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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Turpide

Brève du 18 décembre

Le remplaçant du baron de La Voille était du même acabit que son prédécesseur. Sitôt nommé, on apprit qu’il avait servi chez une famille de très riches marchands, et, alors même qu’il était déjà député de la Faction de Notre Glorieux Marcheur, qu’ il avait été grassement rémunéré d’une prime de plus de soixante dix mille écus- soit la future retraite mensuelle de soixante dix mille maîtres et maîtresses d’eschole.

Les réseaux sociaux s’enflammèrent là-dessus. Les pompiers-bûcherons de la Startupnéchionne se mirent en œuvre d’expliquer que cette prime était une prime pour avoir été congédié de ses fonctions : il n’y avait là rien que tout à fait banal et normal ! La somme était plus que coquette. Comble de l’affaire, monsieur du Piètre-Exquis – tel était le nom de celui qu’on avait vite promu au rang de Secrétaire d’Etat- était celui qui avait mis en pièces le Code du Labeur, faisant ainsi des coupes très sombres dans les primes de congédiement. Monsieur de Piètre-Exquis avait une conception tout à fait personnelle du vieil adage « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ». C’était aux dires de celles et ceux qui avaient eu affaire à lui, un homme brutal, hypocrite et méchant. Il avait commencé sa carrière comme chef du personnel chez les mêmes riches marchands qui avaient su le remercier grassement. Une demoiselle de magasin s’était ainsi vue accuser d’avoir volé quatre sous et d’avoir donné une chocolatine toute brûlée à un pauvre hère. La malheureuse avait amenée chez les argousins et mise en geôle. Faute de preuves, elle en avait été sortie et blanchie. Monsieur de Piètre-Exquis resta droit dans ses bottes et ne produisit pas le moindre petit mot d’excuse. Il se glorifia tout au contraire de son action.

Partout où il était passé, le sire de Piètre-Exquis ne laissait que des ruines, des mécontents et des malheureux. Il n’aimait rien tant qu’à faire tomber des têtes et à casser aux gages les employés qu’il avait sous ses ordres. Sa nomination comme Secrétaire aux Vieux jours des Riens et des Riennes sonnait comme une formidable provocation, une fin de non-recevoir brutale à leur colère.

Pour preuve de son adoubement, ce zélé vassal reçut sur le champ la distinction suprême de Grand Benêt Voleur. A la Cour de Sa Frénétique Voracité, l’enrichissement, le conflit d’intérêts, la concussion et l’inhumanité se portaient en breloques.

Les Riens et les Riennes quant à eux ne décoléraient pas et grèvaient. Et celles et ceux qui restaient besogner continuaient à soutenir les premiers. Les gazetiers et les gazetières serraient le fondement dans leurs Lucarnes magiques. On fit des carottages d’opinion. Notre Inflexible Scaphandrier plongeait dans les profondeurs, son grand Premier Chambellan aussi.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Turpide

Brève du 16 décembre

Le grand chantre de la Startupnechionne, le sieur de Barbouillé, drapé dans sa sempiternelle écharpe rouge, avait eu beau plastronner, dès potron-minet, sur une Lucarne magique, que le baron de La Voille, ce courtisan admirable et si honnête, la transparence et la vertu faites homme, resterait à son poste, patatras ! sur le coup de midi, tous les hérauts du royaume claironnèrent que ce dernier venait de rendre son tablier à Notre Acide Suzerain. C’était avant une nouvelle révélation sur une énième charge fort juteuse, que le baron avait fort oublieusement négligé de déclarer.

Pour sa défense, ce grand homme si valeureux et si brave argua une phobie administrative. C’était, susurra-t-il, sa tendre moitié, la baronne, qui tenait les comptes au logis, pendant qu’il s’occupait d’affaires hautement plus sérieuses. Des Guildes de défense des Riennes envisagèrent sur le champ de courir sus au baron pour maltraitance et diffamation, pendant qu’une officine de vertu de la vie publique fourbissait ses armes afin de le poursuivre en justice. Il y avait matière.

Au Château, Notre Petit Moulin-à-Huile serrait son fondement et remâchait son ire. Sur les gazettes, les plus vils des courtisans continuèrent de défendre vaille que vaille la concussion et le conflit d’intérêts, ces deux mamelles de la Startupnechionne. Un député de la faction du duc de Veauquiller demanda que toute la lumière fût faite sur les liens qui unissait Sa Grande Grugerie et les Saigneurs de Blaqueroque, dont les appétits voraces étaient en passe d’être satisfaits par le projeeet de réforme des retraites concocté par l’admirable et déjà regretté baron. Monsieur du Havre avait bien pensé pouvoir l’user encore, jusqu’à faire passer la pilule aux Riens et aux Riennes, mais las, le fusible venait de sauter. On promit aussitôt de lui trouver sur le champ un remplaçant. Monsieur de la Place faisait le siège de l’hôtel de Matignon. A peine avait-il entendu les premiers mots du baron qu’il s’était précipité ventre à terre et langue pendante chez Monsieur du Havre. Madame de L’Aile-Griffe, cette gazetière toute dévouée, trépigna d’impatience. On lui avait promis un nom dans la soirée. Mais aucune fumée blanche ne sortait des cheminées du Château. Dans les chaumières, les Riens et les Riennes astiquaient leurs fourches et leurs piques.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Concussionnaire

Chronique du 15 décembre

Le baron de La Voille était un homme oublieux. Il avait tant de charges à son actif qu’il ne savait plus exactement ce qu’il faisait. Il ne cumulait pas moins de treize petites besognes – sans compter sa charge de Chambellan à la Réforme des retraites- pour se constituer un magot pour ses très vieux jours. Sommé par les gardiens de la Vertu de la vie publique de déclarer ce qu’il percevait, il avait feint l’oubli. Mais des gazetiers -que l’abus de croquettes avait conduit à l’indigestion- levèrent les lièvres cachés dans le chapeau du baron. Ce dernier, la main sur le cœur, protesta de sa bonne foi. Il n’y avait point de serviteur plus franc et plus honnête que lui dans toute la Startupnéchionne. Au début du règne de Sa Jupitérienne Mesquinerie, il s’était proclamé maître en transparence, mot qu’il prononçait fort pompeusement. Le baron aimait à se gonfler de son insignifiance et passer pour important. C’est ainsi qu’il s’était fait remarquer et s’était vu confier la charge de pisser un rapport sur les retraites. De haut-commissaire il était même devenu Chambellan. Mais il n’avait point cessé pour autant ses petits ménages et autres besognes d’influence qui lui rapportaient moult écus.
Monsieur Du Havre lui apporta tout son soutien :  » mon cher ami le baron est la probité faite homme ».

Mais voilà que la curée contre le pauvre baron continuait. Le tribun Insoumis Corbesbierre tonna à la Chambre Basse que les «oublis » dans les déclarations de charges et autres ménages commises par le baron étaient pour le moins étranges. C’était en effet chose curieuse que d’omettre qu’il besognait pour un institut d’assurances privées -lesquelles avaient tout intérêt à ce que les Riens et les Riennes leur confiassent désormais leurs écus – mais de se souvenir qu’il œuvrait pour la conservation de la Chartreuse de Neuville !

Notre Petit Moulin à Huile dépêcha sur toutes les Lucarnes magiques ses pompiers. On débita des stères et des stères de langue de bois. Monsieur de la Blanche Equerre – dont on venait d’apprendre que, du temps où il dirigeait le prestigieux Institut de l’Amérique Latine, un ancien tortionnaire de l’Argentine y avait été chargé de cours – tança qu’il ne fallait point abuser de cette erreur et qu’on parlait de « ménages bénévoles ». La duchesse de Sonchalin, le petit duc de Norremandy, le vieux baron et chef de la mafia bretonne, monsieur du Drient, Chambellan aux Affaires de l’étranger, tous ces zélés courtisans usèrent et abusèrent des mêmes mots. Nul ne mentionna le fait que le baron avait grugé la Constitution de la vieille république en cumulant ces ménages avec sa charge de Chambellan. On était désormais en Startupnéchionne. Sa Malfaisante Petitesse décora le véreux baron de l’Ordre du Grand Benêt Voleur. Cette distinction suprême n’était accordée qu’à celles et ceux qui pratiquaient comme un art le conflit d’intérêts et s’adonnaient frénétiquement à la concussion et à l’enrichissement, tout en débitant sottises, fadaises et menteries pour justifier de leurs turpitudes . A la cour de Notre Petit Révérend Père des Riches, tous et toutes se devaient de mériter cette distinction. C’était pour ainsi dire l’essence même de l’exercice du pouvoir et des charges.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Barbouilleur

Chronique du 9 décembre.

Le 5 de ce mois de décembre, des foules de Riens et les Riennes avaient battu le pavé pour dire à Notre Insensible Saigneur tout le mal qu’ils et elles pensaient de son « projeeeet ». On n’avait point encore entendu aucun des Chambellans affirmer qu’ils restaient « droit dans leurs bottes ». Monsieur de la Darre Manain, qui entendait remplacer Monsieur du Havre, dont l’usure commençait à se voir, alla parader sur une Lucarne Magique pour fanfaronner que la réforme se ferait. Dans les chaumières, les Riens et les Riennes se disaient que la tête de Monsieur de la Darre Manain serait du plus bel effet au bout d’une pique, tout comme d’ailleurs celle du baron de La Voille, dont on avait fort opportunément appris qu’il vivait grassement d’émoluments qui auraient suffi à nourrir chaque mois plusieurs familles de Riens. Une gazette révéla que, non content de se faire coquettement rémunérer pour sa besogne sur la Réforme des Retraites, ce baron – que l’on disait très balourd, feu le bon roi Chichi dit Pétaud 1er ne l’appelait d’ailleurs que le grand Khon – était le bénéficiaire de plusieurs retraites- et, cerise sur le gâteau, administrait soi disant « bénévolement » un institut de formation d’assureurs, lesquels entendaient bien, à la faveur de cette réforme, mettre la main sur le pactole auquel les Riens et les Riennes participaient chaque mois de leur dur labeur. Sommé de déclarer ses activités, le baron avait « oublié » de mentionner cette promiscuité. On fit semblant de s’excuser. Monsieur de la Voille démissionna de sa besogne d’administrateur. Mais Notre Admirable Jouvenceau lui renouvela sa confiance. Il restait le grand ordonnateur du sinistre projet d’exaction contre l’intérêt du peuple.

Ce fut trop. Les Riens et les Riennes s’étranglèrent de rage. Comment ? Ce à quoi s’adonnaient joyeusement Sa Turpide Majesté et ce vilain baron était tout bonnement une gigantesque rapine. On ouvrait grand les portes du pays aux Grands Saigneurs de la Phynance, tout en endormant de fallacieux discours leurs futures proies. Deux de ces prédateurs furent d’ailleurs reçus en grande pompe au Château. On leur déroula le tapis rouge. Ils reçurent moult assurances de la part de Notre Petit Aigrefin que la machine était bien engagée et que les argousins, à qui on avait quelques promesses de ne point les soumettre à la même mauvaise sauce que le reste du peuple, sauraient bien mater tous les gueux et toutes les gueuses. On leur ferait rendre gorge ! Le redoutable chef de la maréchaussée de la capitale, le Sieur Teutonique, s’en réjouissait à l’avance. Ce sinistre personnage ne se déplaçait plus qu’en grand uniforme, cinglant tel un noir vaisseau dans la tempête sociale, comptant fanatiquement les yeux crevés et les visages fracassés. Il en espérait d’autres pour compléter son tableau de chasse.

Les Riens et les Riennes décidèrent bravement de continuer à faire grève. Monsieur du Havre, que tout ceci commençait à lasser, réaffirma qu’il irait « jusqu’au bout » et qu’il exposerait les contours de la réforme le mercredi suivant. Des arbitrages avaient été pris. Il faudrait s’incliner. L’obscur Chambellan aux Transports, le petit marquis de la Jobard, eut la lumineuse idée d’aller traîner ses guêtres du côté de la Gare du Nord. Il fut pris à parti par des cheminots qui n’avaient point oublié comment ils avaient été traités par le gouvernement de Sa Calamiteuse Liquidation. Ils rappelèrent au petit marquis dans quelle misère noire certains de ces braves étaient tombés, criblés de dettes. Cela n’émut point le courtisan qui se fit fort de rappeler qu’il s’agissait avec ce « projeeet » de « repenser la condition sociale ». En StartupNechionne, le plus insignifiant des flagorneurs aimait à se rengorger et employer le verbe disruptif. Celui-là n’eut pas le dernier mot et il dut battre piteusement en retraite sous les lazzi.

Sur toutes les Lucarnes magiques, on vouait les grévistes aux feux de la géhenne. La meute des Caniches-nourris-aux-croquettes se déchaînait, avec des frissons de peur dans la voix. Voilà que ces gueux et ces gueuses se mettaient en tête de faire la loi ? Mais où allait-on si les pauvres se mettaient à penser ? Ce n’était là que sottes gens qui ne comprenaient rien, ainsi que l’avait pompeusement énoncé Monsieur de la Blanche-Equerre. Ce dernier, après avoir tancé les maitres et maitresses des escholes, avait annoncé qu’on les rétribuerait davantage, du moins les plus méritants d’entre eux, c’est à dire celles et ceux qui lécheraient le mieux les augustes chausses de leurs inspecteurs. Il leur faudrait aussi travailler pendant les vacances. Ces fainéants avaient suffisamment tourné leurs pouces.

Qu’il était riant et heureux, le futur brossé par Notre Malfaisant Barbouilleur dans son Château en état de siège. Des cassettes débordantes d’écus pour une poignée de Saigneurs, de la noire misère pour les Riens et les Riennes. Sa Machiavélique Petitesse se réjouissait aussi d’avoir tordu le bras à la Justice pour faire condamner aux geôles et au silence son irréductible ennemi, le tribun Gracchus Melenchonus. Ce dernier déclara porter sa condamnation comme une décoration, celle du premier des Insoumis. Il n’avait volé personne, il n’avait rien fait de répréhensible. Il avait simplement haussé la voix et le col parce qu’il voulait rentrer chez lui, pendant que des argousins aux ordres faisaient main basse sur les fichiers des partisans insoumis, lesquels fichiers n’étaient jamais réapparus.

Ainsi en allait-il en Startupnéchionne, en ce début de mois de décembre de l’an de disgrâce deux mil dix neuf.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Pétochard

Brève du 3 décembre

Il soufflait un vent de panique en Startupnéchionne. On s’approchait de la date fatidique du 5 décembre. C’était le jour choisi par les Guildes de défense des laborieux et laborieuses pour signifier leur colère. La conspiratioin que Notre Cynique Concussionnaire fourbissait – aidé dans cette sinistre besogne par le marquis de La Voye – pour réduire à la misère les Riens et les Riennes en leur volant leurs retraites, ne passait pas. Pour dire mieux, les noirs desseins avaient été éventés. Chacun, chacune avait fait ses calculs et le résultat était terrible. Il portait un nom : pauvreté.
Le dimanche qui précédait cette folle semaine, les Chambellans s’étaient réunis à l’hôtel de Matignon, chez monsieur le Duc du Havre, pour tenir un conseil de guerre. Le plus hardi à la bataille était monsieur de La Darre Manain qui enjoignit farouchement les Riens et les Riennes à ne point aller battre le pavé. Il chercha à diviser dans le camp des laborieux, en désignant les « privilégiés ». Monsieur de la Blanche-Equerre décida que le moment était venu de fustiger les maitres et maitresses des escholes, et les professeurs, qui avaient le plus à perdre dans cette machination. Il déclara que certains « ne comprenaient pas tout » : c’était donc par faiblesse d’esprit qu’ils cesseraient le travail. Sa déclaration eut pour conséquence de faire grimper d’un cran la colère. On usa alors de cajoleries et de promesses : le Grand Chambellan aux Escoles promit que personne parmi les maitres – à condition d’avoir trimardé toute une vie et même plus- ne toucherait moins de mille écus. C’était à peine 100 écus de plus que l’aumône qui était accordée aux vieux laborieux et laborieuses qui n’avaient pas suffisamment cotisé. Les maitres d’escholes s’étouffèrent. Ils sortirent les fourches.

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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Sanglant

Brève du 19 novembre

Le Grrrrand Chef de la maréchaussée de la capitale, le sieur Teutonique, défrayait les réseaux sociaux. Il venait de mener, le samedi qui précédait, un nassage des Engiletées qui, s’ils et elles avaient caché leurs gilets pour ne pas se faire mettre en geôle, n’avaient toujours point remisé leur colère. Cette opération ferait date, tant elle se caractérisait par sa fourberie et son cynisme, qualités que ce grand serviteur de la StartupNechionne cultivait à l’excès et qui l’avaient amené à se remarquer auprès de Notre Sanglant Jupithiers. Après avoir autorisé la manifestation, le machiavélique Teutonique attendit que tous ces séditieuses et séditieux eurent commencé à se masser sur la Place d’Italie, où l’on avait volontairement laissé des engins de toute nature – de sorte que les Encagoulés, dont on se demandait à chaque fois s’il s’agissait de véritables argousins en service, ou d’ anarchistes bien décidés à en découdre – purent trouver de quoi alimenter les gazettes friandes en scènes de violence. Puis cet impitoyable officier des basses-oeuvres décréta que la dite manifestation était interdite. Il ordonna à ses troupes d’arrêter tous et toutes celles qui se trouveraient encore là. Comme il était impossible de quitter la place, les argousins s’en donnèrent à coeur-joie. Beaucoup crurent leur dernière heure arrivée. Au Château, Son Huileuse Trouille se satisfaisait d’avoir de tels zélés suppôts au service de son noir dessein : plus il y en aurait d’effrayés, de mutilés, d’éborgnés, de gazés, moins ils seraient à ressortir le samedi qui suivrait. Une Rienne osa faire état devant le sieur Teutonique de sa condition d’Engiletée. Il lui fut répondu avec une hargneuse morgue « Alors, médèèèème, nous ne sommes pas dans le même camp ». La guerre au peuple était bel et bien déclarée et Notre Malveillant Saigneur avait trouvé son général.

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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Dégarni

Chronique du 10 novembre.

Qu’ils paraissaient déjà loin les jours bénits où Notre Riant Biquet parcourait les rues de l’ile Bourbon, jouait au Conseiller Paul-Amploi – comme naguère la reine Marie-Antoinette s’amusait à la bergère – et paradait au milieu de figurants dûment triés sur le volet. Il avait fallu rentrer en métropole. Dans l’aéroplane qui le ramenait, Sa Cynique Verbosité accorda un entretien à une gazette bien connue pour être le fer de lance officiel des idées chères aux Haineux de toutes obédiences, lesquels ne se sentirent plus d’aise à lire que leurs thèses avaient été épousées point par point par celui qui présidait aux destinées du pays. Les propos de Notre Inconséquent Calculateur furent publiés trois jours après qu’à Bayonne, un vieux Haineux eut perpétré un attentat contre une mosquée. Loin d’être un rempart contre la boue nauséabonde qui sortait de la bouche des Haineux, voilà que Sa Malveillante Supercherie en participait. On en eut l’illustration avec une énième loi que Notre Funeste Timonier fit voter pour restreindre l’accueil des étrangers sur notre sol, et les empêcher de se faire soigner, ce qui était d’une noire méchanceté et d’une colossale stupidité, les miasmes ne demandant jamais à ceux qu’ils infestaient leur nationalité. Les riches se croyaient toujours prémunis, mais c’était là folie de penser qu’ils pourraient échapper aux épidémies. Le sieur Gaze-Ta-Mère se répandit en propos creux pour expliquer le bien-fondé d’une telle loi. Les guildes, qui oeuvraient dans le soin apporté à ces pauvres hères, qui avaient bravé tant de dangers pour arriver jusqu’à chez nous, sentaient monter une amère colère. La vieille République s’était enorgueillie d’avoir vu naitre les droits de l’homme, la StartupNechionne, elle, les ensevelissait.

Pour oublier ses mauvais sujets, qui ne songeaient qu’à récriminer, Son Abyssale Dégringolade s’en alla pour la Toussaint passer quelques jours en Normandie. Des gazettes titrèrent sur sa mauvaise mine, ses tempes désormais dégarnies, ses yeux caves et ses mâchoires crispées. Un proche se confia : Notre Malcontent Suzerain était contrarié par les Riens et les Riennes, peuple décidemment rétif à tout changement. Las ! Ses conseillers étaient unanimes. Le pays renâclait, on avait eu beau circonvenir les chefs des Guildes, voilà que les gueux et les gueuses s’étaient mis en tête de comprendre ce que tramait Sa Toxique Malveillance avec sa Réforme des Retraites. Et cela ne leur plaisait pas du tout. On avait ratatiné les Engiletés, on les avait éborgnés, mutilés, mis en geôle mais voilà que les cheminots, les conducteurs de charroi, les infirmières, les pompiers, les maitres d’eschole – que le baron de la Blanche-Equerre, Chambellan à l’Instruction tenait pourtant en coupe réglée- voilà que le peuple des trimardeurs comprenait que Notre Grand Ruissellement allait désormais les précipiter dans la misère, sitôt leur vie de labeur terminée. Les Très-Chers-Amis de Son Indécente Munificence n’avaient quant à eux jamais été aussi opulents. Leurs cassettes débordaient, ils nageaient dans le luxe. Dans la bonne ville de Lyon, où le vieux duc de Colon s’était mis aux abris en attendant de pouvoir se rasseoir dans le fauteuil de bourgmestre, un estudiant réduit à une noire misère, s’immola par le feu en pleine rue. Les gazettes, si friandes de faits spectaculaires, n’en pipèrent mot ou presque. On préférait faire peur aux Riens et aux Riennes en montrant du doigt les mahométans qui étaient tous suspectés d’être des fous sanguinaires. Tout était bon pour faire diversion. Les Lucarnes magiques – qui étaient toutes aux mains des Très-Riches-Saigneurs de la Phynance- avaient embauché de douteux personnages comme ce monsieur de la Semoure, dont la laideur de l’esprit se lisait sur le visage, ou encore une certaine madame de Grasse-Ani, une péronnelle suffisante et arrogante, fervente catholique, pour distiller fiel et haine de classe à longueur de temps. La médiocrité de ces courtisans n’avait d’égale que leur méchanceté. C’était à qui persiflerait le plus. La petite madame de Grasse-Ani se fit remarquer en critiquant vertement une Rienne qui avait eu l’honneur de rencontrer Notre Astral Jouvenceau dans la bonne ville de Rouen, où Il s’en était allé se montrer. Cette Rienne avait osé se plaindre qu’elle se trouvait dans la misère avec ses bambins. Comment, lui fut-il royalement répondu, vous ne devriez plus payer de taxe sur le logis, j’y ai veillé ! Que nenni, se risqua l’infortunée, je la paye encor ! La persifleuse courtisane, devant un parterre médusé de gazetiers, enfonça cette pauvre femme : si elle se trouvait sans le sou, c’était qu’elle n’avait pas assez travaillé à l’école ! Et dans sa situation, on ne divorçait pas ! Les sottes et rétrogrades médisances de la péronnelle se répandirent telle une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. On s’indigna, on se récria. La babillarde et droitiste petite courtisane fut contrainte de présenter ses excuses. Elle pleurnicha qu’elle avait reçu des menaces. On payait par là où l’on pêchait…

Ainsi en allait-il en StartupNechionne, en ce gris mois de novembre de l’an de disgrâce deux mille dix neuf…