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Chroniques du règne de Jupithiers, au temps de la grippe pangoline

Une petite chronique…Chronique du huitième jour du mois d’août de l’an de disgrâce 20

Où il est question de prouesses, d’oublis et de folles perspectives…

Les gazettes furent prolifiques. On ne parla pendant deux jours que de Sa Grande Hablerie et de ses prouesses au pays du Cèdre. Ses thuriféraires avaient oublié que lors de son règne avait éclaté dans son propre pays la Grande Gileterie, qui avait été réprimée de si sanglante façon . Ils avaient oublié les quelques mois qui venaient de s’écouler, pendant lesquels la grippe pangoline avait fait mourir des Riens et des Riennes à qui l’on avait recommandé expressément en cas de frissons de rester au logis, et d’y attendre la dernière extrémité. Ils avaient oublié la mauvaise querelle que le Chevalier d’Alanver, Chambellan de la MalPortance, avait intenté au Savant de Marseille, lequel avait usé d’une fort vieille potion couplée à une autre médecine bien éprouvée pour éviter précisément que les atteints par les miasmes n’en vinssent à suffoquer. Ils avaient tout oublié des trois premières années du règne de ce prince qui était passé maître dans l’art de tancer son peuple et de le vilipender, tout en lui faisant les poches, le priant de ne point s’en plaindre et de le révérer. Ils avaient oublié que lors d’une grande explosion dans la bonne ville de Rouen – due à la présence de matières méphitiques comme à Beyrouth, au pays du Cèdre- Notre Saint Sauveur ne s’était point déplacé, craignant les épouvantables suies qui avaient des jours durant noirci le ciel. Or doncques pendant que le Roy s’en était allé faire son Monsieur de Behachelle au milieu des ruines du port de Beyrouth, une chaleur terrible s’abattit sur notre pays. Le Chevalier d’Alanver était encore, malgré ses grandes prouesses, Chambellan de la MalPortance. Il produisit une ferme recommandation : pour éviter d’avoir chaud, il fallait se mettre au frais. On fut abasourdi devant autant de pertinence et d’intelligence. Les Riens et les Riennes qui avaient sottement pensé s’emmitoufler et rester sous le soleil implacable, en restèrent coits. La grande affaire des masques restait toujours d’actualité. Maintenant qu’on en faisait venir par cargaisons incessantes depuis l’empire du Ciel – où les usines tournaient à plein régime – ils étaient en passe de devenir obligatoires en tout lieu. Les tribuns de la Faction des Insoumis avaient fait valoir que ces masques grèvaient considérablement les pauvres ressources des familles et qu’il eût été bon par conséquent de fournir gracieusement ces petites barrières d’étoffe. Notre Généreux Ruissellement s’ opposa fermement à cette proposition saugrenue. Les Riches ne devaient en aucune manière avoir à débourser un liard pour les Pauvres. Toute la morale de Son Implacable Mesquinerie tenait dans cet aphorisme. On apprit dans le même temps que de la Cassette du Château étaient sortis moult et moult écus à fins de régler les frais de justice de quatorze anciens Grands Laquais dont le Cardinal du Gai-Séant, âme damnée et éminence grise du roi Niko, qui avait trempé dans de fort louches affaires.Peu à peu montait dans tout le pays un climat de peur. Les gazetiers affirmaient théâtralement que les miasmes s’apprêtaient à déferler à nouveau. On les avait vus ici, puis là. Il se disait cependant qu’ils n’avaient en réalité jamais complètement disparu. On fit taire les voix discordantes en les accusant d’être des « complotisses ». Telle accusation était destinée à couper court à toute velléité de rébellion. La jeunesse devenant par trop imprudente – s’exposer à visage découvert était la dernière folie- il convenait de produire des chiffres alarmants. Bon nombre de Bourgmestres rendirent obligatoire le port du masque dans les rues de leurs cités. Au fond de leurs chaumines, les maitres des escholes ruminaient. Monseigneur le duc de la Blanche Equerre avait disait-on préparé un nouveau protocole. On en prit connaissance. Le duc avait été visité en songe par Monsieur de la Palice. Il y était en effet écrit ceci : «la distance entre les élèves n’est plus obligatoire quand elle n’est pas possible ». C’était là chose tout à fait renversante. On imposerait à tous sauf aux plus petits des bambins le port du masque. La rentrée serait donc un grand moment carnavalesque. On s’en réjouissait follement.

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