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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Foudroyé

Chronique du 18 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de Caligula, de crime de lèse-majesté et de paratonnerre.

Ainsi donc les miasmes de la grippe pangoline avaient-ils été priés de quitter la Starteupenéchionne le onze du mois de mai. Par décret royal, Notre Poudreux Démiurge leur avait signifié leur congé. D’ici à cette date, ils pouvaient continuer leur œuvre, dont on espérait en secret qu’elle atteindrait le plus grand nombre de Riens et de Riennes, lesquels étaient cependant priés de rester confinés. Tout au plus les hôpitaux étaient-ils à peine moins débordés, c’était là ce que le lugubre monsieur de la Salmonelle tentait de faire accroire. Les vieillards dans les hospices mouraient seuls, sans que leurs enfants pussent une dernière fois leur tenir la main. Où que le regard se portait, ce n’était que chagrin et inquiétude. Sa Mystique Divagation n’en avait cure. Enivrée de son omnipotence, Elle observait le miracle de sa Transcendance. Ne voilà-t-il pas que le gouverneur de l’Ohèmesse venait de lui adresser des louanges ? Au temps du Tournoi de la Résidence Royale, qui avait vu son triomphe, Notre Ronflant Prétentieux avait fait l’objet de quelques études de caractère. D’aucuns, et parmi eux des médicastres de l’âme, avaient eu l’audace d’émettre quelques réserves sur la sanité d’esprit de ce jeune baronnet qui prétendait accéder aux fonctions suprêmes. On ne les avait point écoutés, pire, on les avait moqués. Caligula et Néron n’avaient-ils point été eux aussi fous à lier ? Cela ne les avait point empêchés de régner. Et fi donc ! Les gazetiers-nourris-aux-croquettes s’étaient bien gardés de relayer ce qui n’était somme toute que médisances de jaloux. Bon nombre de Riens et de Riennes avaient du reste été séduits par le discours cajoleur de l’impétrant, et surtout par sa cireuse et creuse jeunesse. Les cervelles avaient été dûment préparées à accueillir l’inconsistance et le vide.

Le Chambellan au Déconfinement, monsieur du Cachesex, se rendait totalement inutile. Cette nomination lui permettait de toucher, en plus de ce qu’il percevait déjà, de forts confortables émoluments. Notre Malveillant Faussaire veillait à toutes choses, car tel était son destin. On avait attiré son attention sur les vieillards. « Que faire, Sire ? Tout le monde sait que les miasmes ne vous obéiront point, tout ceci n’est qu’artifice, et ce n’est d’ailleurs pas ce que Votre Majesté recherche, il faut que vos sujets soient contaminés, monsieur de Béssélézieux a été fort clair à ce sujet. Ses amis et lui ne peuvent plus attendre » susurraient les Conseillers. On décida alors de confiner ad vitam aeternam ces maudits vieillards qui ne mouraient pas assez vite. « Qu’on les enferme à double tour ! » ordonna Sa Gracieuse Gérontophilie. Las ! La Starteupenéchionne était encore régie par les lois supérieures de la vieille République et les Conseillers s’avisèrent qu’un tel édit ne se pouvait.

Il était proscrit de discriminer sur quelque critère que ce fût. On dut faire machine arrière. Les gazetiers-nourris-aux-croquettes, dont l’entendement n’avait jamais été aussi languissant, encensèrent la grande bonté de Notre Philanthropique Biquet. Peu eurent l’audace de faire remarquer qu’on avait encore une fois cherché à passer outre les lois.

Partout, les files de pauvres s’allongeaient. Dans les quartiers les plus miséreux, la famine guettait. La Cour observait tout cela avec morgue et dégoût. Ces gueux n’avaient point suivi le noble et vigoureux conseil de Sa Munificente Altesse : pour trouver du labeur, traversez la rue ! Les partisans de Gracchus Melenchonus prenaient fait et cause pour les miséreux. Puisqu’on ne pouvait se rencontrer, ils avaient imaginé se retrouver via les lucarnes magiques. Ils furent ainsi fort nombreux à écouter leur tribun exhorter une fois de plus à ce qu’on abattît le mur de la dette, car c’était cela ou la misère pour le plus grand nombre ! On ne pourrait faire supporter à nouveau au peuple cette maudite dette alors qu’il existait le moyen de l’effacer en partie, à l’image de ce qui allait se faire au Royaume de Grande-Bretagne ou encore dans l’Empire des Amériques, chez Donald Le Dingo. Gracchus Mélenchonus fustigea l’idée stupide qui était née dans les cervelles des apôtres de Saint-Marché de créer de la dette pour absorber la dette. Cela confinait à l’absurde. Il apostropha – quel crime de lèse-majesté ce fut!- Notre Béat Européiste, lequel affirmait à qui voulait l’entendre qu’il convenait de ne plus regarder vers le passé, pour lui rappeler que son « projet » avait mené le pays au désastre que l’on avait hélas chaque jour sous les yeux. Les dévôts du Roy s’étranglaient de rage. Ils fulminaient de ce que tous ces maudits Insoumis et d’autres encore eussent l’audace de brandir cet outrageux libelle : plus jamais ça ! Ils s’essayèrent à en faire de même mais dans leur grande sottise, ils ne s’étaient point avisés que tous ces séditieux n’étaient point en charge des affaires du pays. Leur libelle « plus jamais les Insoumis » fit long feu. Ils en furent fort marris.

Le Premier Grand Chambellan, monsieur le duc du Havre s’apprêtait, en compagnie du Chevalier d’Alanver – lequel serait obligé de surseoir à son labeur de cousette – à passer une nouvelle fois à la question afin de faire le point sur la situation du pays face à l’épidémie. On prévint cependant qu’il n’y aurait « aucune annonce ». On gloserait simplement et cela donnerait l’occasion de vérifier l’avancée du travail des mites ouvrières, lesquelles étaient toutes disposées à montrer l’exemple au Chevalier d’Alanver. Madame de Sitarte, de son côté, s’en alla se pavaner dans les colonnes d’une gazette. On osa lui rappeler toutes ses inconséquentes paroles. Cela n’ébranla en rien son invraisemblable aplomb. Se moquant de ce ce que dans le pays il y eût autant d’habitants que de spécialistes en miasmes, elle claironna avec bravache : « Je suis un paratonnerre » avant que s’en retourner œuvrer à superviser toutes les dépêches, et à régner en maîtresse sur la propagande. Un Conseiller du Prince, afin de tempérer quelque peu les ardeurs de celle qui méritait son titre d’ultra, persifla: « Elle continue à vouloir avoir raison sur tout ». On apprit de la bouche de ce bavard que Madame de Sitarte avait supplanté la bonne duchesse de la Courge pour ce qui était de « prendre des balles » à la place de Notre Bien-Détesté Souverain. C’était là propos bien imprudents en ces temps bien troublés.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne, au trente-troisième jour du Grand Confinement.

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