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Chroniques du règne de Manu 1er dit l’Artificier.

Chronique du 16 du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de retournement, de truisme et de vérité révélée…

La Starteupenéchionne n’avait jamais autant mérité son titre de royaume du Grand Cul-par-dessus-tête. Ce qui était honni et vilipendé une semaine auparavant était désormais encensé et pris en exemple, ce qui était impensable et infaisable, devenait prescription et précepte, de même que ce que l’on avait annoncé comme vérité se retrouvait voué aux gémonies. On assistait ainsi à un extravagant renversement de tout, qui vous donnait le tournis, et que Notre Innovant Tyranneau ordonnançait à loisir, sous les louanges de la Cour, alors même que les morts se comptaient par millier chaque jour, les nurses et les médecins continuant de s’épuiser à la tâche. Monseigneur de la Flippe, duc du Havre, que l’on disait fort marri de ce que Sa Vibrionnante Prépotence ne l’eût point consulté avant son allocution, parut en public à l’issue du conseil du gouvernement. On put constater que les mites étaient toujours aussi habiles ouvrières. Monsieur de la Flippe annonça qu’une généreuse poignée d’écus serait distribuée aux braves du front, mais à certains seulement. On distinguait. On introduisait la division, laquelle servait si bien à régner. On prévoyait aussi une obole pour les plus nécessiteux, mais on ne savait quand on la prodiguerait. Il fallait attendre.

Madame de Sitarte, qui n’avait jamais si bien porté sa charge de Porte-Mensonge du gouvernement de Notre Fallacieux Timonier, toute infatuée de son importance retrouvée, produisit, en réponse aux questions des gazetiers, un interminable et prétentieux verbiage, tout empli de redondances et de menteries, dont on ne retint rien ou presque, hormis ce truisme : « une décision politique est une décision politique ». On acquit aussi la certitude que Son Ineffable Malignité avait bien le dessein de congédier bon nombre des Chambellans et au premier lieu desquels le grand premier, car madame de Sitarte annonça doctement que cela n’était point à l’ordre du jour. Des noms bruissaient à la Cour. Il se murmurait que le Grand-Vizir Manolo se préparait. Le nom de Madame de la Cuisse-Aux-Morilles, une duchesse qui avait été fort bien en cour du temps du roi Nico-dit-les-Casseroles, était sur toutes les lèvres. Monsieur de la Jade d’Eau faisait antichambre, il se voyait bien Grand Jardinier du Roy.

Le chevalier d’Alanver quant à lui allait partout s’égosillant qu’il « travaillait à la question des masques ». Il s’était procuré une machine à coudre, prenant au passage quelques leçons auprès de cousettes, et s’était mis à confectionner lui-même ces petites barrières d’étoffe. Ceci expliquait enfin la pénurie. Le Chevalier, tout talentueux et fougueux qu’il fût, n’étant cependant point doué d’ubiquité, il ne pouvait tout à la fois briller dans les salons où on l’ovationnait – Monsieur d’Amonbeaufisse avait cuicuité de forts beaux louanges à son encontre -, et actionner frénétiquement la roue de la machine à coudre. Il fallait faire vite, car Madame de Sitarte l’avait promis, relayant la Divine Parole du Roy : les escholes ré-ouvriraient le onze du mois du mai, et la protection de tous, maîtres y compris, serait garantie. Les bambins iraient masqués, notre bonne duchesse s’engageant elle-même à leur apprendre à porter cet accessoire.

Notre Incorrigible Babillard convia au Château des gazetiers-nourris-aux-croquettes, ceux-là mêmes qui œuvraient pour la Virgule, la gazette du Sieur Barre-Billet, le chantre de la Starteupenéchionne. Il s’épancha d’importance, usant de ce verbe qu’il affectionnait tant : assumer. Sa Monomaniaque Petitesse assumait tout : le maintien du Tournoi des Bourgmestres – si contamination par les miasmes il y avait eu ce jour, c’était parce que l’on était allé inconsidérément baguenauder sur les rives de la Seine -, les mesures prises en connaissance de cause, Madame de la Buse ayant dûment accompli sa mission de messagère. Ainsi le 29 du mois de février, on avait convoqué un conseil exceptionnel du gouvernement, pour lutter contre l’épidémie qui s’annonçait. En lieu et place, on avait ordonné qu’il fût usé du Quaranteneuftroit contre l’opposition à la Chambre Basse. Les miasmes quant à eux avaient pu accomplir sans entrave leur avancée dans le pays. Usant non du « nous » comme ses illustres prédécesseurs de la maison Capet mais du « je »,celui de l’ego, qui était sa marque de fabrique, Notre Infatué Roitelet asséna cette maxime que retiendrait la postérité : « Je refuse aujourd’hui de recommander le port du masque pour tous ». On eut là un nouvel exemple éclatant de la capacité de ce prince à concevoir et ordonnancer ce renversement perpétuel des choses. C’était donc ainsi  qu’il fallait comprendre la petite phrase langoureusement prononcée lors de son allocution : « je vais me réinventer ».

Les Riens et les Riennes, réduits à compter les jours et fourbir les piques, s’étaient évertués à comprendre les inconcevables conclusions des carottages des cervelles. La véritable question qui avait été posée était en réalité celle-ci : êtes-vous convaincu de l’impéritie du Roy ? On s’étonnait maintenant que la réponse ne fût point plus totalement affirmative.

#ChroniquesDuRègneDeManu1erDitLArtificier

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