs s’y laissèrent prendre.

Le lendemain, à Massalia et à Paris, les Riens et les Riennes sortirent dans la rue pour rappeler à notre Inconscient Souverain que le thermomètre de la planète montait dangereusement, et qu’ils et elles n’étaient pas dupes de la poudre aux yeux lancée encore une fois à l’occasion de la nomination du nouveau Grand Jardinier. Monsieur de Hue-l’Eau, en tirant sa révérence, s’il avait « en même temps » rappelé son amour pour sa Grandeur Amoindrie, avait aussi levé le voile sur l’impuissance organisée par le système capitaliste pour lutter contre le réchauffement du climat, dont les conséquences seraient d’abord catastrophiques pour les plus pauvres, puis pour tout le monde. Mais les puissants de la planète étaient singulièrement sourds, tout occupés à amasser leurs immenses fortunes.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 1er septembre

Depuis le Royaume de Danemark où il s’en était allé faire des mondanités, avec de véritables altesses couronnées et blasonnées et recevoir tous les honneurs dus à son orgueil, son Ivresse des Altitudes communiqua sur la démission de son Grand Jardinier. Précédemment, les services du Château, sous la houlette de la très active Madame de Diaille, avaient envoyé quelques salves. « Notre bilan finira par lui faire regretter sa décision » avait-on fielleusement cuicuité. Notre Contrarié Freluquet choisit pour sa part de cajoler encore quelque peu ce grand ingrat de monsieur de Hue-L’Eau : « c’est un homme libre, il aidera de l’extérieur » avant de tancer vertement « c’est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain, il faut s’affronter au réel ». C’était là grande habileté de la part de sa Machiavélique Petitesse de faire oublier que c’était bien le réel, en la personne du glaçant Sieur de La Coste et de ses troubles agissements, qui avait rattrapé le Grand Jardinier.

Puis ce fut au tour de la Brigade des Sapeurs Courtisans de se répandre sur toutes les Gazettes et les fils de l’Oiseau Cuicuiteur pour éteindre l’incendie. On parla du « burn-out » du Grand Jardinier, on insista à l’extrême et jusqu’à l’absurde sur les états d’âme pour faire oublier les raisons politiques qui avaient conduit cet ingrat, cet inconscient, à la démission. Car enfin, il n’était point difficile de servir notre Grand Startupeur et celui-ci savait se montrer fort généreux avec celles et ceux qui lui léchaient consciencieusement les bas de soie. Tel ce monsieur de Baisson, un écrivaillon qui avait commis un hagiographique récit de la vie romanesque de nos Pipolesques Altesses – il était un proche de la Reine-Qu-on-sort et avait suivi de l’intérieur la campagne du Tournoi de la Résidence Royale- et que sa Reconnaissante Ardeur venait de nommer Consul de France aux Amériques, dans la bonne ville des Anges, sur la côte Pacifique. Ce poste était fort convoité, et jusque là réservé aux Grands Diplomates, dûment formés et habilités. Notre Turpide Souverain n’avait eu qu’à changer les règles de nomination pour cette charge. Nous étions bien dans le plus ancien des mondes, celui des courtisans partisans que sa Pétocharde Médiocrité utilisait comme de vulgaires bottes de paille pour lui construire un rempart contre la colère montante des Riens et des Riennes.

Notre Médisant Monarc, dès qu’il se trouvait à l’étranger, ne perdait pas une occasion de persifler sur ce peuple ingrat et rétif. Tour à tour traités de fainéants, d’illettrées, d’alcooliques, de cyniques, de mafieux, de fouteurs de bordel, de sans-chemises, voilà que les Riens et les Riennes de la vieille République – qui tardait tant à devenir la Glorieuse StartupNation – devenaient par le verbe complexe de sa Méprisante Hauteur des « Gaulois réfractaires au changement ». C’est devant un parterre de Danois – ce « peuple luthérien ouvert aux transformations » – que notre Grand Pourfendeur sonna la charge. Son Auguste Suffisance ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les vieux Riens et les vieilles Riennes ne crevaient pas comme de pauvres bêtes dans des mouroirs, où du personnel harassé peinait à les soigner. Chez les Luthériens, on cajolait les anciens et les anciennes qui vivaient leurs derniers vieux jours dans de jolies maisons claires et ensoleillées. Notre Fieffé Manipulateur ne mentionnait pas que dans ce petit pays, les Chambellans et autres Importants ne s’accrochaient pas à leurs charges comme des berniques avariées à leurs rochers, quand leurs turpitudes étaient découvertes. Chez les Luthériens, on était d’une probité sans pareille.

Dans la StartupNation, on n’aimait pas les vieux et les vieilles. La petite duchesse de Berre-Geai pérora sur une Gazette pour assurer qu ‘on « pouvait demander un effort générationnel aux retraités ». Ils n’avaient qu’à acheter moins de sucreries à leurs petits-enfants ! Un autre des ces Courtisans-Nourris-aux-Croquettes, qui se paraît du titre ronflant d’éditorialiste – ce qui sonnait fort mieux que celui de gazetier – monsieur de Barre-Bier, que l’on voyait partout, le cou toujours ceint d’une écharpe rouge, son visage long et triste n’en paraissant que plus blafard, la lippe méprisante, et qui comptait parmi les Grands Thuriféraires du régime, prédit doctement que « la plupart des retraités mécontents seraient morts en 2022 », date à laquelle notre Immense Prince se représenterait devant ses sujets pour se faire à nouveau adouber, à moins qu’il ne décidât d’ici là de supprimer purement et simplement toutes les élections et de faire embastiller tous ces maudits et maudites Insoumis, option qui avait la faveur de Monsieur de Barre-Bier.

Dans la StartupNation, on récompensait toutes les turpitudes. Une certaine madame de Salle, qui avait été patronne de l’Institut de l’Image, et avait fait payer par cet Institut – par l’Etat, donc – tous ses frais de carrosse puis avait été condamnée par la Justice pour détournement de fonds publics , fut nommée Haut Fonctionnaire à l’Egalité, dans la Chancellerie de Madame de Nicène, à la Culture et aux Vestiges. Le petit monsieur de Berne, un histrion très cabotin, que l’on avait longtemps entendu sur les ondes des gazettes parlées, où il s’était fait connaître pour la vénération qu’il vouait aux Têtes Couronnées, et que notre Cireux Souverain avait nommé « Monsieur Patrimoine », commença à avoir des démangeaisons. Était-ce le mauvais exemple du Grand Jardinier qui le minait ? Ou celui fort excellent de monsieur de Baisson qui venait d’être élevé au rang de Consul ? Cet ambitieux, qui n’avait pas eu un mot pour déplorer la destruction de vestiges grecs dans la bonne ville de Massalia, alors même que sa charge eût du le conduire à aller s’enchainer aux dits vestiges pour qu’ils ne fussent point recouverts de béton, menaça de démissionner s’il s’avérait qu’il n’était « qu’un pantin ou un cache-misère ». Madame de Nicène s’empressa de le rassurer. On allait lui trouver une charge très en vue et mirifiquement rétribuée. Pour celle de Grand Jardinier, on se bousculait au portillon : la duchesse du Poitou, madame de Royale, était revenue des Pôles où elle avait été expédiée à la fin du règne du roi Françoué-dit-le-Pédalo. Elle connaissait sur le bout de la binette et du râteau cette charge, elle qui avait été la Grande Jardinière du roi, et sa Concubine avant qu’il ne fût appelé par le peuple floué à cette noble fonction. Elle se répandit sur les gazettes pour dire tout le bien qu’elle pensait des lobbies, qui défendaient les intérêts particuliers, desquels on tirait selon la duchesse l’intérêt général. C’était là un terrible contre-sens. On savait depuis Jean-Jacques Rousseau et son incontournable Contrat Social que l’intérêt général ne saurait en rien être la somme des intérêts particuliers. Las ! Notre Duchesse avait les dents qui rayaient le parquet. Elle voulait retrouver ses binettes et ses râteaux. Mais celui qui avait les faveurs de notre Minuscule Suzerain, c’était monsieur LeRouge, de son véritable patronyme monsieur de Conbandit, un autre histrion proclamé, qui s’était fait une réputation lors de la révolution de Mai 68, dans la dernière moitié de l’autre siècle. Il avait été présenté à tort comme un révolutionnaire, alors qu’il n’était qu’un joueur de pipeau tout entièrement acquis à l’ordre établi et aux valeurs de l’ordolibéralisme, si cher à la Grande Chancellière de nos voisins Teutons chez qui ce courtisan avait longtemps vécu. Depuis l’accession au trône de notre Grand Effracteur, il était partout où se montrait sa Morgueuse Suffisance. Il attendait son heure.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Turpide.

Chronique du 28 août

La nouvelle fit l’effet d’une bombe: voilà qu’après avoir perdu son bras gauche armé, être en passe de perdre son bras droit, sa Très-Haute-Suffisance venait de perdre son Grand Jardinier, le sieur de Hue-L’Eau, qui, las d’avaler couleuvres sur couleuvres, décidait de jeter l’éponge. Invité par une gazette parlée très en vue pour gloser encore et encore sur la verdâtre politique de notre Poudreux Freluquet, voilà que le Grand Jardinier annonçait en direct, devant les yeux et les oreilles médusées des Grands Gazetiers-nourris-aux-croquettes, dont la marquise de Sala-Mets, qu’il avait décidé de rendre son tablier. Avec des trémolos dans la voix, Monsieur de Hue-L’Eau expliqua les raisons qui l’avaient poussé à prendre « l’une des décisions les plus difficiles de sa vie » : ce gouvernement était « dévoré par les lobbies », entendez par là les missi dominici envoyés par les Grands Saigneurs de la Phynance, les grands patrons des Laboratoires de Pharmacie, et d’autres importants, en un mot tous ceux qui avaient permis l’avènement du règne de sa Généreuse Reconnaissance et qui faisaient pression pour obtenir la satisfaction de leurs intérêts personnels. Parmi ces « lobbies » se trouvait aussi celui des Chasseurs. Notre Fine Gâchette avait compté sur ces gens pour se faire élire. Ils représentaient pas moins d’un million de voix. Ce n’était pas négligeable. Durant la campagne précédant le Tournoi, sa Nostalgique Altesse avait dit tout le bien qu’elle pensait des Chasses Royales, qui dataient de l’Ancien Régime, et qu’elle avait l’intention de réhabiliter. Notre Cynique Tireur fut conseillé en cela par le Sieur de La Coste, un petit baron qui possédait des terres et qui représentait tous les détenteurs – et fabricants – d’armes à feu du pays, lesquels entendaient bien s’en servir comme bon leur semblait sans qu’on vînt leur chercher maille à partir. Ce sulfureux personnage, qui ne se cachait pas d’être un homme d’influence, rompu à toutes les sombres manœuvres pour qui voulait bien l’employer – il avait œuvré pour quelques tyrans et en tirait de la gloire, usant de la manipulation et de l’espionnage comme d’autres pérorent à longueur de temps sur les ondes – eut immédiatement l’oreille de sa Calculatrice Eminence. Ils furent instantanément à tu et à toi, s’échangeant moult messages via leurs smartrucs – notre Cyber Monarc en possédait dix en permanence à portée de main – et le sieur de La Coste put commencer sa sinistre besogne.

La veille du jour funeste où le Grand Jardinier – de qui on attendait qu’il prît garde aux petits oiseaux, interdisît l’usage de poisons, lesquels raccourcissaient singulièrement la vie des paysans obligés par les lobbies aux ordres de ceux qui les fabriquaient, d’en user et d’en abuser – tira sa révérence, le sieur de La Coste obtint sans mener bataille que le coût du permis de chasser fut réduit de moitié. En cette période de serrage de ceinture pour les maigres pensions des retraités, les pauvres revenus de remplacement des chômeurs et des chômeuses qui « coûtaient un pognon de dingue » , cela faisait vilain. Cette folle mansuétude se décida lors d’une réunion à laquelle il ne devait point être prévu que le Sieur de La Coste y pût assister, il n’avait en effet aucune légitimité à être là. Ce fut là la couleuvre de trop pour le Grand Jardinier. Sur les réseaux sociaux, on glosa beaucoup. On commenta ses propos : «  je ne veux plus me mentir » suivi de ce qui sonnait comme une étrange contradiction « j’ai une immense amitié pour ce gouvernement ».

Il n’y avait donc plus de Grand Jardinier dans la Startupnation. Y en avait-il d’ailleurs besoin ? Notre Barboteux Monarc apparaissait toujours davantage comme un homme soumis à de bien inquiétantes influences et il se disait qu’il serait plus simple de supprimer cette charge et de la remplacer par celle de Grand Chasseur . Le Sieur de La Coste était tout désigné pour occuper ce poste. Il avait déjà une proie de choix épinglée à son tableau de chasse.

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Chronique du 19 au 26 août

Les vacances des escholiers et de leurs fainéants professeurs s’amenuisaient. Celles de notre Divin Maitre étaient officiellement terminées. On avait fait préparer les malles, les assiettes avaient été soigneusement emballées et la Cour avait repris le chemin de la capitale. Sa Grandeur Chiffonée était d’une humeur maussade. Les nouveaux carottages de l’opinion que ses bien-détestés sujets avaient de lui et de ses actes n’étaient point bons. Notre Dépité Monarc avait encore perdu des points. Les préposés à ces savantes manipulations avaient beau tripatouiller les chiffres, il fallait se rendre à l’évidence,  un an et quelques semaines après le début de son règne, les sujets de sa Généreuse Petitesse se montraient bien ingrats. Ils n’étaient qu’une poignée à penser que les réalisations à venir du Grand Manager de la StartupNation leur seraient bénéfiques. Cette poignée d’heureux béats était constituée en son cœur des Très-Riches-Amis qui avaient manoeuvré pour que notre Divin Banquier accédât au trône, lesquels amis s’étaient vus et continuaient de se voir mirifiquement remerciés par sa Grande Largesse.

Les affaires continuaient de cerner notre Impassible Tartarin, qui sitôt de retour dans la capitale, fit force moulinets des bras pour affirmer aux gazetiers que « le rythme des réformes ne faiblirait pas ». Le bras gauche de son Eminence Amputée n’avait point reparu. La justice avait renoncé à toutes poursuites pour la disparition du mystérieux coffre, au motif que le sieur de GrosBras avait fort diligemment fourni des explications. Cette grande mansuétude faisait rêver tous les aigrefins et autres tire-laines du pays qui se seraient trouvés bien aise de se tirer à si bon compte de leurs larcins et autres malfaisances. Quant au bras droit de notre Sublime Manchot, le très précieux baron de Khol-Air, il continuait de se murmurer qu’il avait bien trempé dans de louches et familiaux tripatouillages. Une autre des courtisanes attitrées de la StartupNation avait elle aussi défié la loi. C’était la Chambellane en charge de la Culture et des Vestiges, la baronne de Nicène. Avant de prendre ces très hautes et très distinguées fonctions, la baronne avait été éditrice de brochures et autres fascicules. Elle possédait à la Capitale un fort bel endroit qu’elle désirait agrandir, mais il fallait pour ce faire solliciter de très ennuyeuses et surtout coûteuses autorisations dont notre baronne se passait fort bien. Las, l’affaire fut révélée mais elle n’émut point cette audacieuse qui confia à des gazettes qu’elle n’avait pas songer à démissionner. Elle reçut le soutien de la plus acharnée des partisanes de sa Sublime Complexité, la petite duchesse de Berre-Geai, laquelle se répandit partout pour exprimer tout sa confiance à la baronne de Nicène, dont elle ne doutait pas de la probité. Cette affaire était encore selon elle « une volonté d’entraver l’action du gouvernement ». Ce qu’on reprochait à la baronne n’était que vétille, et du reste, la maison d’éditions de Mme de Nicène allait s’empresser de se mettre en règle. Qu’on regardât donc ailleurs, plaida notre duchesse.
Cette madame de Berre-Geai était la risée des réseaux. Elle passait pour être tout en même temps girouette et fort sotte. Elle avait tout au long de sa jeune carrière de courtisane changé plusieurs fois de camp, et soutenu tour à tour le fort sourcilleux et broussailleux Duc de Sablé, puis le roi Nicolas 1er dit le Petit. Après que ce dernier eut achevé son règne, on trouva la duchesse du côté de chez le Duc de Bordeaux, lequel ne parvint pas, malgré les prodigieux conseils de madame de Berre-Geai, à se faire élire champion de la Faction de la Droite pour le Tournoi de la Résidence Royale. Notre duchesse trouva enfin, dans la Faction de celui qui allait devenir notre Grand Turpide, le lieu idéal où faire admirer les grandes qualités qu’elle portait en sautoir : la bêtise, la suffisance et la vanité la désignèrent aux yeux de sa Future Altesse comme une précieuse et incontournable courtisane, pour former sa garde rapprochée d’inconditionnels admirateurs, toujours prêts à le servir en tous points.

La duchesse de Berre-Geai confiait avoir une inspiratrice : la terrible Maggie, The Iron Lady, appelée aussi Tina, la fossoyeuse de la classe ouvrière britannique et des nationalistes irlandais. Nous étions prévenus.

Pendant que la Chambellane à la Santé et à la lutte contre la Pauvreté, la marquise de la Buse, affirmait sans sourciller que le gouvernement de notre Sulfureux Banquier avait « envie de lutter contre les inégalités du destin », que « les prestations monétaires réparent mais ne permettent pas aux gens de s’inscrire dans un projet de vie », pour conclure sur cette phrase si parfaite de suffisance et qui suintait tant la vérité : « nous avons réduit le taux de pauvreté en France », la compagnie des Aéroplanes, qui appartenait autrefois à la République, se voyait dotée d’un nouveau président, lequel exigea – avant même de prendre ses fonctions et de commencer la vilaine besogne pour laquelle il avait été recruté- que ses émoluments augmentassent fort généreusement et qu’il fût mirifiquement logé. Il obtint tout ce qu’il voulait. Les Riens et les Riennes apprirent dans le même temps, par la bouche du Grand Chambellan, le duc du Havre, que ces fameuses « prestations monétaires », qui étaient si utiles à celles et ceux pour qui la fin du mois commençait le 5 du dit mois, et tenaient lieu, n’en déplaise à madame de Buse, de « projet de vie », allaient être gelées. Les prix pourraient augmenter, le chômage aussi, mais pas ces prestations qui « coûtaient un pognon de dingue », pour reprendre la brillante formule de notre Révéré Tyran. Il fallait montrer, avait doctement expliqué le duc du Havre, que « le travail paye ». C’était là une bien étrange formule quand on songeait que les seuls émoluments à grossir étaient ceux des Actionnaires.

Les Insoumises et les Insoumis s’étaient réunis à Marseille pour se remplir la cervelle d’arguments et fourbir leurs armes : les mots qui allaient leur servir lors du prochain Tournoi pour élire les Représentants au Parlement de l’Europe. La bataille pour faire advenir une nouvelle République allait entrer dans une phase d’importance. De son côté, Le Parti à la Rose, la faction qui avait fourni au pays deux rois, et qui naguère organisait à la Rochelle de très courues Universités estivales, en fut réduit en cette année de disette à ne se retrouver qu’entre barons et baronnes tenant encore quelques fiefs, les partisans et partisanes ayant soit déserté, soit transfugé à la faction de notre Jupitout Ailé, où l’ambiance n’était pas plus au beau fixe. La vie de la faction était au point mort. Il ne se passait plus rien. Du côté de la faction de la Droite, on se dispersa de nouveau en chapelles concurrentes. La marquise de Paiqueresse réunit gaillardement les siens à Brive pendant que le fougueux duc de la Loire, monsieur de Voquier, conviait ses partisans à se hisser avec lui au sommet d’une petite éminence, dans son fief. Cette guerre intestine entre la marquise qui entendait rester libre, et le duc dont les dents rayaient les parquets et qui pensait que la place des femmes en politique se trouvait du côté de la cuisine pour y faire des confitures, fâchait fort les partisans. Du côté du duc, on disait qu’il fallait mettre fin à tout cela, et que le temps était venu de « chasser en meute ». Notre Très-Haut n’avait plus qu’à compter ses abattis.

 

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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide

Chronique du 9 au 19 août

Les divines vacances de sa Révérée Turpitude se déroulaient sans anicroche, dans la torpeur de l’été. Pour les Riens et les Riennes, il en allait tout autrement . Un pont s’était écroulé à Gênes, causant beaucoup de pertes en vies, mais cela n’affecta en rien le cynique aplomb de l’établissement en charge de l’entretien du dit pont, qui nia toute responsabilité, alors même qu’il était de notoriété publique que le pont menaçait depuis longtemps de s’écrouler et que l’argent destiné aux réparations avait été généreusement distribué à de Très-Riches-Actionnaires. Le Condotierre Salvini tempêta bien fort contre ces fâcheux mais on le vit faire la fête le soir même de la catastrophe. Chez nous, on s’empressa de faire vérifier les ouvrages d’art et l’on s’avisa dans le même temps que le gouvernement de notre Cynique Liquidateur avait choisi de vendre les Aéroports de la capitale à ce même établissement…

Aquarius, Aquarius …. Voilà que ce nom, dont la simple évocation donnait un prurit géant à son Insensible Hauteur, revenait dans l’actualité. Ce bateau avait encore sauvé de ces imprévoyants qui se jetaient à la mer pour tenter de gagner nos beaux rivages et demandait à accoster pour les y débarquer. Le bailli de la bonne ville de Sète, le Sieur Gai-Sceau, qui avait été en des temps plus anciens Chambellan aux Transports sous le règne du roi Chirac, se fit voir dans les Lucarnes Magiques pour affirmer qu’il était prêt à recevoir ce navire, à condition que notre Grand Timonier lui en donnât l’autorisation. Sa Mesquine Petitesse commença par refuser tout net, mais voyant que cela faisait vilain, il fit semblant de céder en acceptant qu’une partie seulement de ces indésirables qui lui polluaient la Méditerranée fussent reçus dans la Startup Nation. Parmi ces pauvres gens qui avaient erré des jours et des jours en mer se trouvaient une moitié de très jeunes garçons et un tiers de femmes. Notre Immoral Monarc en avait par-dessus la tête. Ces gueux lui gâchaient ses vacances. Il avait mieux à faire, comme par exemple recevoir le Grand-Duc du Luxembourg pour un diner entre voisins, et se voir reçu à son tour dans la résidence d’été de ce prince, à moins d’une demi-lieue du de là, où sa Rayonnante Mondanité se rendit accompagné de la Reine Qu-On-Sort, dans une petite charrette électrique, tout ceci dans un souci d’écologie – c’était là la seule concession que notre Trépidant Noceur accordait à son Vert Chambellan, le sieur de Hue-Leau-  alors même que le carrosse officiel – où la place du regretté sieur de GrosBras était toujours vacante- suivait derrière.

Les gazetiers avaient quelque peu jasé sur la Reine Qu-On-Sort qui avait été aperçue faisant du vélocipède – engin pour lequel elle nourrissait une véritable passion – ou s’adonnant à un sport beaucoup plus dangereux, qui consistait à se faire tirer par un bateau lancé à grande vitesse, auquel on s’attachait par une corde, juché sur une sorte de planche…tout ceci dans la mer, au large du Fort. A quoi donc servait la piscine ?

Notre Précieux Calculateur avait comploté avec ses Conseillers un nouveau bain de foule devant sa Résidence. Il avait fallu recruter de nouveaux figurants et on les avait trouvés dans une maison de retraite voisine, un lieu très sélect. Ce n’était pas ce genre d’établissement qui manquait à cet endroit du pays. Les pensionnaires, qui n’étaient nullement des Riens et des Riennes, mais d’anciens banquiers et hommes d’affaires, étaient tout acquis à la cause de sa Hauteur Enivrée.

La Startup Nation s’endormait dans la torpeur de l’été. La chère Marquise de Chiappa, qui avait utilisé les services de communication de son Ministère pour jouer la Sévigné, fut absoute de cette vénielle peccadille . Le Délégué à la Sécurité des routes et des chemins déclara fort doctement que lorsque ces derniers étaient en mauvais état, « les gens [roulaient] plus doucement ». Le Présidenticule de l’Assemblée Nationale, le petit marquis De Rue-Git était empêtré dans une histoire d’appareils à raclette qu’il avait fait acheter par les cuisines de son Palais pour on ne savait trop quel usage.

Une officine belge voulut démontrer que l’affaire du sieur de GrosBras avait été montée de toutes pièces par les services du Tsar Vladimir . Elle publia la liste de tous ceux et toutes celles qui s’étaient perchés sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur pour parler de cette affaire, en indiquant pour chacun et chacune leurs opinions politiques. Il apparut qu’il n’y avait aucune machinerie ni automate russe là-dessous et tout cela fit grand bruit. Notre Tyrannique Jupitou disposait là d’un document fort utile pour faire embastiller tous ses opposants, à commencer par le tribun Gracchus Mélenchon !

Sa Barbouzeuze Altesse était cependant en grand danger de se retrouver manchote …Privée de son bras gauche, le sieur de GrosBras, voilà qu’on jasait fort sur son bras droit, le baron de Khôl-Air, lequel était mouillé jusqu’au cou dans une comploteuse histoire de conflits d’intérêts familiaux…