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Chronique du règne de Manu 1er dit l’Amateur.

Chronique du 20 mars

Le printemps fut là. Dans les villes où la circulation des carrosses avait diminué des trois-quarts, on entendait à nouveau les petits oiseaux. De l’autre côté des Alpes, où le confinement avait aussi été décrété,, l’eau des canali de la Sérénissime redevenait chaque jour plus limpide. On y revoyait même des poissons.

Les Fils du Ciel étaient abasourdis par la façon dont la Starteupenéchionne et son Prince s’occupaient de cette épidémie. La grippe pangoline – car c’était ainsi que d’aucuns l’appelèrent – semblait être la moindre des préoccupations de Sa Malveillante Toxicité, bien qu’on en prétendit le contraire. Les médecins et les nurses étaient épuisés, et on n’avait point encore atteint le pic. Tout se disait et son contraire. Les édits de confinement, qu’on nous avait présentés comme relevant d’une « guerre », n’avaient point produit leurs effets.

Notre Hypocrite Usurpateur envoya un billet sur le fil de l’Oiseau Cuicuiteur pour enjoindre à ses mauvais sujets de sortir sur leurs balcons sur les huit heures du soir et lancer des vivats pour rendre hommage aux médecins et aux nurses. Les Riens et les Riennes lui en conçurent davantage encore de détestation. Contrairement à ce prince fort oublieux, ils avaient de la mémoire. Quelques semaines auparavant – cela paraissait à beaucoup comme une éternité- une de ces héroïques Riennes avait été poignardée par un fou qu’elle tentait de raisonner. A la Chambre Basse, alors que Madame Fiatus avait demandé une minute de silence pour lui rendre hommage, le duc de l’Anfer, un des plus fidèles serviteurs de Notre Cireux Bambin, et qui présidait cette digne institution, l’avait tout bonnement refusée, l’interrompant même alors que les députés présents – et parmi eux, quelques uns ceux de la Marche, à qui il restait encore un soupçon d’humanité – avaient commencé de l’observer. Cela ne se pouvait oublier.

Monsieur du Dardmalin enjoignit les maitres des forges, les bâtisseurs et autres manufacturiers à ne point cesser de produire, ce sésame qui tenait lieu de pensée unique à bon nombre de nos grands esprits. Il annonça octroyer généreusement une prime de mille écus qu’on donnerait à ces bons à rien de laborieux, qui entendaient faire valoir leur droit à ne point tomber malades et contaminer leurs proches.

Il en était cependant pour qui ce confinement était une villégiature. Ainsi le comte et la comtesse du Troudeballe qui se firent portraiturer dans leur modeste demeure sise au bord d’une riante rivière, déjeunant sur l’herbe en compagnie de leur fils, un mauvais sujet qui avait depuis longtemps marché sur les traces de son père, né de la Boursemolle.

Telle était cette grande épidémie, qui mettait au jour si besoin en était encore, les terribles inégalités de notre société. Le tribun Gracchus Mélenchonus avait gravement prévenu : «une épidémie c’est d’abord un fait social. La défense de l’intérêt général humain ne doit pas rencontrer de limites ». Force était de constater que Notre Médiocre Cabotin, s’il avait fait mine de faire sien le discours de ce tribun, n’avait en réalité rien perdu de ce qui était son essence même : il était d’abord et avant tout un petit banquier sans envergure, qui avait gagné le Tournoi de la Résidence Royale par une forme d’effraction que Ses Très Chers Amis avaient permise. On se souviendrait que le onze du mois de mars, ce prince avait paradé sur les Champs-Elysées, suivi de sa cour de laquais, que quelques jours auparavant, dame Bireguitte Ravalée de La Façade et lui-même avaient montré l’exemple en allant au théâtre, et enfin que, la veille du Grand Confinement -dont le mot n’avait jamais été prononcé -, cette princesse s’était elle même promenée sur les quais avec sa suite, pour s’en aller ensuite dénoncer les Riens qui avaient eu l’audace d’en faire de même.

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