Poster un commentaire

Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Petit, en l’an de disgrâce 21

Chronique du troisième jour de janvier

Où il est question d’ingratitude, de piétinement et de fourberies.

L’an vingt et un débutait sous de sombres auspices. Le Roy en eut les sangs tout retournés. Il ne s’était trouvé que le duc d’Amonbeaufisse, ce Dévôt, pour encenser l’allocution que Notre Piteux Cabotin avait infligé en guise de ite missa est pour l’an vingt à destination de ces maudits Riens et Riennes. Monsieur d’Amonbeaufisse avait loué en particulier le passage consacré aux Saints, ces illustres inconnus que la royale parole avait consacrés au rang de héros de la Startupenéchionne. Mais voilà qu’il s’en était trouvé, parmi ces gueux – pourtant choisis avec la plus grande circonspection par les Conseillers – pour se plaindre ! L’un d’eux, un boueux de la lointaine Guyane, eut le toupet de réclamer son obole, promise et jamais reçue, pour lui et ses comparses. Un autre, maitre dans un gymnase de la bonne ville de Massalia, où il enseignait les rudiments de l’économie, se récria qu’il était tout ébaubi. On ne l’avait point prévenu ! L’ingratitude était une potion bien amère à avaler pour Sa Sourcilleuse Bienveillance qui jura qu’on ne l’y reprendrait plus.

Il y avait d’autres sujets d’inquiétude. La Grande Croisade de la Sainte-Vaccine piétinait. Le Roy – qui commandait en toute chose mais n’était jamais responsable de rien – tança vigoureusement le Chevalier Gode-Froid-Bouillant d’Alanver, lequel déversa son ire sur celui qu’on avait nommé général en chef des croisés, le comte de La Poissonnerie. N’avait-il point deux jours auparavant vanté les mérites de la lenteur de la Croisade ? « Cela donne le temps de faire les choses bien » avait ainsi mielleusement susurré le comte devant des gazetiers médusés. On incrimina alors ces maudits Riens et Riennes, qui ne voulaient point se faire vacciner, préférant mourir apostats ! Une saltimbanque, madame Mouchkinus, osa alors s’en prendre publiquement aux Chambellans ainsi qu’au Roy en personne, qu’elle apostropha vigoureusement dans un libelle. « N’êtes vous donc pas prêts ? » déclara celle qui ne pouvait se résoudre à voir les artistes mourir de faim et de désespoir, faute de pouvoir monter sur les planches. Ce cri résonnait avec le « Nous sommes prêts » que Gode-Froid-Bouillant avait pourtant claironné ici et là tout au long du mois de décembre. Où étaient donc passées les millions de petites fioles dont on avait pourtant prétendu avoir passé commande ? On eût du les produire dans notre beau pays. Las ! Notre Malveillant Timonier n’avait point desserré les cordons de la bourse afin de rétribuer les chercheurs. Il fallait donc se fier aux sérums produits par les officines de la maison Bique-Farma. Il se concevait quelques inquiétudes sur l’une de ces formules dont on se demandait ce qu’elle produirait d’effets indésirables.

La réouverture des escholes était un autre sujet fâcheux. Des médicastres en appelaient à les laisser fermées pour un temps encore, et ce d’autant que le Roy, sur la suggestion de son Conseil de Défense, avait avancé dans certains des comtés de l’Est l’heure du couvre-feu. Monseigneur de la Blanche-Equerre avait cependant de tout autres desseins. Il recevrait les Guildes des maîtres le sept du mois pour recevoir leurs doléances et leurs revendications au sujet de la rentrée du quatre. On était bien au Royaume du Grand Cul par dessus Tête. En revanche, le duc reçut incontinent ses fidèles afin de mettre la main aux préparatifs du Tournoi des Provinces, au cours duquel il affronterait la baronne de la Patronnesse.

Ainsi donc commençait cet an 21. Monsieur le duc du Dard-Malin et sa maréchaussée furent défiés par des drôles qui entendaient fêter bruyamment, en forêt de Brocéliande, la fin de l’an 21. Pendant quatre jours, ces impudents mirent en échec toutes les tentatives de mettre fin à leur bamboche. Quand enfin ils sortirent ravis, ils furent tancés sévèrement par les gens d’armes. Un Dévôt cria que c’était là des « ultra-sinistres » séditieux qui en voulaient à la personne du Roy. Ce fut un calamiteux épisode. Dans un comté de l’Est, où tout était proscrit, où le couvre-feu s’appliquait implacablement dès la tombée du jour, la lauréate du concours de la Plus Belle Potiche de la Startupenéchionne s’en fut dans une foire couverte faire admirer sa plastique et la moitié de son visage, suscitant des attroupements. De l’autre côté de l’océan, Donald, le grand ami de Notre Joli Bibelot, refusait toujours de concéder sa défaite. Il continuait inconsidérément de fomenter complots et autres fourberies pour faire disparaître Sir Joe du Bidon.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :