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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Narcisse

Chronique du 17 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de complot, de pets et d’un obscur chevalier…

Notre Narcissique Tyranneau n’en finissait plus de « se réinventer ». Il se contemplait à l’infini, s’écoutait parler, et s’adonnait tout entier à l’édification de sa glorieuse geste. Il avait ordonné que l’on convoquât à bonne distance des gazetiers afin qu’ils recueillissent ses propos. Après les laquais de la Virgule, ce furent les forts sérieux folliculaires d’une non moins sérieuse gazette du royaume de la Grande-Bretagne, qui furent abreuvés par le flot intarissable de la Pensée Complexe de Sa Divine Disruption. Dans cette fort ennuyeuse pandémie, il fallait trouver des coupables. Ils étaient tout désignés : les Fils du Ciel. « Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas » asséna doctement Notre Poudreux Détective, affectant à nouveau de ce terme de « choses », qu’il usait en toutes circonstances dès qu’il s’agissait de démontrer sa supériorité et son omniscience. En flétrissant l’Empire du Milieu, Sa Suffisante Arrogance se rangeait derrière son grand ami Donald, lequel avait été aussi rejoint par Sir Baurisse The Yellow, dont les miasmes n’avaient pu venir à bout. Chacun de ces grands dignitaires oubliait que c’étaient les industrieux Fils du Ciel qui fabriquaient le fourniment nécessaire à combattre l’épidémie – lequel faisait tant défaut aux braves sur le front- , et que dans leurs pays respectifs on mourait beaucoup plus qu’ailleurs. Non contente de laisser entendre que de dangereuses manigances se tramaient du côté de l’Empire du Milieu – « on ne nous dit pas tout » – Sa Complotiste Outrecuidance posa ensuite pour la postérité : « Je n’ai jamais rien imaginé car je me suis toujours placé dans les mains du destin. Il faut se rendre disponible à sa destinée. C’est là où je me trouve, prêt à me battre et à défendre ce en quoi je crois tout en demeurant capable d’essayer de concevoir ce qui semblait impensable.». Les Riens et les Riennes en restèrent médusés. Ils n’étaient point sûrs de partager avec leur Vil Suzerain la même vision du monde, et ils avaient chaque jour sous les yeux les conséquences de « lenmèmetantisme », le principe rectal de la pensée de ce prince. Le tribun Gracchus Mélenchonus résuma les inquiétudes : « l’idéologie du Monarc le paralyse devant les questions de survie collective. »

On en était là mais dans les salons des courtisans de la Starteupenéchionne, on préférait courir sus à ces fainéants de fonctionnaires, qu’ils fussent postiers ou maîtres des escholes. Ainsi monsieur du Proût, un obscur gazetier qui avait commencé sa carrière en commentant fort mal des tournois de balle au pied, et qui tenait pour l’heure un salon, lequel avait tout du lieu d’aisance, tant ce causeur avait le caquet à la place du fondement, enjoignit-il les gueux à aller prêter main forte au Roy : « maintenant, faut y aller » vessa celui qui lorgnait sur le maroquin de la Malséance dans le futur gouvernement de « cons-corde » que Notre Machiavélique Alpiniste tramait à former. Tous ceux et celles qui rêvaient d’un retour en grâce se pressaient au Château. Dans la faction du Jardin, on était partagé. Monsieur de la Jade D’Eau, tout gonflé d’un ancien succès à un lointain Tournoi, voulait en être. Le Sieur de Marigaux, qui présidait aux destinées de cette faction, n’était point d’accord avec ce dernier. On eût attendu qu’il convoquât son comparse en duel et que l’affaire se réglât sur le pré, comme il se devait pour des partisans du Jardin, mais ce sieur de Marigaux, piqué au vif par des propos du tribun Gracchus Mélenchonus, entendit régler l’affaire autrement et se fendit d’un libelle rageur, par lequel il enjoignait les partisans de la Faction des Insoumis à « rompre les rangs ». Il lui fut répondu par les intéressés de ré-ouvrir son dictionnaire.

Le Chantre de la Starteupenéchionne, le Sieur de Barre-Billet, qu’on appelait également le Barbier Servile, rivalisa avec un obscur philosophe, monsieur le comte d’Estronvil, pour le concours de la petite phrase la plus philanthropique de la semaine. Le premier se récria qu’il n’était point question de « bloquer tout le pays pour quelques vieillards qui s’en allaient mourir d’un instant à l’autre », le second, professant doctement qu’il fallait prendre garde à ce que la santé ne devînt une valeur suprême – on entendait trop les médecins et point suffisamment les économistes ! – eut cette formule fulgurante : « les vies qu’on sauve sont celles de gens qui ont plus de soixante-cinq années, cela fait de plus en plus de dettes, et ces dettes ce sont nos enfants qui vont les payer ! ». On ne sut les départager.

La journée aurait terriblement manqué d’éclat si le Chambellan aux Affaires de la Culture de l’Esprit, l’obscur Chevalier des Rillettes, ne s’était exprimé. Personne ne savait qu’il existait hormis aux moments où il décidait de se faire entendre, mais encore fallait-il qu’à chaque fois, il rappelât qui il était et ce dont il était en charge. Il avait vaillamment fait savoir dans les premiers jours de l’épidémie que les miasmes l’avaient atteint mais qu’il se portait comme le Pont-Neuf. Il revint à la charge en annonçant fièrement que les « petits festivals » pourraient se dérouler pendant l’été, à condition qu’ils fussent « adaptés à des jauges petites » et qu’il n’y eût point de « problèmes de sécurité ». Mais encore, demandèrent les saltimbanques, expliquez-vous, Chevalier, qu’entendez-vous par « jauges petites » ? Cet homme imaginatif déroula sa pensée : « un petit festival rural, avec une scène, un musicien, et cinquante personnes, qui soient bien entendu à plus d’un mètre les unes des autres, sur des chaises, masquées, cela va sans dire, et à condition qu’elles se soient conformées aux nécessaires ablutions des mains avec des alcoolats ad hoc, on pourra tenir ces festivals-là ».

La pensée complexe de Notre Précieux Démantibulateur et son éclatant précepte de l’enmèmetantisme avaient essaimé dans les cervelles de ses partisans. C’était condition sine qua non pour faire partie de ce cercle de privilégiés.

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