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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Capon

Chronique du 29 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de caftage, de collage et de verbiage.

Notre Médiocre Capon, mortifié de ce que son Premier Grand Chambellan eût osé, l’impudent, lui tenir tête, avait convié quelques-unes de ses Carpettes favorites, afin de s’épancher de son ire, et dire tout le mal qu’il pensait de ce monsieur du Havre, dont il lui tardait tant de se débarrasser. Les impétrants à cette charge ne manquaient pas, dieu merci, on se pressait dans les antichambres, on raclait le parquet, on faisait assaut de cajoleries et de promesses. Le baron de l’Amer, le Grand Économe de la Starteupenéchionne, avait toutes ses chances. Il ne cessait de se faire entendre, enjoignant tous les mauvais sujets de Sa Vaillante Mesquinerie, à retourner au labeur. On avait suffisamment fainéanté, foin des miasmes, les cassettes des Très-Riches ne se remplissaient plus assez vite. Ce haut dignitaire n’avait en ce qui le concernait aucun souci à concevoir sur sa propre santé : il n’aurait jamais à monter dans une charrette commune, dont on promettait de condamner un siège sur deux, ce qui ne changerait pas grand chose puisque dans ces transports, les Riens et les Riennes étaient ordinairement debout, entassés les uns sur les autres. Ils le seraient encore davantage, et voilà tout. Monsieur de l’Amer n’aurait point les maux de souffrir le cruel dilemme dans lequel Notre Malveillant Freluquet plaçait tout son peuple : garder précieusement sa tendre progéniture au logis et se retrouver sans le sou et sans labeur – la bredouillante douairière Madame de la Peine-En-Ecot avait bafouillé qu’il en irait impitoyablement ainsi -, ou renvoyer la mort dans l’âme les petits dans les escholes et retourner se frotter soi-même aux miasmes – lesquels ne désarmaient toujours point -, muni d’un pauvre masque, dont on avait entendu dire tant de mal, et maintenant tant de bien, depuis que la vénale petite baronne du Panier-Ruché avait vu tout le profit qu’il y avait à en retirer pour les cassettes de la Starteupenéchionne.

Quel avait donc été le crime du duc du Havre ? Rongé jusqu’à la couenne, ce noble et hardi serviteur du Roy voulait en finir au plus vite avec ces faquins de députés de la Chambre Basse qui réclamaient un jour supplémentaire pour prendre connaissance de l’édit de déconfinement. Monsieur d’Amonbeaufisse l’avait fort bien dit, tout cela n’était que pure forme, point n’était besoin de faire voter, puisque les Dévôts applaudiraient des mains, des pieds et du reste, comme ils l’avaient toujours fait. Il était arrivé aux oreilles du duc que certains parmi ces petits automates bien dressés commençaient à renâcler. Sa Neigeuse Altitude en avait eu vent aussi. Plutôt que de s’en offusquer, les Conseillers lui avaient susurré de s’en servir, de faire mine de lâcher un peu de lest, cela siérait merveilleusement bien en ces temps de « cons-corde » et calmerait les ardeurs des opposants. Las ! Le Grand Mité n’avait point voulu en démordre, le ton était monté, Notre Capricieux Biquet n’avait pas eu le dernier mot. Pour se venger, il avait donc convoqué Madame du Saint-Croc, et d’autres courtisans gazetiers et s’en était ouvert à eux. Il avait déversé sa bile bien amère et dévoilé le châtiment qui attendrait le traître et apostat. La gazette « Le Rapide » dévoila toute l’affaire. Les Conseillers en furent catastrophés. « Sire, Votre Majesté a été des plus imprudentes, il vous faut démentir. ». On fit donc produire de vigoureuses dénégations : « on cherche à diviser le gouvernement, ce ne sont là que viles rumeurs ! ». Les gazetiers du Rapide en furent marris, mais Madame du Saint-Croc les tança d’importance, les enjoignant à se montrer exemplaires et dignes de la confiance princière. Cette fielleuse courtisane était à l’image de la duchesse de Sitarte ou de madame de La Courge : elle portait le mensonge en sautoir et n’attendait que de mourir en martyr pour son Roy.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne. Les Saigneurs de la Phynance avaient ordonné que sur dans les Lucarnes Magiques on commençât de faire souffler le petit vent du Grand Déconfinement. Il fallait faire oublier que le duc du Havre, qui devenait décidément bien encombrant, avait vaguement, de façon fort floue, sans beaucoup de précision, évoqué que le Déconfinement se ferait en couleurs. Etait-ce le feu d’artifice tant attendu par Sa Capricante Altesse ? Que nenni ! On avait décidé d’en user avec le pays comme les maitres des escholes en usaient avec les bambins : on attribuerait des gommettes de couleur – verte, orange, rouge, selon qu’on mourait de la grippe pangoline encore un peu, moyennement ou beaucoup. Ainsi le comte de Provence, Monsieur du Muzo, fut-il fort marri de voir que sa province était dans le rouge. Ce fier capitan se faisait fort que pour les premiers jours du mois de juin, on fût dans le vert. Comment s’y prendrait-on ? On ne le savait toujours pas, puisqu’on écouvillonnait toujours pas davantage, malgré les fanfaronnades du Chevalier d’Alanver, lesquelles avaient fait naitre sur beaucoup de visages des sourires en coin.

Comme on était mercredi, on eut l’ineffable bonheur d’entendre madame la Porte-Mensonge du gouvernement, la sémillante duchesse de Sitarte. Elle pérora que les escholes ouvriraient partout, tel était le dessein du Roy, et qu’elle y remettrait elle-même sa progéniture, car affirma-t-elle, elle faisait grandement confiance à monseigneur le duc de la Blanche Équerre, lequel s’assurerait en personne, selon notre bonne duchesse, que le protocole de la Malportance fût superbement mis en œuvre dans toutes les escholes de la Starteupenéchionne et de Navarre. Il avait échappé à Madame de Sitarte que le Chambellan à l’Instruction s’était le matin même lavé les mains en confiant l’exécution du dit protocole à ses Grands Inquisiteurs Rectaux, lesquels à leur tour feraient ruisseler l’eau de leurs propres ablutions sur les directeurs des escholes. « Nous aurons la liberté, mais avec des exclusions », telle fut la magnifique conclusion du verbiage de cette inénarrable duchesse, qui se promettait de répondre à toutes les questions que les Riens et les Riennes pourraient avoir le désir de lui poser. Cela serait le moment tant attendu de l’hasquepépègeai, sans lequel la Starteupenéchionne n’eût point été ce qu’elle était.

#ChroniquesDuRègneDeManu1erDitLeCapon

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