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Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 20 février.

L’auteure de ces modestes chroniques prie ses chères lectrices et chers lecteurs de bien vouloir l’excuser pour ces quelques semaines d’interruption. Mais que l’on se rassure ! La glorieuse StartupNéchionne et son non moins Fabuleux Roitelet sont toujours d’actualité. Ces furieux d’Engiletés aussi. Le samedi 16 février s’était déroulé l’acte XIV qui avait vu une fois de plus ces gueux et ces gueuses défiler rageusement sur les grandes artères et les modestes boulevards. On n’en viendrait donc jamais à bout ? La Reine-Qu-on-sort – à l’occasion d’une sortie avec monsieur de La Berne, ce gazetier qui s’était fait une spécialité des têtes couronnées et de la sauvegarde des vieux bâtiments en péril, et qui avait donc tout naturellement trouvé sa place auprès de la Souveraine – avait pieusement fait appel à une « réconciliation ». « On a tout à faire ensemble » avait religieusement énoncé notre Pipolesque Maitresse, avant d’ajouter, alors que les gazetiers en pâmoison l’interrogeaient sur les méfaits de ces gueux en jaune : « « J’ai été saisie par ce qui s’est passé. Ils n’ont pas compris ce qu’ils faisaient. Il faut leur expliquer. »  Il faut avouer que, bien que ces paroles eussent été prononcées avec une si grande vertu, un flair politique inouï, un sens de l’à-propos inégalé, elles n’eurent pourtant aucun effet. Les rageux et les gueux n’avaient sans doute pas compris le sens profond de la complexe pensée de la Reine-Qu-on-sort, qui n’avait sur ce plan rien à envier à son divin époux.

La Grande Causerie, dite aussi le Grand Monologue, continuait de susciter un formidable engouement. Partout ce n’était qu’assemblées sages et clairsemées de têtes chenues, venues s’aérer et s’illusionner avant une mise à l’écart définitive. Il ne fallait surtout pas parler des sujets qui fâchaient. Il ne faisait plus l’ombre d’un doute que Notre Génie des Alpages avait trouvé là le moyen de faire – aux frais des contribuables – sa campagne de propagande pour le tournoi de l’Europe, lequel devait avoir lieu en mai.

Les Engiletés quant à eux continuaient leur quête d’égalité et de citoyenneté. Le pays connaissait là sa plus longue mobilisation depuis des lustres. Au Château, un autre des proches Conseillers de Sa Hauteur Exaltée faisait ses cartons au lieu de continuer à fournir de la disruption. Officiellement il se retirait pour écrire. Officieusement il se disait qu’il avait tripatouillé des documents pour blanchir et couvrir les agissements coupable du sieur de GrosBras lors de la manifestation du 1er mai. Ce monsieur de GrosBras faisait à nouveau parler de lui. La gazette de Plenus Mustachus venait de rendre publics des enregistrements où l’on pouvait entendre le bagagiste chéri de Notre Turpide Satrape se rengorger auprès de son comparse le sieur de Cras de ce que son seigneur et maitre lui avait assuré qu’il allait tous « les bouffer ». Il était question de la commission d’enquête des parlementaires. Ce n’était un mystère pour personne que Sa Bavarde Malveillance tenait en piètre estime les sénateurs . On en avait là un nouvel exemple. Les vieilles badernes s’émurent et se réunirent pour entendre à nouveau le sieur de GrosBras, lequel continua à mentir tel un arracheur de dents. On saisit la justice, laquelle, malgré les efforts constants de la Grande Chambellane, madame de Belle-Ou-Bey, pour que le bagagiste-factotum-et-plus-si-affinités ne fût pas inquiété, ordonna la mise aux arrêts du dit personnage.

Cette nouvelle renversante passa presque inaperçue aux yeux des Riens et des Riennes tant la diversion tant attendue sur la Grande Gileterie était en train de fonctionner. Enfin, du moins le croyait-on en haut lieu, même si l’on était en train pour cela de jouer avec le feu. Lors de l’acte XIV, un Engileté bien échauffé de la cervelle avait pris à partie un philosophe bien connu pour sa haine du petit peuple coloré des banlieues, monsieur de Finne-Quelle-Croûte, et lui avait enjoint de quitter notre pays et de s’en aller en Israël, chez l’affreux Grand Vizir que Notre Souriant Jouvenceau aimait à recevoir en grande pompe. L’Engileté faisait là allusion aux sympathies de notre philosophe pour la politique sioniste de ce Grand Vizir. Mais on cria tout de suite à l’antisémitisme. Et nos gazetiers-fort-bien-nourris-aux-croquettes de flétrir aussitôt tous les Engiletés dont on savait qu’ils étaient tous des imbéciles ignares et racistes, comme venait de le rappeler fort élégamment un ancien conseiller du roi Françoué-dit-le-Pédalo, un certain monsieur de Glande-Serre. Des Engiletés, on passa aux Insoumis et aux Insoumises qui avaient immédiatement cherché à déjouer la manœuvre. Un certain sieur de Maye-Harre, député de la faction de Sa Toxique Sommité, affirma fort sérieusement que le parti des Insoumis avait « clairement des racines antisémites ». C’était là un énorme mensonge, une bêtise incommensurable, mais les gazetiers-toujours-aussi-bien-nourris-aux-croquettes le laissèrent dire, sans lui demander d’apporter la moindre preuve de ses allégations. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne, on pouvait, si l’on était bien en cour, flétrir ceux qui étaient considérés comme des ennemis. Peu importait si ce que vous disiez était vrai ou non, l’important était de cracher son venin et de salir. Ce même peu ragoûtant personnage s’était auparavant illustré en prétendant que les sans-logis – toujours plus nombreux dans notre florissant pays – l’étaient par pur choix. Il était si doux de dormir dans la rue sur de pauvres cartons quand les températures avoisinaient le zéro. Pour sa saillie sur les Insoumis, il gagna le concours de la semaine du Meilleur Dénigrement. Il se positionna aussi pour gagner le concours de la Loi la plus Inique en déposant un projet pour que la critique de la politique du Grand Vizir de l’Israel soit considérée comme un délit chez nous. Notre Bienveillant Despote n’aimait les députés qu’à l’image de ce monsieur de Maye-Harre : bêtes et serviles.

La semaine fut aussi noyée sous les pleurs du duc de Bordeaux, qui quittait sa bonne ville pour s’en aller très grassement pantoufler au Conseil des Gardiens de la Constitution. C’était le seul endroit où l’on vous ouvrait grand les portes, même si vous aviez un casier judiciaire. C’était le cas du vieux duc qui, à septante sept ans, avait encore quelques belles années à se faire entretenir par les Riens et les Riennes. Sa Zélée Gratitude lui octroyait là un retour pour services rendus. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne.

La marquise de Chiapa fut élue révélation politique de l’année. Elle alla immédiatement fêter cette reconnaissance de son immense talent avec son grand ami monsieur de Anounat, lequel s’était impatronisé porte parole des Engiletés, dont il se disait proche. Avec ses quarante mille écus d’émoluments mensuels, qui lui servaient tout juste à boucler son budget, il était effectivement tout désigné pour parler des fins de mois des Riens et des Riennes, lesquels peinaient à ne pas commencer le mois suivant le dix du mois en cours, quand les pauvres mille écus péniblement gagnés s’étaient déjà envolés dans le loyer et la cantine des bambins… Oui, vraiment, monsieur de Anounat et Madame de Chiapa, dite aussi la Grande Courge, représentaient le mieux le peuple en souffrance. Ainsi en allait-il dans la Glorieuse StartupNéchionne.

Le sieur de GrosBras avait donc passé sa première nuit au cachot. Mais que l’on se rassure encore ! Ce n’était point un des vils cachots réservés au commun, mais une douillette cellule dans le quartier des Viaillepies, là où on logeait, le temps que l’opinion se calmât, les belles personnes qui avaient contrevenu à la loi. Le lendemain de la mise aux fers – toute relative- de notre talentueux et bichonné bagagiste, les Vieilles Badernes firent connaître leurs conclusions. Elles y tançaient vertement le Château ainsi que les services du Premier Grand Chambellan. Le sieur de GrosBras s’était vu confier des missions de la plus haute importance alors qu’il n’était qu’un factotum de bas-étage, sans aucune expérience. Tout ceci aurait pu nuire gravement à la sécurité de Notre Coûteux Bibelot ainsi qu’à celle de l’État. S’en suivaient quelques recommandations, ainsi qu’une demande de saisine de la Justice, cette grande Injuste pour punir le sieur de GrosBras pour avoir parjuré. D’autres seraient sans doute éclaboussés. Et rien n’avait pu se faire sans que le Château ne soit informé. Pire, c’est là que tout s’était tramé. La réaction du dit Château ne se fit point attendre. On était le mercredi et le mercredi était le jour du Conseil des Chambellans. Ce fut le jour de gloire du petit duc de Grivot qui put s’illustrer une énième fois dans la défense zélée de Notre Turpide Suzerain. Cet infatigable fidèle énonça tout bonnement que ce rapport contenait des « contrevérités » auxquelles on apporterait en temps voulu des « réponses factuelles ». Quand un gazetier bien impertinent osa demander quelles étaient ces contrevérités, le pieux chevalier au service de Sa Neigeuse Probité répliqua qu’il ne pouvait le dire puisqu’il n’avait pas lu le dit rapport. On lui en avait parlé entre deux portes. Il fut aussitôt la risée des réseaux. Là-dessus, l’autre pompière en chef, la duchesse de Bergeai vola avec non moins de zèle au secours du bagagiste-homme-à-tout-faire. Ce dernier pouvait dormir tranquille dans sa douillette petite cellule, où il pouvait même avoir accès aux Lucarnes Magiques. Les zélotes étaient à la manœuvre.

3 commentaires sur “Chroniques du règne de Manu 1er dit le Turpide.

  1. Des chroniques qui pourraient bien devenir le scénario d’une bande dessinée. L’exercice est périlleux, tant l’actualité est chargée, reste l’ambiance, comme écume des jours de grand chambardement. Merci

  2. Merci à vous ! oui, je pense aussi qu’en BD, ça serait pas mal, ça permettrait d’alléger. Exercice périlleux effectivement, ça faisait plus de 3 semaines que je n’avais pas réussi à retrouver le ton. C’est GrosBras et le petit duc qui m’ont remise en selle ! 😉

  3. Merci de nous faire tant rire avec ce qui devrait nous faire pleurer !

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