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Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Irritable.

Chronique du vingtième jour du mois de mai, en l’an de disgrâce 20

Où il est question de mensonges, de châtiments et d’une idée saugrenue.

La soudaine attaque d’amnésie de Notre Effervescent Timonier fut dans toutes les conversations des Riens et des Riennes. On conjectura, on ricana, on ragea surtout et d’importance. Sa Culottée Suffisance avait-elle perdu la tête, ou tout ceci n’était-il que menteries et enfumage ? La grande Intendante des Provinces de l’Est, là où les miasmes avaient sévi plus férocement qu’ailleurs dans le pays – on se souvint qu’ils avaient pu se disséminer joyeusement après un grand raout religieux qu’il eût été opportun d’interdire – se porta au secours du Roy et jura ses grands dieux qu’on n’avait jamais manqué de masques. Tout avait été pour le mieux dans le meilleur des mondes. De quoi se plaignait-on ? Du côté des médecins, des nurses et des gardes-malades, on fut saisi de fureur. L’impertinente gazette de monsieur Plénus Moustachus révéla que des guildes de soignants avaient esté en justice pour dénoncer ce que Notre Immémorable Solipsiste avait exquisément appelé « doctrine restrictive ». En un mot comme en cent, la Chancellerie de la Malportance avait été en dessous de tout, et ce dès le mois de janvier. Les réserves de masques les plus impénétrables, ceux qui offraient la meilleure barrière contre les attaques massives de miasmes, avaient toujours été inexistantes et l’étaient toujours, on n’avait point passé de commandes alors que l’épidémie commençait de se faire rage. On en avait même mis au feu. Le rationnement strict avait donc été de mise, avec les conséquences que l’on connaissait. Les hôpitaux avaient été réduits à la plus incroyable extrémité, celle de faire appel aux dons. Des cousettes s’étaient dévouées jour et nuit pour fournir les petites barrières d’étoffe dont on manquait tant. Les tribuns des Insoumis enquêtèrent et les chiffres parlèrent. Mais cette cruelle vérité n’était qu’imagination aux yeux de Sa Navrante Indifférence. Les Riens et les Riennes n’étaient-ils point toujours dans les jérémiades et les récriminations ? Que tout cela était donc terriblement ennuyeux et si peu disruptif ! Par conséquent, si tel était le bon vouloir du Roy d’affirmer que tout s’était déroulé à la quasi-perfection, on devait s’y conformer, faute de quoi cela serait une contrariété supplémentaire. Or Notre Capricieux Bambin n’en supportait absolument aucune, cela le mettait dans des états de froide colère, dont chacun et chacune au Château redoutait les effets ravageurs.

Le Roy se reposait en vérité beaucoup sur son précieux d’Alanver. Sa Capricante Altesse avait eu moult occasions de vérifier que ce Chambellan possédait toutes les qualités requises pour le servir : il mentait comme un arracheur de dents – bien que ses études eussent consisté en l’art d’apprendre à couper des nerfs -, il connaissait sur le bout des doigts son bréviaire – ne venait-il pas de subordonner une fallacieuse augmentation des gages à un nécessaire accroissement du labeur pour celles et ceux désireux de se libérer enfin du « carcan », cette sujétion que l’on avait obtenue de haute lutte pour ne plus passer sa vie à la gagner sans que jamais cela ne s’arrêtât ? Et enfin, ce brillant serviteur n’avait-il point déniché la perle rare pour mener les discussions avec les représentants des Pleurnicheurs, en la personne de la baronne du Notabenêts, laquelle avait occupé bien des années auparavant la charge de conduire les moutons à tondre, et s’ était acquittée de cette besogne avec un zélé inouï, ce dont ses Maitres avaient su fort grassement la remercier ? Elle avait été anoblie et avait exercé par la suite moult charges qui lui assuraient un train de vie des plus confortables. Il n’y avait point dans le royaume femme plus complaisante avec les forts et dure avec les faibles. Diantre, que ce d’Alanver avait du génie ! Qui plus est, les festivités auraient lieu à l’hôtel de Ségur, ce nom qui évoquait dans les esprits des plus anciens les larmes et les malheurs des enfants désobéissants. Nul doute que Madame du Notabenêts s’y entendrait comme personne pour manier le martinet et faire pleuvoir les punitions et les brimades. Il en cuirait aux gueux d’avoir osé réclamer des écus en sus.

Le Chevalier avait ôté une belle épine du pied de Sa Chatouilleuse Susceptibilité en prenant en main cette ennuyeuse affaire de l’hôpital, et ce de manière autrement plus martiale que cette brave la Buse, qu’il avait fallu caser dans un scaphandre avant qu’elle ne se répandît de nouveau en lacrymales confessions. Le souvenir de cette marquise ramena le Roy à son autre préoccupation du moment : le Tournoi des Bourgmestres. Que faire ? Fallait-il reporter aux calendes grecques le deuxième tour de piste, ou suivrait-on cette fois les conseils du comité des Savants, à qui l’on avait une fois encore demandé ce qu’il convenait de faire. Ces derniers, vexés comme des poux depuis l’affaire des escholes – laquelle était un véritable fiasco – répondirent au hasard – on avait tiré à pile ou face – certains qu’on ne suivrait point leurs recommandations. Le hasard, cette cause non nécessaire et imprévisible, voulut que la pièce indiquât pile, c’est à dire la toute fin du mois de juin, et que c’était là aussi la préférence des bourgmestres dont le mandat s’achevait, et qui espéraient ainsi triompher sans gloire de leurs adversaires, puisqu’il était entendu qu’on ne ferait point campagne pour vanter les mérites des uns et des autres. L’affaire semblait donc entendue. Notre Bienveillant Galopin – qui avait conservé sur lui l’habit bien trop large de Charles-le-Grand – entendit pendant de longues heures ces édiles dérouler leurs arguties. Puis, après avoir donné la parole au Chambellan au Déconfinement, le baron du Cachesex, lequel ne servait strictement à rien – Sa Pâle Imitation eut ces mots à leur intention : « je vous ai entendus ». L’allocution fut brève et l’on dut se contenter de cette petite phrase, terne variante de celle de son glorieux ancêtre prononcée en d’autres circonstances et encore plus dépourvue de signification que l’original.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne, au mitan de cette deuxième semaine du Grand Déconfinement. Un obscur affairiste en mal de notoriété et dont l’Histoire ne retiendrait point le nom tant le personnage se noyait dans l’insignifiance, proposa tout uniment, afin de trouver des écus sonnants et trébuchants pour éponger la dette que l’épidémie avait causée, de vendre le trésor que le grand Léonard nous avait laissé, cette énigmatique madame Lisa qui souriait depuis des lustres sur un des murs du Louvre. On en resta coi. Il y avait tant et tant d’autres manières de se procurer de l’argent, pourquoi donc ce sombre fabricant de vide n’avait-il point suggéré, comme venait de le faire fort solennellement une très savante Econome, madame Duflotus, de restaurer la taxe sur la fortune ? Notre Sablonneux Bonimenteur commit encore une fois une prouesse : il cuicuita, vantant les mérites de cette Econome, laquelle avait fait honneur à notre pays en recevant une médaille pour ses travaux, mais sans jamais citer ce sage conseil, qui avait le don de l’irriter jusqu’au prurit. C’est ainsi que Madame Duflotus n’aurait jamais son couvert au Château. L’épiderme royal était chose sacrée.

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Un commentaire sur “Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Irritable.

  1. la véritable épine dans le pied des marcheurs c’est le savant de Marseille, ils n’ont de cesse sur toutes les ondes de vouloir le salir et de travestir tous ses propos. Sur France Inter, Nagui et son clown s’amusent à anéantir l’efficacité de son traitement devant un médicastre qui justement soutient Didier Raoult. Car cacher derrière son traitement, c’est toute notre médecine de ville que les marcheurs veulent détruire pour installer leurs représentants de commerce et leurs laboratoires. C’est comme la disparition de nos restaurants lentement supplantés, étouffés par la mal bouffe.

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