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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Planqué.

Chronique du 25 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question encore et toujours de masques, de certaines machines, ainsi que de l’orgueil d’un vain chevalier…

Madame la Grande-Duchesse des Combles, Première Femme Savante de Notre Zézayant Roitelet, était en passe de devenir l’arbitre de toutes les élégances. Fallait-il ou non porter le masque ? Ayant vigoureusement affirmé que ces accessoires n’étaient en rien « efficaces », cette courtisane, dont le nom était sur toutes les lèvres, venait de changer d’avis. Voilà que le masque était maintenant on ne peut plus « nécessaire », « à condition de savoir le porter » ajouta cette femme dont la mise était toujours des plus compassées. Il convenait donc d’apparier cette petite barrière d’étoffe à la couleur des escarpins ainsi qu’à celle de la soie de la robe ou du pourpoint pour les gentilshommes. Ainsi Madame de Sitarte, qu’on voyait invariablement dans des robes très fleuries, voulant suivre les conseils de celle qui avait l’oreille du Roy, eût-elle le plus grand mal à en trouver un qui convînt à son ramage et à son plumage.

On voyait ici et là fleurir des masques de toutes sortes, que de pauvres Riennes fabriquaient dans leurs arrière-cuisines. Les mères-grand les cousaient avec amour pour leurs petits enfants, cette saine et roborative activité connaissait un formidable essor. Les apothicaires, qui avaient pour mission d’œuvrer à la conservation de la santé, ne pouvaient toujours pas en vendre . Mais les marchands d’herbe à Nicot, qui eux œuvraient dans le sens contraire, seraient bientôt en mesure de le faire. Le gouvernement de Sa Nuageuse Inconséquence venait de leur délivrer la licence ad hoc. La petite duchesse du Panier-Ruché, une courtisane des plus fielleuses, et qui était Sous-Chambellane aux Finances, avait vu tout l’avantage qu’il y avait à vendre ainsi ces masques qu’on appelait « grand public ». Les prix ne seraient pas fixes. On ne savait d’ailleurs ni où ni par qui ils avaient été fabriqués.

Ceux qui avaient été prétendument commandés par le Chevalier d’Alanver et ses gens aux industrieux Fils du Ciel étaient toujours aussi hypothétiques. D’ anciens étudiants en commerce, quelque peu exaspérés, se concertèrent et pendant leurs courtes heures de loisir, ils achetèrent et firent entrer dans notre pays une faramineuse quantité de masques destinés aux médecins, aux nurses et aux garde-malades qui en manquaient cruellement. Il se disait sous le manteau que dans les manufactures de carrosses ou d’aéroplanes – car bien qu’il n’y eût plus un seul aéroplane dans le ciel, il était d’une urgence vitale de continuer à en fabriquer -, les ouvriers en étaient mieux pourvus.

On était bien au royaume du Grand Cul par dessus tête.

Le Chevalier d’Alanver continuait de faire l’important et de donner à voir les effets considérables de son amnésie : « Il est très probable que nous ayons collectivement sauvé des dizaines de milliers de vie avec le confinement » pérora celui qui expliquait doctement quelques semaines auparavant que c’était précisément le confinement qui permettait aux miasmes de prospérer, et que lorsque viendrait le printemps et que chanteraient les petits oiseaux, on ouvrirait les fenêtres des logis et qu’il s’en serait fini avec ces fâcheux miasmes. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes encensaient le Chevalier pour toutes ses qualités, si prisées en Starteupenéchionne. Sa Reconnaissante Juvénilité songeait à le faire duc. N’était-il point idéal ? Il montrait autant de talent que cette bonne duchesse de Sitarte pour proférer des inepties ou des mensonges. C’est ainsi que cet homme plein d’entrain annonça tout uniment qu’on serait bientôt – on ne savait quand – en mesure d’écouvillonner sept cent mille Riens et Riennes à la semaine. On en fut tout ébaubi. Aucun gazetier ne songea à lui rappeler que quelques semaines auparavant, il avait claironné qu’on allait incessamment sous peu procéder à vingt cinq mille écouvillonnages par jour. Comment expliquait-il cet antilogarithme ? Le nécessaire à écouvillonner était-il apparu miraculeusement ?

Mais il se trouva cependant quelques fâcheux parmi les gazetiers – ceux qui commençaient de se nourrir autrement que de croquettes, retrouvant ainsi un peu d’entendement -, pour révéler l’affaire des machines à respirer destinées aux suffocants. Afin de complaire à Sa Mesquine Jalousie, qui souhaitait que la Starteupenéchionne apparût aussi efficace que sa voisine la Germanie, la zélée duchesse du Panier-Ruché, cherchant à se rendre indispensable et incontournable, avait fait commander un certain nombre de ces machines à des firmes appartenant aux Très-Chers-Amis de Notre Petit Banquier. Mais ces engins, qui avaient rapporté une coquette somme à ses fabricants, s’étaient avérés inutiles, quand ils n’étaient pas tout bonnement dangereux pour les pauvres malades. Les médicastres s’en alarmèrent. Le Chevalier d’Alanver en fut fort marri et il enjoignit à ces fâcheux de se taire. Ce n’étaient là que « polémiques vaines et inutiles ». Les médicastres étaient tout bonnement incompétents et notre prodigieux Chambellan à la Malportance dut leur donner une leçon afin qu’on usât valablement de ces machines.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne en ce trente-neuvième jour du Grand Confinement. Les obscurs et les sans-grades, montés héroïquement au front, mouraient. Dans les salons, les inutiles et les vaniteux se rengorgeaient.

#ChroniqueDuRègneDeManu1erditLePlanqué

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