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Chroniques du règne de Manu Le Petit au temps de la grippe pangoline

Chronique du vingt-huitième jour de décembre, en l’an de grande disgrâce 20

Où il est question de petites poupées, d’indignité et d’une grande Croisade…

On était entré dans les derniers jours de cette annus horribilis. Le Roy – dont la quarantaine n’avait point excédé la septaine – s’était fait transporter avec sa suite, en compagnie de la Reine Qu-On-Sort, dans son palais d’été, au fort de Brigandçon, pour jouir en toute quiétude des doux rayons du soleil, pendant que ses vils sujets subissaient la rigueur de l’hiver qui venait d’arriver. Du temps où il avait dû garder la chambre, Notre Charmant Zéphyr avait scrupuleusement rendu compte en personne de la qualité de ses humeurs bilieuses, de la viscosité de ses crachats et de la consistance de ses selles. De mauvais esprits s’étaient néanmoins laissé aller à supputer que tout ceci n’était afféteries et menteries, que le Roy n’était point malade, mais cherchait à le faire accroire afin de susciter la pitié du peuple, qu’il fallait bien duper. Cette machinerie avait bien pu être fomentée par le Cardinal de Khôl-Air, l’Eminence grise de Sa Pâlichonne Petitesse. Les gazetiers avaient colporté moult bruits de palais. Il se disait qu’en l’absence du Roy, c’était monseigneur de Khôl-Air qui détenait les clés de la Starteupenéchionne.

Notre Divin Enfançon n’avait point sacrifié aux traditionnels vœux de la Nativité. Le Premier Grand Chambellan et le terrible Chevalier d’Alanver, le Chambellan de la MalPortance, avaient pourtant seriné sur tous les tons aux Riens et aux Riennes qu’il fallait « sauver Noël ». Mais il ne se trouva pas grand monde dans le royaume pour regretter l’absence de cette royale bénédiction et l’on put, nonobstant les recommandations drastiques édictées par monsieur le Chevalier, lesquelles étaient parues dans la gazette Le Lutécien, se livrer aux traditionnelles agapes, après s’être échangé quelques menus présents. On trouva dans bon nombre de souliers de petites poupées de son à l’effigie de Sa Très Détestée Suffisance, ainsi que des petites aiguilles.

Durant le temps de sa septaine, le Roy avait fait mander les gazetiers du Rapide, une gazette fort en vue, et les avait abreuvés, autant qu’Il s’était écouté discourir, durant de longues heures, d’une interminable logorrhée, d’où il ressortait que l’enmêmetantisme ne s’était jamais aussi bien porté, et qu’il était fort opportun de réhabiliter monsieur Pétain, ce héros si cher à son cœur, dont la pensée irriguait tant la sienne, ainsi que l’ineffable et si délicieux monsieur Maurras, l’inspirateur des Haineux. Notre Verbeux Visionnaire délivra ainsi moult recettes inspirées de ses saines et roboratives lectures afin de rétablir notre vieux pays gaulois dans la voie de l’ordre. Le royal discours s’était achevé en apothéose sur « le privilège blanc » dont Sa Nauséeuse Incontinence admettait l’existence – on se démarquait ainsi habilement de Madame la ChâtelHaine de Montretout – mais point la portée – ce qui revenait à donner pleinement raison aux Haineux. C’était là encore une brillante illustration du principe de l’enmêmetantisme.

Madame la ChatelHaine de Montretout eût-elle tenu pareils propos sur messieurs Pétain et Maurras que les duchesses et autres barons de la vieille République en eussent conçu quelques vapeurs. On eût crié à l’outrage. Las ! Il se trouva fort peu de monde, hormis du côté de ces maudits Insoumis, pour relever que le Roy parlait très benoîtement et avec force révérence et erreurs historiques de deux personnages honnis dont les actes avaient par le passé conduit notre pays dans l’abîme.

On apprit aussi par d’étranges indiscrétions que le Conseiller de la Mémoire du Roy, un certain Rouget-Minus, avait rencontré la nièce de madame de Montretout, madame de la Peine-Nous-Voici, dans une gargotte -du temps où le Chevalier d’Alanver ne les avait point encore contraintes à la fermeture et donc à la faillite. Monsieur Rouget-Minus se défendit haut et fort d’une quelconque collusion. Il argua d’une saine « curiosité », voulant savoir si madame de la Peine-Nous-Voici « était en résonance avec l’état de l’opinion ». Nul ne se méprit sur le sens des propos emberlificotés de monsieur Rouget-Minus. Du côté du Château, on s’empressa de faire savoir que Sa Sublime Hauteur n’était en rien à l’origine de cette rencontre et que le sieur Rouget-Minus avait agi de son propre chef, lequel n’était pourtant mu que par la plus extrême dévotion au Roy.

La veille de ce vingt huit décembre avait débuté la Grande Croisade de la Sainte-Vaccine, sous les ordres du Chevalier Gode-Froid-Bouillant d’Alanver. La première convertie fut une pauvre vieille Rienne, répondant au doux nom de Mauricette, à qui l’on avait – dans une grotesque et navrante mise en scène- injecté un mystérieux sérum dont on se demandait à quoi il pourrait bien servir, puisqu’il était entendu qu’il ne vous protégeait point d’attraper la grippe pangoline. On avait raconté quelques fadaises à la pauvre Mauricette pour la convaincre de se livrer aux mains d’une nurse, laquelle n’était point gantée et s’adressait à la pauvre vieille en usant de ces mièvreries hélas fort en usage dans ces hospices où l’on entassait vieillards et vieillardes, non point pour les chérir sur leurs derniers vieux jours, mais pour engraisser quelques Très-Riches qui voyaient leurs profits juteusement augmenter, tandis que l’espoir et la joie avaient totalement déserté ces lieux de misayre. La Grande Croisade de la Sainte-Vaccine allait continuer de s’y déployer. Ainsi en avait décidé l’implacable Gode-Froid-Bouillant d’Alanver.

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