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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Ruisselant.

Chronique du 8 janvier

Il soufflait un vent de fronde sur la Startupnéchionne. On avait beau procéder à toutes sortes de carottages de l’opinion, c’était toujours non. Les Riens et les Riennes ne voulaient pas du merveilleux projet que Notre Grand Ruissellement avait concocté avec ses très-chers-amis les Saigneurs de Braquemort. Lors de ses vœux à ses mauvais sujets, une petite semaine auparavant, son Abyssale Arrogance avait prévenu que tout se ferait et qu’il confiait à Monsieur du Havre le soin de régler les derniers détails. « Nous sommes un peuple de bâtisseurs » avait zézayé Notre Jovial Castor, alors qu’en même temps il faisait défaire méthodiquement l’édifice protecteur hérité des Jours Heureux. « J’entends beaucoup de mensonges » avait-il persiflé, alors que repassaient sur les réseaux sociaux les pieuses et profondes paroles prononcées lors du Grand Blabla du printemps, lorsque Sa Clinquante Bimbeloterie promettait la main sur le cœur de ne pas toucher à la retraite des Riens et des Riennes. « Nous avons su instaurer un dialogue respectueux, sans précédent » se glorifia encore Notre Mensongeux Tyranneau, alors que les tableaux de chasse des Sieur Casse-Ta-Mère et Teutonic n’avaient eu de cesse de s’enrichir chaque samedi de trophées sanglants.

Pour achever la scène, les Riens et les Riennes apprirent quasiment dans le même temps deux nouvelles ahurissantes. La première était que Monsieur de Gône, cet aigrefin grand ami de Sa Nébuleuse Majesté, que les Nippons avaient mis aux fers avant de l’assigner à résidence, avait fait perdre la face aux Fils du Soleil et s’était fort rocambolesquement enfui de sa luxueuse geôle pour gagner le pays du Cèdre. « Je n’ai pas fui la justice, persifla ce grand incompris, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique ». Le consulat de la Startupnéchionne lui ouvrit grand les portes et on lui fournit sur le champ un sauf-conduit. La seconde était que l’homme lige des Saigneurs de Braquemort, Monsieur le duc de La Tirelire, qui avait été par le passé un très zélé serviteur d’un ancien Grand Premier Chambellan de feu le roi Jacquot, venait, en ce premier jour de l’an de disgrâce vingt, d’être décoré de la distinction suprême de la vieille République, la légion d’honneur, laquelle avait été remise au goût du jour de la Startupnéchionne et venait désormais récompenser les dépeceurs du vieil Etat social. Cela faisait beaucoup.

Le huit du mois de janvier, la Grande Chambellane aux Balances, la marquise de Belle-Ou-Bey, reçut un camouflet dont on se souviendrait longtemps. Elle s’en était allée dans la bonne ville de Caen, non pour y manger des tripes – ce qu’à la réflexion il eût mieux valu qu’elle fît – mais pour y sacrifier à l’ennuyeuse tradition de vœux devant le Parquet de la ville. Notre marquise faillit disparaître sous les robes noires que des avocats – en colère contre les menées du gouvernement de Sa Disruptive Grandeur- venaient de jeter à ses pieds. Après quoi, ces défenseurs de la veuve et de l’orphelin quittèrent les lieux, avec force quolibets, laissant madame de Belle-Ou-Bey annôner seule son mécanique verbiage.

Quasiment à la même heure, ce fut madame de La Vile, grande amie de jeunesse de Notre Babillant Jouvenceau, qui se trouva fort embarrassée. Madame de La Vile présidait aux menées de la Maison de la Gazette Parlée. Elle devait ce poste fort envié aux liens très étroits qu’elle entretenait avec Sa Népotique Majesté. La dame venait de décider de couper sabre au clair dans les effectifs des personnels, et notamment ceux du chœur. C’étaient des inutiles dont il fallait se débarrasser. Ce huit janvier était aussi le jour des vœux. Madame de La Vile, toute sûre d’elle-même, s’avança sur la scène pour infliger à ses gens des propos creux et convenus. Eclata alors, venant du haut des gradins de l’amphithéâtre, le chant des esclaves du Nabuccho de Monsieur Verdi. Madame de La Vile en eut le sifflet coupé. Elle dut subir jusqu’au bout la fronde.

Dans la bonne ville du Havre, les soldats du feu arrosèrent copieusement l’hôtel où avait sévi le Premier Grand Chambellan, monsieur de La Flippe, du temps où il était le bourgmestre de la ville. Ce monsieur de La Flippe, qu’on appelait aussi monsieur du Havre, venait de confier à la brouillonne baronne de la Pene-Y-Côt, le soin d’en finir avec ces maudites Guildes de défense des laborieux sur la réforme des Vieux Jours. On leur avait fait croire, à ces idiots, qu’il y avait quelques miettes à gratter, mais en réalité – une gazette avait croqué le morceau- le texte de la réforme était déjà parti au Conseil de la Startupnéchionne, pour y être faussement examiné, avant d’atterrir sur le perchoir du duc de Fer-An, lequel aurait en charge de mettre alors en mouvement l’armée des députés de la faction de la Marche, qu’on appelait aussi du nom de ces petits pantins qu’on donnait alors aux enfants, à cause de leur ressemblance avec ces jouets  : ils avaient sur leur face plate un sourire peint et des yeux vides, et lorsqu’on leur soulevait la calotte qui leur servait de coiffure, on ne voyait à la place du cerveau qu’un trou, désespérément vide.

Les Riens et les Riennes s’apprêtaient à battre à nouveau le pavé. Du fond de son Palais, Notre Petit Trouillomètre à Zéro se consolait en échangeant quelques bons mots avec son ami Donald Dingo, lequel s’apprêtait à rayer de la carte l’empire de Perse.

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