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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Moralisateur

Chronique du 3 avril

La Grande Parlotte n’en finissait décidément pas. Après les beaux esprits, ce fut devant des bambins que Notre Sirupeux Joueur de Pipeau s’en alla déverser sa délicieuse propagande. Les Engiletés étaient de vils personnages, voilà en substance ce que Sa Toxique Bienveillance susurra dans les jeunes oreilles. Notre Pusillanime Tartarin se fit ensuite conduire en aéroplane sur l’Ile de Beauté. Des chars, des blindés et des gens d’armes – pas moins de quatre cent officiellement, mais on avançait le chiffre de cinq mille  – y avaient été acheminés par bateau et c’était une impressionnante armada qui s’était déployée dans les deux grandes cités de l’Ile. Aux yeux des autochtones – connus pour leur susceptibilité et leur sang chaud – c’était là une déclaration de guerre. Ils firent annoncer par leurs représentants que le jour de la visite serait un jour d’ « isula morta». Ces derniers convièrent cependant Sa Morgueuse Altesse à venir s’exprimer devant leur Assemblée. Ils essuyèrent un refus. Notre Martial Monarc fit même interdire l’étendard à la Tête de Maure – la bandera-  à sa tribune. On toléra cependant que les Nulla (c’est ainsi que l’on appelait les Riens et les Riennes sur cette île) l’affichassent dans les rues. La défiance était à son comble. Son Altière Seigneurie avait pourtant annoncé qu’Elle venait « dialoguer » mais on savait maintenant ce que ce verbe signifiait. Bon nombre de bourgmestres de l’Ile avaient annoncé qu’ils ne rendraient pas à cette énième acte de la Grande Parlotte. Ils n’allèrent pas jusqu’à enlever de leurs mairies le portrait de Notre Conducator Suprême, car c’était considéré comme un crime et punissable sur le champ de trente années de galère. Quelques inconséquents dans l’est du pays s’y étaient risqués, le Grand-Chien-Policier de Son Inaltérable Arrogance, le sieur Casse-Ta-Mère, les avait fait mettre aux fers illico.

Ce terrible personnage méritait plus que jamais le nom de « Casse-Ta-Mère ». Lors de l’acte XIX de la Grande Gileterie, dans la bonne ville de Nice, une vieille Rienne, engiletée de son état, avait été violemment bousculée par un argousin qui obéissait en cela, de façon fort vigoureuse, aux ordres de sa hiérarchie. La tête de la pauvre femme avait heurté une de ces hideuses bites d’amarrage qui enlaidissaient nos cités et qui étaient destinées à empêcher les carrosses d’envahir tout l’espace. Des ambulanciers et ambulancières, appelés aussi « stritemédiques » s’étaient immédiatement porté au secours de la pauvre Rienne mais des argousins enragés, excités par leur grand officier, un homme brutal et sanguinaire, les en avaient empêchés . On les avait gazés et rossés d’importance. Ils crurent également, les malheureux, que leur dernière heure était arrivée. Quand on put enfin évacuer la blessée, celle-ci était plus morte que vive. Elle avait eu le crâne fendu et les médecins craignirent pour sa vie. Avant même que l’enquête ne fût ouverte pour déterminer les responsabilités, le sieur Casse-Ta-Mère assura que la vieillarde était tombée toute seule. Notre Malveillant Jouvenceau, loin d’émettre des regrets pour ce qui s’était passé, tança vertement la vieille Rienne. Avait-on idée, à son âge, d’aller battre le pavé ? Une mauvaise chute était si vite arrivée. Dans l’esprit de Sa Fadasse Médisance, la place des vieux et des vieilles était devant les lucarnes magiques, ou dans des hospices où ils représentaient une manne pour ses Très-Riches-Amis qui faisaient commerce de ce genre d’établissements. Notre Venimeux Chérubin souhaita « un prompt rétablissement et de la sagesse » à cette vieille Rienne. Les filles de cette dernière s’étranglèrent d’indignation, et avec elles bon nombre de Riens et de Riennes ulcérés par les propos de Sa Nocive Petitesse. Sur les réseaux sociaux, beaucoup souhaitèrent à Notre Très-Détesté Monarc «un prompt dégagement ». Quand il s’avéra que c’était bien un argousin qui avait délicatement bousculé la Rienne, le Procureur de la ville de Nice, que l’on soupçonnait par ailleurs d’atteinte à la probité – c’était un comble pour un magistrat – fut forcé de reconnaître les faits mais on chargea immédiatement l’argousin. Il n’avait point mesuré sa force, l’imbécile. Ce dernier fit immédiatement appel à un avocat pour le défendre. Il comprenait bien qu’il allait devoir porter tout seul le chapeau et ne l’entendait point ainsi.

Du côté du Château, on ne fit évidemment aucune déclaration. Depuis le début de la Grande Gileterie, on ne comptait plus les blessés graves et ceux qu’on mettait aux fers. Sa Pipolesque Altesse avait mieux à faire que de s’enquérir de la santé d’une Engiletée. Elle avait bien cherché ce qui lui arrivait. Que ces gueux étaient ennuyeux à ne rien vouloir comprendre aux menées supérieures de la StartupNéchionne ! Par bonheur, Notre Sautillant Amphitryon avait eu des distractions. On avait reçu en grande pompe, aux frais des Riens et des Riennes bien entendu, plus de deux cent invités, pour honorer la signature de contrats de commerce avec la lointaine et puissante Chine. Monsieur de l’Arrenaud, un industrieux qui se trouvait à la tête d’une grande maison de commerce, avait été convié, ainsi qu’une comédienne sur le retour et quelque peu décatie, que l’on avait vu bien des années auparavant incarner une gente damoiselle entourée de damoiseaux, dans une pièce que les Chinois avaient adoré et qu’ils continuaient de vénérer.

Le tournoi de l’Assemblée de l’Europe allait bientôt commencer. La faction de Sa Splendeur Auréolée s’était mise en ordre de bataille, sous la houlette de la marquise de l’Oiseau. Cette marquise avait tant intrigué qu’on avait fini par lui confier les rênes de l’équipage. Les carottages d’opinion le donnaient au coude à coude avec celui de la marquise de Montretout et sa faction de Haineux. Mais d’aucuns ne cachaient plus leur inquiétude. Dès que cette femme peu gracieuse – c’était là un doux euphémisme- ouvrait la bouche, c’était une catastrophe. Elle s’était mise en tête d’adopter le ton exalté dont Notre Zélé Prédicateur avait usé lors du tournoi de la Résidence Royale, avant que de doctes spécialistes de la parole ne lui enseignassent comment poser sa voix. On murmurait qu’elle allait finir aphone avant même d’avoir commencé à faire la campagne. L’ouverture de la campagne de promotion avait été un fiasco. Le majordome préposé à son organisation avait piteusement bafouillé, en écorchant quasiment tous les noms des hardis cavaliers et cavalières. Puis le banc sur lequel une partie d’entre eux étaient juchés s’était écroulé dans un grand fracas. La scène avait été enregistrée par les Lucarnes magiques. Les Riens et les Riennes n’avaient pu s’empêcher, en visionnant cette scène où le grotesque le disputait au ridicule, d’y voir un signe prémonitoire.

Le petit duc de Grivot n’était plus le porte-parole du gouvernement de Sa Grandeur Himmalayenne. Il avait déserté le poste, pour s’en aller briguer l’investiture de sa faction, ceci afin de pouvoir poser son maigre postérieur à la place de celui plus rebondi de la duchesse de Paris, madame de l’Idalgot, dans le fauteuil de bourgmestre de la capitale. C’était là un poste envié. Il avait fallu le remplacer. La petite duchesse de Bergeai pensait son heure enfin venue. Elle en fut pour ses frais, la pauvrette. Notre Calculateur Accompli lui préféra une de ses très proches, une fidèle d’entre les fidèles, madame de Dit-Aille, qui occupait jusque ici le poste de grande officiante auprès des Gazettes. Cette madame de Dit-Aille, qui se réclamait des reines de la Casamance dans la lointaine Afrique, avait son franc-parler. Elle avait une obsession : complaire à Sa Surannée Modernité et paraître toujours plus jeune et plus « branchée ». Les vieux caciques de feu la République s’étranglèrent à l’annonce de sa nomination. Elle s’empressa de leur donner raison en cuicuitant qu’elle était ravie de ce « job ». C’était bien la première fois que la charge de Chambellan était ainsi trivialement qualifiée, qui plus est dans la langue de l’anglois, que Jehanne La Pucelle bouta autrefois hors du royaume. Madame de Dit-Aille excitait aussi l’ire des Haineux et des Rassistes qui se comptaient hélas en trop grand nombre dans le pays et qui se déchainaient sur les réseaux sociaux. Mais ces quolibets sur la couleur de la peau de la nouvelle Chambellane, ou sur sa coiffure, marqués de la bêtise la plus crasse, étaient au final bien commodes. Ils permettaient à Notre Pourfendeur du Mal de se refaire une virginité et de se présenter comme le seul rempart contre les Haineux. Cette tactique – qui avait été celle du Parti à la Rose, où madame de Dit-Aille avait fait ses armes, tout comme le sieur de GrosBras- avait fait long feu mais Sa Cynique Petitesse n’en avait cure. D’aucuns s’interrogèrent sur le choix de cette fidèle d’entre les fidèles. N’était-ce point aussi parce qu’il n’y avait plus personne d’autre ? A part bien sûr la petite duchesse de Bergeai, qui n’avait même pas eu de lot de consolation. Tout ceci était fort injuste.

Il en était une qui paradait, qui rayonnait, qui faisait entendre dans tout Paris son caquetage. C’était notre bonne marquise de la Courge. Depuis qu’elle s’était acoquinée avec monsieur Anounat – lequel allait bientôt être anobli- elle ne jurait que par cet histrion et l’avait élevé au rang de Grand Gazetier. Tout ce que monsieur Anounat touchait devenait éminemment politique ! Madame de la Courge se félicitait de sa participation à la Grande Parlotte. Grâce à elle, on avait dépassé la barre du million de «con-nectés » sur la Lucarne Magique spécialement dédiée à cet événement extraordinaire. Quand elle parlait, la marquise adoptait un ton exagérément suffisant, elle s’écoutait avec une auto-satisfaction qui n’avait d’égale que sa bêtise. Elle était intarissable. Emportée par son élan, elle alla jusqu’à fustiger l’ancien roi Françoué-dit-Le-Pédalo, qui, profitant de la mauvaise passe – qui durait – de Notre Petit Scaphandrier, tentait une nouvelle fois de faire son retour, Elle brocarda son bilan économique, oubliant dans son zèle infatué, que le conseiller de Françoué dans ce domaine, puis son Chambellan, avait été Sa Mesquine Félonie. On n’était jamais aussi bien trahi que par ceux que l’on avait couvés.

L’image de cette nouvelle folle décade fut celle de Notre Cajoleux Bambin pressant tendrement le genou de l’ancien roi Nico-dit-les-Casseroles. Ces deux monarques s’étaient retrouvés, le deuxième invité par le premier, au Plateau des Glières, là où la Résistance à l’occupant nazi avait connu de belles et terribles heures. C’était, pour toutes celles et ceux qui avaient combattu pour que naissent les Jours Heureux, un crève-coeur que de voir ces deux acharnés ennemis de la Sociale, venir parader dans un tel lieu. La colère des Riens et des Riennes grondait, tel un feu sous la cendre. Elle n’était plus très loin, l’étincelle qui mettrait le feu à la plaine.

3 commentaires sur “Chroniques du règne de Manu 1er dit le Moralisateur

  1. A chaque lecture je biche. Merci !

  2. Avec ou sans Gilets Jaunes, le petit moralisateur est cuit. Il a pas de CAP de tyran, il est trop con pour être con et pas assez intelligent pour être intelligent. Une forme d’eau tiède avec laquelle on ne peut rien faire. Nous ne l’oublierons pas, il sera forcé de nous oublier à grand coup d’antidépresseurs. Petit crétin incapable de tenir la douleur, celle qu’il inflige aux autres et qui sont nos innocents. Merci Julie d’Aiglemont, de le dire avec talent.

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