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Chronique du règne de Manu 1er dit le Bouffi.

Chronique du neuvième jour du mois de mai de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de singeries, de lubricité et de démesure, et d’un peu d’Histoire…

Pour faire mine de fêter le huit mai, cet anniversaire qui commémorait la victoire sur le Mal, mais en réalité pour se congratuler de son avènement du mois de mai de l’an 17, Notre Primesautier Jouvenceau invita les anciens rois déchus, Nico-dit-Les-Casseroles et Françoué Deux, dit le Scoutère à une petite sauterie au Château. Auparavant, Sa Distancieuse Dignité s’en était allée, le nez au vent, sans masque aucun, saluer place de l’Etoile, son encore Premier Grand Chambellan, ce duc à la barbe mitée, qui avait maintenant la faveur dans les carottages de l’opinion – c’était là chose absolument inconcevable, il se murmurait que les jours de Monsieur de la Flippe étaient désormais comptés – ainsi que la baronne du Parvis, laquelle occupait la charge de Chambellane aux Armées. Les gazetiers de la Bonne-Fille-de-son-Maitre commentèrent ad libitum cette cérémonie, vantant la rigueur exemplaire du Roy à ne point se jeter sur ses Chambellans pour les bisouiller comme il en avait coutume. On se transporta ensuite sur les Champs-Elysées pour y saluer madame la grande-duchesse de l’Ide-Aligot, la bourgmestresse de la capitale, ainsi que les rois déchus, flanqués du gros baron de l’Archonte, qui présidait la Chambre Haute et du sardonique duc d’Anfer, l’homme-lige à la Chambre Basse, celui sur qui l’on pouvait compter pour toutes les plus noires besognes. Notre Facétieux Éphèbe, qui avait retrouvé une coiffure des plus sages – ainsi que le voulait le rôle qu’il avait endossé en ce jour – échangea quelques grimaces avec son bon ami le roi Nico, lequel avait en toutes circonstances le faciès plissé dans des mimiques fort suggestives. Le roi Françoué avait pour sa part un bon sourire faussement niais sur sa grosse face rubiconde. Seule la grande-duchesse de Lutèce arborait une mine quelque peu pincée. Les gazetiers – qui n’avaient rien d’autre à faire – s’interrogèrent sur la présence des anciens rois déchus près de l’actuel souverain. Du côté du roi Nico, on assura que c’était la tradition que d’être présent ce jour-là. Du côté de Françoué-dit-Le-Scoutère, on renchérit : être présent ce jour-là était de tradition. Cela rappela aux Riens et aux Riennes que ces deux anciens souverains étaient en réalité frères siamois.

Les portraitistes immortalisèrent la rencontre des ces trois monarques issus de la même dynastie, celle de la monarchie carolinienne. Le fondateur et premier roi de cette dynastie avait été le roi Charles-le-Grand, 1er du nom, dit Mon-Général. Ce dernier, tout auréolé de ses faits d’armes lors de la Deuxième Guerre mondiale – cela se passait au mitan du siècle précédent- avait régné en despote plus ou moins éclairé, jusqu’à ce que, s’étant fâché avec son peuple après la révolution de mai, il avait du céder son trône au roi Georges 1er. Le règne de ce dernier – qui aimait les arts et les barbouzes – fut de courte durée, il succomba une nuit de printemps de l’an 74 et l’on vit alors arriver un tout jeune monarque, à qui par bien des aspects ressemblait fort Notre Délicat Banquier, tant ils avaient tous deux en commun un même amour pour la finance et étaient pareillement issus de l’Héna, cette vénérable institution où l’on apprenait comment appliquer à la politique le catéchisme du Saint-Capital. Le roi Valkirie 1er, tel était le nom de cet hénarque – ainsi appelait-on tous ceux et toutes celles qui étaient passés par cette noble maison -, avait lui aussi rêvé d’une Starteupenéchionne et l’avait plus ou moins fait advenir. Las ! Au moment de renouveler son règne, il fut déchu, et reçut son bulletin de sortie, les Riens et les Riennes de l’époque lui ayant préféré Françoué 1er, un vieil avocat matois qui leur avait promis d’user de sa force tranquille pour mener le pays.

Cela faisait donc trente neuf longues années que les impôts des Riens et des Riennes, servaient entre autre chose à pensionner le souverain déclassé Valkirie 1er. Ainsi en allait-il en monarchie carolinienne. Les anciens rois restaient à charge du peuple, à l’instar de vielles courtisanes. Le vieux roi Françoué avait eu le bon goût de mourir peu de temps après la deuxième période de son long règne. Le bon roi Jacquot, qui lui avait succédé, était resté vivre douze années aux frais du pays. Le roi Valkirie 1er détenait donc un fameux exploit. Il n’avait naturellement point besoin que les Riens et les Riens l’entretinssent de la sorte. Outre sa fortune personnelle et son lignage – il se piquait de descendre d’une bâtarde du roi Louis le Quinzième-, il avait, après avoir été déchu, exercé moult et moult charges, toutes fort grassement rémunérées. Mais on venait d’apprendre qu’une gazetière de la Germanie, laquelle était venue deux années auparavant le visiter afin qu’il lui narrât ses souvenirs et sa connaissance d’un grand Chambellan de ce pays, venait d’ester en justice contre lui pour outrage. Elle révéla que ce vieillard fort cacochyme – il allait alors sur ses quatre vingt douze ans- était en réalité un capripède qui s’était autorisé de façon fort libidineuse à poser sa main sur la partie charnue de son anatomie, et ce à plusieurs reprises, malgré ses tentatives pour y échapper.

Tels étaient donc ces monarques caroliniens : ils ne doutaient de rien, se croyaient toujours au-dessus de tout et pensaient pouvoir exercer leur droit sur quiconque, eussent-ils atteint l’ âge vénérable auquel on eût espéré qu’ils fissent montre d’un peu plus de dignité. L’affaire fit ricaner dans les chaumières, bien qu’elle ulcérât grandement les Riennes et ceux des Riens qui voulaient en finir avec ce fâcheux travers tout masculin. Pour ce qui était de Notre Exalté Cabotin, ce n’était point la lubricité qui ne laissait d’inquiéter – cela eût été pour d’aucuns plus rassurant – mais plutôt ce que les anciens Grecs nommaient l’hybris. On s’interrogeait sur ses dernières apparitions. Monsieur Faubertus, l’un de ces gazetiers fort impertinents qui cherchaient à voir ce qu’il y avait sous les cartes, éclaira l’entendement des Riens et des Riennes sur les propos de Sa Délirante Ostentation lors de l’allocution devant les ambassadeurs des arts. Lorsqu’il avait parlé de « chevaucher le tigre », Notre Mystique Guerrier était tout bonnement en train de citer le titre de l’ouvrage d’un certain monsieur de l’Ebola, lequel ouvrage était en quelque sorte la bible des Haineux. On comprenait dès lors beaucoup mieux la longueur du conciliabule avec monsieur de la Zizanie. Cependant, Son Éclatante Bouffissure n’avait-Elle point gagné le Tournoi de la Résidence Royale parce que précisément, Elle s’était présentée comme l’adversaire le plus redoutable de la ChatelHaine de Montretout ? Y avait-il eu tromperie ?

Dans la Faction de la Marche, la belle unité tant vantée des parfaits petits automates connaissait de plus en plus de lézardes. Les traitres et les renégats étaient en passe de former un clan à part à la Chambre Basse. Quant à Monsieur du Havre, il avait l’esprit tout aussi entamé que sa barbe. Il laissa échapper un soupir qui en disait fort long devant les vieilles badernes de la Chambre Haute, lesquelles, entre deux petits sommes, infligèrent un camouflet à Notre Fallacieux Galopin en rejetant l’édit qui organisait le Grand Déconfinement. On était à deux jours de cette date fatidique. Les miasmes auraient-ils obéi à Sa Neigeuse Emphase en disparaissant? Rien n’était moins sûr.

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