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Chronique du règne de Manu 1er dit le Turpide.

Chronique du 31 octobre

Sa Glorieuse Turpidité pouvait certes se féliciter d’avoir fait trébucher Gracchus Melenchonus – bien que ce dernier se fût immédiatement remis en selle et venait de faire salle comble dans la bonne ville de Lille, où il était venu remonter le moral des Insoumis et des Insoumises – elle n’en continuait pas moins de dégringoler inexorablement dans les profondeurs insondables de la détestation. Cela lui minait le moral.

On approchait de la Toussaint et de la Fête des Trépassés. Notre Cadavéreux Monarc n’avait pas eu à se grimer en mort-vivant, car voilà qu’ il en avait naturellement tout l’aspect. Dans son entourage, on ne cachait plus l’inquiétude que suscitait l’état de santé de sa Vacillante Complexion, à moins que ce ne fût là encore une ruse de ses Conseillers pour tenter une remontée de popularité dans les carottages d’opinion. De perfides gazetiers faisaient remarquer que notre Phénix Anémié maigrissait à vue d’œil, pire, qu’il perdait ses cheveux… On avait déjà mis quelques perruquiers à l’œuvre, afin qu’ils parassent à l’horrible éventualité que sa Grandeur Amoindrie se retrouvât bientôt aussi chauve que le vieux duc de Colon ou que le duc de Bordeaux, ou encore que cet ancien roi, que la Vieille République entretenait toujours, le vieux duc de Chamaillières, Monsieur d’Esse-Teint. A ces fielleuses remarques, les Conseillers avaient réponse : « Il se tue à la tâche » susurrait-on, « Ils gèrent la StartupNation à deux, avec Monsieur de Khol-Air. » ajoutait-on d’un air entendu. Il se disait que Notre Ubiquiste Despote ne dormait que trois heures par nuit, et qu’il harcelait ses collaborateurs jusqu’à potron-minet, en leur envoyant des missives sur leurs smartrucs, lesquels ne pouvaient jamais être éteints.

Chose inouïe, la date du Conseil des Chambellans fut avancée d’un jour. Sa Chochoteuse Petitesse ne se refusait rien. On communiqua abondamment sur ce fait. Jamais, même du temps des vieux rois à l’agonie que furent le roi Georges et le roi François, cela ne s’était produit. « Cela doit lui permettre de souffler, de gérer l’effort » jacassa le petit duc de Grivot, qui était passé maitre en la matière de dire tout et n’importe quoi à propos de notre Souffreteux Suzerain. Une gazetière, qui s’était fait spécialité de commenter les moindres pets des rois républicains qui s’étaient succédé au Château depuis Mon-Général, madame de Nez, énonça fort doctement que sa Pâlichonne Divinité montrait ainsi « qu’il n’était pas surhumain ». Les Riens et les Riennes furent ravis d’apprendre cette information essentielle. Ils apprirent aussi par la même occasion que notre Incommodé Roitelet devait entreprendre – après ce repos fort mérité- un long périple dans les terres du Nord et de l’Est, une « itinérance mémorielle » ainsi que le nommait en toute simplicité le Château. Il s’agissait en réalité d’une tournée, celle d’un histrion déchu, à la recherche d’un regain de popularité. On approchait du centenaire de l’armistice qui avait mis fin à la Grande Guerre, celle qui avait ravagé les rangs des Riens et qui avaient laissé tant de Riennes épuisées de larmes, des deux côtés du Rhin. Il fallait profiter de l’occasion. Peu importait le contexte. Son Impérieuse Omnipotence avait d’ailleurs décidé de supprimer le traditionnel défilé militaire du 11 Novembre, au motif officiel que «la plupart des combattants étaient des civils qu’on avait armés ». Monsieur de la Palisse n’aurait pas mieux dit. Emporté par son zèle absolutiste – à moins que ce ne fût à cause du chiffre constamment à la baisse de bonnes opinions concernant sa personne – , et non content d’avancer d’un jour la cérémonie, notre Poudreux Pétochard exigea que pour la première fois depuis 1920, les Riens et les Riennes n’eussent pas accès à la Forêt de Compiègne, lieu où chaque année on commémorait la fin de la Grande Boucherie. Ce fait du Prince consterna bon nombre de celles et ceux qui faisaient chaque année le voyage. Cela leur gâchait « la fête ». Il y avait là confiscation du Souvenir…

Le Château ne communiqua pas le lieu secret où Leurs Pipoleuses Altesses avaient prévu de se reposer, mais l’information fuita tout de même. Les Riens et les Riennes – qui s’apprêtaient à subir une nouvelle augmentation de la gabelle – apprirent ainsi que notre Dispendieux Jupitou et la Reine-Qu-on-sort séjourneraient dans une luxueuse hostellerie, non loin de Honfleur. Une nuit dans une suite coûtait plus cher qu’un salaire mensuel minimum d’un Rien ou d’une Rienne. Les Conseillers affirmèrent que sa Très-Honnête-Probité paierait sur ses propres deniers. Ce qu’ils omirent de préciser, c’est que notre Ruineux Freluquet ne se déplaçait jamais sans son abondante suite de valets, et de courtisans, et que c’étaient bien les Riens et les Riennes qui supporteraient en réalité les coûteuses vacances de sa Capricieuse Petitesse. A ces frais mirifiques, il fallait rajouter ceux afférant à l’organisation d’un « bain de foule », petite cerise sur la pièce montée de la comédie de la popularité . On trouva encore quelques vieux partisans de la Faction de sa Hâve Majesté bien disposés moyennant rétribution – on leur avait promis un « selfie » avec notre Jeune Jouvenceau- à venir jouer « la foule ». Les gazetiers furent naturellement conviés. L’on vit ainsi sa Sautillante Faiblesse serrer mécaniquement les vieilles mains tendues – non moins mécaniquement, arborer un sourire des plus naturels, et répéter en boucle qu’il venait à Honfleur en famille « tous les Premier de l’An ». Quelques Riens et Riennes plus attentifs que la moyenne n’en crurent pas leurs oreilles. Voilà que notre Trébuchant Monarc se mettait à confondre les saisons….On conjectura sur la qualité des potions que l’on avait administré à son Égrotante Défaillance.

Pendant ce temps, la vie continuait dans la StartupNation. Certains, à l’instar de l’ancien roi Françoué dit le Scoutère, ou de son ancienne concubine, la duchesse du Poitou, n’en finissaient pas de faire des come-back des plus laborieux, profitant de la faiblesse de notre Défaillante Mauviette. La duchesse avait commis un ouvrage de plume, dans lequel elle égratignait toute la noblesse politique en général, et le roi Françoué en particulier. Elle y révélait quelques secrets d’alcôve qui achevèrent de la décrédibiliser, mais elle n’en avait cure et pensait toujours se présenter en recours pour le camp du Progrès, lequel camp ne lui demandait rien. Un autre ancien du parti à la Rose, monsieur de Ammon, tentait lui aussi sa chance. On l’appelait « monsieur Six Pour Cent », c’était son résultat au Tournoi de la Résidence Royale. Il ne savait parler que pour ne rien dire, ou presque. Il était connu dans son ancienne faction pour son habileté à planter des couteaux dans le dos de ses adversaires, en prenant ensuite un air dégagé et faussement sympathique.

Afin de construire sa renommée, le tout frais Chambellan aux Affaires Intérieures avait décidé de s’attaquer aux actes délictueux commis par quelques escholiers facétieux qui s’amusaient – en dignes émules du sieur de GrosBras- à braquer des pistolets factices sur la tempe de leurs professeurs, lesquels manquaient cruellement d’humour et avaient lancé sur les réseaux sociaux une campagne de protestation. Las, Rintintin-Chien-Policier se fit voler la vedette par le Grand Chambellan aux Ecoles, monsieur de Blanc-Querre, lequel s’était fait une spécialité depuis sa nomination d’enfoncer toutes les portes ouvertes. Ce n’était plus un homme, mais un véritable bélier qui brassait autant d’air que les moulins du sieur don Quichotte. Il fut décidé en grande pompe d’autoriser la présence de gens d’armes dans les écoles. On manquait de professeurs ? Qu’ à cela ne tienne, on allait les remplacer par quelques argousins qui remettraient les escholiers facétieux à leur place. Monsieur de Blanc-Querre suggéra aussi aux maitres empêchés de faire leur métier par ces quelques trublions de leur « donner des lignes ». Ce genre de punition n’avait plus cours dans la vieille République depuis des temps très anciens. L’expression de « marche arrière » n’avait jamais aussi bien convenu à la politique mise en œuvre par notre Cireux Tyranneau et ses zélés Zélotes.

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