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Chronique du règne de Manu 1er dit le Converti.

Chronique du 31 du mois de mars de l’an de disgrâce 20..

Où il est question de converti, de bréviaire, et de géniales trouvailles…

Cette grippe pangoline avait des effets prodigieux. Elle avait métamorphosé Notre Petit Banquier, jusques ici fervent adorateur du Saint-Capital et de la Très-Vénérée Sainte-Dérégulation, en un zélateur du catéchisme de Gracchus Mélenchonus. Mais que l’on s’y trompe pas, Sa Mensongeuse Incapacité ne pensait pas un traître mot du discours qu’Elle prononça, après qu’elle se fut transportée en grande pompe, suivie de la Cour, dans une manufacture angevine où des cousettes fabriquaient à la chaîne des masques, ce précieux rempart contre les miasmes, qui se volait par caisses entières et se retrouvait vendu sous le manteau, dans les beaux quartiers de la capitale, alors même qu’il faisait cruellement défaut aux médecins et aux nurses s’activant sans relâche auprès des plus atteints par la grippe pangoline.

Faussement pénétré de ses nouvelles croyances, affichant une fallacieuse ardeur, tout empli des conseils de sa nouvelle gouvernante de conscience et de parole, une petite duchesse, madame de la Jarretelle – laquelle avait été instruite au couvent de l’abbé Fouque avant que de faire ses armes chez monsieur du Beau-Laurier-, Notre Piètre Converti martela sa nouvelle doctrine : l’indépendance pleine et entière du pays d’ici la fin de l’année pour ce qui était de la confection de ces masques. Il s’en trouva fort peu parmi ses sujets, ces bons-à-rien, ces fainéants, ces illettrées et ces alcooliques, qui, tout confinés qu’ils fussent dans ce moment, ne se souvinssent que Sa Fâcheuse Amnésie avait vendu une par une les manufactures du pays, ainsi que les champs où arrivaient et repartaient les aéroplanes, en un mot comme en cent, avait réduit les Riens et les Riennes à dépendre pour le moindre bouton de culotte des industrieux Fils et Filles du Ciel. On allait même jusqu’à manquer de bonbonnes d’air pour aider ceux qui en perdaient le souffle à le retrouver : la manufacture qui les fabriquait avait été fermée quelques mois auparavant, mais Sa Cynique Négligence n’avait toujours point donné l’ordre qu’on y refît tourner les machines et ne mentionna du reste nullement ce besoin d’air dans son nouveau bréviaire . Sans doute aucun grand Conseiller n’avait-il susurré cette proposition dans sa délicate oreille. Il n’y avait là en effet aucun écu sonnant et trébuchant à glaner.

De l’incontinence et de la colique verbales de leur Prince, auxquelles ils étaient hélas habitués, les Riens et les Riennes retinrent qu’il n’y avait rien pour les soigner et permettre de le faire, mais qu’en haut lieu, on s’occupait d’y pourvoir pour une date lointaine – on avait le temps de mourir – , pourvu qu’ils se tinssent coi et confinés, et qu’ils n’oubliassent surtout de s’adonner aux sacro-saintes ablutions des mains.

Son Altesse Chiffonnée était froidement courroucée de ce que des « donneurs de leçons » et parmi ceux-là, on visait tout de bon « les ténors de l’opposition », eussent l’outrecuidance de venir émettre la moindre critique sur la façon dont Elle menait « sa » guerre. Ce prince tout imbu de lui-même ne souffrait qu’il se puisse encore exister une opposition. Ordre avait pourtant été donné de tirer le Quaranteneuftroit sur la Chambre Basse, ces maudits Insoumis auraient du être ratatinés ! Les Très-Riches-Amis firent en sorte qu’on ne donnât plus jamais la parole à l’un de ces fâcheux, dans les Lucarnes Magiques et dans les boites à paroles. Il ne devait plus s’y faire entendre que ces médicastres de salon qui fonctionnaient, à l’instar des gazetiers-nourris-aux-croquettes, comme des automates. Pour les faire taire, il eût simplement suffi de ne plus les appointer grassement.

Les Chambellans avaient donc une avenue qui s’offrait à eux afin qu’ils y déroulassent leurs fadaises et leurs sottises. La seule journée de ce trente et un du mois de mars fut un festival, mais il faut bien avouer que rien de tout cela n’avait la même saveur sans la participation de la duchesse de Sitarte. Monsieur de la Blanche Equerre fit son possible pour égaler son amie. Il s’ingéniait à forger des machineries pour tenir les maitres des escholes en coupe réglée. D’avoir du les défendre – mollement certes- devant les agrestes propositions de madame de Sitarte – avait été un crève-coeur et monseigneur le duc ne s’en remettait point. Il avait des remontées fielleuses qui ne se soignaient qu’à coups d’injonctions et de brimades sur les maitres. Après avoir fustigé la négligence de ces bons-à-rien qui avaient « perdu » un nombre certain de leurs ouailles, le Chambellan à l’Instruction eut une idée mirifique : celles des « vacances apprenantes ». Nul parmi les intéressés – que ce fût les maîtres ou les élèves – n’avait la moindre idée de ce que cette oxymorique formule recouvrait. On allait voir ce qu’on allait voir.
Le duc du Dard-Malin quant à lui, fit preuve d’une grande originalité : il inventa les impôts, oubliant lui aussi que le gouvernement de Notre Grand Ruissellement n’avait eu de cesse de les réduire, ou de les supprimer ainsi celui des Très-Riches. Ces derniers furent immédiatement rassurés : monsieur le duc n’avait nullement l’intention de les obliger à bourse délier, quand bien même eussent-ils par miracle conçu le souhait de vouloir contribuer à cette grande générosité. Pour la forme, notre duc appela mollement les manufacturiers à participer à l’obole, mais il n’y avait aucune obligation. Pour les Riens et les Riennes, il en irait autrement, on les passerait au pressoir, l’affaire était entendue.

Un préfet eut une idée mirobolante afin de grossir l’Armée que monsieur du Rabot, le Chambellan aux Travaux Agraires, voulait lever pour aller aux fraises et aux asperges. Il en appela aux « réfugiés », ceux-là même que depuis des années, on laissait se noyer, ceux-là même que deux jours auparavant, on traquait sans relâche, ces « migrants » qu’on boutait hors du pays, nonobstant les risques de contagion par les miasmes que ces pauvres gens encouraient, et avec eux leurs bambins. Voilà maintenant que ces parias pouvaient se rendre utiles ! La grippe pangoline avait décidément un pouvoir miraculeux de métamorphose.

Ainsi en allait-il en Starteupenéchionne. Les Riens et les Riennes, quand ils n’étaient pas dans l’affliction de la perte d’un être cher, rongeaient leur frein, et pestaient rageusement contre ce prince qui ne faisait que courir après les événements. L’heure des comptes sonnerait.

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