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Chronique du règne de Manu 1er dit l’Elyséen.

Chronique du 29 mars

Monsieur du Havre, le Premier Grand Chambellan à la Barbe Mitée parut une nouvelle fois en public, flanqué du Chevalier d’Alanver, et d’une médicastre réputée fort savante mais qui, à ses propres dires, « ne savait pas grand chose ». De ce long et fatigué discours, les Riens et les Riennes retinrent ceci : tout ce qui ne servait à rien deux jours auparavant – les masques, les écouvillonnages, la drogue du savant de Marseille – allait dorénavant faire l’objet de tous les empressements. On allait ainsi passer commande d’un milliard de masques aux industrieux Fils du Ciel. On recevrait de quoi écouvillonner les naseaux au mois de juin. Quant à la prétendue potion magique, on ne l’autoriserait qu’en guise d’extrême-onction, comme cela, on serait certain de ce que l’on voulait prouver.

D’ici là, combien de morts encore ? Il était désormais interdit non seulement de le dire mais aussi d’y penser. Monsieur du Havre délivra la plus importante des nouvelles : nul n’avait le droit d’émettre la moindre critique sur les actes du gouvernement de Notre Unique Timonier. Du retard dans les mesures de confinement ? Billevesées ! Des assesseurs du Tournoi des Bourgmestres – lequel, rappelons-nous s’était tenu alors même que le Grand Confinement avait été décrété, bien que jamais nommé-, avaient contracté la maladie et en avaient perdu la vie? Ils l’avaient contractée chez eux et il fallait bien mourir de quelque cause ! Et ainsi de suite.

Or doncques, les Riens et les Riennes étaient-ils par ce nouveau décret mis dans l’obligation de confiner également leur pensée. Telle était la volonté de Son Incommensurable Sublimité. Depuis les cossus et douillets salons du Château, ce prince si imbu de lui-même qu’il avait fait placer dans chacune des pièces des miroirs afin de s’y admirer, était allé s’épancher auprès de gazetiers du royaume voisin de l’Italie, où l’on peinait à trouver des sépultures aux si nombreux morts, décimés par cette « grippette ». « J’ai abordé cette crise avec sérieux dès les premiers signaux » narra Notre Poudreux Amnésique, si occupé à l’édification de sa Geste, qu’il en avait oublié que le onze du mois, en compagnie de la Reine-Qu-On-Sort, il était allé au théâtre afin d’ encourager les Riens et les Riennes à en faire autant, ceci alors même que, quelques deux semaines auparavant, à Mulhouse, des milliers de fidèles de l’Eglise de l’Evangile s’étant rassemblés, ils y avaient pieusement échangé leurs miasmes et ainsi permis que la grippe pangoline se propageât dans tout le pays. « On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur » prophétisa Sa Navrante Médiocrité, tout en assurant le Royaume de l’Italie de l’indéfectible soutien de la Starteupenéchionne. « Ne vous laissez pas intoxiquer par le récit de certains pays qui disent vous avoir apporté de l’aide ». Notre Dérisoire Européiste était décidé coûte que coûte et vaille que vaille à continuer de guerroyer contre le Tsar Poutinus et les Fils du Ciel – avec lesquels il convenait cependant qu’on fût patelin si l’on voulait continuer de commercer- et il lui fallait rétablir « la vérité ». Rien ne comptait autant aux yeux de ce prince que de flétrir tous ceux qui n’obéissaient pas à la doctrine du Saint-Capital. Ainsi ces médecins cubains – dont l’arrivée dans le Royaume de l’Italie avait été vivement saluée- qui se mettaient en tête de venir apprendre à la Starteupenéchionne comment venir à bout de cette grippette -, n’étaient-ils venus que pour mettre sous le nez des Riens et des Riennes le portrait de leur « Lidère maximus ». Sa Machiavélique Petitesse usait là de l’artifice que les gazetiers-nourris-aux-croquettes par Ses Très-Chers-Amis les Phynanciers avaient échafaudé pour jeter le doute dans l’esprit des Riens et des Riennes.

Une catastrophe n’arrivant jamais seule, Notre Rutilant Jouvenceau annonça triomphalement que pour vaincre ce qui était maintenant une pandémie, son ami Donald, Empereur des Amériques et lui-même préméditaient « une initiative importante ». On se préparait au pire.

Chacun et chacune à la Cour occupait au mieux ses journées du Grand Confinement. On tenait un journal, ou on tenait salon. La Reine-Qu-On-Sort, dame Bireguitte Ravalée de la Façade, convoqua une gazette spécialisée en futilités et autres niaiseries dont on avait gavé les cerveaux des Riennes depuis des lustres afin de s’épancher. « La Reine vit cet retranchement avec difficulté » narra la gazetière en charge de relater ce qui relevait de la plus haute importance et qui resterait dans les livres de l’Histoire. On apprit ainsi que Dame Bireguitte ne sortait plus, qu’elle prenait ses collations dans son cabinet de travail, ou dans le salon Paulin, en compagnie de ses suivants, et, afin que chacun ne mît pas les mains dans le plat commun, on servait « à l’assiette ». La Reine confia, éplorée, qu’il en coûtait fort à son divin Epoux, de ne plus bisouiller tendrement tout un chacun comme il en était coutumier. « Madame, on dit que vous êtes fort sollicitée par des importuns qui se targuent de vous connaître et qui réclament à ce titre des passe-droits, est-ce la vérité ? » . A cette perfide question, il ne fut point donné de réponse par la Souveraine, laquelle fit ordonner à ses suivants de déclarer qu’il n’en était rien, et qu’on se montrait intraitrable. Il n’en restait pas moins que ce confinement sous les ors du Palais, dans ses innombrables salons, dans les cossus et vastes appartements, était « difficile » et qu’il affectait fort dame Bireguitte.

Le confinement dans les chaumières était quant à lui une folle partie de plaisir. Les Riens violents tapaient comme plâtre, qui sur leurs moitiés réduites à les supporter nuit et jour, qui sur leurs bambins, quand ils ne le faisaient pas sur toute la famille. On apprit ainsi qu’un tout petit enfant avait été amené à l’hôpital, entre la vie et la mort, après avoir été battu par celui qui était censé le protéger. Ainsi en allait-il de cette grande barbarie qu’était le Confinement, selon que vous ayiez réussi, ou que vous n’étiez rien du tout.

7 commentaires sur “Chronique du règne de Manu 1er dit l’Elyséen.

  1. Mille mercis!

  2. Une chronique décapante, d’un esprit rempli d’humour et d’une plume qui fait crisser la vérité sur le règne d’un homme se prenant pour un monarque plein de morgue. À conserver pour la postérité. Mille mercis à l’auteur.

  3. mise en favori…j’attends avec impatience chaque nouvelle publication.
    .grand merci Julie

  4. Juste top. Bravo et Merci

  5. Un bonheur de lire tous les jours la chronique .. rien n est oublié tout est drôle et caustique …c est pétillant bien narré , un régal .. j espère les lire encore longtemps mylene

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