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Chronique du 22 octobre

Dans le lointain royaume du Soleil Levant se préparaient des fastes pour célébrer le sacre du nouvel empereur. Notre Turpide Jouvenceau ne fit point le voyage, il y dépêcha en lieu et place son bon ami l’ancien roi Nico, dit Les-Casseroles. Ce choix n’était pas bien prudent – à moins que Sa Cynique Mesquinerie y eût vu l’occasion de se débarrasser de cet encombrant personnage, après l’avoir bien utilisé-, les Nippons ayant la réputation de placer en geôle tous ceux qui avaient maille à partir avec la justice. Monsieur de Gône en savait quelque chose, lui qui continuait de suçoter amèrement des grains de riz dans un cachot putride, en attendant que Notre Petit Frère Des Riches usât de son entregent- dont on savait la portée intergalactique – pour circonvenir les inflexibles Fils du Soleil.

En StartupNechionne, le moral des troupes était au plus bas. Les Compagnies des Reitres Sinistres avaient beau, aidés en cela par les Brigades des Argousins Cruels, mutiler, gazer, éborgner les Riens et les Riennes qui osaient encore et toujours aller battre le pavé, il n’en restait pas moins que, même au sein de ces féroces supplétifs du régime, on se lassait. Il commençait à venir à l’idée de certaines de ces brutes, que, face à leurs pétoires et autres lanceurs d’engins explosifs, se trouvaient leurs beaux-frères ou leurs cousins. Jamais pareille vérité n’éclata avec autant de vigueur que lors des manifestations des soldats du feu, lesquels n’avaient point droit à la reconnaissance de leurs missions à risque. Les Reitres et les Argousins reçurent des ordres : il fallait ôter l’envie à ces Riens-là d’y revenir. On matraqua, on gaza, on éborgna donc d’importance. On en fit de même avec les Blouses Blanches. Mais lorsque quelques Gazettes diffusèrent les images des exactions commises au nom de la loi, certains d’entre les barbares eurent des vapeurs. Ils pleurnichèrent qu’on les y avait obligés.
Du côté des soldats du feu, c’était la colère. L’un d’eux perdit son œil. Un autre, dont le désespoir et la rage avaient fait le tour des Réseaux, fut mis à pied et privé d’émoluments. C’était le temps où Notre Très-Détesté Tyran devait se rendre sur une ile lointaine, possession de la StartupNechionne, visite qu’Il chérissait, tant elle lui permettrait de mettre des millions de lieues entre Sa Divine Personne et ses vils sujets, et de les tancer à distance comme Il en avait instauré la coutume dès la première année de Son Règne.
Les soldats du feu, qui devaient assurer la sécurité de l’aéroplane de Sa Martiale Suffisance, annoncèrent qu’en signe de solidarité avec leurs frères de la métropole, il refuseraient de remplir leur mission. C’était tout à fait inédit.
Notre Médiocre Matamore s’envola donc aux antipodes. Arrivé sur le sol de l’ile, il choisit d’offrir en pâture au peuple, afin qu’il s’en délectât et détournât ainsi ses frustrations, ces maudits cheminots qui faisaient encore parler d’eux. En effet, ces derniers avaient brutalement cessé leur besogne quelques jours auparavant, en signe de protestation avec ce qui était arrivé à l’un d’entre eux. Un accident était survenu qui aurait pu faire des victimes, si ce n’avait été le courage du brave conducteur du cheval de fer, qui avait réussi à stopper son engin, à éviter une deuxième collision qui aurait été fatale aux passagers, et tout ceci seul, parce qu’il avait été décidé en haut lieu que les conducteurs des chevaux de fer seraient désormais seuls à bord de leurs engins. Ils transportaient des centaines de passagers, mais de cela, on n’en avait cure. Monsieur de la Pépie, qui présidait à la Compagnie des Chevaux de Fer, voulut courir sus à ces hors-la-loi et leur infliger amendes et blâmes. Il fut suivi en cela par le duc du Havre, puis par la laborieuse et brouillonne baronne de la Peine-Y-Côt, la Chambellane du Travail. Voulant faire son intéressante, la baronne fustigea les cheminots, et cita à l’appui ce qui restait encore du Code du Travail. Las ! Elle commit une omission qui dénotait tout le bien qu’elle pensait de ce maudit Code. Notre baronne se demanda aigrement comment il se faisait qu’il y eût encore un Code de Travail. Ne l’avait-on point déchiré ? Les inspecteurs du Travail, dont c’était précisément le travail, donnèrent raison aux cheminots et préconisèrent même qu’aucun cheval de fer ne devrait rouler avec son seul conducteur. Il fallait rétablir et d’urgence la présence à bord des contrôleurs. Imaginait-on des aéroplanes voler avec le seul pilote et les passagers à bord ? En haut lieu, on n’en avait cure. On prisait si fort la vie des Riens et des Riennes que la perspective d’un accident fatal était jugée chose tout à fait improbable et quand bien même celui-ci surviendrait, on aviserait à ce moment-là. Entre temps, on aurait fait de substantielles économies, qui iraient directement dans la poche des actionnaires. C’était tout ce qui comptait en vérité. Sa Dangereuse Malveillance s’en prit donc à ces braves, estimant qu’il ne fallait pas « bousculer le quotidien des Riens et des Riennes ». En revanche, que ce quotidien fût rendu de plus en plus difficile afin que les cassettes des Très-Riches se remplissent de plus en plus vite, était chose non seulement entendable, mais c’était ce à quoi le gouvernement de Notre Pernicieux Baratineur travaillait sans coup férir, en faisant taire toute rébellion, quitte à mutiler et à éborgner, voire à tuer.

Pour remercier son brave Rantanplan d’orchestrer la répression – en réalité, c’étaient les secrétaires et les chefs des Guildes d’argousins qui menaient le bal- Sa Sanglante Répression l’avait priée d’être du voyage aux antipodes. Le sieur Casse-Ta-Mère avait auparavant participé à une causerie sur une Gazette parlée. Las ! Le personnage ne fit point recette et seule une poignée de Riens et de Riennes se plantèrent derrière leur Lucarne Magique, pour la recouvrir de tomates en état de décomposition et autres œufs pourris. Le Grand-Caniche-Méchant de Sa Majesté avait cherché à briller en révélant qu’un attentat « comme celui du 11 septembre » avait été déjoué, il y avait veillé personnellement. Tout ceci fut révélé comme s’il était agi d’une mauvaise plaisanterie de galopins. On hésita : Rantanplan était-il en train de mentir éhontément ou n’était-ce là qu’une énième manifestation de son abyssale impéritie ?
En StartupNechionne, il était de bon ton que les larbins léchassent la main qui les nourrissait. Tel le gargotier du Château, dont la fatitude et l’arrogance étaient à l’égale de celles de son maitre, pour qui il fricassait oies et poulardes, sans oublier le caviar servi à la louche dans des ramequins de vermeil. Ce faquin s’avisa d’aller médire des conducteurs de chevaux de fer. Il les traita de « feignants », parce que ces braves se souciaient de la sécurité de leurs passagers. Un vieux Rien, qui avait en son temps conduit des chevaux de fer, lui adressa en retour une missive qui fit le tour des Réseaux. Qui étaient les véritables privilégiés ? Celles et ceux qui travaillaient d’arrache-pied, sans prendre le temps d’un vrai repas, qui devaient faire avec de moins en moins d’argent, ou les autres, dont les cassettes ainsi que les assiettes débordaient et qui n’auraient pas assez de cent vies pour dépenser tout l’argent qu’ils amassaient voracement ?

Ainsi en allait-il dans la StartupNechionne en ce mois d’octobre de l’an de disgrâce deux mille dix neuf.

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