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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Petit Gamelin.

Chronique du 4 du mois de mai en l’an de disgrâce 20..

Où il est question de la Charité qui se moque de l’Hôpital, de menaces fumeuses et d’honneur…perdu.

La glorieuse Starteupenéchionne, sous le règne de son divin Créateur, devenait le Grand Bazar de la Charité. Alors que le miracle du Saint-Ruissellement était en passe de s’accomplir pour aller remplir les cassettes des Grands Epiciers, lesquels allaient pouvoir vendre jusqu’à quatre vingt quinze sous un masque qui n’en coûtait que sept trois mois plus tôt, la Reine-Qu-On-Sort convoqua au Château des échotiers mondains de la gazette Lutèce-Concorde. Elle prit longuement la pose afin de se faire immortaliser dans les salons d’apparat, en train d’œuvrer à mettre en vente le mobilier dont on n’avait plus l’usage. Dame Bireguitte Ravalée de la Façade, qui se piquait de modernisme et se voulait toujours à la pointe de ce qui se faisait de plus tapageur et de plus clinquant, avait fait procéder, dès son arrivée au Château, à de fort coûteuses rénovations et changements de meubles, tout ceci bien entendu aux frais des Riens et des Riennes . Tout ce qui avait été jugé vieillot et poussiéreux avait été entassé dans des remises. La Reine, en vertu des lois de la vieille république, n’en pouvait disposer à sa guise. On procédait certes à des ventes, dont les profits servaient à conserver ceux des meubles qui avaient le plus de valeur et qui nécessitaient de l’entretien. Une telle vente avait été prévue de longue date, mais la Reine, qui avait sa propre œuvre de charité, décida que cela se ferait au moyen de cette dernière et que les profits iraient aux hôpitaux du pays, lesquels avaient été saignés à blanc par les menées de son royal époux et se trouvaient dans l’état que l’on connaissait. Cette vente de charité fut annoncée à grands frais, mais d’aucuns s’inquiétèrent de ce qui allait réellement être vendu. S’il s’agissait de mobilier de peu de valeur, cela eût indiqué le peu de cas que l’on faisait en vérité de cette cause, mais dans le cas contraire, si l’on mettait en vente des pièces rares, comment donc cela avait-il été rendu possible ? Comment le Grand Conservateur du Mobilier avait-il été circonvenu pour accepter ce qui outrepassait les lois ?

La charité remplaçait donc l’impôt. Les appels aux dons se multipliaient. Les Très-Riches-Amis, qu’on avait si généreusement exempté de ces fâcheux impôts, participaient peu ou prou au « Charity Business », selon qu’ils voulussent s’acheter quelques indulgences ou une charge pour un de leurs rejetons. Il n’était jusqu’à la recherche d’un antidote contre cette méchante grippe pangoline qui ne fît l’objet d’un appel à la charité. Les autres Etats de l’Europe avaient malgré tout ouvert leurs bourses et mis quelques liards dans l’affaire, mais Notre Pingre Monarc, fort regardant dès qu’il s’agissait de « l’argent magique » avait ordonné qu’il n’en fût rien. La Starteupenéchionne ne participerait donc nullement à ces recherches à moins que les Riens et les Riennes ne prissent sur leurs maigres deniers.

Plus le jour du Grand Déconfinement avançait sur le calendrier, moins il semblait possible. Les obstacles ne cessaient de se multiplier. Quand ce n’étaient pas ces poltrons de bourgmestres qui renâclaient à prendre le risque de rouvrir les escholes, c’étaient les martiales déclarations du Chevalier d’Alanver, en passe de devenir duc, qui jetaient le trouble. Ce fier matamore brandit tout uniment la menace d’un « déconfinement retardé » parce que certains se déconfinaient trop tôt, usant ainsi de la tactique de la culpabilisation. Il fustigea sévèrement le Savant de Marseille, lequel avait déclaré que l’épidémie de grippe pangoline ne ferait pas au final plus de morts que ceux causés par cet engin diabolique nommé « trottinette », qui transformait n’importe quel quidam en bolide. La grippe pangoline était en réalité bénie par le gouvernement de Sa Sulfureuse Malveillance : elle permettait de mettre sous le boisseau toutes les « chamailleries ». Les mauvais sujets étaient contraints soit de rester au logis, soit d’aller s’user la santé à travailler sans que plus aucune loi ne vînt limiter les ardeurs des maîtres des forges. Le pays tout entier vivait sous le couvre-feu et cela autorisait les deux maréchaussées à exercer leurs contrôles en tout lieu. Elles ne s’en privaient pas. On allait sous peu permettre à des milices d’œuvrer à ce contrôle permanent dans les charrettes en commun, dès lors que l’on rendrait le port du masque obligatoire.

Le monstrueux protocole imaginé par les gens de monseigneur le duc de la Blanche Equerre s’avérant totalement impraticable, on dut procéder à des « allégements ». Mais on allégea tant et plus qu’il n’en restât plus rien ou pas grand-chose. Les maitres des escholes et ceux des collèges allaient se retrouver face à leurs ouailles dans la même situation qu’avant le Grand Confinement. Il n’y avait plus qu’à espérer que les miasmes restassent confinés on ne savait où, donnant ainsi raison au professeur Klorokine. Le Chevalier d’Alanver mentit tel un arracheur de dents en prétendant que, sur les escholes, le gouvernement avait agi de concert avec le Conseil des Savants, lequel, ne servant plus à rien, était devenu totalement muet. On apprit incidemment que c’était Dame Bireguitte, encore elle, qui avait intercédé auprès de son Divin Epoux et de son très cher ami le duc de la Blanche Equerre, afin que l’on procédât en premier lieu à la réouverture des escholes, ceci afin de contribuer au grand œuvre de cette bonne dame, tout entier consacré à la Très-Sainte-Charité. Quant au duc lui-même, il annonçait gaillardement urbi et orbi que cette réouverture se ferait, c’était là une question d’honneur. « Je ne choisis pas la facilité » fanfaronna ainsi cet ancien Grand Inquisiteur Rectal, montrant ainsi le peu de cas dont il faisait de ses troupes et la façon toute cavalière dont il entendait en disposer.

La petite duchesse de Bergeai fit un grand retour, fort remarqué, en promettant de manigancer à la Chambre Basse afin de faire voter une loi pour amnistier par avance toutes les peccadilles que l’on ne manquerait pas hélas de commettre avec ce Grand Déconfinement. Madame de Sitarte s’en était allée pour sa part pérorer dans une Lucarne Magique. Elle répéta tel un perroquet les chiffres tout à fait fantasques que son compère le Chevalier d’Alanver avait énuméré avant elle sur les écouvillonnages et confondit allègrement les mots « production » et « importation » pour ce qui était des masques. On nageait toujours autant dans le vague, le fumeux, l’hypothétique, le mensonger. C’était à qui en fabriquerait le plus pour cacher ce qui apparaissait de plus en plus crûment: la Starteupenéchionne de l’an 20 ressemblait fort à la moribonde république de l’an 40 de l’autre siècle, à ce triste moment de son histoire que l’on avait nommé la Débâcle.

#ChroniqueDuRègneDeManu1erDitLePetitGamelin

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