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Chroniques du règne de Manu 1er

Courte chronique du cinquième jour du mois d’août en l’an de très très grande disgrâce vingt et un.

Où il est question d’un trépas.

Ce fut un jour funeste. La vieille République – fort mal en point depuis que Notre Cynique Tartuffe lui avait fait subir maint et maint outrages – trépassa. Le coup fatal lui fut porté par le baron de la Fabulette, un ancien partisan de feu le roy Françoué 1er dit Tonton. Ce courtisan ; rompu à toutes les bassesses de couloir – chacun et chacune savait le rôle bien trouble qu’il avait joué au siècle précédent dans l’affaire de fioles de sang empoisonné par des miasmes délétères- avait été récompensé pour services rendus : il avait été nommé président du Conseil des Sages, lesquels Sages avaient reçu la mission sacrée de veiller sur la vieille République. Ils en étaient ses garde malade.

Las ! Les Riens et les Riennes qui ne s’étaient point laissé convaincre du bien-fondé du décret royal sur le laisser-passer et la bientôt triple onction de la Sainte-Vaccine ainsi que l’obligation faite aux nurses et aux garde-malades de recevoir, à leur corps défendant, la dite onction, avaient doncques, les malheureux, placé quelques espoirs en Monsieur de la Fabulette et ses comparses, parmi lesquels on comptait aussi le vieux et cacochyme baron de la Jupe, celui qui avait un temps du s’exiler après avoir trempé dans quelques malversations du temps du roy Jacquot. Mais d’autres n’avaient point eu ces faiblesses. Le baron de la Fabulette n’avait-il pas un fils, lequel fils tenait les rênes de la maison Quinesait, cette noble maison des Amériques que le Roy consultait à tout instant pour ce qui était de mener la guerre contre les miasmes pangolins ou visontins, on ne savait plus vraiment. Le baron adorait son rejeton, il ne pouvait le dédire. Les prétendus Sages se contentèrent doncques de quelques mesurettes, ce que le fringant petit duc de Jeumebarre avait par avance nommé des « remarques hypothétiques » dont le gouvernement, assura ce fat, tiendrait compte. « Nous ne sommes pas inquiets » avait-il encore plastronné. La chose eût été fort piquante, s’il ne s’était agi de régenter en tous points la vie des Riens et des Riennes, comme cela se faisait dans l’Empire des Fils du Ciel. Monsieur de Jeumebarre faisait l’important et voulait se faire remarquer, lui qui n’avait été consulté en nulle chose puisque le Roy ne prenait langue qu’avec son Conseil de Défense et ses très chers amis de la maison Quinesait.

Depuis les jardins de son Palais d’Eté, Sa Zozotante Apparition avait continué de jouer au maitre d’eschole avec ses gentils sujets, lesquels avaient été enjoints de lui poser moult questions. Arborant une mine des plus compassées, usant de comparaisons et de métaphores plus oiseuses les unes que les autres afin de faire entrer dans la tête des gueux et des illettrés quelques bribes de Sa Pensée Complexe, le Monarc, déambulant au milieu des salons de jardin, s’était pris tout uniment pour le grand Aristote. Les Hérétiques furent tancés comme jamais, on ferait rôtir aux feux de la Géhenne ces fâcheux irresponsables, ces criminels endurcis qui osaient mettre la vie de leurs semblables en danger. « Vous êtes libres de rester enfermés chez vous » telle fut l’oxymorique sentence qui s’abattit sur les Hérétiques. Sentant que Dieu lui-même lui montrait le chemin de la pureté, Notre Blézayant Caporion s’était vêtu d’un pourpoint immaculé. Foin de la simple chemise de fil noire tant moquée par des impertinents, il lui fallait se montrer ceint de candeur et probité. « Vous serez le Phare de l’Humanité souffrante » avaient susurré les Conseillers, « Ce blanc pourpoint est tout indiqué pour cacher vos plus noirs desseins. »

Dans le camp des Hérétiques, il régnait une ambiance de veillée d’armes.



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