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Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Infaillible

Chronique du quatorzième jour du mois de février, en l’an de disgrâce 21

Où il est question d’égouts malodorants, de desseins impériaux et de badinage mondain.

Madame de Salez-Mets se rengorgeait dans tout Lutèce. Elle roucoulait d’aise sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur. Son aimable causerie avec monseigneur le duc du Dard-Malin et madame la ChatelHaine de Montretout avait été un franc succès. N’avait-on point devisé de façon la plus courtoise qui fût sans jamais parler de ces fâcheux miasmes, encore moins des pauvres dont les files d’attente aux soupes populaires ne faisaient que s’allonger ? De quoi donc avait-on causé si bellement ? Quel était ce magnifique sujet d’entente si cordiale entre monseigneur le duc et madame de Montretout ? Qu’est ce qui les avait rendu si éloquents ? La ChatelHaine et le duc avaient tout deux fait assaut de politesses ampoulées, de formules fleuries et de rodomontades plus mielleuses les unes que les autres pour disserter sur ce qui les unissait. Madame de Montretout avait agité le dernier libelle du duc, affirmant qu’elle eût pu le signer, tant elle en partageait chaque mot, chaque virgule. De son côté, monseigneur avait cherché à faire pâlir l’étoile de la ChatelHaine. Il eût pu paraphraser ces bons mots de feu le Roy Valkiry, face à celui qui était sur le point de lui ravir le trône, le futur Françoué 1er dit Tonton : « vous n’avez pas le monopole du cœur ». « Vous n’avez pas le monopole de la haine » tels furent en substance les coups de fleuret que décocha à sa rivale en miroir le duc. « Vous êtes plus molle que nous pouvons l’être » affirma encore monsieur du Dard-Malin de cet air supérieur et pincé qu’on lui connaissait. Le duc dans sa noble et courtoise mansuétude alla même jusqu’à donner des conseils à madame de Montretout, si d’aventure cette dernière eût pu remporter le Tournoi de la Résidence Royale.

Ce fut donc dans cet aimable et fort confortable entre-soi que se déversèrent à l’unisson les flots de bile et de haine sur l’ennemi : les Mahométans, et pire encore, les Mahométans pauvres qui s’entassaient dans les faubourgs insalubres, leurs femmes, sans oublier bien entendu leurs sauvageons de marmots. On remâcha jusqu’à la nausée cette vieille antienne obscurantiste : le droit du sang. Tout se passait comme si les Lumières – dans le pays qui les avait vu s’allumer- s’étaient définitivement éteintes. A la même heure cependant, dans un autre de ces salons mondains, elles se rallumèrent et brillèrent haut et clair : le tribun Gracchus Melenchonus exposait ses thèses, parlait d’humanité et de la chose publique qu’il fallait aimer et rétablir. Contre toute attente, les Riens et les Riennes, refusant le mauvais brouet que Sa Cynique Manigance avait cuisiné à leur intention, boudèrent le salon de la marquise de Salez-Mets et lui préférèrent celui de monsieur de l’Anenougat. Gracchus en étonna plus d’un.

Le baron de Toutenamont – lequel avait appartenu du temps du roy Françoué dit le Scoutère, à la faction de la Rose, et avait porté à sa place les pâlichonnes couleurs de cette faction au Tournoi avec un fort maigre succès, privant ainsi Gracchus Melenchonus de quelques suffrages -, eut un transport à la cervelle. Il avait assisté à la causerie entre la ChatelHaine de Montretout et monseigneur le duc, Grand Chambellan du Roy aux Affaires Domestiques. Il en fut horrifié et s’en fut toutes affaires cessantes s’épancher le lendemain dans le salon d’une Gazette Parlée, Rance Infaux. « J’ai été cocufié ». Ce fut en effet en ces termes d’alcôve que le baron narra sa déconvenue. Comment la chose se pouvait-elle ? « J’ai fait allégeance au futur Roy pour faire chuter madame de Montretout» se plaignit amèrement monsieur de Toutenamont, « monseigneur le duc du Dard-Malin m’a volé, que dis-je, il m’a cocufié ». Dans les chaumières, on se gaussa. Ce baron – qui se désolait doncques de ce que le duc du Dard-Malin lui eût ravi le cœur de Notre Mensongeux Jouvenceau – , était-il faussement naïf, ou l’entendement lui faisait-il réellement défaut ?

Le Roy, que ces jérémiades égayaient fort, entendait bien se représenter au Tournoi de la Résidence Royale et l’emporter. Monsieur du Dard-Malin était l’instrument qu’il s’était choisi afin de répliquer sur sa droite ce qu’il avait accompli sur sa gauche. L’Enmêmentantisme devait triompher et ce de manière absolue. Au soir de la première épreuve, il se devait d’être en tête et largement. Il fallait pour ce faire conquérir les suffrages des bonnes gens qui se portaient ordinairement sur celui qui arborait les couleurs des Rets Publicains. Le duc de Sablé, monsieur du Fion, ayant jeté le gant après ses démêlés avec la justice pour de malheureuses confitures faites par son épouse aux blanches mains, – alors qu’elle était censée le seconder à la Chambre Basse -, on ne savait encore qui serait le champion de cette faction. La chose n’avait que peu d’importance, il fallait que ses couleurs en fussent par avance pâlies, afin que Sa Machiavélique Suffisance représentât l’unique opportunité de faire triompher les intérêts des bourgeois, ainsi que leurs rances et mornes passions. Le duc du Dard-Malin servait doncques à merveille les desseins de Notre Hardi Jouvenceau. Lui serait-il fidèle jusques au bout ? Quelle place de choix occuperait-il lorsque Sa Grandeur Ethérée se ferait sacrer en grande pompe Premier Empereur de la Starteupenéchionne  ? Ce n’était point un hasard si c’était au duc du Dard-Malin qu’avait été confiée la grande mission de préparer le nouveau Concordat.

On eut enfin des nouvelles de la baronne du Cachalot, la Chambellane aux Affaires de l’Art et de l’Esprit. Elle s’avisa enfin de ce que le monde des saltimbanques se mourait à petit feu de tristesse et d’ennui de ne pouvoir exercer leur art devant un public. Pour toute réponse, elle fit quelques vagues promesses – dont on savait bien qu’elles n’engageaient que celles et ceux qui avaient encore la folie d’y croire – et s’en fut toutes affaires cessantes s’adonner à ce qu’elle aimait passionnément : se mettre en scène devant un public. Ce qui était refusé à celles et ceux dont c’était le gagne-pain était pour madame du Cachalot une gourmandise dont elle n’entendait point se priver. Madame de Quatrepluzun, une gazetière mondaine qui se piquait fort d’être spirituelle , reçut ainsi notre baronne, laquelle lui narra fort émoustillée ses amours de jeunesse avec une nonne. Puis toujours aussi aiguillonnée, elle courut chez madame de l’Antimoine s’ébaubir et folâtrer sur le téton du Chevalier d’Alanver. Lorsqu’on lui demanda ce qu’elle avait pensé de la causerie entre son comparse monseigneur le duc du Dard-Malin et madame la ChatelHaine de Montretout, la baronne répondit qu’elle n’y avait point assisté.  « J’avais des obligations » argua-t-elle.

Par bonheur, il se trouva le petit duc de l’Atelle, qui se fût immolé pour son Roy, pour absoudre de tout péché monseigneur le duc et rejeter toute la faute sur la ChatelHaine, unique coupable de tous les maux mais qu’on cajolait à outrance tant il fallait que ce fût elle et et elle seule la fausse adversaire de Notre Poudreux Imposteur.

Ainsi en allait-il au Royaume du Grand Cul Par Dessus-Tête, en ce jour de Saint-Valentin. Les amoureux furent priés de s’embrasser masqués et à bonne distance.

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