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Chroniques du règne de Manu Le Petit, au temps de la grippe pangoline.

Chronique du huitième jour du mois de novembre de l’an de disgrâce 20

Où il est question de supputations en tout genre, d’une fracassante nouvelle…sans oublier la dinde…

Au Château, c’était la consternation. Le Roy était grandement éploré. On le disait au plus mal, suffoquant et ergotant sans cesse « Que vais-je devenir ? Que vais-je devenir ? » Quelle était donc cette si fâcheuse nouvelle qui obscurcissait le ciel serein de Notre Ethéré Jouvenceau ?

Etait-ce le fait de devoir supporter Ses sujets récalcitrants, ces mauvais bougres qui obéissaient si mal à son nouvel Édit, par lequel Il imposait sur tout le territoire le Deuxième Grand Confinement, qu’on appelait aussi la Grande Passoire ?

Etait-ce les colères de Son favori, l’atrabilaire Chevalier d’Alanver, qui avait si généreusement postillonné sur les représentants du peuple à la Chambre Basse, les sommant de quitter ces lieux s’ils n’obtempéraient point à ses ordres de voter comme on leur en avait intimé l’ordre ?

N’était-ce point plutôt le fait d’être devenu la tête de turc du Pacha de l’Empire Ottoman, Herr Dogan, lequel ne manquait désormais plus aucune occasion pour dire tout le mal qu’il pensait de la santé mentale de Notre Poudreux Matamore ? Un autre fanatique mahométan avait encore une fois perpétré chez nous trois odieux assassinats, dans la bonne ville de Nice. Comme le baron de La Fesse Transie, le bourgmestre de cette citée endeuillée, avait illico endossé l’habit des Croisés, rejoint par l’ineffable petit duc de la Schiotte, le Roy avait cru bon d’en faire autant. Herr Dogan, qui en avait déjà après Sa Vertueuse Verbosité au sujet de la guerre dans la lointaine Syrie, l’avait poursuivi de son ire, l’accusant de vouloir en finir avec tous les Mahométans de la terre dont il se croyait le chef.

Ne fallait-il point au contraire aller chercher du côté du Savant de Marseille, que Notre Doucereux Hypocrite, selon quelques indiscrétions, continuait de consulter, alors même que le Chevalier d’Alanver avait juré de faire rendre gorge à cet impudent, qui prétendait encore et toujours soigner la grippe pangoline avec des potions de quatre sous, quand on faisait tout ce que l’on pouvait pour qu’il en mourût beaucoup parmi les Riens et les Riennes, afin de présenter l’antidote miracle qui se concoctait dans les laboratoires secrets de la maison Bique-Farma, et qu’on vendrait à prix d’or ?

Mais n’était-ce pas en réalité les perspectives apocalyptiques qu’agitait frénétiquement monsieur du Défraichis, qui présidait au Conseil des Savants, rejoint en cela par ses pairs, tous ou presque adeptes de Monsieur Diafoirus, perspectives selon lesquelles les Riens et les Riennes devaient se préparer à passer les fêtes de fin d’année confinés au logis, dûment masqués, même pour cajoler les bambins – dont moult médicastres affirmaient que cela n’affecterait en rien le développement de leurs personnalités – , en tremblant à l’arrivée de la Troisième Vague ? Pour mater la révolte, si révolte il y avait, il suffirait que le Sieur Teutonic exerçât sa poigne de fer dans tout le pays, comme il le faisait pour la bonne ville de Lutèce.

Notre Tyrannique Bibelot n’écoutait du reste plus guère son Conseil des Savants. Il lui préférait grandement son Conseil de Défense, lequel était devenu le véritable gouvernement du pays. La vieille République était morte et enterrée. Les membres du Conseil de Défense réunis en grand secret chaque mercredi autour du Roy n’avaient de compte à rendre à personne, hormis à Sa Divine Omnipotence. On ne savait ce qu’il s’y disait, puisque chacun y était tenu au silence le plus absolu. Le Premier Grand Chambellan, le baron du Cachesex en était, bien entendu, ainsi que les favoris, le Chevalier d’Alanver et le duc du Dard-Malin. Le Roy s’était aussi entouré d’un général et de hauts fonctionnaires. La seule femme de l’aréopage était madame la baronne de la Part-Mollie, en sa qualité de Chambellane aux Armées. Nul médicastre, hormis l’atrabilaire Chevalier, dont on se demandait toujours où il avait fait sa médecine, nul savant, hormis l’ineffable baron du Cachesex, dont les connaissances en matière de Comices Agricoles faisaient toujours merveille. Si ce n’était contre les miasmes pangolins, contre qui doncques ce Conseil se défendait-il ?

Le tribun Gracchus Mélenchonnus avait tonné contre l’irresponsabilité de ce comité, qui méprisait le peuple souverain. Le bouillant tribun continuait de croire qu’il y avait encore, quelque part gisant sous les décombres fumants de la vieille République, le corps mutilé de Marianne. Las ! Il était bien le seul. Du côté de la droite de la Chambre Basse, le baron du Tranbert haussa quelque peu le ton, mais point trop n’en fallait. Monsieur le duc de la Jade d’Eau protesta lui aussi fort mollement. Le Roy l’eût-il convié en raison de ses immenses qualités que notre duc eût sauté de joie à l’idée d’en être.

A moins que ce ne fût monseigneur de la Blanche-Equerre – dont il se disait qu’il était devenu l’hémisphère extrême droit de la cervelle du Roy- , qui ne désespérât ce dernier au point de lui faire douter de la réussite de leur entreprise ? Non content d’avoir réduit les prétentions de ces fainéants de maitres des escholes, le duc avait tenté de les museler afin qu’ils ne rendissent qu’un hommage des plus discrets – ou pas d’hommage du tout – à leur pair tombé sous les coups du fanatique. Mais voilà que les maitres craignaient de subir de front l’attaque des miasmes pangolins, ils réclamaient à cor et à cris des aménagements. Monseigneur le duc leur répondait invariablement « Protocole ! Protocole ! Protocole vous dis-je ! ». Exaspérées, mais continuant tout uniment de parlementer avec les gens du duc et le duc lui même, leurs guildes de défense les enjoignirent à se croiser les bras en signe de protestation. On arrêta pour cela la date du dix du mois de novembre.

Tous ces désagréments chagrinaient peu ou prou le Roy, mais là n’était point la raison de son désarroi. Il fallait en chercher la cause de l’autre côté de l’océan, dans le royaume des Amériques. Sir Donald, son grand ami, son mentor, son maitre, sir Donald le Magnifique venait d’être déchu ! Au terme d’un interminable Tournoi auquel nul ne comprenait goutte, la terrible nouvelle venait de tomber : le nouvel empereur de l’Amérique Septentrionale était le baron Du Bidon. Notre Minuscule Caniche en était tout retourné. Il ne connaissait rien des us et coutumes de Sir Joe, comme il faudrait l’appeler. C’était un quasi-vieillard, et c’était une bonne nouvelle. Il avait de surcroît ravi les beaux esprits de la Startupnéchionne en se choisissant comme vice-roi une reine, la baronne de l’Harisse, une courtisane des plus sémillantes qui s’était rendue célèbre en divulguant sur une Lucarne Magique sa recette de la dinde pour Thanksgiving.

Ainsi en allait-il au Grand Royaume du Grand Cul Par-Dessus Tête. Confinés et confits dans leurs logements mal aérés, les Riens et les Riennes broyaient du noir et suçotaient amèrement les reliefs de leur maigre volaille, pendant que leur Prince se faisait expliquer par le menu comment rôtir une dinde, ceci afin de complaire à son nouveau mentor, et le recevoir des plus dignement quand on lèverait provisoirement la Grande Passoire.

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