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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Dégarni

Chronique du 10 novembre.

Qu’ils paraissaient déjà loin les jours bénits où Notre Riant Biquet parcourait les rues de l’ile Bourbon, jouait au Conseiller Paul-Amploi – comme naguère la reine Marie-Antoinette s’amusait à la bergère – et paradait au milieu de figurants dûment triés sur le volet. Il avait fallu rentrer en métropole. Dans l’aéroplane qui le ramenait, Sa Cynique Verbosité accorda un entretien à une gazette bien connue pour être le fer de lance officiel des idées chères aux Haineux de toutes obédiences, lesquels ne se sentirent plus d’aise à lire que leurs thèses avaient été épousées point par point par celui qui présidait aux destinées du pays. Les propos de Notre Inconséquent Calculateur furent publiés trois jours après qu’à Bayonne, un vieux Haineux eut perpétré un attentat contre une mosquée. Loin d’être un rempart contre la boue nauséabonde qui sortait de la bouche des Haineux, voilà que Sa Malveillante Supercherie en participait. On en eut l’illustration avec une énième loi que Notre Funeste Timonier fit voter pour restreindre l’accueil des étrangers sur notre sol, et les empêcher de se faire soigner, ce qui était d’une noire méchanceté et d’une colossale stupidité, les miasmes ne demandant jamais à ceux qu’ils infestaient leur nationalité. Les riches se croyaient toujours prémunis, mais c’était là folie de penser qu’ils pourraient échapper aux épidémies. Le sieur Gaze-Ta-Mère se répandit en propos creux pour expliquer le bien-fondé d’une telle loi. Les guildes, qui oeuvraient dans le soin apporté à ces pauvres hères, qui avaient bravé tant de dangers pour arriver jusqu’à chez nous, sentaient monter une amère colère. La vieille République s’était enorgueillie d’avoir vu naitre les droits de l’homme, la StartupNechionne, elle, les ensevelissait.

Pour oublier ses mauvais sujets, qui ne songeaient qu’à récriminer, Son Abyssale Dégringolade s’en alla pour la Toussaint passer quelques jours en Normandie. Des gazettes titrèrent sur sa mauvaise mine, ses tempes désormais dégarnies, ses yeux caves et ses mâchoires crispées. Un proche se confia : Notre Malcontent Suzerain était contrarié par les Riens et les Riennes, peuple décidemment rétif à tout changement. Las ! Ses conseillers étaient unanimes. Le pays renâclait, on avait eu beau circonvenir les chefs des Guildes, voilà que les gueux et les gueuses s’étaient mis en tête de comprendre ce que tramait Sa Toxique Malveillance avec sa Réforme des Retraites. Et cela ne leur plaisait pas du tout. On avait ratatiné les Engiletés, on les avait éborgnés, mutilés, mis en geôle mais voilà que les cheminots, les conducteurs de charroi, les infirmières, les pompiers, les maitres d’eschole – que le baron de la Blanche-Equerre, Chambellan à l’Instruction tenait pourtant en coupe réglée- voilà que le peuple des trimardeurs comprenait que Notre Grand Ruissellement allait désormais les précipiter dans la misère, sitôt leur vie de labeur terminée. Les Très-Chers-Amis de Son Indécente Munificence n’avaient quant à eux jamais été aussi opulents. Leurs cassettes débordaient, ils nageaient dans le luxe. Dans la bonne ville de Lyon, où le vieux duc de Colon s’était mis aux abris en attendant de pouvoir se rasseoir dans le fauteuil de bourgmestre, un estudiant réduit à une noire misère, s’immola par le feu en pleine rue. Les gazettes, si friandes de faits spectaculaires, n’en pipèrent mot ou presque. On préférait faire peur aux Riens et aux Riennes en montrant du doigt les mahométans qui étaient tous suspectés d’être des fous sanguinaires. Tout était bon pour faire diversion. Les Lucarnes magiques – qui étaient toutes aux mains des Très-Riches-Saigneurs de la Phynance- avaient embauché de douteux personnages comme ce monsieur de la Semoure, dont la laideur de l’esprit se lisait sur le visage, ou encore une certaine madame de Grasse-Ani, une péronnelle suffisante et arrogante, fervente catholique, pour distiller fiel et haine de classe à longueur de temps. La médiocrité de ces courtisans n’avait d’égale que leur méchanceté. C’était à qui persiflerait le plus. La petite madame de Grasse-Ani se fit remarquer en critiquant vertement une Rienne qui avait eu l’honneur de rencontrer Notre Astral Jouvenceau dans la bonne ville de Rouen, où Il s’en était allé se montrer. Cette Rienne avait osé se plaindre qu’elle se trouvait dans la misère avec ses bambins. Comment, lui fut-il royalement répondu, vous ne devriez plus payer de taxe sur le logis, j’y ai veillé ! Que nenni, se risqua l’infortunée, je la paye encor ! La persifleuse courtisane, devant un parterre médusé de gazetiers, enfonça cette pauvre femme : si elle se trouvait sans le sou, c’était qu’elle n’avait pas assez travaillé à l’école ! Et dans sa situation, on ne divorçait pas ! Les sottes et rétrogrades médisances de la péronnelle se répandirent telle une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. On s’indigna, on se récria. La babillarde et droitiste petite courtisane fut contrainte de présenter ses excuses. Elle pleurnicha qu’elle avait reçu des menaces. On payait par là où l’on pêchait…

Ainsi en allait-il en StartupNechionne, en ce gris mois de novembre de l’an de disgrâce deux mille dix neuf…

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