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Chronique du règne de Manu 1er dit le Reconnaissant

Chronique du premier jour du mois de juin de l’an de disgrâce 20

Où il est question des travailleurs de l’ombre que l’on pourchasse et des serviteurs de la Phynance que l’on distingue.

Pendant que dans l’empire de Donald le Dingo, l’embrasement continuait, dans notre beau et riant pays, l’avant-dernier jour du mois de mai fut émaillé par de nouveaux méfaits du Sieur Teutonique, le Grand Gouverneur de la place de Lutèce. Ce reître noir fit mater une manifestation de pauvres hères fuyant la guerre et la misère, que l’on désignait de la triste appellation de « sans-papiers », n’ayant jamais obtenu les documents qui leur eussent permis, à leur arrivée sur le sol de la vieille République, de pouvoir y vivre au grand jour. Ils occupaient dans l’ombre de besognes mal rétribuées : domestiques, servantes, femmes de chambre, éboueurs…tout un petit peuple d’invisibles sans lequel les hôtels, les estaminets, les cafés, les gargotes, les bureaux et les rues n’eussent été que des lieux sales et mal tenus. L’épidémie de grippe pangoline et le Grand Confinement leur avaient été très cruels. Bravant l’interdiction de manifester, ce peuple de l’ombre arpenta le pavé, bras dessus bras dessous avec les bons Samaritains qui se faisaient un devoir d’assistance et de fraternité, ainsi que ces damnés d’Engiletés, dont Notre Sanglant Jupithiers avait cru s’être débarrassé, à force d’avoir ordonné qu’on leur crevât les yeux ou qu’on leur arrachât une main. Les argousins se firent une joie de gazer tous ces séditieux afin de les disperser et de les faire rentrer à nouveau dans l’ombre. Ils avaient bien tenté, pour les empêcher de battre le pavé, de mettre force amendes à ces gueux mais ceux-ci leur avaient répondu qu’ils ne paieraient pas, décontenançant fortement les argousins. Dépités, ces féroces serviteurs de l’ordre s’étaient vengés par la suite en jouant de leurs sulfateuses.

On causait beaucoup de ce qui se passait dans l’Empire des Amériques. Un certain médicastre de salon, trop insignifiant pour qu’on retînt son misérable patronyme, qui se targuait de connaître les maladies du cœur, alors qu’il en était totalement dépourvu, glosa tant et plus dans une Lucarne Magique, pérorant benoîtement que le pauvre homme que les argousins de la maréchaussée de Donald avaient étouffé en lui écrasant le cou de leurs genoux était mort de sa belle mort, s’étouffant tout seul, le maladroit, d’on ne savait quelle maladie inconnue. Il produisit un discours des plus révulsants, devant des gazetiers nourris-aux-croquettes, qui se contentèrent de sottement hocher la tête et d’approuver, comme avant eux leurs ancêtres avaient disserté de la sorte pour savoir si les Noirs avaient une âme. De l’autre côté de la Lucarne magique, les Riens et les Riennes se sentirent monter la rage. Pendant ce temps, dans les Amériques, des argousins révoltés par la violence de leurs congénères, mettaient genou à terre en signe de fraternisation avec les manifestants.

Au Château, Sa Poudreuse Perfidie jubilait. La machinerie fomentée en jouant de la balourdise inouïe de ce La Bidoche fonctionnait à merveille. L’imbécile – qu’il avait été si aisé de flatter pour qu’il prît son branle – allait partout pérorant que le Roy lui-même l’avait désigné pour lui succéder. Jamais bouffon ne s’avéra plus précieux. Notre Venimeux Visionnaire put ainsi jouer la comédie. Il fit savoir partout qu’il craignait qu’un fou ne prît le pouvoir à la faveur du prochain Tournoi de la Résidence Royale, espérant ainsi se poser en miraculeux recours. On pourrait prétexter d’un péril imminent pour que le Tournoi n’eût point lieu. Las ! les menées de Sa Machiavélique Mesquinerie ne furent pas du goût de toute la Cour. Ainsi la petite duchesse de Machevaline fit savoir aigrement qu’elle désapprouvait tout à fait que l’on prît langue avec des bouffons. Fi donc, se récria-t-elle devant des gazetiers médusés, le Roy avait-il tout de bon perdu la tête ? La sanction ne fit point attendre. Madame de Machevaline, qui avait en charge une sous-chancellerie aux affaires de l’Europe, perdit sur le champ tout crédit auprès de Notre Courroucé Monarc, qui fit savoir par quelques mots vengeurs qu’elle était désormais persona non grata à la Cour. Il lui faudrait prendre le voile et entrer au couvent – il se murmurait qu’elle était déjà bien confite en dévotion, étant doucement surnommée Homélie – ou se retirer sur ses terres et faire pénitence jusqu’à la fin de ses jours. Cette pauvre créature s’était déjà mise fort mal avec le vieux baron du Truant, lequel l’avait vertement tancée de s’être rendue en Armorique sans qu’il en fût avisé. Eût-elle conçu, l’impudente, quelques fallacieux espoirs de compter dans le nouveau gouvernement qu’ourdissait avec ardeur Sa Comploteuse Machination, qu’elle pouvait leur dire adieu.

Cette pauvre petite madame de Machevaline n’était point la seule à émettre des critiques sur les menées du Roy. Mais ce furent les Conseillers que l’on montra du doigt et qui allaient en faire les frais. Ils n’étaient plus en harmonie avec Notre Disruptif Génie, ayant perdu le peu de cervelle qu’il leur était resté après l’usage intensif qui avait été fait d’eux, et il allait falloir songer à renvoyer tout le monde afin de procéder à un grand renouvellement de tout l’entourage de Sa Neigeuse Splendeur. Tout ceci interviendrait après le deuxième tour du Tournoi des Bourgmestres pour lequel les impétrants encore en lice avaient commencé leurs tours de piste. Dans la bonne ville de Lutèce, la marquise de la Buse, prise d’une aussi soudaine que massive crise d’amnésie, revêtit son armure sur sa robe de soie, avant que de pérorer que le gouvernement avait été remarquable pour ce qui était de l’administration du pays pendant l’épidémie. D’aucuns dans l’entourage de la marquise songèrent à prendre langue auprès du Savant de Marseille pour savoir si d’aventure sa médecine pouvait quelque chose pour soigner l’entendement de la pauvre femme. Dans la bonne ville de Lugdunum, l’incorrigible vieillard monseigneur le duc de Colon, qui s’était rallié aux partisans du baron de La Paupiette De Veau, rendit l’hommage du vrai vice à la fausse vertu, à moins que ce ne fût l’inverse, arguant qu’il ne faisait là que suivre les préceptes de Notre Transgressif Jouvenceau, duquel il avait tout appris en matière de trahison. On en resta coi.

En Starteupenéchionne, il n’y avait point seulement que les perfides qui fussent mis à l’honneur, avec les insignifiants et les inutiles, il en allait de même. Ainsi monsieur le duc de La Mousse-Viciée, dont il se disait que le pesant ennui qui se dégageait de lui était tel que l’on baillait par avance à la seule évocation de son nom, fut distingué par Sa Sirupeuse Reconnaissance qui lui octroya le poste fort envié de Président de la Cour des Ecritures. Sans doute ce falot intrigant était-il remercié pour avoir été, ainsi que l’avait fait fort justement remarquer un tribun du peuple trop tôt disparu, monsieur Delapierrus, un de ces fossoyeurs sans âme et sans scrupule qui avaient mis sous le joug de la Phynance la petite île de Chypre, préfigurant ce qui allait être administré cruellement au royaume hellène quelques années plus tard. Monsieur de La Mousse-Viciée était alors un éminent membre de la Faction de la Rose et occupait la charge de Grand Econome du Royaume, lors de la première année du règne pluvieux et calamiteux du roi Françoué dit Le Scoutère. Monsieur de La Mousse-Viciée avait rendu moult et moult services aux Saigneurs de la Phynance et il n’était que justice qu’on le récompensât.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne à quelques heures de la deuxième phase du Grand Déconfinement.

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