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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Cynique

Chronique du 31 janvier

Monsieur de la Flippe, duc du Havre, Premier Grand Chambellan de Notre Cynique Bobardeur, songeait à ses arrières. Il déclara qu’il concourrait en tant que champion au Tournoi des Echevins, pour y gagner le fauteuil de bourgmestre de sa bonne ville. S’il l’emportait, ce dont il ne doutait point, il ne siégerait que lorsqu’il aurait achevé la besogne que Sa Navrante Dégringolade lui avait confiée : réformer le pays. En attendant, il ferait siéger à sa place son homme-lige, lequel serait prié de déguerpir illico lorsque le duc en déciderait. Ce monsieur du Havre, en plus d’avoir les tripes baignant dans de l’eau salée, était atteint d’une sorte de gale, ou de pelade. Sa barbe se mitait chaque jour davantage, et l’on se demandait quand arriverait le jour où l’on verrait à travers lui. C’était là certes le signe d’une grande nervosité, mais aussi le symbole de la façon dont Notre Infernal Bambin exerçait son pouvoir : il usait jusqu’à la trame tous ceux et toutes celles qui le servaient, à l’exception de sa Porte-Mensonge, la marquise de Dit-Aille, laquelle était faite du même bois que son maître : une fatuité sans limite et une incroyable outrecuidance qui les mettaient à l’abri -du moins provisoirement- de toute atteinte.

Tous les autres courtisans s’effilochaient. Le Conseil de la Vieille République retoqua sèchement les magouilles et tripotages du Sieur Casse-Ta-Mère, lequel voulait tout bonnement truquer les résultats des tournois des Echevins. On craignait le pire pour la faction de Son Odieuse Arrogance. Le Grand-Caniche-Méchant avait tout simplement eu l’idée de faire concourir les prétendants et les prétendantes du Parti de la Marche sous des casaques sans armoiries, ceci afin qu’ils ne fussent point reconnus, et par conséquent éliminés dès leur premier tour de piste. Il avait tout aussi benoitement décrété que les scores des tournois des trois quarts du pays ne seraient tout simplement pas comptabilisés. Le Sieur Casse-Ta-Mère se fit donc taper sur les doigts et on le pria de revoir sa copie.

La Chambellane aux Balances, la marquise de la Belle-Ou-Bêle, s’emmêla une nouvelle fois les pieds dans les lois. Cela faisait un tantinet désordre, puisqu’elle était en charge de la chancellerie de la Justice. Cette zélée courtisane inventa un délit : le délit de blasphème, lequel n’existait plus depuis des lustres, depuis que la République en avait fini avec le Goupillon. Une donzelle avait voulu s’affranchir du joug de la religion. Elle avait, en brave âme, critiqué vertement, et en termes choisis, les oukases qui enfermaient son sexe dans des clichés d’un autre âge. Des fous derrière leurs écrans la condamnèrent à mort. Madame de Belle-Ou-Bêle estima que critiquer une religion était ni plus ni moins qu’une atteinte à la liberté de conscience. Les braves dessinateurs et pamphlétaires qui étaient tombés sous le feu assassin de fous sanguinaires quelques années auparavant – et dont la plume ou le stylo avait porté haut le fer de la critique contre toutes les religions – se retournèrent dans leurs tombes. La donzelle dut changer de ville pour essayer de se protéger. La Chambellane s’enfonça dans sa médiocrité. On la jugea une fois de plus incapable.

Monsieur du Dard-Malin avait lui aussi le dessein assumé de protéger son fondement. Il annonça aller concourir au Tournoi des Echevins dans sa bonne ville de Tourcoing. Notre Petit Monarc lui donna son absolution. Il en était allé tout autrement pour monsieur de DeuxEtDeuxFontQuatre, duc de La Cravate, qui s’opposait dans la bonne ville de Paris à notre cher petit duc de Grivot. Les deux impétrants appartenaient tous deux à la Faction de Sa Poudreuse Malveillance, mais ils se vouaient une haine féroce. Le petit duc de Grivot se réclamait d’être le plus légitime à porter les couleurs de son Prince. Il ne manquait jamais une occasion pour sortir les couteaux et égratigner son adversaire, lequel avait toujours aimé joué les originaux et les francs-tireurs. Notre Impérial Arbitre convoqua l’outsider, monsieur de la Cravate, pour lui demander de faire allégeance à son rival. Il lui fut répondu par la négative. Sa Hauteur Dépitée reçut là un nouveau camouflet.

Pour consoler et distraire son royal époux, la Reine-Qu-On-Sort lui rappela qu’à Angoulême se tenait un salon, celui des croqueurs et autres crobardeurs. Il était de coutume que le souverain de la vieille république, laquelle avait toujours chéri les caricatures et les satires, s’y rendît. Les croquis mis à l’honneur dénonçaient les violences que la maréchaussée, toute dévouée au service de l’Ordre Jupitérien, commettait avec un zèle inouï, matraquant, éborgnant et mutilant les Engiletés et tous celles et ceux qui osaient se rebeller. L’un de ces irrévérencieux poussa fort l’irrévérence : il offrit une de ses œuvres peintes sur un pourpoint à Notre Cynique Jobard et prit la pose près de Lui. La scène fut immortalisée et inonda les réseaux. Les gazetiers se récrièrent : « Monseigneur, vous tenez là un croquis qui dénonce les violences de votre maréchaussée ! » « Que nenni, susurra Son Altesse Courroucée, notre pays a une tradition, j’y rends hommage. Quant à la violence, c’est celle de la société, un point c’est tout ». Les Riens et les Riennes furent médusés de tant de duplicité. Quant aux argousins, ils s’estimèrent bafoués. Était-ce donc ainsi qu’ils étaient remerciés d’être le dernier rempart contre l’ire populacière ? Poser avec ce séditieux était une marque de défiance absolue. « Ce croquis insinue que la maréchaussée blesse les gens » persifla un des membres d’une corporation d’argousins. Les mutilés, les éborgnés, les crânes fracassés apprécièrent le sel du verbe « insinuer » qui brûla encore davantage leurs plaies.

Les députés de la Faction de Notre Impitoyable Tyranneau s’illustrèrent quant à eux dans l’humanisme. Ils refusèrent que l’on accordât quelques jours de congés de plus à celles et ceux des Riens et des Riennes qui avaient le malheur de perdre un petit, au motif que cela pénaliserait les firmes et le commerce. Une obscure députée de La Marche railla avec un mépris sans limite « qu’il était trop facile de s’acheter de la générosité sur le dos des entreprises ». Cette parlementaire avait une conception toute « marcheuse » de la générosité : ce serait aux compagnons de labeur des infortunés parents de donner de leur temps de repos afin que ceux-ci puissent pleurer sans trop perdre de leurs modestes gages. Elle gagna le concours de la semaine de la petite phrase la plus cynique et la palme de l’inhumanité.

Ainsi en allait-il en Startupenéchionne. Le vice remplaçait en toute chose la vertu.

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