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Chroniques du règne de Manu le Petit

Chronique du premier jour de l’automne, vingt deuxième du mois de septembre, en l’an de très très grande disgrâce vingt et un.

Où il est question de manigances aux antipodes, d’une grande trahison à venir et d’une certaine joute oratoire.

La fourberie des Angliches des Antipodes, qui s’étaient alliés à Sir Joe du Bidon et Sir Boris The Yellow dans l’affaire des navires amphibies, provoqua au Château un engorgement de tous les lieux d’aisance. Notre Furieux Freluquet ne décolérait point et cela lui causait moult dérangements. Afin de faire savoir combien l’affront était d’importance, le Roy ordonna que l’on rappelât sur le champ nos ambassadeurs, celui qui représentait la Startupenéchionne dans l’Empire des Amériques, et celui de l’Angleterre Australe. C’était là chose inouïe depuis des lustres. C’était ni plus ni moins la dernière étape avant la déclaration de guerre. « Sire, susurrèrent les Conseillers, un coquetèle était précisément prévu à l’ambassade, Votre Majesté désire-t-elle que nous fassions revenir les mignardises et les caisses de vin de champagne par aéroplane  spécial? » « Que nenni, répondit Sa Grandeur Bafouée, que l’on fasse donner ce coquetèle au consulat ! ».

Le baron du Truant, Grand Chambellan des Affaires de l’Extérieur, fut victime d’une foudroyante crise d’amnésie. Il se répandit en imprécations dans les salons de la capitale pour dire tout le mal qu’il pensait, non point de Sir Joe mais du grand ami de Notre Fringant Caniche, le flamboyant Donald le Dingo, l’empereur déchu. Il attendait des « explications ».« Il y a eu mensonge, il y a eu duplicité, il y a eu rupture majeure de confiance, il y a eu mépris, nous sommes ulcérés ! » Il se murmurait partout que l’affaire était pourtant on ne peut plus limpide : les Angliches des Antipodes prévoyaient d’avoir à entrer en conflit avec l’Empire des Fils du Ciel, et ils se tournaient vers des alliés autrement plus fiables afin de s’armer. On ne pouvait plus compter sur la Startupenéchionne. Sous le règne du roi Françoué dit le Scoutère, le tsar Vladimir n’avait-il point subi un terrible outrage ? Il avait passé commande auprès de nos fabriques d’ aéroplanes à hélice mais voilà qu’au moment de les faire livrer, le roi Françoué avait refusé tout uniment que l’affaire se fît, obéissant en cela à un ordre venu directement de l’Empire des Amériques. Il avait fallu ouvrir les caisses du royaume – remplies par les taxes et les impôts des Riens et des Riennes – pour dédommager Vladimir.

Le Premier Grand Chambellan de l’Australie n’en démordait point et récusait toute duplicité: on avait prévenu qu’on était point satisfait. En face, on n’avait, comme de coutume, rien compris. Les Froggies étaient décidément indécrottables. « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Le Roy, que la rage étouffait, refusa de paraître à un grand raout des Têtes Couronnées de la planète, organisé par la Société des Nations. Les Conseillers firent savoir que Sa Poudreuse Humiliation allait prendre langue avec Sir Joe du Bidon, pour exiger des « clarifications » et lui signifier que la Startupenéchionne entendait garder la haute place qui était la sienne.

Là-dessus, une folle nouvelle parvint d’une Gazette britannique : il se disait que Notre Fallacieux Européiste entendait céder à l’Empire de l’Europe – dont il allait, c’était la coutume, devenir le Grand Guide, après Frau Angela- , le fauteuil de la Startupnéchionne à la Société des Nations. L’affaire avait révélée à cette gazette par un Dévôt, député au Parlement de l’Europe, et fidèle du duc du Havre. Sa Navrante Forfanterie avait tout bonnement le dessein de lever une armée, celle de l’Europe dont il serait le Généralissime. On se vengerait ainsi de l’affront que l’on venait de subir.

Gracchus Melenchonus tonna que si l’affaire était vraie, c’était de la haute trahison. Au Château, on fut des plus embarrassés, et l’on se contenta de nier vaguement.

L’autre affaire qui occupait toutes les gazettes était la joute oratoire qui allait se donner entre le tribun Mélenchonus et le vicomte de la Zizanie dans les salons de la Gazette La Bonne Fille de Son Maitre. Monsieur Ruissellus et monsieur le vicomte du Graumelon de la Jade d’Eau en étaient tout renversés. Eux qui n’avaient point renâclé quelques mois plus tôt à se trouver au côté du vicomte pour défendre des argousins factieux qui s’en prenaient à la Justice, poussaient des cris d’orfraie. Comment, se récriaient-ils, ce Gracchus fait de la réclame pour monsieur de la Zizanie ! Il lui donne de l’importance ! Madame la ChatelHaine se joignit au concert des poltrons. Monsieur de la Zizanie lui courait fort sur les plates-bandes, et elle en concevait une rage très aigre. Gracchus Mélenchonus pour sa part, avait décidé qu’on n’avait que trop laissé s’exprimer ce monsieur Erictus Detritus, et qu’il était grand temps d’aller lui porter la contradiction, et faire voir le fond fort noir de son âme. Le pays allait fort mal, et ce n’était point avec une telle bile et autant de haines rances et recuites que l’on écrirait l’avenir commun des Riens et des Riennes.

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