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Chronique du règne de Manu 1er dit le Vaticinateur

Chronique du 27 février.

 

La période n’était point fastueuse pour Notre Poudreux Anémié. A la Chambre Basse, ses dévôts s’emmêlaient dans d’interminables disputes avec les tribuns de l’opposition, qui s’entêtaient, ces séditieux qu’on aurait du embastiller dès le jour de leur funeste naissance, à vouloir s’opposer et entendre amender ce qui ne pouvait l’être, Son Absolue Totalité ne pouvant être contredite en aucune manière. L’un de ces dévôts, Monsieur de la Turquoase – qui s’était déjà illustré à pourfendre les gueux en affirmant qu’ils n’avaient point à se plaindre de la pénibilité de leur labeur car cette dernière « était dans la tête »-, se lança dans une attaque perfide. A la question lancée par ces maudits Insoumis – pourquoi donc cette date de l’an de naissance 75 ? – ce zélé apôtre répondit par une série d’insanités qu’il croyait drôles, ses compagnons riant grassement à chacune de ces piteuses saillies, avant de conclure à l’adresse des futurs embastillés : « la Startupenéchionne, c’est nous, vous n’êtes rien ! ». En face, on se récria. On commenta ce bel aveu. D’excuses, il n’y en eut point. Monsieur de la Turquoase prétexta s’être laissé aller à une « envolée lyrique ». Les mots avaient changé de sens en Startupenéchionne. Ainsi l’adjectif « lyrique » désignait-il désormais toute attaque fielleuse et méprisante.

 

Le Tournoi des Bourgmestres devait avoir lieu deux petites semaines plus tard. Les carottages de l’opinion étaient des plus catastrophiques pour les champions de la Faction de Notre Petit Scaphandrier. Ils étaient donnés perdants partout où ils concouraient sous la casaque de leur faction. Le duc de Gazetamère avait bien essayé de fomenter de sombres machinations pour limiter les dégâts, il n’en restait pas moins que les dévôts, à l’instar de Son Huileuse Pompe, serraient fort leurs fondements. Ils ne pouvaient plus paraître en public sans voir arriver une foule de gueux qui leur lançaient de vieux godillots à la tête.

 

Une brillante idée germa dans l’esprit des Conseillers. « Sire, susurrèrent-ils, que Votre Majesté considère tout le bien qu’il y aurait à user de ce virus chinois. Délayez, délayez le tournoi des Bourgmestres, et faites aussi vider la Chambre Basse. Ce virus est une aubaine ! ». Le mystérieux virus se répandait en effet désormais dans le nord de l’Italie et il se murmurait qu’il avait passé les Alpes. On l’avait aperçu à Marseille, à moins que ce ne fût à Nice. On rapporta l’avoir vu dans la lointaine Amérique du Sud. La panique était partout. Ici on mettait en quarantaine, là on ouvrait grand les portes à des transalpins fanatiques de la balle au pied qui s’en vinrent renifler et éternuer d’abondance dans la bonne ville de Lyon. Les Riens et les Riennes n’y comprenaient plus rien.

 

Pour comble de confusion, Notre Petit Morticole se transporta dans un hôpital de sa bonne ville de Lutèce. On l’y vit serrant moult mains, l’air martial. « On a devant nous une épidémie qui arrive » prédit sombrement Sa Vaticinante Grâce devant l’armée des médicastres qui l’enjoignaient d’œuvrer à restaurer l’hôpital public. L’un d’eux agrippa le main princière et la secoua d’abondance, voulant signifier à Notre Insensible Bonimenteur toute l’urgence qu’il y avait à remettre des écus pour que l’on puisse à nouveau administrer des médecines et des potions. « On a su trouver de l’argent pour Notre-Dame » continua cet impudent, gardant toujours la main de Sa Hauteur Enneigée dans les siennes. Plus Notre Fuyant Monarc cherchait à se dépêtrer de la main d’Esculape, plus celui-ci insistait.

 

Ce que ne montrèrent pas les gazetiers tout ébaubis devant tant de vaillance de la part de Sa Divine Frousse, c’est que tout le personnel avait été dûment désinfecté avant l’arrivée du cortège royal. Celles et ceux qui se trouvaient là étaient comme à l’accoutumée des figurants stipendiés. On avait fait de même aux Comices Agricoles, où Notre Poudreux Singeur s’en était allé flatter de riants biquets et de plantureuses vaches. On avait craint, malgré toutes les précautions prises, que ne se réitérât le fâcheux incident de l’année précédente, où Sa Petitesse Chahutée avait reçu un œuf sur son auguste tête. Pour parer à ce crime, on avait muni le garde du corps d’un parapluie.

 

Pendant ce temps, le duc et la duchesse de Sablé étaient sur la sellette de la Justice. Il leur était reproché d’avoir indûment dépensé l’argent public. Monsieur le duc avait en effet fait accroire que sa tendre moitié lui avait été d’une aide précieuse -et donc rémunérée, tout travail méritant émoluments – du temps où il occupait un fauteuil de député. Or, la duchesse de Sablé n’avait jamais mis les pieds à la Chambre Basse. Durant toutes ces années, elle était restée pieusement au logis, mitonnant ragoûts et autres confitures pour sa nombreuse maisonnée. Le duc avait ainsi ponctionné plus d’un million d’écus au Trésor Public. « Sous l’Ancien Régime, tonna le Procureur, cela était passible de pendaison ! ». Pour l’heure, le duc et la duchesse risquaient quelques années de geôle, qu’ils ne feraient probablement jamais, la justice étant d’une grande clémence quand pareil méfait était commis par un des membres de l’aristocratie.

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