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Chronique du règne de Manu 1er dit le Déconfit.

Chronique du 27 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de vieillards dont on fit peu cas, du nouveau catéchisme d’un certain duc et des nouveaux oracles…

Dans la bonne ville de Toulouse, une Rienne, que des argousins fort zélés étaient venus quérir, avait connu les joies des riantes geôles de la Starteupenéchionne. Son crime ? Avoir outragé Notre Astre Solaire. Cette impudente avait osé laisser pendre à son balcon un placard qui associait Sa Neigeuse Perfection et ces miasmes pernicieux, dont elle se questionnait pour les deux à quand la fin ? Pour ce qui était des miasmes, ils n’en finissaient plus de faire mourir les vieillards, dont par ailleurs on ne savait que faire. Ils finissaient d’ordinaire leurs vies dans des hospices qui s’avéraient ruineux pour leurs familles, quand bien même c’étaient des mouroirs, où des gardes débordées et fort mal gagées s’échinaient à en prendre soin. Dès les premiers jours de l’épidémie, cela s’était vite transformé en hécatombe. Les pauvres gardes, que les riches propriétaires de ces hospices considéraient comme menu fretin interchangeable, n’avaient rien obtenu de leurs maîtres pour se protéger des miasmes. Elles mouraient aussi. Une gazette, qui s’était fait une spécialité de se gausser des turpitudes des différents rois qui s’étaient succédé sur le trône républicain, Le Volatile Muselé, révéla que le gouvernement de Notre Malveillant Gérontologue avait donné des ordres pour que l’on ne ne gaspillât point les deniers du royaume à donner de l’air aux vieillards atteints par les miasmes. N’étaient-ils pas inéluctablement promis à une mort certaine ? Le Chantre de la Starteupenéchionne, monsieur Le Barbier de Servile, l’avait pompeusement annoncé sur une Lucarne magique : le gouvernement de Sa Cynique Antipathie allait devoir « amandoné » choisir entre la glorieuse Sainte-Economie et cette pleureuse de Sainte-Bienportance et l’on n’allait pas, « pour sauver quelques vies de personnes très âgées » faire perdre des ducats à nos valeureux maitres des forges et autres Saigneurs de la Phynance. A la sotte gazetière qui osa avancer ces mots dépassés « la vie n’a pas de prix », monseigneur de Servile, qui n’avait jamais aussi bien mérité son titre de « Voix de Son Maitre » professa cette maxime dont les livres d’Histoire se souviendraient : « la vie n’a pas de prix mais elle a un coût ».

On savait désormais quel avait été le choix de Notre Miséricordieux Economiste. On allait procéder au Grand Déconfinement dont le lancement était prévu pour le onze mai, ce jour béni où ces fainéants de maitres des escholes seraient sortis manu-militari de leurs chaumines, dans lesquelles ils se prélassaient de façon tout à fait coupable. Monseigneur le duc de la Blanche Equerre avait prévenu doctement : « ce qui est sollicité en nous tous avec l’enjeu du déconfinement c’est notre sens de l’intérêt général, notre sens de l’adaptation, notre créativité, notre esprit d’unité. ». L’ancien Grand Inquisiteur Rectal avait été semble-t-il atteint d’une épidémie de mélenchonite, puisqu’il avait ajouté « autant de qualités que nous devons transmettre à nos enfants au-delà de la crise pour améliorer le monde ». Ce que d’aucuns, de fort mauvais esprit, à moins qu’ils ne fussent tout bonnement fort lucides sur les chances que Monseigneur le duc eût pu se convertir au catéchisme du tribun des Insoumis, traduisirent ainsi : l’intérêt général dans la bouche des Dévôts du Roy, apôtres de Saint-Marché, devait se comprendre comme étant l’intérêt de la noble maison Maideffe, à la tête de laquelle se trouvait le fier baron d’Avou de Béssélézieux ; par « sens de l’adaptation » il fallait entendre « apprendre à ne point attraper les miasmes quand on n’a ni masques ni alcoolat, ni écouvillonnages », et que la nouvelle mamelle de l’Instruction, la « distanciation » était aussi impénétrable que la « différenciation ». Quant à la « créativité » et « l’esprit d’unité », un des Grands Inquisiteurs Rectaux avait montré l’exemple : il avait enjoint ses sbires à tenir la liste des maîtres jugés par trop fainéants et rétifs aux ordres afin que des mesures de redressement fussent prises en exemple. Pour ce qui était de la façon dont Monseigneur le duc de la Blanche Equerre entendait « améliorer le monde », on était servi. Les Jours Heureux si chers à Gracchus Mélenchonus et aux siens étaient l’exacte antithèse de la vision du Grand Chambellan à l’Instruction.

Le Conseil des Savants, que Sa Nébuleuse Suffisance avait voulu au centre de toutes les décisions, n’avait plus aucune raison d’être. Ces doctes personnages avaient tout de même rendu leurs conclusions : point de réouverture des escholes avant les vendanges, port du masque en tout lieu public, et écouvillonnages, écouvillonnages ! Las ! C’était comme faire entendre le latin à la duchesse de Sitarte ou lire les œuvres du grand Karl Marx à monsieur de Béhachelle, ce grand philosophe ami de Notre Délicat Philanthrope, qui s’était retiré dans sa campagne pendant le Grand Confinement, afin d’écrire son grand œuvre : « ce virus qui rend fou ». Avec le sens de la mesure qu’on lui connaissait, et cette finesse d’entendement sans égale, monsieur de Béhachelle avait formé le dessein d’éclairer de sa fulgurance notre triste époque. Le sous-titre de ce chef d’oeuvre était à lui seul une proclamation : « de l’art de se soumettre par temps de pandémie ».

Le pays était suspendu dans l’attente des paroles que le Premier Grand Chambellan allait délivrer le mardi, au quarante troisième jour du Grand Confinement, devant la Chambre Basse. Malgré les dénégations de Monsieur d’Amombeaufisse, qui jugeait tout à fait superfétatoire que l’on fît voter ce qui avait décidé de façon si pertinente et si savante, Monsieur du Havre allait demander aux députés un satisfecit de pure forme. Ayant bien inconsidéremment promis qu’on procéderait en deux temps – un vote pour l’édit de déconfinement, un autre sur la folle idée qui avait germé dans les esprits des Conseillers du Roy d’attacher une clochette au cou de tous ceux qui auraient par mégarde contracté les miasmes, afin qu’on pût les suivre en tout lieux et les surveiller à toute heure, le duc revint sur son annonce, fidèle en cela comme en toute chose à la maxime de la Starteupenéchionne : vérité du jeudi est mensonge le vendredi, laquelle maxime pouvait du reste se décliner sur tous les jours de la semaine.

Dans le royaume voisin de l’Italie, le commodore Conte, ayant soin ne pas mettre en danger la santé des bambini, annonça que les escholes ne réouvriraient qu’au mois de septembre. En Germanie, ce pays qui était si souvent cité en exemple dans le nôtre, là où on avait ouvert à nouveau les escholes, les miasmes, qui avaient jusque là épargné le pays, s’étaient remis à œuvrer de plus belle. Un savant mit en garde contre le danger d’une deuxième épidémie, laquelle serait plus incontrôlable que la première. En Starteupenéchionne, où les savants étaient devenus persona non grata, à moins qu’ils ne fussent des oiseaux se pavanant dans les Lucarnes Magiques, répétant à l’envi ce que Sa Hauteur Enneigée leur avait ordonné de dire, on avait les Dévôts du Roy pour nous servir d’oracle. Ainsi madame de ZérOcuite, qui brillait par ce qui lui faisait si cruellement défaut, et qui avait rejoint la faction de La Marche après avoir tâté de celle des Haineux, s’en alla-t-elle pérorer dans le salon d’un Grand Gazetier que les médecins étaient les grands responsables de ce que le gouvernement de Notre Infaillible Timonier eût pu commettre quelques peccadilles à propos des masques.

Ainsi en allait-il dans notre beau pays, au quarante deuxième jour du Grand Confinement, au temps de la grippe pangoline.

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