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Chroniques du règne de Manu 1er dit Le Versaillais

Chronique du 22 mars.

Notre Répressif Jouvenceau venait de déclarer la guerre à son peuple. Le mercredi qui précédait, le Grand Premier Chambellan avait annoncé sur une gazette parlée que lors du prochain défilé des ces maudits Engiletés, on ferait appel à l’armée pour « sécuriser les bâtiments publics et les points fixes ».Nos soldats n’étaient point équipés comme les argousins d’arquebuses à balles en caoutchouc – lesquelles faisaient à elles seules des dégâts considérables- mais d’armes à poudre, qui vous trouaient la couenne de part en part. On était prévenus. Ce fut un déluge de soulagement et de réjouissance du côté de la faction de Sa Sanglante Extermination. Enfin on allait voir ce qu’on allait voir. Une courtisane, qui avait réussi à se faire élire députée de la StartupNéchionne sous les couleurs de Notre Impatronisé Jupithiers, se livra sur une gazette à une répétition de ce que serait cette mise au pas de ces maudits gueux, lesquels empêchaient depuis de trop longues semaines les boutiquiers de faire commerce. Elle répondait au nom de Madame de l’Eau-Petite. Sa sottise n’avait d’égal que son incommensurable culot. Elle osait tout. Elle déclara tout illico que la soldatesque se livrerait à des sommations, et qu’ à la troisième, si les séditieux n’avaient point décampé, on tirerait tout bonnement dans le tas. Que la guerre au peuple était chose amusante ! Madame de l’Eau-Petite en avait des frissons. Elle en jouissait.

Le général de la place de Paris ne la contredit pas. C’était le métier des soldats que de courir sus à l’ennemi. Mais du côté des troupes, on s’inquiétait. Bon nombre des hommes en armes étaient fils de Riens et de Riennes. Ils comptaient qui un cousin, qui un beau-frère, qui une tante, parmi les Engiletés. Allait-on leur demander de tirer sur les leurs ? Cela s’était fait par le passé mais personne n’imaginait plus que cela redevînt possible, à part bien entendu dans les salons de la bourgeoisie et de l’aristocratie où l’on en frémissait d’aise et de plaisir.

Gracchus Mélenchonus s’exprima, la mine grave. Il appela le Premier Grand Chambellan à venir s’expliquer devant la Chambre Basse. Avec sa morgue coutumière, Monsieur du Havre fit mine de n’avoir rien entendu. Il venait de souffleter les vielles badernes de la Chambre Haute, en refusant d’aller s’expliquer sur l’interminable et embarrassante affaire du sieur de GrosBras,

A l’étranger, on ne comprenait plus rien. Qui pouvait encore croire que la StartupNéchionne était le pays où s’était écrit la Déclaration des Droits de l’Homme ? Les gazetiers britanniques, qui n’avaient pas grand chose en commun avec nos mangeurs de croquettes, rivalisant de cajoleries à Leur Maitre Adoré, eurent des mots assassins pour décrire la politique de Sa Petite Hauteur. On put ainsi lire que « l’arrogance » de Notre Délicat Tyran n’était dépassée que par « sa stupidité ».

Son Himmalayenne Altitude n’en eut cure. Une pipolesque gazette l’immortalisa en publiant un portrait fort inspiré en couverture. On le voyait mâchoires serrées et regard d’acier, le poing négligemment posé sur le bureau, prêt à pulvériser cette ridicule révolte. Nul doute qu’il passerait à la postérité et qu’il marquerait de sa formidable empreinte ce pays qui ne le méritait pas.

La Grande Parlotte s’était achevée par un feu d’artifice : Notre Petit Gloseur avait réuni un parterre de beaux esprits et durant huit longues heures, il s’ était écouté dérouler sa très Disruptive et Sublime Pensée. Les beaux esprits furent divisés. Certains se pâmèrent. D’autres allèrent se commettre en aigres récriminations dans des gazettes. Ils avaient eu l’impression – quelle perspicacité – d’avoir servi de faire valoir à Sa Narcissique Immensité.

On fit réaliser quelques nouveaux carottages de l’opinion. C’était à perdre son latin. Ces maudits Engiletés continuaient d’être soutenus par les Riens et les Riennes, lesquels en revanche se défiaient à nouveau considérablement de Notre Petit Scaphandrier. Mais à écouter les gazetiers-nourris-aux-croquettes, on aurait cru que c’était tout l’inverse.

Le pays se préparait à l’acte XIX de la Grande Gileterie. Madame de l’Eau-Petite courait tout Paris pour se faire prêter un uniforme de colonel de dragons. On fit mander le sieur de GrosBras pour lui expliquer comment se déguiser et donner des ordres en lieu et place de ceux dont c’était le métier. Rantanplan Grand-Chien-Policier et Roi-de-La-Night avait ordonné au nouveau Grand Chef des Argousins de la capitale d’avoir la main de ce maréchal qu’il admirait tant et qui n’avait pas hésité au début de l’autre siècle à faire donner la troupe sur des ouvriers en grève. La StartupNéchionne était versaillaise jusqu’au bout des ongles.

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