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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Fromager.

Chronique du 6e jour du mois de mai, en l’an de disgrâce 20

Où il est question d’une gentille saynète, d’un fromage bien sec et d’une grande forfaiture…

La visite de Notre Médiocre Cabotin et de son fidèle serviteur à l’eschole de Poissy fut abondamment commentée. Des esprits chagrins relevèrent moult entorses aux nouvelles règles du savoir-vivre désormais en vigueur dans notre pays. Son Absolue Désinvolture n’avait eu de cesse de se toucher le masque, celui-ci n’était point bien ajusté, les distances n’étaient que peu ou pas du tout respectées. Quant à l’ablution mimée des mains à laquelle s’était livré Notre Indiscipliné Potache, elle n’était qu’ une mauvaise parodie qu’un marmot se chargea du reste de corriger en montrant les bons gestes. A l’heure du souper dans les chaumières, au moment de narrer la royale visite, les Lucarnes magiques censurèrent les passages les plus licencieux. Mais quelle méprise ce fut ! Sa Grande Bouffonnerie était en vérité montée sur les planches. C’était Zorro et son fidèle Bernado – masqué pour l’occasion- qui s’étaient donné en spectacle devant les bambins éberlués. La saynète avait été écrite par Madame de Sitarte – laquelle avait finement adapté les didascalies à la situation de notre pays, ainsi le masque se porterait-il non sur les yeux mais sur le nez et la bouche – et brillamment mise en scène par Dame Bireguitte en personne. On se souvient que cette souveraine avait été maîtresse chez les Bons Pères, où elle enseignait notre belle langue ainsi que des rudiments de théâtre. Ce fut lors de ces riches heures qu’elle rencontra Notre Fortuné Jouvenceau, elle déjà femme bien mûre, et lui puceau effarouché. Comme il en allait autrefois avec les infants d’Espagne ou d’Autriche, l’acnéique éphèbe fut promis à Dame Bireguitte Ravalée de La Façade, lorsqu’il aurait atteint sa majorité. La bonne société ferma les yeux, et absolut cette union. Lorsque vint le temps du Grand Tournoi de la Résidence Royale, toute l’histoire fut réécrite et richement enluminée par une très proche amie de Dame Bireguitte, la marquise de Margoulin, une échotière fort bien en vue, qui n’avait pas son pareil pour travestir la réalité. Nos futures Pipolesques Altesses furent ainsi glamourisées à outrance par les soins de cette magicienne.

Il fut beaucoup question des arts en ce sixième jour du mois de mai. Sa Superbe Ostentation avait fait mander douze ambassadeurs fort reconnus dans leurs disciplines, ainsi que le Chevalier des Rillettes, le supposé Chambellan aux Affaires Culturelles, un personnage des plus falots à qui il fallait toujours rappeler quelles étaient ses attributions – le Chevalier avait jusque là œuvré dans le domaine des carrosses – afin de s’entretenir de ce qu’il convenait de faire pour mettre un peu de baume au cœur des saltimbanques, lesquels étaient tout bonnement réduits à un quasi silence et à la disette pour certains depuis le début du Grand Confinement. Notre Autocratique Phénix ne consultait que pour la forme, il faisait ensuite selon son bon plaisir. On en avait encore eu un bel exemple avec l’entrée des étrangers dans notre pays après le onze du mois. Sa Versatile Inconséquence provoqua une retentissante confusion en contredisant toutes les mesures que le Chevalier d’Alanver avait présentées . Ainsi, tel en avait décidé le Roy, tous ceux qui n’avaient pas l’étiquette « Schengen » sur leur laisser-passer seraient soumis à quarantaine – or il s’agissait là de ceux qui venaient de pays où l’épidémie était en passe d’être maitrisée -, et tous ceux qui possédaient ce précieux sésame pourraient circuler dans notre pays comme bon leur semblait. Ainsi les Italiques, les Anglois et les Ibères – chez qui les miasmes continuaient d’œuvrer – circuleraient sans entrave, diffusant sans limite la grippe pangoline là où elle n’avait pas encore suffisamment fait de ravages. On se souvient que c’était grâce à des Turinois fanatiques de la balle au pied que les miasmes avaient fait une entrée en force en Starteupenéchionne au mois de mars.

Pour ce qui était donc du domaine des arts, Notre Verbeux Cuistre eut la brillante idée – gageons qu’elle lui avait été inspirée par cet insignifiant Chevalier des Rillettes, lequel se trouvait être par on ne sait quel illogisme bourgmestre de la bonne ville de Coulommiers- d’en appeler au Robinson de Monsieur Defoë. Le naufragé fut bien aise de trouver en sa malle un fromage. La leçon que Sa Navrante Imposture entendait ainsi infliger au monde des artistes était qu’en toutes choses – ce mot tant prisé – il fallait aller à l’essentiel. Si les artistes avaient tant besoin de travailler, qu’ils accompagnassent donc ces malheureux enfants privés de tout qui pullulaient dans les quartiers mal famés des périphéries des grandes villes. Les bonnes œuvres charitables étaient l’avenir, qu’on se le dise ! Pour le reste, Notre Poudreux Bonimenteur évoqua dans un flou très artistique quelques mesurettes afin de rasséréner les inquiets. « Beaucoup de choses pourront se faire », telles furent les royales prédictions.

On apprit par l’impertinente gazette Le Volatile Muselé que Sa Considérable Malveillance, ainsi que le bretonnesque baron du Truant, le Chambellan aux Affaires de l’Extérieur, avaient tout deux été avisés par l’ambassadeur de la Stareupenéchionne auprès de l’Empire du Ciel de la mystérieuse et terrible épidémie qui commençait de sévir dans cette contrée, et ce bien avant les festivités de la fin de l’an 19. Le diplomate, encore tout ébranlé, par ce qu’il avait vu, avait fait part de ses grandes inquiétudes. Las ! Il n’avait point été écouté, tout s’était perdu sous les ors des salons. Notre Machiavélique Babillard n’avait alors qu’une idée en tête : transformer les Vieux-Jours de ses mauvais et indécrottables sujets en juteuses rentes pour ses Très-Chers-Amis les Saigneurs de la noble maison de Braque-Et-Raque, et réduire tous les braillards et les chamailleurs à quia, avec l’aide fort précieuse du Berger-en-Chef-des-Moutons-A-Tondre. On connaissait la suite.

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