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Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Affligé.

Chronique du quinzième jour du mois de mai de l’an de disgrâce 20

Où il est question de doléances, de cruauté et d’un vent de fronde…

Une sombre clameur montait du pays. Qu’était-ce donc que cette médaille dont tout le monde au gouvernement se rengorgeait tant ? Les braves épuisés par le combat n’en voulaient pas. C’était là se moquer du monde. Son Himalayenne Surdité, qui l’entendait tout autrement, manda que l’on fît atteler son carrosse et que l’on se transportât, en compagnie du Chevalier d’Alanver, qui était décidément partout, à l’hôpital général de Lutèce. Ce fut le branle-bas parmi les Conseillers pour savoir qui le Roy rencontrerait là-bas, tant il était impossible de faire se préparer- comme on le faisait d’ordinaire- des figurants. On s’en remit donc à la Providence, on aviserait quand on serait dans les lieux. Las ! Devant les doléances des médecins, des nurses et des garde-malades qui ne manquèrent de l’accueillir comme il se devait, Notre Médiocre Bonimenteur se livra à une pantomime des plus embrouillées d’où il ressortit qu’il n’avait jamais fait de promesses, sauf lorsqu’il en faisait, et qu’il promettait désormais de mettre fin à la misère des braves grognards et grognardes. D’ailleurs, n’avait-il point ordonné qu’on leur décernât une médaille et qu’elles fussent mises à l’honneur lors de la fête de la vieille République ? On se serait cru sur la place d’un village au moment de la foire. Le Roy tel un vulgaire camelot, énumérait sur ses doigts tout ce qu’il avait mis en œuvre. Il fut question de « truc » et de « tarification », quand en face on parlait de la grande misère qui était celle de l’hôpital depuis de longues années.

Sa Piteuse Rodomontade ne rencontra donc qu’ire et mécontentement. Les deux vaillantes soignantes, devant lesquelles Elle s’époumona vainement derrière un masque, ne s’en laissèrent point compter, et se chargèrent de lui donner la réplique, sans céder un pouce de terrain. Tout au plus, Notre Faillible Bonimenteur concéda-t-il -dans la douleur- qu’on s’était trompé. « J’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses » larmoya ce prince, « c’est très cruel pour moi-même » ajouta-t-il, saisi comme tous ses bourbonnesques ancêtres, de cette folie narcissique, laquelle avait fait dire un jour à l’un d’entre eux « L’Etat c’est moi ». Ainsi, les braves soignantes s’épuisaient-elles à la tâche sans moyens et sans reconnaissance, ainsi le pays venait-il de vivre des heures sombres, mais c’était en vérité le Roy qui souffrait, c’était Son Immense Vanité qui était atteinte au cœur et l’on était prié de compatir.

Par bonheur pour Notre Douloureux Martyr, un somptueux déjeuner l’attendait au Château. On avait convié les Grands Docteurs de l’Economie, des messieurs fort savants, tous grands adeptes de l’Eglise du Saint-Capital et gardiens de la doctrine de Saint-Marché. Ils n’étaient pas moins de dix en cette belle journée – qui avait si mal commencé, le Roy en était encore tout meurtri – à venir se presser en bons et loyaux courtisans pour se sustenter copieusement aux frais des Riens et des Riennes, dont on disserterait sur la manière de les tondre encore un peu plus après ce fâcheux épisode de la grippe pangoline. Qu’il était chaleureux et douillet, cet entre-soi des Fidèles de Sainte Tina, qu’il était bon pour Son Effrénée Mégalomanie de ne point être contredite, et d’avoir face à Elle des perroquets savants, lesquels caquetteraient en cadence lorsque seraient doctement exposées les théories pour tout changer sans que rien ne changeât en vérité d’un iota. Si d’aucuns parmi les observateurs des faits et agissements du Roy avaient conçu quelque espoir qu’il pût faire davantage que de se divertir en s’affublant de la panoplie de Gracchus Mélenchonus, ils en furent pour leurs frais quand ils apprirent le nom des convives. Notre Poudreux Babillard ne s’était jamais converti qu’à ceci et ce depuis ses jeunes années : l’art de se mettre en avant et de s’entourer de cajoleurs pour lui renvoyer complaisamment l’image la plus flatteuse de lui-même.

Dehors, la fronde menaçait. On grondait dans les hôpitaux, dans les hospices où avait eu lieu une véritable hécatombe – dont les gazetiers serviles à l’instar du Barbier s’étaient gaussés, ces vieillards n’étaient-ils point promis de toutes les façons à la mort, le plus tôt était le mieux, cela ferait faire de substantielles économies – on faisait les comptes, fustigeant l’indifférence des tenanciers de ces hospices qui ne pensaient qu’en termes de juteuses rentes, dans les escholes, les maîtres et maîtresses éplorées enseignaient désormais aux bambins comment se laver les mains et se maintenir « à distance », dans la rue enfin, on brandissait des placards,lesquels étaient à la minute même confisqués rageusement par la maréchaussée, qui se refrénait à peine de ne pas battre comme plâtre les séditieux et de les envoyer ad patres. Une gazette de la parlotte, qui s’était fait une spécialité de mener de fallacieuses enquêtes, trouva enfin le chemin de la vérité en mettant au jour l’affaire des écouvillons. On apprit ainsi que les services de la Malportance de la glorieuse Starteupenéchionne avaient passé commande auprès de l’Empire Céleste d’automates destinés à écouvillonner mais que l’on s’était trompé dans le modèle des écouvillons, lesquels étaient nécessaires pour faire œuvrer ces automates, de sorte que ceux-ci étaient rendus parfaitement inutiles. Il en était résulté un pataquès sans nom dont on commençait à avoir l’habitude, tant on savait maintenant qu’on se trouvait au royaume du Grand Cul par dessus Tête. Plus rien ne fonctionnait désormais, chacun et chacune cherchant à se défausser sur des subalternes. L’exemple venait d’en-Haut. Un ancien grand serviteur de l’État était allé se confier à la gazette l’Univers. Il était effrayé de ce qu’il avait vu : « Ils sont d’une arrogance terrible. Est-ce que nous sommes protégés ? ». Tout était dit et terriblement dit. Il n’était jusqu’à la Chancellerie de l’Instruction où ne soufflât ce vent de fronde. Une petite bande de séditieux commit une tribune des plus téméraires pour dénoncer les menées de Monseigneur le duc de la Blanche Equerre sur l’école de la vieille République. « Nous voyons tout d’abord un immense mensonge », ainsi écrivirent ces fâcheux qui ne pouvaient se résoudre désormais à consentir à ce qu’ils désapprouvaient en leur âme et conscience La chose était totalement inouïe. Ils n’allèrent pas jusqu’à signer nommément mais on se doutait bien que la chasse aux sorcières avait bel et bien du commencer à la Chancellerie et qu’elle serait impitoyable. Des têtes rouleraient.

La ChatelHaine de Montretout se montra fidèle à elle-même en se gaussant d’un terrible crime, lequel avait hélas été perpétré sur un de ces bons Samaritains qui oeuvraient à alléger un peu le malheur des pauvres hères lesquels, fuyant leurs pays en guerre perpétuelle, étaient allés s’entasser au bord de la Manche, dans l’attente lointaine et parfois fallacieuse de pouvoir gagner l’Angleterre. La maréchaussée avait rapidement mis aux fers celui que l’on soupçonnait, l’un de ceux-là que la misère avait rendu fou. Là où la simple décence recommandait un triste silence, Madame de Montretout fit étalage de ce qu’elle était, malgré tout le ravalage et le ripolinage que les gazetiers avaient effectués pour la rendre présentable : une Haineuse.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne en ce cinquième jour du Grand Déconfinement.

#ChroniquesDuRègneDeManu1erDitLAffligé

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