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Chronique du règne de Manu 1er dit Le Petit Marathonien

Chronique du 1er du mois d’avril de l’an de disgrâce 20..

Voilà que les effets prodigieux de cette épidémie continuaient de toucher le Gouvernement de Notre Frais Converti mais d’une bien perfide manière. Monsieur du Havre fut mis à la question à la Chambre Basse. En fait de question, ce fut très accommodant. En effet, c’était monseigneur le duc d’Anfer en personne, lequel présidait ordinairement aux destinées de cette vénérable institution, qui s’était donné pour mission de présider la commission qui allait entendre le Premier Grand Chambellan ainsi que le Chevalier d’Alanver, le Chambellan à la Mal-Portance. On feignait assurément de s’interroger sur la manière dont le gouvernement de Sa Grande Présomption menait cette pénible affaire de la grippe pangoline, afin de calmer l’ire des Riens et des Riens, laquelle ne cessait d’enfler au fur et à mesure que leur parvenait des nouvelles des hôpitaux civils, surchargés de malades et de mourants, alors même que les hôpitaux privés demeuraient étrangement vides. En matière d’enfumage et de rideau de fumée, monseigneur le duc d’Anfer, en homme retors et fourbe, s’y entendait comme personne. Monsieur du Havre dut tout au plus concéder qu’on ne sortirait point du confinement comme un seul homme, cela se ferait par étapes. Il produisit une phrase des plus absconses pour ne pas avoir à dire clairement qu’on n’en savait rien, et que tout se menait à vue. Il faudrait « planifier », quel mot épouvantable que celui-là !

La faction de Notre Petit Baratineur monopolisa la parole lors des travaux de cette commission, ainsi qu’elle en avait coutume. Le tribun Gracchus Mélenchonus ne décolérait pas. « Le régime est mieux organisé pour orchestrer sa propagande que pour lutter contre l’épidémie » fit-il savoir rageusement. A toutes les demandes des Insoumis que fussent réquisitionnées les manufactures afin de fournir en matériel les combattants du front, Monsieur du Havre avait répondu par le mépris. Ce n’était là qu’ « idéologie », il fallait comprendre « infâme bréviaire de monsieur Marx ». Mais au nom de quoi donc le Grand Chambellan à la barbe plus mitée que jamais – les mites n’avaient point été touchées par les miasmes, elles œuvraient vigoureusement – professait-il cette déconsidération, si ce n’était au nom d’une autre idéologie, celle du Saint-Capital et de son apôtre, le Saint-Marché et Sa Main Invisible, dont on pouvait contempler l’œuvre apocalyptique : l’insignifiante épidémie chinoise de la grippe pangoline, qu’on avait sous-estimée, quand on ne l’avait pas ignorée ou encore moquée, et ce pendant de précieuses semaines perdues, était devenue une pandémie, elle faisait des ravages . Dans notre pays, on manquait de tout pour la soigner, les injustices et la pauvreté ne s’en trouvaient qu’accrues, et les profiteurs profitaient encore davantage. Tels les Très-Chers-Amis de Notre Hypocrite Converti qui allaient partout déclamant que c’était le moment de « faire des affaires » dans les bourses où les corbeilles se vidaient frénétiquement.

Bienheureux les maitres des escholes qui avaient un pasteur bienveillant pour les ramener sur le droit chemin ! L’admirable Monseigneur le duc de la Blanche Equerre dévoila ses plans : puisque les maitres avaient été négligents en perdant leurs élèves, on leur offrait une chance – moyennant écus sonnants et trébuchants- de rattraper leurs bévues. Il leur faudrait pour ce faire rassembler les égarés – après les avoir retrouvés on ne savait comment – et les soumettre du matin jusques au soir, quand ce ne serait pas aussi la nuit, au tripallium, ceci afin qu’ils rattrapassent le retard. Cette campagne, dont monseigneur le duc avait minutieusement réglé tous les détails, avant que de la confier à ses Inquisiteurs Rectaux, lesquels à leur tour se chargeraient d’en instruire les régisseurs des escholes et des gymnases, devait se dérouler pendant ce temps qu’on n’appellerait plus jamais « vacances » tant il appartenait à un passé révolu. Le Chambellan à l’Instruction avait fait ériger dans un angle de son cabinet de travail un petit autel dédié à Sainte-Evaluation-Des-Compétences. Une petite flamme y brillait en permanence, et monseigneur y faisait quatre fois le jour ses dévotions. Amen.

Le duc de Gazetamère, qu’on avait peu entendu jusque là, fut mandaté pour venir à son tour éclaircir la raison des Riens et des Riennes sur la disparition de l’idée même de « vacances » . On était entré dans une nouvelle ère, celle du confinement de la pensée et celle de la semaine des soixante corvées. « On ne part pas en vacances pendant le confinement » martela Rantanplan Grand Caniche Sachant de Sa Glorieuse Arrogance, avec ce nasillement et cet embrouillamini dans les syllabes qui le caractérisaient. Il n’y avait que la confuse duchesse de la Peine-Y-Cot à avoir la bouche encore plus pâteuse que notre duc : « nous sommes dans une période de confinement des droits » énonça laborieusement celle qui s’échinait à faire accroire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ainsi s’était déroulée cette triste journée du premier du mois d’avril. Les fadaises et autres billevesées sorties de la bouche des Chambellans n’étaient hélas pas des poissons. Cela faisait une bien mauvaise soupe. Mais en touillant cet infâme brouet, les Riens et les Riennes y ajoutaient aussi leur courroux et ils se promettaient de le faire boire jusqu’à la dernière goutte à Notre Piteux Maitre des Horloges.

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