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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Démiurge.

Chronique du dimanche septième jour du mois de juin de l’an de disgrâce 20

Où il est question d’une certaine pièce, de conciliabules et d’une folle distribution…

Notre Médiocre Scribouilleur s’était mis en tête d’écrire non point l’acte III de son règne, mais une toute nouvelle pièce, laquelle était destinée à le « réinventer » aux yeux du monde. La péripétie de la grippe pangoline avait été fort plaisante à conduire, Sa Fondante Sucrerie s’y était follement amusée à revêtir moult panoplies, à asséner moult discours, à apparaître un jour masquée, le lendemain le nez au vent. Tout ceci lui avait fouetté le sang et l’inspiration s’en était trouvée stimulée. On allait enfin sortir des sentiers battus où l’on s’était suffisamment crotté les chausses. Foin des idéologies, avait martelé rêveusement Notre Filandreux Discoureur, ces miasmes n’avaient-ils point tout bonnement sonné l’avènement d’une nouvelle ère, laquelle finirait en apothéose ? Le triomphe imaginé serait tel que le Tournoi de la Résidence Royale deviendrait inutile. Sa Hauteur Enneigée se succéderait à Elle-Même. Le Roy convoqua les présidents des Chambres, puis les chefs emplumés des Guildes de Laborieux, afin de faire mine de leur demander conseil pour l’écriture de sa pièce. Il les écouta d’une oreille fort complaisante débiter toutes leurs billevesées et autres fariboles, rien de ce que ces faquins ne pouvaient sottement suggérer n’était aussi brillant, aussi vertigineux, aussi éblouissant que le magnifique et disruptif scénario qu’il venait de concevoir.

Il restait encore à convoquer les anciens rois déchus que l’on consulterait aussi. Ils n’étaient plus que trois encore en vie. Le roi Valkirie était fort gâteux, bien que cela ne l’empêchât point de lutiner les soubrettes. Le gros Francoué dit le Scoutère se montrait aussi ennuyeux qu’un sous-gouverneur de province. Il s’endormait au premier hors d’oeuvre. Par bonheur pour Notre Délicat Amphytrion, il y avait le roi Nico dit Les Casseroles, son grand ami, lequel était devenu un habitué des soupers somptueux que Dame Bireguitte, qui aimait mener grand train, faisait servir chaque semaine aux frais des Riens et des Riennes. On y croisait tout ce que le royaume comptait d’importants et d’intrigantes. Ainsi le marquis de la Vileté, ce fougueux et intraitable Vendéen dont Sa Pâle Toquade s’était entichée – bien qu’aux dires du premier, ils n’eussent été en accord sur rien -, avait-il rendu lors d’un de ces soupers, un hommage fort appuyé à son hôtesse, Dame Bireguite, la comparant à la reine Clotilde, l’épouse de Clovis. Le marquis avait ainsi élevé Notre Minus Carolus au rang de fondateur d’une nouvelle dynastie, celle des Caroténiques. Le Roy avait su récompenser la ferveur de ce grand marquis et c’était ainsi que lui avait généreusement été accordé, au sortir du Grand Confinement, le droit de rouvrir son domaine où l’on célébrait chaque été le non-avènement de cette maudite Révolution, alors que tous les théâtres restaient désespérément clos.

Le grand œuvre de Sa Sidérante Imposture était en bonne voie, on en dévoilerait la trame dans les premiers jours du mois de juillet au cours d’une grande allocution. Le titre en était déjà tout trouvé : Qu’on corde la Starteupenéchionne ! Cela claquerait tel un oriflamme au vent de la postérité. Il y aurait des péripéties et des rebondissements, chaque acte serait un feu d’artifice. L’un d’eux traiterait du retour de la Réforme des Vieux Jours, à laquelle Notre Obstiné Tyranneau ne voulait point renoncer, tant cette machination lui permettrait de mettre son peuple trop rétif en totale sujétion. La misère faisait taire toute rébellion. Il s’agissait en vérité de mettre la Terre en orbite autour de Jupiter, métamorphosé en astre solaire, dans ce mouvement perpétuel qu’était l’enmèmetantisme, principe fondateur et fuligineux de la pensée royale. Il ne restait plus qu’à trouver les acteurs et distribuer les rôles.

Sa Poudreuse Gérance faisait passer des auditions. Les antichambres et les coursives ne désemplissaient plus. Madame de La Courge s’y voyait déjà. Elle entendait bien « peser » désormais plus lourd que son bien piètre bilan. Elle fut invitée à une causerie chez Madame du Chiendent. Elle y apparut, toute de candeur et de probité virginales vêtue. On eût dit qu’elle venait de prendre le voile, tant elle semblait confite en dévotion et en modestie. Madame du Chiendent, tout à l’opposé du fiel qu’elle venait de cracher à la tête de Gracchus Mélenchonus, enroba la marquise dans un épais sirop de connivence enrichi d’une obséquieuse pommade. L’autre ne se sentit plus d’aise, se répandant telle une flaque en niaiseries et nitoucheries convenues, dans lesquelles il faut reconnaître qu’ elle excellait. Elle parla des corvées de linge qui épuisaient les Riennes et de congé pour les Riens à fins de bercer leurs nouveaux-nés, au moment où il était question en tout lieu de faire travailler davantage. Elle se trouvait fort spirituelle. Un vieux gazetier présent dans le salon de Madame du Chiendent fit montre de causticité avec notre belle marquise. Le Roy approuvait-il tout ce qu’elle proposait ? On se demanda in petto si Notre Abyssal Visionnaire avait prévu dans sa pièce le rôle de la Cruche de service. Si oui, nul doute que madame de La Courge pourrait à nouveau prétendre pouvoir interpréter son propre personnage. Ce ne serait en rien un rôle de composition.

Le vicomte d’Amonbeaufisse, à qui on n’avait rien demandé – il se murmurait que le Roy ne pouvait guère le supporter plus de trente secondes – se piqua de se mêler de la distribution des rôles. Avec une obséquiosité sans pareille, il fit parvenir à Sa Divine Altitude une proposition secrète, laquelle était le résultat d’une périlleuse recherche, tant les prétendants étaient difficiles à recruter. Une indiscrétion commise par un ennemi du vicomte permit que cette proposition fût rendue publique. On commenta abondamment les élucubrations commises. Tous les rôles, même les rôles de Chambellanes, étaient dévolus à des hommes. Le duc de l’Amer avait le premier rôle, mais on s’endormirait à la première réplique. Le duc de Gazetamère se retrouvait Chambellan aux Armées – nul doute que les mutineries éclateraient illico- et Monsieur d’Amonbeaufisse faisait triomphalement revenir de l’Ibérie le Grand Vizir Manolo pour l’installer aux Affaires de l’Extérieur. On aurait incontinent deux ou trois guerres sur les bras. Aucun des Dévôts de la Chambre ne fut jugé apte à prétendre avoir droit à la moindre réplique. Tous, sauf un. Monsieur d’Amombeaufisse s’était réservé le rôle jusqu’ici occupé par Madame de Sitarte. Il n’aurait pas plus besoin que madame de La Courge d’avoir recours à la composition. On troquerait une sotte suffisance contre une suffisance satisfaite. Le Roy n’y perdrait rien au change.

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