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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Brioché.

Chronique du dimanche, le dix-septième du mois de mai, en l’an de disgrâce 20

Où il est question de brioches, de débâcle et de retour en grâce, ainsi que d’un bien mauvais exemple…

Les Conseillers furent dûment tancés et rabroués après la visite de Notre Irascible Bibelot à l’Hôpital Général. Comment des gueux, des séditieux avaient-ils osé – sans y avoir été priés – s’adresser à Sa Splendeur Nacrée, Laquelle venait de surcroît de leur annoncer de bonnes nouvelles ? L’édit concernant l’obole que la Starteupenéchionne allait généreusement leur accorder avait été signé le matin même de la main royale, cette main thaumaturge qu’il eût convenu de baiser pieusement et d’enchâsser à Notre Dame. En lieu et place, un fâcheux, un de ces enragés des corporations s’avisa, l’impudent, d’apostropher Notre Misércordieux Monarc à sa sortie de l’Hôpital. «Vous pensez qu’on a vraiment besoin d’une médaille ? » lança cet importun. Piquée au vif, Sa Neigeuse Altitude fit un raccourci historique saisissant, faisant splendidement entendre les accents de feue la très rétrécie Reine Marie-Antoinette dite l’Etrangère, face aux bonnes femmes de Paris venues réclamer du pain. Les médailles se métamorphosèrent en brioches : « si vous n’en voulez pas, ne la prenez pas » fut la réponse pleine de morgue du Roy, qui eut ensuite à subir les doléances de laborantines, lesquelles se sentaient fort oubliées de tous. « Voyez ça avec le Chambellan » se défaussa Notre Poudreux Jouvenceau, laissant tout de même entendre qu’on allait « entrer dans une logique de revalorisation » des maigres gains gelés par ses soins jusques ici. « J’ai pris mes engagements » affirma sentencieusement Sa Hâbleuse Fanfaronnade, les mains dans ses braies, à la manière du camelot de la foire. Le reste fut à l’envi. « Je sais, je sais » répéta fallacieusement ce prince qui ne doutait de rien, et l’on eût pu lui répliquer alors, à la manière de monsieur Gabin « Sire, tout ce que vous savez en vérité, c’est que vous ne savez rien. » La rage et la tristesse se lisaient sous les masques pour qui eût un brin d’humanité. Notre Mauvais Histrion ne songeait pour sa part qu’à quitter au plus vite ces laborieux – ceux-là même qu’il avait fait molester et gazer d’importance par sa maréchaussée quelques mois plus tôt- et s’en retourner sous les ors de son palais, y retrouver ses Très-Chers-Amis les Grands Economes. Tout n’était que parole, parole….

Sa Mimétique Arrogance s’était voulue Pétain récompensant de dociles nurses toutes de blanc et d’adoration vêtues, Elle ne fut donc que Gamelin s’enfonçant dans la Débâcle. Qu’à cela ne tînt ! Le dimanche arriva et Notre Primesautier Galopin endossa la tenue de Charles-le-Grand, premier du nom et fondateur de la dynastie. Mais qu’on se gardât bien de ricaner à le contempler dans un costume qui lui baillait de tous les côtés. Ce n’était point la tenue du vainqueur de la Libération sur laquelle Sa Complexe Manigance avait jeté son dévolu. Non, c’était celle de la défaite, car, tel un Phénix renaissant de ses cendres, Notre Messianique Sauveur entendait bien se ressourcer dans la débâcle et ressusciter afin de se remettre en selle pour le Tournoi de la Résidence Royale. Rien d’autre en vérité n’avait d’importance que ce dessein-là. On fit donc préparer l’aéroplane et l’on se transporta avec une partie de la Cour dans les marches de l’Est, là où l’obscur colonel qu’était alors Mon-Général avait subi quelques quatre vingt années auparavant une défaite, laquelle était considérée comme l’aube de sa grande geste, et allait le mener après moult victoires sur le trône royal.

Son Insolente Imposture se paya donc encore et encore de mots, délivrant un de ces interminables et verbeux discours destinés à engourdir l’entendement, continuant de piller sans vergogne dans l’héritage des glorieux combattants de la Résistance, alors même que toutes ses menées, depuis son avènement, avaient consisté à le défaire avec zèle et acharnement. Pendant ce temps, la duchesse des Charentaises et du Poitoutou tentait un recours en grâce. Cette intrigante, qui n’avait pas eu de mots assez durs pour vilipender Notre Infaillible Souverain, lui trouvait soudain toutes les vertus et enjoignait, avec ces accents péremptoires qu’on lui connaissait, à resserrer les rangs autour de Sa Très Sainte Alliance. « Ce n’est plus le moment de critiquer » assura cette courtisane rompue à toutes les diplomaties – même les plus glacées – dans l’attente peut-être de se voir enfin distinguée pour entrer dans le futur gouvernement que manigançait activement à former Notre Électrifié Tyranneau . On l’invita dans le salon d’une gazetière de la Bonne-Fille-de-son-Maitre, où elle ne se priva cependant point de quelques saillies contre l’actuel gouvernement, se montrant faussement emplie de compassion envers le peuple des laborieux, sans qu’elle oubliât de plaindre aussi les grandes firmes, lesquelles avaient perdu tant et tant d’écus au cours de ce Grand Confinement !

Le duc de Gazetamère, qui avait eu le temps de faire venir à lui son barbier, s’en fut sur les rivages de la riante Normandie, afin de s’assurer que ses ordres – on n’avait point le droit de poser son fondement sur les grèves, on était prié d’y être dans le mouvement perpétuel – fussent respectés à la lettre. Le premier échevin de la modeste bourgade où se fit portraiturer le duc – afin d’orner bellement les salons de son hôtel particulier – avait arrangé une rencontre avec quelques quidams fort soigneusement triés sur le volet. On vit ainsi monseigneur le duc, Grand Chambellan aux Affaires domestiques, gardien impavide de l’ordre, se pencher, sans masque aucun, sans que ne fût respectée la sacro-sainte distance, sur un joli bambin, afin de lui seriner quelques fadaises et lui extorquer quelques aveux : «Dis moi donc, petit, il ne critique pas trop le gouvernement, ton daron? » Les parents du marmot, ainsi que d’autres enfançons, étaient quant à eux tous masqués, s’assurant ainsi de ne point transmettre quelques miasmes funestes à Rantanplan. L’inverse n’était hélas point vrai et toute la scène se donnait à voir comme le parfait précis de l’action du gouvernement de Sa Navrante Malveillance depuis le début de l’épidémie de la grippe pangoline : « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais, ou il vous en cuira ». Comme un sinistre écho à cette visite, dans les bonnes villes de Marseille et de Montpellier, la maréchaussée caressa allègrement du bâton sur le dos de quelques enragés d’Engiletés, distribuèrent force amendes et mirent quelques uns de ces séditieux en geôle. Il fallait montrer l’exemple.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne, au septième jour du Grand Déconfinement.

#ChroniquesDuRègneDeManu1erDitLeBrioché

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