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Chroniques du règne de Manu 1er l’Infaillible

Chronique du troisième jour du mois de février, en l’an de disgrâce 21

Où il est question d’une célèbre armure, d’une étrange métamorphose et de pieuses litanies.

Le Roy, qui entendait rester maître de tout et en tirer gloire, revêtit l’armure de Saint-Louis dit le Preux et prit la tête de la Grande Croisade de la Sainte-Vaccine. Afin de faire connaître cette nouvelle urbi et orbi, on convoqua au Château les gazetiers de la Première Lucarne Magique, afin qu’ils se prosternassent et commençassent de noircir le parchemin de la Geste du Roy. Sa Clairvoyante Apothicairerie, louée Soit-Elle, apparut aux gazetiers vêtue de pied en cap, tout juste de retour d’une veillée d’armes, de celles qui précèdent les grandes batailles et dont on garde si longtemps la brillante et édifiante image. Ne venait-Elle point en effet de recevoir au Château les représentants des grandes fabriques de potions et médecines du pays, et même de l’Europe,  afin de « lancer la mobilisation générale  pour le vaccin » ? On manquait de fioles pour administrer le précieux antidote ? Les onctions étaient remises aux calendes grecques ? Notre Zézayant Volontariste en faisait son affaire. « Faites-moi confiance, j’essaierai de prendre à chaque étape les décisions les plus seyantes ». Telles furent ces paroles que l’Histoire ne manquerait point de retenir.

Les Riens et les Riennes – d’âge adulte, précisa avec onction Sa Grande Ordonnance – furent ainsi assurés de recevoir, d’ici aux beaux jours de l’été, et pour peu qu’ils en eussent exprimé le souhait à l’aide de moult formulaires, le précieux antidote. Cela relèverait assurément du miracle. A peine avait-on vacciné la moitié des vieillards des hospices. Pressé par ses Conseillers – « Sire, il Vous faut choyer et cajoler ce peuple que Vous abhorrez tant, un peu de baume éteindra la colère de ces manants, ils sont si faciles à berner et Votre Majesté s’y entend si bellement »-, Notre Jupiteux Olympiste remercia les Riens et les Riennes de se montrer aussi nobles qu’il l’était lui-même. Ainsi les « procureurs » vertement tancés une semaine auparavant se métamorphosèrent-ils sous le verbe royal en un troupeau de tendres et dociles moutons, dont le berger n’était que douceur, bienveillance et prévoyance. Celles et ceux dans les chaumines qui avaient naïvement cru que le Roy venait faire son mea culpa en furent pour leurs frais.

L’ombre de la Débâcle se dressait, menaçante, mais Sa Nébuleuse Altitude n’en avait cure. Tout était de la faute des autres qui s’ingéniaient à contrecarrer ses plans. Notre Délicat Monarc en conçut un accès de bile noire, ce qui fit craindre le pire pour sa santé et celle du pays. Les médicastres royaux conseillèrent une purge. Pour ce faire, on convoqua au Château des gazetiers triés sur le volet, ceux de Lutèce-Flache et ceux de La Virgule, afin qu’ils recueillissent des bribes de la Pensée Complexe de Sa Divine Majesté, et que celles-ci fussent dispensées en potion curative au peuple chaque soir au moment de leur maigre diner. On rendrait également l’administration obligatoire de cette potion dans toutes les escholes du pays. Monseigneur de la Blanche-Equerre, dès lors qu’il aurait fini de se trémousser et de se déhancher au milieu de bambins pour montrer son excellente condition physique, y veillerait en personne.

Les petits Riens et les petites Riennes répèteraient ainsi chaque jour aux matines que la Russie du tsar Vladimir n’était point amie de la Startupenéchionne – sauf si l’on en était acculé à leur mendier des fioles d’antidote pour la Sainte Vaccine –, que ces maudits Insoumis – lesquels ne pensaient qu’à renverser le Roy, cet Astre Solaire que le monde nous enviait – , n’étaient bons qu’à se faire embastiller, que les Haineux – dont on aurait pourtant grand besoin lorsque serait venu le Tournoi –, étaient mauvaises gens, nonobstant que leurs idées fussent peu ou prou les mêmes que celles des Dévôts et celles du Roy lui-même, que toutes les gazettes se devaient désormais d’encenser – comme elles l’avaient fait dans les premières années de son règne – , Celui Qui Décidait de Tout, car ce souverain n’était que grâces et bonté. Il était le Bien personnifié. S’il avait pu par le passé se montrer quelque peu mordant avec son peuple, ce n’était là que malentendus. Les petites flèches n’en étaient point. On avait vilement confondu avec de tendres bécots. Notre Saint et Martyr était tout bonnement victime de ses plus grands « défauts » : l’honnêteté, la bonté et le courage. Nulle malveillance n’était jamais venue s’immiscer entre lui et le peuple, il lui était au contraire tout dévoué. De même, le Roy ne pensait nul mal des Gilles, ou de ce quidam qui se disait Gitan et avait joué des poings contre des argousins, tout au plus n’étaient-ce là que sottes gens qui, aveuglés de préjugés et embrigadés par ces maudits Insoumis, ne se rendaient point compte. Il fallait les dessiller. Telle était la noble tâche que s’était donnée Sa Très Grande Illumination. Louée soit-Elle et que grâces Lui soient rendues. Amen.

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