Poster un commentaire

Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Théologue.

Chronique du mardi 5 du mois de mai, en l’an de disgrâce 20

Où il est question de conciliabules, de scholastique et de louanges divinatoires.

Notre Malveillant Ephèbe avait grand soin de son peuple. Il se sentait l’âme d’un père pour tous ses sujets, fussent-ils les plus modestes, tels ceux qu’il avait précisément lors de la première année de son règne si affectueusement appelés les « Riens ». Cela leur était resté et ne s’était jamais si bien avéré par la suite, tant ce monarque n’avait eu de cesse que de se montrer bon et juste. En ces temps difficiles de l’épidémie, n’avait-il point dispensé à nouveau sa sollicitude dans l’oreille d’un brave boulanger, l’un de ces modestes artisans qui s’échinaient à survivre dans leurs petites échoppes ? On apprit tout incidemment que le boulanger de Lyon était en vérité à la tête d’une petite manufacture, où il employait une centaine de personnes et qu’il était le fournisseur attitré d’un grand maître queue, monsieur du Boncuissot, lequel était fort bien en cour. Cet honnête et modeste artisan comptait aussi parmi les fidèles du vieux duc de Colon, qui fut Grand Chambellan aux Affaires Domestiques, avant que de s’en aller piteusement, victime de quelque attaque d’amnésie lors de l’affaire du Sieur de Grosbras, laquelle avait fait couler tant d’encre lors de l’été de l’an 18.

Monsieur de la Zizanie, un méchant gazetier au teint bileux, sans talent aucun, mais qui s’était ménagé une petite rente fort confortable en distillant sur une Lucarne magique son fiel et sa hargne haineuse envers tous les Mahométans ou supposés tels par lui, eut droit aussi à la paternelle sollicitude du Roy. Ce mauvais histrion avait été quelque peu insulté par un quidam, lequel appréciait fort peu ses diatribes, déclenchant par là un tollé de protestations indignées dans le petit Landerneau des gazetiers-nourris-aux-croquettes et autres ducs et barons du pays. Sa Grandeur Indignée, non contente de fustiger ce crime en condamnant son auteur à la géhenne, prit son cornet magique et s’entretint pendant presque une heure avec ce monsieur de la Zizanie. Nul ne sut ce qu’ils se dirent, mais il est permis de supposer que Notre Délicat Philanthrope et ce vilain haineux s’étaient trouvé moult atomes crochus.

Il fallait remettre le pays au labeur et cela se ferait en premier lieu dans les escholes. Monseigneur le duc de la Blanche Equerre, qui professait cet axiome en l’enjolivant avec force petits cœurs sur les rézosossios, ces petits salons virtuels, qu’il fréquentait assidûment -« les maitres aiment leurs élèves » « les élèves aiment leurs maitres» -, ceci afin de faire passer la potion fort amère qu’il avait concoctée, était partout pour tenter de redorer son blason, lequel, malgré ses méritoires efforts, n’avait eu de cesse de se ternir au fil de ces trois années. L’ancien Grand Inquisiteur Rectal ne décolérait pas depuis que le Premier Grand Chambellan l’avait dépossédé de ses plans d’attaque pour remettre les escholes en première ligne, laissant ces fâcheux de bourgmestres décider de ce qu’il convenait de faire ou non.

Par bonheur, monseigneur le duc continuait d’avoir l’oreille de la Souveraine, Dame Bireguitte, avec qui il partageait beaucoup, et par conséquent celle du Roy lui-même. Ce fut donc en compagnie du Monarc que notre duc, ne se sentant plus de joie, se transporta dans une eschole que l’on avait maintenu ouverte pour y accueillir les enfants des nurses et des garde-malades, ainsi que de quelques autres premiers de corvée. Ceci se passait dans la bonne ville de Poissy, dont le bourgmestre, le baron Charles de la Zitoune, un ancien gazetier, était un fervent partisan de cette offensive en première ligne, dût-il y avoir de la perte. La suite fut immortalisée par la Bonne-Fille-De-Son-Maitre. On put ainsi assister à l’arrivée de Notre Petit Fantômas, le visage à demi recouvert d’un hideux masque noir, lequel ressemblait à celui du père du Chevalier du Jeudi, flanqué de son âme damnée le duc de la Blanche Equerre, masqué lui aussi de semblable manière. Jaillissant de son carrosse, Son Obscure Autorité, après avoir salué son bon ami le bourgmestre, s’en fut faire la leçon aux bambins. Sa chère et fidèle Madame de Sitarte l’avait fait répéter : il fut donc question de « bout de virus » dont il convenait de ne pas s’en barbouiller, faute de quoi il fallait procéder ensuite à de nombreuses et vigoureuses ablutions des mains. Lorsqu’il parlait à des marmots, Notre Juvénile Cabot se croyait obligé d’adopter leur langage, en le travestissant outrageusement, négligeant totalement les règles de notre belle langue. Cette louable et royale intention s’en était trouvée redoublée par le fait que face à lui se trouvaient des rejetons de Riennes premières de corvée, au sujet desquelles le Roy se renseigna mignardement, adaptant habilement son langage à son auditoire. On apprit enfin la finalité de la « distanciation » et du port du masque : « comme ça, on postillonne pas à l’autre » conclut magistralement Sa Pédantesque Férule, snobant superbement les bambins du fond de la classe, lesquels, tout ignorants du protocole pangolin parce que n’étant que des enfants, se rapprochaient joyeusement pour commenter la scène. La démonstration était faite.

 

Notre Vibrionnant Magister s’en fut ensuite à la rencontre des gazetiers de la Première Lucarne Magique, afin de continuer de distiller la bonne parole. Tout comme son encore Premier Grand Chambellan la veille à la Chambre Haute, tout comme son fidèle séide le fanatique petit baron du Dard-Malin, lesquels avaient dressé un apocalyptique et noir tableau des galopins obligés de se confiner au logis avec leurs ignares de parents, incapables de les aider dans leurs études, Sa Verbeuse Scolastique évoqua le calvaire des bambins privés de deux longs mois d’école – c’était là châtiment inhumain, « traumatisant » -, laissant entendre par une perfide prétérition que les maitres, ces fainéants récalcitrants et poltrons, s’étaient tourné les pouces pendant ce temps. A la suite de quoi, notre Minus Carolus inventa le principe de l’école non pour tous, mais pour certains, école qui serait de « qualité », donnant in petto raison à tous ceux et celles parmi les maitres qui réclamaient à cor et à cris que le nombre de bambins par classe fût revu à la baisse.

Sa Navrante Pitrerie cherchait en vérité à se dépêtrer par avance de ce qui s’annonçait comme un fiasco. Dans la bonne ville de Marseille, où l’état catastrophique des escholes – il y manquait de tout ordinairement et il pleuvait dans les classes, quand ce n’était pas des rats qui venaient s’inviter – était de notoriété publique, le vieux baron de la Godille, à qui la grippe pangoline avait fait le fabuleux cadeau de lui prolonger ad vitam aeternam son mandat de bourgmestre, claironna que tout était prêt pour l’ouverture le onze du mois. On apprit par ses opposants, les Printaniers, que tout avait été décidé sans que personne ne fût consulté. Par coquetterie de vieillard, monsieur de la Godille voulait se faire bien voir du Roy.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne, en ces temps où la sottise et la flagornerie étaient devenues vertus. L’ardente et zélée duchesse de la Courge, faisant son retour, s’en alla vanter, de sa diction d’élève appliquée – cette dévôte avait été jusqu’à se travestir en écolière, coiffure à l’appui – les mérites de sa commère madame de Sitarte, laquelle allait devenir à n’en point douter « un modèle pour plein de jeunes filles ». Après cette brillante prédiction, on conçut les pires craintes pour lesdites jeunes filles. Chez les Riens et les Riennes, l’estime pour madame de Sitarte était inversement proportionnelle à la quantité de masques à disposition pour se protéger des miasmes. Certains des parents eussent préférer le couvent pour leurs pucelles que de les voir embrasser la carrière de la Porte-Mensonge de Notre Très-Détesté-Souverain.

#ChroniquesDuRègneDeManu1erDitLeThéologue

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :