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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Petit, au temps de la grippe pangoline.

Chronique du huitième jour du mois de décembre de l’an de disgrâce 20.

Où il est question de filiation, de sédition et de versification…

Le trépas du très vieux et très cacochyme roi Valkiry fut l’occasion pour Notre Petit Ordonnateur des Pompes Funèbres de se livrer à un long et dégoulinant panégyrique, qu’il infligea à Ses Mauvais Sujets en guise de potage. Après avoir exprimé tout le bien qu’Elle pensait de ses illustres prédecesseurs, voilà que Sa Nuageuse Altitude s’avisait que le meilleur d’entre eux était celui qui n’avait régné que sept années, vaincu par le roi Françoué dit Tonton. Voilà que Notre Poudreux Thuriféraire trouvait à Valkiry toutes les vertus. Voilà qu’Il sommait son vil peuple de faire pénitence pour n’avoir point vénéré ce souverain dont il voulait qu’apparussent enfin au grand jour les liens qui les unissaient – n’était-il point son fils putatif né d’une union morganatique avec la baronne de Tâtechair, Lady Iron ? Conçu en secret dans une alcôve, il se murmurait que le marmot avait été confié par la suite à un couple de bourgeois d’Amiens et élevé chez les Bons Pères.

Sa Sélective Amnésie tenait pour quantité négligeable que, sous le règne de Valkiry, on eût raccourci quelques condamnés à mort, sans que la grâce royale ne vint suspendre la machine de monsieur Guillotin – quand bien même le doute était encore permis sur la culpabilité de l’un de ces condamnés -, qu’on eût fait mettre en berne tous les oriflammes du pays quand le vieux Caudillo, lequel tenait le royaume de l’Hispanie dans une main d’acier, fut passé de vie à trépas, lui qui avait ordonné que l’on mît à mort par garrottage quelque temps auparavant des séditieux basques. Le roi Valkiry avait aussi compté parmi ses Chambellans un ancien Prévôt de monsieur Pétain, un certain Pas-Bon du Tout, qui avait trempé tout entier dans la sinistre époque de la Collaboration avec la Germanie de monsieur Hitler, et qui s’était ensuite illustré comme Prévôt de la place de Lutèce. « Pour un coup donné, nous en porterons dix » avait claironné celui dont on se demandait fort s’il n’avait point été le mentor du Sieur Teutonic, envoyant ses troupes courir sus à celles et ceux qui réclamaient l’indépendance de l’Aljazair. Les coups de bâton avaient été légion et pour y échapper, des malheureux s’étaient jetés dans la Seine. L’année qui avait suivi cette sinistre nuit d’octobre, le Sieur Pas-Bon du Tout avait pris pour cible des bolcheviques dont il eût aimé faire de la charpie. Il y parvint pour neuf d’entre eux qui périrent sous les coups de la maréchaussée.

Le roi Valkiry n’avait pas vu malice à ce que ce sanglant Prévôt fût Chambellan à la Cassette.

Le lendemain de la glorieuse réhabilitation de son père naturel, Notre Vibrionnant Zébulon se transporta avec toute sa suite dans le salon d’une Lucarne Magique, laquelle était censée être regardée par la jeunesse du pays. « Sire, il vous faut vous faire aimer à nouveau par ces êtres frais et naïfs, ils vous assureront la victoire au Tournoi» avaient mielleusement susurré les Conseillers. Le Roy ne se fit donc point prier pour se livrer à son autre exercice favori : la Grande Parlotte. Pendant deux interminables heures, il fut question des maux du pays au premier rang desquels figuraient bien sûr ces maudits Insoumis, mais aussi tous ces sinistres séditieux qui n’avaient point d’hémisphère droit dans leurs cervelles, ces gazetiers impertinents qui mettaient leurs vilains nez là où il ne fallait pas, ces zécolos excités de la binette qui allaient partout criant qu’on courait à la catastrophe et qui avaient commis le crime de lèse-majesté en décrochant les portraits de Sa Sublime Perfection. Tout au plus le Roy concéda-t-il qu’il y avait quelques échecs patents, mais aucun ne lui était imputable, c’était la faute de tout le monde.

Le gazetier qui tendait le crachoir à Notre Poudreux Bonimenteur l’interrogea sur sa maréchaussée. Sa Sérénissime Altitude se trouva contrainte, en se frottant frénétiquement les mains -afin de se laver par avance de ses propos, d’avouer qu’il y avait bien de la part de la maréchaussée quelques « violences », prononçant là ce mot honni par Elle-Même pendant la Grande Gileterie, ce mot qui faisait s’étouffer le petit duc du Dard-Malin. Le Roy alla même jusqu’à admettre que certains chez les argousins commettaient une faute en choisissant de ne vérifier que les laisser-passer de ceux qui avaient la malchance d’avoir la peau sombre ou basanée. Pour le coup, ce furent les Guildes d’argousins qui en conçurent de bouillonnantes vapeurs, demandant à leurs affidés de plus pratiquer aucun contrôle.

On était au Royaume du Grand Cul par Dessus Tête. Ce n’était plus le Chambellan aux Affaires Domestiques qui tenait les rênes de la maison Poulaga, mais les Guildes qui rappelaient des temps que l’on avait cru oubliés et remisés. Le Conseil des Chambellans n’était plus en vérité qu’une misérable coquille de noix vide, Notre Verbeux Tyranneau n’écoutant plus que son Conseil de Défense. Monsieur le Chevalier d’Alanver – attendant toujours son titre de baron, qu’il estimait plus que mérité au vu du mal qu’il se donnait afin de faire prendre les vessies pour des lanternes aux Riens et aux Riennes qui rongeaient amèrement leur ire – faisait la pluie et le beau temps, soufflant le chaud et le froid, à moins que ce ne fut l’inverse, on ne savait plus. La petite duchesse de la Gerbée – pour qui tous les manifestants étaient des séditieux sanguinaires- se consacrait corps et âme à la cause de monseigneur le duc de la Blanche Equerre, dont Sa Mesquine Manigance entendait se servir pour faire pied à la baronne de la Patronnesse, afin que cette dernière fût obligée de s’allier à la Faction de la Marche pour garder son fief de l’Ile de Rance. Monsieur le duc du Dard-Malin, flanqué de l’inénarrable madame de la Courge, et alors qu’il était encore empêtré dans son édit, lequel faisait se déverser sur le pavé chaque semaine des Riens et des Riennes fort inquiets, allait devoir remonter à cheval pour défendre un nouvel édit, dont on disait le plus grand mal, tant il était de nature à désigner tous les Mahométans et Mahométanes comme des ennemis du royaume.

Pendant ce temps, le duc de Gazetamère herborisait et versifiait fort laborieusement. Rantanplan s’était découvert une passion secrète pour la poésie nipponne et on le vit à plusieurs reprises gazouiller sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur. La duchesse des Charentaises et du Poitoutou, voulant faire un mot d’esprit, montra le fond de son mépris pour le peuple des campagnes, dont elle s’attira l’ire. Les paysans se sentirent moqués par la comparaison dont usa la duchesse pour parler de la place Beauvau, prétendant qu’au fond des chaumières on ne savait qu’entendre «un beau veau ». Le trait qu’elle voulut décocher contre le Roy alla piteusement se ficher dans son escarpin, faisait rire sous cape Madame la duchesse de l’Ide-Aligot, laquelle entendait bien prendre la place que madame des Charentaises convoitait pour le Tournoi de la Résidence Royale. La bourgmestre de Lutèce était l’exact pendant féminin de Notre Jupitérien Jouvenceau, lorsque quatre années auparavant il avait prétendu représenter le camp du progrès social.

Pour l’heure, le Roy, qui avait donné à entendre lors de Sa Grande Parlotte un tropisme tout néronien, recevait en grande pompe le Pharaon du royaume de l’Egypte, le sanguinaire Al Nonnon.

Ils avaient à discuter de mystérieuses affaires.

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