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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Despérado.

Chronique du 22 septembre

Chaque jour ou presque, dans notre beau pays, un mari battait sa femme à mort, quand il ne la serinait pas, ou encore lui faisait quelques trous de carabine dans le corps par où sa pauvre vie s’échappait. Chaque jour ou presque, des petits restaient inconsolables de la perte d’une mère, des parents éplorés pleuraient leur fille, des amis se désolaient. Bien souvent, si ce n’était pas à chaque fois, les maris étaient déjà connus de la maréchaussée comme violents. Quand les femmes demandaient protection, trop souvent les argousins refusaient, quand ils ne se gaussaient pas. Battre sa femme était synonyme, chez beaucoup encore, de virilité. Ces hommes-là étaient en  réalité des assassins, qui, lorsqu’ils étaient arrivés à leurs horribles fins, protestaient qu’ils n’avaient pas fait exprès. Les Guildes de défense des Femmes réclamaient depuis des années que soit tout mis en œuvre pour que cessent ce qu’on appelait enfin des fémicides. La Marquise de La Courge, Grande Chambellane à l’Egalité entre les Riens et les Riennes, avait fait savoir haut et fort qu’elle et sa Chancellerie allaient faire changer les choses. Elle claironna dans l’été que se déroulerait à la rentrée une grand-messe où l’on ferait des annonces mirifiques. Elle sentait venir son heure de gloire. Les Guildes des Femmes n’y croyaient guère, mais tout le monde se rendit donc à l’hôtel de Matignon un matin de ce mois de septembre de l’an de disgrâce 2019. Le Duc du Havre, Monsieur de Filipe, y produisit un long et convenu discours d’où il ne ressortit …rien. Aucune augmentation substantielle de budget, à la place une pauvre aumône. Les porte paroles des Guildes firent connaître leur déception. Elles étaient venues, elles avaient entendu, elles étaient déçues. La Marquise de la Courge s’en fut toutes voiles dehors dès le lendemain sur une gazette parlée. Vaniteuse pécore, elle annonça des chiffres, voulant à tout prix se faire plus grosse que le bœuf ibère. Nos voisins avaient en effet pris ces fémicides et ces violences au sérieux. Ils œuvraient. Notre Marquise s’enfla. Il lui fut répondu que c’était là mensonges. En se gonflant et en se gargarisant de sommes bien supérieures à la petite aumône annoncée par le duc du Havre, elle mélangeait toutes les missions dont était chargée sa Chancellerie. Un magistrat, qui avait depuis fort longtemps oeuvré contre ces violences, parla de « salade estivale » et renvoya la péronnelle à ses hasardeux calculs. Devant le gazetier, lequel n’était autre que le sieur de la Bourre d’Ain – un vieux mâtin vindicatif qui se targuait d’être un grand pourfendeur des vanités, quand il ne les satisfaisait pas vainement selon qui il avait face à lui – sommée de s’expliquer, notre sotte marquise eut recours aux paroles divines de son Révéré Suzerain : « il n’y a pas d’argent magique ».

Les maris violents continuèrent donc en toute impunité de tuer leurs pauvres moitiés. Les Guildes tenaient le sinistre décompte. Bien qu’il fût invité à se rendre dans un lieu où l’on recevait les doléances des femmes menacées, et qu’il se rendisse compte de l’ampleur de l’indifférence des argousins devant ces drames évitables, Notre Ethéré Jouvenceau ne s’exprima point, n’annonça rien, et ne lâcha pas un liard supplémentaire pour engager de vigoureuses actions contre ce fléau. Tout cela était d’un tel ennui. Il était tellement plus divertissant d’aller annoncer à de fringants freluquets, lors d’une grande sauterie, qu’on allait généreusement débourser cinq milliards d’écus pour que se développe « la french tech » !

Et comme la langue de son grand ami Donald était tellement plus moderne que notre français, Sa Babillarde Altesse accorda une entrevue à une gazetière d’outre-Atlantique. Notre Clinquant Brimborion prit la pose pour illustrer ce qui allait être un article dithyrambique. On le vit ainsi dans son blanc pourpoint, le regard fixe et creux comme à son habitude. C’était l’acte II de son règne qui commençait là et il fallait le faire savoir au monde. Sur le ton de la confession, dans la langue donc de son ami Donald-Le-Dingo, Sa Cynique Prétention affirma que, dorénavant, Elle serait à l’écoute de ses bons à rien de sujets :« My challenge is to listen to people ». Ce fut en ces termes que fut délivrée la princière pensée. Notre Inspiré Desperado ajouta qu’il se sentait maintenant arrivé « in the Death Valley ».

On vit les effets immédiats de cette pieuse résolution lors des manifestations du samedi. Les Engiletés, qu’on pensait réduits en miettes, se réunirent à nouveau pour faire savoir leur mécontentement. Ils furent rejoints par les Zécolos, ces Riens et ces Riennes inquiets de ce que notre bonne vieille planète était entrée dans ce qu’on appelait « le changement climatique ». Mais le préfet de Paris, le Sieur l’Hallemand, aux ordres du Sieur Casse-Ta-Mère, le Grand-Chien-Féroce de Sa Sanglante Répression, avait fait déployer dans les rues de la capitale plus de sept mille argousins casqués, bottés et lourdement armés. On gaza et on tira sur tout le monde, hommes femmes, enfants, vieillardes et vieillards, sans distinction. Deux malheureux visiteurs étrangers, qui avaient eu la malencontreuse idée de croiser les reîtres noirs du Préfet, furent gazés en pleine figure. Il fallait marquer les esprits. C’était là le retour de l’esprit versaillais qui avait écrabouillé la Commune de Paris. « My challenge is to listen to people ».

Dans la bonne ville de Bobigny s’était tenu un procès retentissant, qui faisait saliver la meute des gazetiers. Gracchus Melenchonus, le tribun des Insoumis, avait appris par voie de presse, que le Procureur de la Startupnéchionne le traînait en justice, ainsi que quatre autres députés du Tiers Etat, et une malheureuse employée, laquelle n’avait eu que le tort d’ouvrir une porte, la porte du logement du parti Insoumis, sur ordre de ses patrons, alors que derrière la dite porte se faisait une perquisition par de zélés argousins. L’affaire avait alors fait grand bruit. Le procureur qui avait ordonné la perquisition chez bon nombre d’Insoumis ainsi qu’au logement du parti, n’avait pour motif qu’une simple dénonciation, faite par une ancienne Haineuse, laquelle avait agi sur ordre de la Chatelhaine de Montretout. Pour qui avait deux sous de jugeotte, il sautait aux yeux qu’il y avait là machinerie et manipulation. Il fallait écrabouiller ces maudits Insoumis, les réduire au silence, les salir, les vilipender. Dans la faction de Notre Turpide Monarc, beaucoup s’entendaient à fomenter ces basses besognes. La Chatelhaine de Montretout avait eu, elle aussi, à vivre une perquisition policière au sein du logement de sa faction. Elle avait obtenu que des témoins assistâssent à la fouille -ce qui était de droit, et qui avait été refusé aux Insoumis, lesquels avaient alors bruyamment protesté. Des argousins se firent même prescrire une semaine au repos et à la diète pour reposer leurs pauvres oreilles malmenées. Les Haineux avaient eu droit aux égards de la maréchaussée, les Insoumis connurent l’infamie et la mise au pilori. Ils risquaient l’embastillement. Les procureurs réclamèrent des écus. La réalité avait sauté aux yeux. Il n’y avait rien à leur reprocher, hormis d’avoir été trop naïfs. La vieille République et sa Justice pour le peuple étaient bien mortes. La Justice était désormais aux mains des procureurs, lesquels étaient au service de Notre Petit Caudillo et de sa Startupnéchionne. Il restait à espérer que chez les magistrats du siège subsistait encore un tant soit peu un reste d’esprit républicain. Cette nouvelle ère était personnifiée par la Chambellane aux Balances, Madame du Boulet, une ancienne partisane du Parti à la Rose. Cette marquise n’avait d’égale – pour ce qui était de cirer les chausses et de lécher le fondement de Sa Sublime Petitesse- que le sieur Casse-Ta-Mère, dévoué aux basses œuvres. Ainsi en allait-il en Startupnéchionne, en septembre de l’an de disgrâce 2019.

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